Le briographe

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - Dupuis

Fil des billets

samedi 2 avril 2005

Les escaliers d'or, La fille du Yukon T1

La fille du Yukon T1, de Philippe Thirault et Sinisa Radovic (Dupuis)

 

Dans la série Lucy, dessinée par Malès, Thirault évoque la fièvre de l'or. Sa nouvelle saga continue dans cette veine : comme le père de Christina la refuse à Justin Woods, les deux jeunes gens ont décidé de s'enfuir et de grossir les rangs des prospecteurs qui se pressent vers le Klondike, enfer de glace situé dans le Yukon (à côté de l'Alaska, côté canadien) : c'est la célèbre ruée vers l'or, qui inspira à Charlie Chaplin un de ses films les plus fameux.

Cinq tomes sont prévus ; le premier est fort bien documenté et agréablement dessiné par Radovic. Un regret d'importance : comme si la situation n'était pas en soi assez pathétique, Thirault en rajoute des tonnes avec un accident ferroviaire, une avalanche, une petite orpheline, etc, etc. Epuisant !  Un peu moins de démesure n'aurait pas nuit.

vendredi 1 avril 2005

Central Park

par Jean-Luc Cornette et Christian Durieux (Dupuis)

 

Deux Belges, Johan Crevette et Yasmina Polaire, sont en visite à New York. Rapidement Yasmina se sent écrasée par l'immensité des buildings de Manhattan. Dans pareille situation, la solution new-yorkaise tient en deux mots : Central Park ! Le couple se rend directement au zoo du parc. Dans un bassin un ours blanc fait des longueurs. Tout à coup il prend la parole et échange avec Johan des considérations d'ordre métaphysique : "–  Tu penses que je suis coincé ici et toi pas ? Ce n'est peut-être qu'une illusion. – Cette vitre me semble bien réelle ! – Et un ours qui parle, tu crois aussi que c'est réel ?" Pendant cet échange, Yasmina disparaît. Johan se lance à sa recherche…

Dans les premières planches, jusqu'à l'arrivée à Central Park, le rythme n'y est pas, les anecdotes et plaisanteries tombent à plat… Simple retard à l'allumage : dès l'instant où l'ours prend la parole, tout prend forme et l'histoire devient très séduisante. L'univers décrit bascule en un instant. Une interprétation consisterait à d'imaginer que Johan et Yasmina ont une dispute dans ce zoo, et qu'au beau milieu de leurs vacances ils se séparent. Le choc pousserait Johan dans des divagations qui persistent pendant toute la durée de son séjour à Central Park. Mais on peut tout aussi bien considérer que le parc new-yorkais vu par Cornette et Durieux est un monde effectivement délirant, situé quelque part de l'autre côté du miroir d'Alice. Outre cet ours doué de parole, moralisateur et adepte de jogging, on y rencontre des jumelles blondes en bikini qui distribuent des rollers, des chauffeurs de taxi qui portent les noms des présidents des billets de banque... Des murs s'élèvent spontanément en barrière pour vous empêcher de quitter le parc si vous n'êtes pas prêt à affronter le vaste monde… Bref, la visite de Central Park a tout du parcours initiatique.

 

samedi 5 février 2005

Victimes parfaites, Incognito T1

Incognito T1, par Grégory Mardon (Dupuis, coll. Expresso)

 

On a découvert Grégory Mardon avec Vagues à l'âme (coll. Tohu-Bohu), album intimiste en hommage à son grand-père, ce Hérault au sourire si doux. Depuis, cet auteur n'a pas cesser de confirmer son talent. Le truculent Cycloman (éd. Cornélius), scénarisé par Charles Berbérian, marquait la rencontre entre la "nouvelle BD" et un univers de super-héros de comics. Enfin, Mardon présentait l'an dernier Corps à corps, admirable récit de destins croisés paru dans la collection Aire Libre de Dupuis. On y rencontrait Jean-Pierre Martin ou la normalité incarnée, personnage à qui nul ne prête attention, comme s'il était transparent.

Pour son quatrième album, Mardon se lance dans une série avec un héros récurrent. Avec surprise mais aussi avec plaisir, nous retrouvons Jean-Pierre pour de nouvelles aventures. Au passage, ce dernier s'offre une nouvelle tête, mais pour un homme "invisible" cela n'a sans doute aucune importance. Un soir de beuverie avec son pote Cyril, Jean-Pierre décide de faire un truc dingue pour – enfin ! – se faire remarquer : entrer par effraction dans un appartement en se lançant au préalable dans l'escalade d'une façade d'immeuble. Disons que ça se passe pas mal pendant un, deux étages. Puis boum ! Et crac, la cheville. Le hasard fait bien les choses : la jeune femme qui appelle les secours est kinésithérapeute, charmante et célibataire. Ce qui n'exclut pas qu'il y ait un homme dans sa vie…

Mardon met en place des situations très fortes en émotions et imagine des personnages implacables. Il nous montre toute la mécanique destructrice de la manipulation, avec cette alternance d'affection simulée et d'agression pour mieux contraindre sa victime et la plier à ses désirs. Tout cela dans un graphisme élégant (que seule sa proximité avec celui de Blutch nous retient de qualifier de virtuose) et un langage doté d'une vraie qualité littéraire : Mardon a du style. Voilà un auteur à suivre, qui gagne à être cognito !

 

lundi 8 novembre 2004

Petit Père Noël et le cadeau perdu, Petit Père Noël T5

Petit Père Noël T5, par Lewis Trondheim et Thierry Robin (Dupuis)

 

Petit Père Noël a un chapeau magique très pratique, . Le pingouin majordome est malade et ne peut plus s'occuper de la vaisselle ? Hop, dans le chapeau : disparue, la corvée ! Seulement, quand un lapin facétieux s'y engouffre, notre héros est obligé de s'élancer à sa poursuite. Quel bazar… Où peut bien se cacher le lapin ? Pendant qu'il le cherche, Petit Père Noël retrouve avec stupeur un cadeau jamais livré… La mémoire lui revient : c'était en 1944. Il allait donner son cadeau à un enfant, mais des avions s'étaient mis à bombarder la maison, provoquant sa fuite précipitée. Hum ! Les années ont passé, l'enfant a vieilli, mais il n'est peut-être pas trop tard pour lui apporter son cadeau…

Petit Père Noël est une série muette, avec le plus souvent seize images par planche. La raison de ce parti pris ? Les auteurs destinent cette série aux tout-petits, à ceux qui ne savent pas encore lire. La première lecture nécessite l'aide des parents, pour aider les enfants à comprendre l'histoire et le fonctionnement des livres. Mais rapidement, les bambins sont capables de déchiffrer les scènes et de se raconter l'histoire (ou des portions d'histoire) uniquement grâce aux dessins tendres et joyeux de Thierry Robin. Et de plus, les histoires élaborées par Lewis Trondheim n'ont rien de gnangnan : elles possèdent tout ce qu'il faut d'action, d'humour et de rebondissements pour passionner les petits et intéresser les grands. Tintin est la BD des jeunes de 7 à 77 ans. Petit Père Noël repousse ces frontières : ses plus jeunes lecteurs n'ont pas trois ans.

 

mini-interview

Pouvez-vous raconter la genèse de Petit Père Noël ?

Thierry Robin : En 1992, j'ai réalisé un timbre pour la poste française sur le thème de noël, puis des prêts-à-poster et la carte que la poste envoie aux enfants qui ont écrit au Père Noël, et ce trois années de suite. A l'époque, je travaillais dans le même atelier que Lewis Trondheim. Il m'a proposé d'écrire des histoires avec ce personnage, de l'étoffer en lui donnant une petite famille, une usine avec des lutins qui fabriquent des jouets… Et c'est parti sur les chapeaux de roue, comme souvent avec Lewis.

Les BD muettes sont presque toujours l'œuvre d'une seule personne. A quoi ressemble un scénario de Petit Père Noël ?

Normalement je préfère que les scénaristes me donnent quelque chose d'écrit. Mais pour cette série, avec 16 cases par page, ça demanderait des descriptions à n'en plus finir… Alors Lewis me fournit des pages de crobards. Si bien que mon travail est assez facile ! La plupart du temps je respecte son découpage.

 

page 2 de 2 -