Récompensé par plusieurs prix littéraires en
Corée du Sud, lauréat du Prix Asie-ACBD 2008, Le Visiteur du Sud de Oh Yeong Jin apporte
un témoignage de l’intérieur sur un pays presque coupé du monde : la Corée du
Nord.
En 1945, la Corée est divisée en deux Etats
indépendants : au Nord du 38ème parallèle, le régime communiste
de Kim Il-sung prend Pyongyang pour capitale. Au Sud, un régime soutenu par les
Etats-Unis établit sa capitale à Séoul. Cette frontière arbitraire autant
qu’idéologique provoque la séparation de millions de familles coréennes. Au
début des années 2000 commence une période de relative détente, pendant
laquelle les autorités des deux Corées s’accordent sur un objectif de
réunification à terme. Des coopérations techniques sont mises en place. C’est
dans ce contexte qu’Oh Yeong Jin, chef de chantier Sud-Coréen, part pour une
mission en Corée du Nord, dans une campagne éloignée de Pyongyang et des
apparats du régime.
Les témoignages dessinés sur la Corée du
Nord sont peu nombreux. Pyongyang
de Guy Delisle (édité à L’Association), donnait un point de vue très occidental
sur le régime nord-coréen. Découvert par les éditions FLBLB, Le Visiteur du Sud livre pour sa part un
regard plus intérieur, plus contrasté. « Pour une rencontre réussie entre Nord et Sud, il
est nécessaire de mettre de côté toute attitude autocentrée, et d’apprécier les
qualités du voisin », explique Oh Yeong Jin. Voilà pour la théorie.
En pratique, ce n’est pas si simple de toujours rester calme, face aux
attitudes dogmatiques et rigides dans lesquelles les Nord-Coréens se réfugient
volontiers. Une bonne dose d’humour, et l’exutoire consistant à tenir à jour un
carnet de bord, seront des aides précieuses le visiteur du Sud. Observateur
amusé ou agacé des effets de la propagande nord-coréenne, Monsieur Oh n’oublie
jamais que lui-même et ses concitoyens ont aussi subi une propagande visant à
leur inculquer de la méfiance et une certaine condescendance envers la Corée du
Nord et ses accomplissements.
Outre les anecdotes dessinées dans un style
« au trait » caricatural, voire élémentaire, mais qui ne manque pas
d’efficacité (n’oublions pas de Oh Yeoh Jin n’est pas dessinateur de métier),
l’auteur a rassemblé, dans les deux tomes, toutes sortes éléments qui aident à
la compréhension du contexte : description des formalités à accomplir pour
se rendre au Nord, détail des objets interdits de circulation entre les deux
pays, chronologie du nucléaire Nord-Coréen, description des médias… Autant
d’inter-chapitres qui transforment le carnet dessiné en un guide de voyage,
étonnant et drôle.