Le briographe

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Tag - Emmanuel Guibert

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jeudi 3 janvier 2013

L’Enfance d’Alan

L’Enfance d’Alan, d’Emmanuel Guibert
L’Association, 160 p. N&B, 19 €

(Florilège Sélection Angoulême 2013, dossier de Zoo #45) 

 « Alan est mort l’été dernier. Huit mois après, le premier livre paraît à L’Association. Il raconte la préparation militaire d’Alan, aux États-Unis, entre 1943 et 1945. Je raconterai ensuite sa guerre et son occupation de l’Allemagne. Plus tard, son enfance. » Ces mots d’Emmanuel Guibert datent de 2000, et sont extraits de la préface du premier volume de La Guerre d’Alan. Douze ans plus tard, nous y voilà : le dessinateur poursuit son projet avec un quatrième volume de la biographie dessinée d’Alan Ingram Cope, consacré aux jeunes années de cet ami américain, entre 1925 et 1936. Racontée avec à la fois le sens du détail et celui de l’essentiel, L’Enfance d’Alan nous transporte dans une Californie d’avant-guerre, plus exactement sauvage mais qui n’a pas encore totalement basculé dans la modernité. Comme il n’a plus le cadre dramatique de la seconde guerre mondiale comme décor, le récit se fait peut-être plus virtuose encore, avec une formidable intelligence dans la mise en scène, tout en subtilité et en émotions. Sélectionné à Angoulême, lauréat du Prix de la Critique 2013 remis par l’ACBD (Association des critiques et journalistes de bande dessinée), L’Enfance d’Alan est un des ouvrages qui auront marqué l’année 2012.

 

Jérôme Briot

jeudi 2 février 2006

Le Photographe, T3

par Didier Lefèvre, Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier (Dupuis)

Odyssée afghane

En 1986, le reporter-photographe Didier Lefèvre accompagne une équipe de Médecins Sans Frontières en Afghanistan, alors que le pays traverse une guerre qui oppose l'armée soviétique aux résistants Moudjahedins. La mission humanitaire touchant à sa fin, le photographe apprend que l'équipe MSF a prévu un détour qui devrait rallonger le trajet retour d'une bonne semaine. Fatigué d'être ballotté et soucieux de reprendre en main sa destinée, il décide de repartir seul au Pakistan. Ce troisième et dernier volume est le récit de ce voyage.
Pas plus chanceux qu'Ulysse à son retour de la guerre de Troie, Didier Lefèvre raconte sa calamiteuse odyssée afghane. Escorté par quatre paysans récalcitrants qui bientôt l'abandonnent à son sort, il connaîtra le découragement, la maladie, le froid, et la certitude d'une fin proche. Puis découvrira qu'effectivement l'enfer, c'est les autres.

Quel que soit l'angle sous lequel on aborde Le Photographe, on arrive à cette même sensation : celle de tenir en mains un monument de la bande dessinée. Tout est parfait. Le récit est poignant et rythmé, magnifiquement écrit et dessiné par Emmanuel Guibert, auteur prodige à l'aise dans tous les registres. Le fait qu'on le sache authentique ne fait qu'amplifier la puissance du témoignage. Mais l'intérêt de ce triptyque ne s'arrête pas là.

Dans la forme, ce livre-reportage innove par sa façon très habile de mêler la narration en bande dessinée avec de nombreuses photographies. Ces dernières ont plusieurs fonctions : redondantes parfois avec les images dessinées, elles enracinent l'histoire dans le réel. Ailleurs, elles se substituent aux dessins pour continuer le récit, sans que l'oeil soit choqué par le passage du dessin à la photo. Au contraire, cela donne lieu à des ellipses porteuses de sens.
Et par-dessus tout, la présence et le nombre des photographies rappellent qu'elles sont la seule moisson de ce chercheur de trésor si particulier, ce photographe venu collecter des images, qui continue inlassablement sa récolte y compris dans les moments les plus critiques.

Le récit atteint une sorte de paroxysme dans les pages 48 à 63, lors de l'ascension solitaire par Didier Lefèvre d'un col de haute montagne. A mesure que le jour décline, l'angoisse du photographe se développe. La neige s'ajoutant à l'obscurité, il finit par se perdre lui-même, n'étant plus qu'une ombre noire sur un fond cendré, avant le noir intégral et la résignation à mourir. Les photos présentées à ce moment, isolées, seraient juste étranges. Au sein du récit, elles sont bouleversantes.

La conception de ce livre est à la hauteur de son propos. En post-face, un dossier complet tire les portraits de nombreuses figures aperçues au cours du récit, et fournit quelques détails sur ce qu'ils ou elles sont devenues. Des cartes géographiques permettent de situer le parcours. Enfin, cerise inattendue sur le gâteau, un DVD inséré dans le livre propose le documentaire filmé par Juliette Fournot, qui raconte cette même mission MSF, vue sous un autre angle. Les visages sont familiers, mais on est presque surpris de les redécouvrir filmés en couleurs… et d'entendre les voix.

Le Photographe propose donc une expérience de reportage multimédia très intense, où se croisent BD, photo et film.

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Pour en savoir plus : site officiel