Ce blog est réalisé par Jérôme Briot, journaliste de bande dessinée et membre de l'ACBD.

Pour toute question :
contact@briographe.com
Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche
vendredi 3 septembre 2010
Par Jérôme Briot le vendredi 3 septembre 2010, 20:10 - critique
samedi 8 octobre 2005
Par Jérôme Briot le samedi 8 octobre 2005, 20:05 - critique
par Katou, d'après Tony Hillerman (Emmanuel Proust)
L'indien de la tribu Zuni qui devait incarner le dieu du Feu lors du prochain Shalako (une cérémonie sacrée) a été assassiné. Pour sa tribu, il s'agit non seulement d'un meurtre mais aussi d'un sacrilège. Le principal suspect est George Bowlegs, un jeune Navajo qui a pris la fuite. Le lieutenant Joe Leaphorn de la police Navajo ne croit pas un instant à la culpabilité de cet adolescent. Il part à sa poursuite, conscient qu'il faut au plus vite élucider cette affaire pour éviter de raviver les anciennes rivalités tribales.
Récit à la première personne, ce roman nous fait suivre le parcours et les pensées du lieutenant Leaphorn. Navajo et flic en pays zuni, il n'est doublement pas le bienvenu. Il lui faut donc faire preuve de la plus grande diplomatie. Traqueur émérite (il sait lire dans les empreintes au sol et remonter ainsi une piste), sa méthode d'enquête consiste à comprendre et anticiper les réactions de ses antagonistes. Pour cela, Leaphorn va devoir assimiler le mode de pensée zuni. Plus qu'un polar, Là où dansent les morts est une ode à la sagesse et aux cultures amérindiennes. Ecrit en 1973, le roman de Tony Hillerman (disponible en français aux éditions Rivages / Noir) avait obtenu le prix du meilleur roman policier américain. Son adaptation en bande dessinée par Katou (l'auteur de Portrait de femmes avec tueur et Le syndrome de Munchausen) est une réussite : rythmée et captivante, agrémentée d'un dessin minutieux dans un style réaliste qui sait conserver une place à la rêverie.
mardi 5 juillet 2005
Par Jérôme Briot le mardi 5 juillet 2005, 20:05 - critique
La tombelle T1, par Jean-Blaise Djian, Olivier Legrand et Julien Famchon (Emmanuel Proust)
Dans une capitale industrielle d'un XIXe siècle imaginaire, Clément Largonne mène une vie de quasi dilettante. Ceci et un esprit romanesque font de lui le candidat idéal pour l'aventure. Elle ne tardera pas à venir bousculer son quotidien, sous la forme d'un gamin des rues poursuivi par des malfrats, qu'il décide d'arracher à sa condition. A ce stade, on pense à Oliver Twist ou aux Misérables. C'est finalement avec Lewis Carroll qu'on fera le rapprochement le plus évident, car notre héros, sans grande explication, est transporté dans un pays fantastique, la Tombelle, peuplé d'une armée de marionnettes de métal bien décidées à mettre la main sur l'intrus… Un univers mi-steampunk mi-féerique très joli, bien qu'un rien décousu dans ce premier volume.
vendredi 3 juin 2005
Par Jérôme Briot le vendredi 3 juin 2005, 20:05 - critique
Les contes de l'Estaque T2, de Robert Guédiguian, Jean-Louis Milesi et Sylvain Dorange (Emmanuel Proust)
Sylvain Dorange, qui avait l'an dernier déjà adapté en bande dessinée A l'attaque, un film de Robert Guédiguian, a jeté son dévolu sur une autre œuvre de ce réalisateur, un film tourné pour la télévision en 1993 : L'argent fait le bonheur. Tout commence dans une sorte d'univers à la West Side Story (ou Roméo et Juliette), transposé dans un quartier populaire de Marseille. Dans une cité, des tours. Entre les tours, une cour. Pas étonnant qu'un miracle arrive ! C'est une chose assez rare que l'adaptation en bande dessinée d'un film de cinéma… Le contraire ne surprend plus, nous y sommes habitués. Toutefois, des précédents existent, à commencer par Star Wars. Dorange, dans un style frais et drôle, s'attaque à des œuvres relativement confidentielles.
mardi 5 avril 2005
Par Jérôme Briot le mardi 5 avril 2005, 20:05 - critique
Simon Radius T1, de Benoît Dahan et Erwan Courbier (Emmanuel Proust)
Sa plaque indique : "psycho-investigateur". Simon Radius sait entrer dans l'esprit de ses patients, volant parmi leurs souvenirs dans une posture de super-héros, pour lire en eux à livre ouvert. Alors qu'un soi-disant assassin lui est amené par un avocat qui aimerait plaider la folie, Radius découvre que cet homme, mythomane, est innocent. Encore faut-il le prouver !
Rituel, transfert, traumatisme, psychose… Le décalage entre le vocabulaire sérieux, le farfelu de l'intrigue et le dessin très caricatural produit son petit effet comique. Radius est à la psychologie judiciaire ce que Black Jack (le personnage de Tezuka) est à la chirurgie : un génie incompris. Dommage tout de même que les personnages manquent un peu de consistance.
mardi 1 février 2005
Par Jérôme Briot le mardi 1 février 2005, 20:05 - critique
Bravado T1, par Didier Daenickx et Mako (Emmanuel Proust)
Le romancier Didier Daeninckx n'en est plus au stade de l'expérience dans le scénario BD. Tout d'abord adapté par Tardi (Le der des ders), il a par la suite écrit des histoires spécifiquement pour le 9e art, comme Le train des oubliés ou La page cornée dessinés par Mako. Bravado, nouvelle collaboration de ces deux auteurs, est une aventure historique prévue en trois volumes.
En 1900, Bravado est un propriétaire de ranch qui a fait fortune en Amérique. Il se prépare à retourner en France avec sa fille pour voir l'exposition universelle de Paris. La jeune femme lui demande d'enfin lui donner des détails sur sa mère. Il se remémore alors son parcours et sa rencontre avec celle qui servait de modèle à Renoir et Courbet, surnommée l'Andalouse. C'était pendant la Commune de Paris, à quelques heures de la tristement célèbre semaine sanglante. A l'époque, Bravado était un insurgé communard. Les représailles mortelles organisées par Thiers, qui firent plus de 20000 victimes, l'avaient contraint à la fuite et à l'exil en Amérique…
Evoquant à la fois le tableau longtemps controversé de Gustave Courbet L'origine du monde et la jeune Amérique, le titre de ce premier tome est une construction très habile, qui résume parfaitement la progression du personnage. Au point qu'on pourrait se demander si Daeninckx n'a pas imaginé cette histoire pour le seul plaisir de ce titre en couverture. Peut-être aussi pour la première case de la planche 14. On y voit un corps nu et lascif, dans une pose identique à celle du tableau de Courbet… à ceci près que c'est un homme qui y est représenté. Clin d'œil facétieux, mais aussi ellipse réussie pour suggérer les ébats qui viennent d'avoir lieu… bref une case mémorable. Sur l'ensemble, signalons tout de même que les auteurs sont plus passionnants lorsqu'ils évoquent les barricades de la Commune que lorsqu'ils donnent dans le western en faisant de leur héros une sorte de Jesse James.
samedi 1 janvier 2005
Par Jérôme Briot le samedi 1 janvier 2005, 20:05 - critique
Sans Pitié T1 par Pascal Génot, Bruno Pradelle et Olivier Thomas (Emmanuel Proust)
C'est la technique du pot à miel : les caïds de la mafia marseillaise jettent en pâture à la brigade des stups un trafiquant intermédiaire, emblématique car organisateur de rave parties en plus d'être un dealer. Grâce à ce leurre, tout ce que la région connaît de policiers intervient en pleine teuf pour saisir le matériel, contrôler les participants et arrêter les organisateurs. Pendant ce temps, un camion en provenance d'Espagne roule en toute tranquillité vers Marseille, avec à son bord une demie tonne de cocaïne… Ce plan machiavélique qui aurait pu se dérouler à la lettre, sans l'intervention inattendue d'un tueur méthodique et bien renseigné, visiblement résolu à semer la panique chez les maffieux…
Sans pitié est un polar particulièrement sombre, réaliste jusqu'au sordide dans un Marseille aux antipodes de sa représentation pittoresque et fantasmée à la Pagnol. Nous sommes à l'automne 2000 et même la nature est d'humeur apocalyptique. Les quartiers, fidèlement représentés par Olivier Thomas, portent les séquelles d'une inondation terrible qui vient de déferler sur la cité phocéenne. C'est un monde sale et ultra-violent qui est dépeint. Ici tout est addiction : le consommateur est dépendant de son dealer, qui ne pourrait interrompre son trafic sans risquer de se faire buter par son grossiste. Ajoutons à cela la corruption généralisée et les filles obligées de se prostituer pour leur dose… Seule concession à l'humour, un clin d'œil au film Pulp fiction au milieu de l'album qui heureusement ne dilue pas l'ambiance très noire de ce début fort réussi de trilogie criminelle.
Pour la suite, les auteurs semblent vouloir développer l'idée d'un prolongement clandestin et contemporain des luttes entre les ex-membres de l'OAS et du FLN… Une idée casse-gueule mais intéressante !