La voleuse du Père-Fauteuil T3, par Eric Omond et Yoann (Dargaud, coll. Poisson Pilote)
Servi par le graphisme original et survolté de Yoann, voici un récit d'aventure qui pour une fois est moins influencé par le cinéma que par les feuilletons du XIXe siècle (dont Les mystères de Paris d'Eugène Sue). On croise ici des justiciers nocturnes, des politiciens dévoyés, toute une société de l'ombre qui parle argot en rêvant d'anarchie et même des savants fous… Car rien ne va plus au Navarin, cette république d'opérette dont la capitale évoque Paris à la fin du XIXe siècle. Les ultra-passéistes s'organisent en milices ; ils mènent une propagande acharnée à l'encontre de tous leurs opposants politiques, y compris le président Rouflaquet que leurs accusations conduisent en prison. Au dehors, la Voleuse du Père-Fauteuil et l'Homme-Mystère veillent… mais que peuvent deux individus (même super-héroïques) quand tout un pays bascule dans la folie ?
A première vue, la mise en page paraît très sobre : chaque page est découpée en trois cases allongées, abondamment dotées en récitatifs (les commentaires off de l'héroïne) et en bulles de dialogues. Ce procédé permet pourtant aux auteurs d'inventer des recettes narratives inédites : des dialogues entre la voix off et un personnage (p.29), l'enlèvement d'Andrée raconté par Gisèle d'une façon particulièrement étonnante (p.10 à 13) ou au contraire quelques pages d'action intense mais muette (p. 20 à 22) interrompues par un laconique "bon, c'est pas tout ça…".
La nouveauté exige toujours un temps d'adaptation ; d'abord dérouté, le lecteur persévérant sera vite conquis !
