1066, le fil et la trame d’une saga millénaire
Le roi Edouard d’Angleterre, qui n’avait pas d’héritier direct, désigna son petit cousin Guillaume, duc de Normandie, pour lui succéder. Le comte Harold, beau-frère d’Edouard, fut chargé de lui apporter la nouvelle. Et bien qu’il eût lui-même des prétentions légitimes à la succession, Harold jura fidélité à Guillaume. De retour au pays, à la mort d’Edouard, Harold se dédit et endossa la couronne. Furieux, Guillaume monta une expédition pour la reprendre à l’usurpateur et parjure. C’était en 1066, le duc de Normandie allait entrer dans l’Histoire sous le nom de Guillaume le Conquérant.
Ce récit épique autant que romanesque (que les historiens contemporains considèrent comme une vision probablement enjolivée des faits, pour complaire au vainqueur de la bataille d’Hastings) est celui qui est brodé sur les 70 mètres d’étoffe qui composent la très illustre « Tapisserie de Bayeux ». Mêlant images et récitatifs en latin, cette œuvre médiévale compte parmi les grands ancêtres de la bande dessinée, au même titre que les fresques des tombes de certains pharaons, les codex des civilisations précolombiennes ou encore la colonne Trajane (à laquelle notre éminent confrère Yves Frémion a consacré un article dans Zoo #29). La « Tapisserie » plus que n’importe quelle autre œuvre, est convaincante en tant que proto-BD du fait de la diversité des tableaux et de leur organisation séquentielle : il s’agit bel et bien de retranscrire toute une épopée en images. Particulièrement adaptable en bande dessinée, par sa forme et par son sujet, on est frappé d’évidence en découvrant l’album conçu par l’historien belge Patrick Weber et confié, pour sa réalisation graphique, au dessinateur italien Emanuele Tenderini. Tous deux ont consacré beaucoup d’efforts à rester fidèle à l’œuvre médiévale, s’en inspirant tant pour la trame du récit et la diversité des personnages, que pour leur apparence physique. Par ailleurs, pour éviter tout contresens, Sylvette Lemagnen, conservatrice et experte de la Tapisserie de Bayeux a supervisé le projet.
Réalisé dans un style semi-réaliste très fougueux, le récit est parsemé de citations graphiques directes empruntées à la Tapisserie : une quinzaine de vignettes reprennent des scènes brodées il ya 900 ans, dans une parfaite continuité d’action. Un seul bémol, une colorisation qui sur certaines scènes s’apparente à du barbouillage numérique, et une disposition pas toujours judicieuse des bulles de dialogue. Malgré ces petits défauts, 1066 Guillaume le Conquérant ravira les amateurs de bande dessinée historique, autant que ceux qui s’intéressent à l’Histoire de la bande dessinée.
