Mamma Mia T1, par Hélène Herbeau et Emmanuel Civiello (Delcourt)
Macaroni soit qui
mal y pense !
Civiello est un dessinateur qu'on associait
jusqu'à présent à l'heroic fantasy. Et c'est bien normal puisque, auteur
complet ou en collaboration avec Thomas Mosdi, il est l'auteur des quatre tomes
de La graine de Folie et des deux tomes des Korrigans. On lui
doit aussi les illustrations de livres féeriques chez Albin Michel et les
magnifiques couvertures du Grimoire du petit peuple coordonné par
Pierre Dubois. C'est donc avec surprise et intérêt que nous le trouvons au
générique d'une saga sans le moindre rapport avec ses travaux précédents.
Virage à 180 degrés dans les genres, le voilà qui dessine Mamma Mia,
chroniques burlesques sur la mafia américaine co-scénarisée avec Hélène
Herbeau.
Los Angeles, 8 février 1933. Vincenzo Lasagna ('vous marrez pas, il est susceptible) sort de tôle, comme qui dirait sa résidence secondaire vu qu'il fait partie du Comité, la mafia italienne de L.A. Dans le milieu, il y a une époque où on l'appelait Vini les doigts de fée, rapport à son talent pour percer les coffres… mais ces derniers temps ce serait plutôt Vini les doigts pourris. Depuis que la Mamma est morte, il n'est plus bon à grand-chose. Faut dire, une sacrée femme que c'était, la Giovannina : sept enfants à s'occuper à la maison et toute seule encore ! L'était toujours à faire la morale aux truands du quartier. Jusqu'au Capo lui-même, qui se serait fait tirer les oreilles devant tous ses hommes ! Pourtant, en souvenir d'elle, il a décidé de donner une dernière chance à Vincenzo, en lui donnant un rôle dans le casse d'enfer, prévu pour dans un mois. Sûr, ça va nécessiter toute la cavalerie… et l'artillerie en prime !
Des films de Martin Scorsese sur la mafia, comme Les Affranchis ou Casino, Civiello et Herbeau reprennent l'idée d'une narration qui avance en suivant une voix off, figurée ici par des bulles de récitatifs. C'est Vincenzo Lasagna qui s'exprime, donc fatalement ça part dans tous les sens, de façon un peu désordonnée. On virevolte d'un personnage à l'autre, avec différents sauts temporels sur le mode du "Ah oui, il faut aussi que je vous raconte…" mais n'empêche, tout y est. Par petites touches, à la manière des impressionnistes, on fait connaissance avec toute la tribu : les frères, les sœurs, les cousins, les maris, les amants et une belle variété de membres de la mafia. Cet effet "tranches de vie" est renforcée par un séquençage en cinq chapitres, titrés dans un grand bandeau noir avec une graphie de style rétro… comme au cinéma muet, pardi : on est juste à côté d'Hollywood !
Sur le fond, les événements relatés par notre héros seraient d'une teneur plutôt dramatique, ne seraient la façon bravache qu'a Vincenzo de rouler des mécaniques et sa mauvaise foi impayable. Nous sommes dans une farce à l'italienne, où les hommes aiment à jouer les machos mais se taisent devant la raison supérieure de la mamma (qui a toujours une taloche en réserve pour les récalcitrants irrespectueux). Au comique des situations s'ajoute celui des dessins, qui nous donne l'occasion d'apprécier une nouvelle facette du talent de Civiello : on le savait habitué à révéler les mondes imaginaires et leur bestiaire ; il se montre tout autant à l'aise pour animer un univers réaliste plus contraignant, puisque situé dans un contexte historique et géographique précis. Mieux qu'irréprochables, les dessins sont superbes, pleins de vie et d'humour. Vini… vidi, vici !
