Le briographe

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jeudi 2 février 2006

Le Photographe, T3

par Didier Lefèvre, Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier (Dupuis)

Odyssée afghane

En 1986, le reporter-photographe Didier Lefèvre accompagne une équipe de Médecins Sans Frontières en Afghanistan, alors que le pays traverse une guerre qui oppose l'armée soviétique aux résistants Moudjahedins. La mission humanitaire touchant à sa fin, le photographe apprend que l'équipe MSF a prévu un détour qui devrait rallonger le trajet retour d'une bonne semaine. Fatigué d'être ballotté et soucieux de reprendre en main sa destinée, il décide de repartir seul au Pakistan. Ce troisième et dernier volume est le récit de ce voyage.
Pas plus chanceux qu'Ulysse à son retour de la guerre de Troie, Didier Lefèvre raconte sa calamiteuse odyssée afghane. Escorté par quatre paysans récalcitrants qui bientôt l'abandonnent à son sort, il connaîtra le découragement, la maladie, le froid, et la certitude d'une fin proche. Puis découvrira qu'effectivement l'enfer, c'est les autres.

Quel que soit l'angle sous lequel on aborde Le Photographe, on arrive à cette même sensation : celle de tenir en mains un monument de la bande dessinée. Tout est parfait. Le récit est poignant et rythmé, magnifiquement écrit et dessiné par Emmanuel Guibert, auteur prodige à l'aise dans tous les registres. Le fait qu'on le sache authentique ne fait qu'amplifier la puissance du témoignage. Mais l'intérêt de ce triptyque ne s'arrête pas là.

Dans la forme, ce livre-reportage innove par sa façon très habile de mêler la narration en bande dessinée avec de nombreuses photographies. Ces dernières ont plusieurs fonctions : redondantes parfois avec les images dessinées, elles enracinent l'histoire dans le réel. Ailleurs, elles se substituent aux dessins pour continuer le récit, sans que l'oeil soit choqué par le passage du dessin à la photo. Au contraire, cela donne lieu à des ellipses porteuses de sens.
Et par-dessus tout, la présence et le nombre des photographies rappellent qu'elles sont la seule moisson de ce chercheur de trésor si particulier, ce photographe venu collecter des images, qui continue inlassablement sa récolte y compris dans les moments les plus critiques.

Le récit atteint une sorte de paroxysme dans les pages 48 à 63, lors de l'ascension solitaire par Didier Lefèvre d'un col de haute montagne. A mesure que le jour décline, l'angoisse du photographe se développe. La neige s'ajoutant à l'obscurité, il finit par se perdre lui-même, n'étant plus qu'une ombre noire sur un fond cendré, avant le noir intégral et la résignation à mourir. Les photos présentées à ce moment, isolées, seraient juste étranges. Au sein du récit, elles sont bouleversantes.

La conception de ce livre est à la hauteur de son propos. En post-face, un dossier complet tire les portraits de nombreuses figures aperçues au cours du récit, et fournit quelques détails sur ce qu'ils ou elles sont devenues. Des cartes géographiques permettent de situer le parcours. Enfin, cerise inattendue sur le gâteau, un DVD inséré dans le livre propose le documentaire filmé par Juliette Fournot, qui raconte cette même mission MSF, vue sous un autre angle. Les visages sont familiers, mais on est presque surpris de les redécouvrir filmés en couleurs… et d'entendre les voix.

Le Photographe propose donc une expérience de reportage multimédia très intense, où se croisent BD, photo et film.

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Pour en savoir plus : site officiel

dimanche 9 octobre 2005

Le bouddha d'Azur T1

Le bouddha d'Azur T1, par Cosey (Dupuis)

 

En 1962, le jeune Gifford termine ses vacances chez ses parents,  en Inde. Dans trois jours, il prendra l'avion vers Londres pour y être scolarisé dans un collège anglais. Au programme : latin, mathématiques et porridge quotidien. Tout ceci ne l'emballe guère… il décide donc de prolonger un peu ses vacances, avec une petite fugue au Tibet. Cette escapade s'avère plus mouvementée que prévu mais après quelques péripéties, il trouve refuge dans un monastère tibétain. Là, il se lie d'amitié avec deux Tibétains de son âge, l'occasion pour chacun de découvrir la civilisation de l'autre. Sa route croise également celle de Lhahl, une jeune fille réputée être la réincarnation d'une déesse et gardienne du Bouddha d'Azur, la statue sacrée la plus mystérieuse du Tibet...

L'Himalaya et le Tibet sont des territoires bien connus de Cosey : à l'image de son héros Jonathan, l'auteur y a beaucoup voyagé. Pourtant, avec cette nouvelle histoire prévue en deux tomes il réussit à retrouver le regard de celui qui découvre cette région pour la première fois. En effet, Gifford ne savait qu'une seule chose à propos du Tibet : c'est le pays du Yéti. Sur ses pas, le lecteur est donc invité à en apprendre un peu plus sur ce pays et son peuple, sans omettre d'évoquer l'annexion par la Chine.  Cosey a le talent de savoir raconter avec une simplicité presque désinvolte des histoires qui, en y regardant de plus près, sont pourtant complexes. Le Bouddha d'Azur, récit initiatique, histoire sentimentale et plus encore en est un bon exemple.

 

vendredi 9 septembre 2005

Le vaccin de la résurrection, Monsieur Mardi-Gras Descendres T4

Monsieur Mardi-Gras Descendres T4, d'Eric Liberge (Dupuis)

 

Certains livres ont un destin hors du commun… En 1996, Eric Liberge commençait à prépublier dans des fanzines l'histoire de Victor Tourterelle, se réveillant sous la forme d'un squelette au milieu d'un désert blafard. Conscient de n'être plus vivant mais loin d'être mort, ce personnage ne tarde pas à découvrir que, comme sept milliards d'individus avant lui, il a rejoint le Purgatoire, situé sur la planète Pluton. La bureaucratie qui règne ici décide de lui donner un nouveau nom, Mardi-Gras Descendres. Pas question de se résigner à rester là pour l'éternité ! Notre héros consacre son "après vie" à chercher une porte de sortie. Son parcours était prévu sur quatre tomes, dont une traversée du Pays des Larmes et ses huit cercles du purgatoire qui désignent chacun un péché véniel… Les embûches ne seront finalement pas uniquement scénaristiques : le premier tome est d'abord porté par un éditeur éphémère, Zone créative. Mardi-Gras Descendres connaît une seconde vie chez Pointe Noire, avec trois albums parus… mais à son tour, cet éditeur indépendant disparaît. Injustice du sort, à la fin du tome 3, notre squelette reste coincé dans le cercle de la paresse. Faut-il croire que le temps de sa pénitence n'était pas révolu ? Heureusement, à partir de juin 2004, cette série mêlant humour et métaphysique quitte le purgatoire éditorial dans laquelle elle était engoncée, défendue cette fois par Dupuis qui la republie au complet, dans une somptueuse version colorisée avec goût, pour les siècles des siècles, amen !

vendredi 2 septembre 2005

Ma vie en l'air

par Tronchet et Anne Sibran (Dupuis, coll. Aire Libre)

 

Après Le quartier évanoui et le très remarqué Là-bas, Anne Sibran et Tronchet coopèrent une nouvelle fois à la réalisation d'une histoire. Attention, il ne faudra pas confondre ce livre avec le film homonyme de Rémi Bezançon, même si les dates de sortie des deux œuvres coïncident. Nous parlons ici de l'adaptation en bande dessinée du second roman d'Anne Sibran, paru en 2001 chez Grasset.

Sous la forme d'un journal intime, dessiné le plus souvent dans un gaufrier à six cases par planches, il s'agit de l'histoire d'Ariane de Samca, une jeune fille qui par un étrange réflexe de survie, a appris à voler. Pas dans les magasins, non, mais dans les airs parmi les oiseaux. C'est que la réalité qui l'entoure est du genre insupportable : son père, maître égorgeur pour une boucherie, la dégoûte. Ariane suspecte d'ailleurs ses parents de violence envers sa sœur Célia, qui dépérit à vue d'œil… Peut-être sont-ils même des vampires ? Fuyant la demeure familiale par la voie des airs, elle trouvera un peu de quiétude auprès de Paulin Magloire, un amoureux des oiseaux qui lui enseigne le cri qui console et la douceur de la tropopause, lieu céleste où tout est harmonie…

"Il faut me croire" réclame l'héroïne dès la première image. Le lecteur n'aura guère d'autre choix, tant dans le récit d'Ariane la rêverie se mêle au réel et la poésie à l'horreur. Le dessin caractéristique de Tronchet, expressif mais non réaliste, et une colorisation tout en contrastes et en oppositions achèvent d'apporter à ce récit l'ambiance surnaturelle qui lui convient.

 

mardi 7 juin 2005

Un certain équilibre, Monsieur Jean T7

Monsieur Jean T7, par Philippe Dupuy et Charles Berberian (Dupuis)

 

Créé en 1991, Monsieur Jean est un personnage d'un nouveau genre. Ni héros, ni anti-héros, ni caricature, Jean est tout simplement un citadin dans une grande ville. Un peu artiste, rêveur mais pas déconnecté, fidèle en amitié et sans ambition démesurée… il est aussi unique et particulier qu'on peut l'être, c'est-à-dire totalement et pas beaucoup à la fois. Alors pourquoi lui consacrer une série ? C'est que précisément, Jean nous est familier. Il nous ressemble. Exécuté dans un élégant style ligne claire qui ne cesse au gré des albums de gagner en épure, Monsieur Jean est la transposition romancée d'anecdotes vécues ou observées par ses deux auteurs.

Les trois premiers volumes de la série étaient des recueils d'histoires en quelques pages. Puis, à partir de Vivons heureux dans en avoir l'air, Dupuy et Berberian ont lancé leur personnage dans des récits de 54 pages. Ils ont aussi tenté d'autres expériences narratives en produisant La théorie des gens seuls, volume hors série en noir et blanc de plus de 120 pages, publié dans la collection Tohu-bohu des Humanoïdes associés.

Comme pour confirmer que toutes les formes sont possibles pour cette série, Dupuy et Berberian ont pour le septième tome choisi de produire tout un album en courtes séquences d'une page, plus occasionnellement deux. Comme l'indique le titre, Jean traverse une période de stabilité. Il a temporairement résolu les questions existentielles qu'il se pose depuis toujours. Sur tous les plans, il a atteint "un certain équilibre". En conséquence, son quotidien est fait de choses plus simples et plus légères. On en revient à des anecdotes semblables à celles qu'il vivait dans le premier tome, à l'époque où il était persécuté par sa concierge. Nous le découvrons par exemple en froid avec sa boulangère ou jaloux de l'excellent relationnel qu'un autre jeune père du quartier a pu développer avec les ménagères du voisinage. Actuellement, son problème le plus aigu est de trouver une nourrice acceptable pour garder sa fille Julie.

Les auteurs en profitent pour glisser d'autres personnages sous les projecteurs, en fait ceux qui n'ont pas encore atteint ce fameux équilibre. Tout d'abord Félix, qui traverse une crise passagère d'une façon aussi infantile que nombriliste... au point qu'Eugène (le fils adoptif de Félix, qui a énormément gagné en maturité dans le peu de temps qui sépare cet album du précédent) et lui ont désormais des rapports père / fils totalement inversés (mais très comiques !). Puis Agnès, une copine de Cathy que nous découvrons dans cet album, célibataire honteuse de l'être qui court de façon avide et maladroite derrière l'idée du couple rangé, heureux, normal et stéréotypé… plus encore que derrière l'amour.

On zappe d'un personnage à l'autre, d'une anecdote à l'autre. Pour autant, cela ne forme pas un ensemble totalement discontinu : il y a une histoire globale qui progresse entre la première et la dernière page, peinte par petites touches à la manière impressionniste : il faut un peu de recul pour saisir le tableau d'ensemble.

 

 

La lecture du troisième volume de Monsieur Jean prend un éclairage tout à fait différent, si on l'accompagne de celle du Journal d'un album (édité par L'Association) : dans cet ouvrage, les deux auteurs font l'expérience assez inédite pour l'époque (et encore aujourd'hui !) d'un carnet autobiographique qui explique les circonstances et les inspirations qui ont accompagné l'écriture de Les femmes et les enfants d'abord. C'est toutefois le tome 4 de Monsieur Jean, plus poétique, plein d'une fragilité touchante et doté d'un récit à l'architecture admirable qui sera en 1999 distingué à Angoulême par le prix du meilleur album.

 

jeudi 2 juin 2005

Ce que gardent les loups

Lucy T2, de Philippe Thirault et Marc Malès (Dupuis)

 

Après Mille Visages, un western teinté de surnaturel, Thirault et Malès retournent dans l'Amérique des pionniers avec Lucy, récit en deux volumes. C'est à la fois l'histoire d'hommes frappés par cette épidémie d'un genre nouveau nommée fièvre de l'or et une romance amoureuse qui progresse au fil d'une correspondance entre Alex et Lucy. Le problème bien sûr est que celui qui signe Alex est en réalité Clyde, qui n'a jamais osé avouer qu'Alex était mort de sa folie pour le métal jaune… Il y a dans cette relation épistolaire et dans le dénouement de cette histoire des accents étonnamment shakespeariens. Quant à Marc Malès, sans atteindre la virtuosité graphique de François Boucq dans Bouncer, il fait preuve d'audace dans ses plans et dans la variété de trognes d'Américains plus burinées que nature.

dimanche 8 mai 2005

Fantaisies meurtrières, Green Manor T3

Green Manor T3, par Fabien Vehlmann et Denis Bodart (Dupuis)

 

Dans tous les clubs de Londres à l'époque victorienne, on trouve des salons feutrés où des gentlemen flegmatiques devisent autour d'un cigare ou d'un whisky. Il en va ainsi du Green Manor, qui se distingue toutefois par le penchant de ses membres pour une discipline assez peu convenable : le crime.

Avec la causticité moqueuse d'un Roald Dahl (dans ses nouvelles pour adultes, comme Kiss Kiss), Fabien Vehlmann construit des histoires en sept planches avec passage obligatoire au Green Manor, version macabre du Drones club cher à P.G. Wodehouse. Le contraste entre l'impassibilité de surface des personnages dessinés par Denis Bodart et la perversité de leurs actes produit de petites merveilles de cruauté raffinée, dans une ambiance so british !

 

dimanche 3 avril 2005

L'assassin qui parle aux oiseaux T1

de Jean-Claude Servais (Dupuis, coll. Aire Libre)

 

Après douze années de détention, Blaise Van Hoppen (surnommé Roitelet à cause de sa passion de toujours pour les oiseaux) est rendu à la liberté. Il retourne au village de son enfance, où sa mère lui a légué sa maison. L'accueil des villageois est plus que glacial : certains ont peur (car enfin, un assassin au village !),  d'autres ressentent de la colère ou de la haine… Roitelet feint l'indifférence. S'il est revenu, c'est pour retrouver les oiseaux, pour eux seulement. Le retour dans cet univers familier fait néanmoins réapparaître de vieux souvenirs, plus vifs que jamais. Pour échapper à l'hostilité de ses contemporains, Roitelet décide de s'aménager une vie d'oiseau, en construisant au sommet d'un chêne propice une cabane, comme un nid.

Depuis toujours passionné par la campagne et la nature, Servais s'est ici créé l'occasion d'intercaler dans son histoire des planches d'étude parfaitement documentées sur les oiseaux, avec des commentaires à mi-chemin entre le document animalier et la poésie libre. Comme son personnage, l'auteur a visiblement été conquis par son sujet, au point qu'un cahier d'ornithologie est prévu, en supplément au second tome à paraître à la fin de l'année, qui viendra conclure l'histoire.

L'image de la cabane au sommet d'un arbre rappelle irrésistiblement Le baron perché d'Italo Calvino. De même, la stupeur des villageois lorsqu'ils découvrent que cette cabane ne tombe pas sous le coup de l'obligation légale d'un permis de construire n'est pas sans évoquer ce gag de Gaston Lagaffe où Longtarin demande à son supérieur hiérarchique quel est la hauteur d'une interdiction de stationner…

Pas de sourire dans cette histoire de Servais : ces associations d'idées sont trompeuses. Bien sûr, cabane est un concept associé au jeu et à l'enfance, les oiseaux sont un symbole de liberté, de légèreté et d'innocence… L'auteur utilise tous ces éléments à contre-pied, pour montrer toute l'obscurité de l'âme humaine. De façon parfois caricaturale, Servais dépeint la violence gratuite des enfants, le rejet réflexe de tout ce qui est autre (dans cette Belgique rurale, le simple fait de porter un nom flamand en pays wallon peut suffire à valoir à son détenteur une certaine antipathie), l'intolérance quotidienne.

 

samedi 2 avril 2005

Les escaliers d'or, La fille du Yukon T1

La fille du Yukon T1, de Philippe Thirault et Sinisa Radovic (Dupuis)

 

Dans la série Lucy, dessinée par Malès, Thirault évoque la fièvre de l'or. Sa nouvelle saga continue dans cette veine : comme le père de Christina la refuse à Justin Woods, les deux jeunes gens ont décidé de s'enfuir et de grossir les rangs des prospecteurs qui se pressent vers le Klondike, enfer de glace situé dans le Yukon (à côté de l'Alaska, côté canadien) : c'est la célèbre ruée vers l'or, qui inspira à Charlie Chaplin un de ses films les plus fameux.

Cinq tomes sont prévus ; le premier est fort bien documenté et agréablement dessiné par Radovic. Un regret d'importance : comme si la situation n'était pas en soi assez pathétique, Thirault en rajoute des tonnes avec un accident ferroviaire, une avalanche, une petite orpheline, etc, etc. Epuisant !  Un peu moins de démesure n'aurait pas nuit.

vendredi 1 avril 2005

Central Park

par Jean-Luc Cornette et Christian Durieux (Dupuis)

 

Deux Belges, Johan Crevette et Yasmina Polaire, sont en visite à New York. Rapidement Yasmina se sent écrasée par l'immensité des buildings de Manhattan. Dans pareille situation, la solution new-yorkaise tient en deux mots : Central Park ! Le couple se rend directement au zoo du parc. Dans un bassin un ours blanc fait des longueurs. Tout à coup il prend la parole et échange avec Johan des considérations d'ordre métaphysique : "–  Tu penses que je suis coincé ici et toi pas ? Ce n'est peut-être qu'une illusion. – Cette vitre me semble bien réelle ! – Et un ours qui parle, tu crois aussi que c'est réel ?" Pendant cet échange, Yasmina disparaît. Johan se lance à sa recherche…

Dans les premières planches, jusqu'à l'arrivée à Central Park, le rythme n'y est pas, les anecdotes et plaisanteries tombent à plat… Simple retard à l'allumage : dès l'instant où l'ours prend la parole, tout prend forme et l'histoire devient très séduisante. L'univers décrit bascule en un instant. Une interprétation consisterait à d'imaginer que Johan et Yasmina ont une dispute dans ce zoo, et qu'au beau milieu de leurs vacances ils se séparent. Le choc pousserait Johan dans des divagations qui persistent pendant toute la durée de son séjour à Central Park. Mais on peut tout aussi bien considérer que le parc new-yorkais vu par Cornette et Durieux est un monde effectivement délirant, situé quelque part de l'autre côté du miroir d'Alice. Outre cet ours doué de parole, moralisateur et adepte de jogging, on y rencontre des jumelles blondes en bikini qui distribuent des rollers, des chauffeurs de taxi qui portent les noms des présidents des billets de banque... Des murs s'élèvent spontanément en barrière pour vous empêcher de quitter le parc si vous n'êtes pas prêt à affronter le vaste monde… Bref, la visite de Central Park a tout du parcours initiatique.

 

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