Tel un aventurier avide de trésors,
vous aimeriez investiguer Donjon, mais cette saga forte de 32 albums
répartis sur trois époques et cinq sous-séries vous intimide ? Pas de
panique ! En réalité, il est très simple d’entrer dans Donjon. Les entrées
sont multiples. C’est en sortir qui est difficile. Une sorte de boulimie de
lecture touche ceux qui s’y aventurent…
Donjon est né en 1998 d’une envie commune à Joann Sfar et
Lewis Trondheim de réaliser un livre ensemble. A contre-pied des épopées
d’Heroic Fantasy, le genre le plus à la mode à l’époque, les personnages de
Donjon sont tous des
anti-héros. Ils sont lâches, maladroits, pingres ou bornés, voire
profondément idiots, mais terriblement attachants. L’imaginaire débridé de
Sfar, allié à l’humour de Trondheim et leur goût mutuel du défi font recette.
Rapidement, une extension est donnée à la série centrale (rebaptisée Zénith). C’est Crépuscule, d’ambiance plus sombre, dont les tomes portent des
numéros qui commencent à 100. Pour équilibrer l’édifice, les auteurs composent
également des histoires qui se déroulent cent tomes avant (au niveau -99), et évoquent la jeunesse du
Gardien du donjon. A ce stade, il devenait difficile aux deux co-scénaristes de
tout dessiner, ils firent donc
appel à Christophe Blain pour s’occuper de cette troisième époque, nommée
Potron-minet.
Puis Manu Larcenet sera chargé de dessiner
des épisodes comiques one-shot situés dans une sorte de temps parallèle sans
conséquence sur les trois sagas : c’est Donjon Parade (cinq épisodes à ce jour, dont
Technique Grogro, qui fait partie
de la sélection officielle du festival d’Angoulême 2008). A partir de là, les
personnages étant déjà croqués par quatre dessinateurs, la série acquiert une
dimension expérimentale : différents auteurs sont invités à réaliser un
album chacun, pour porter les projecteurs sur un personnage secondaire qui
devient, l’espace d’un Donjon
Monsters, personnage principal. Mazan ouvre le bal en 2001, suivi par
Menu, Andreas, Blanquet… et Bézian, Stanislas et Nicolas Kéramidas pour les
plus récents. Trondheim et Sfar s’autorisent toutes les audaces, changeant de
ton à chaque album, passant du comique au tragique, du régressif à
l’introspection ; ils multiplient les morceaux de bravoure, par exemple en
racontant un même moment exceptionnel (l’explosion de Terra Amata) vécu par
trois personnages différents, dans trois albums.
Comme si la routine risquait de s’abattre
sur la saga, un certain Marcel Marcel (de son vrai nom Wandrille Leroy,
co-fondateur des éditions Warum), décida, avec la complicité de dessinateurs
issus de la blogosphère, de s’approprier l’univers Donjon, en créant des
planches inédites extraites d’albums fictifs : l’extension Donjon Pirate était née, à découvrir sur
http://donjonpirate.free.fr/. Ah,
ces jeunes ! Ils ne respectent rien !