Le roi du monde T1, par François Corteggiani et Dominique Cébé (Glénat, coll. La loge noire)

 

Bastien Larkos, expert en géographie imaginaire, a reçu des documents intrigants par la poste : en 1920, dans une boutique d'antiquités de Sibérie Orientale, un Arménien récupère une icône mystérieuse. Il n'est pas le seul à la convoiter : un groupe de tchékistes se lance à sa poursuite et l'homme ne doit son salut qu'à l'intervention salvatrice d'un conducteur d'automobile. Sans lui laisser le temps de savourer sa victoire, l'automobiliste abat son passager, lui dérobe l'icône, la contemple un court instant… et perd la raison. Il est retrouvé errant dans le désert de Gobi puis confié aux bons soins des moines de Wang Segong. Ces derniers lui tranchent la langue pour qu'il ne puisse répéter ce qu'il a vu. Mais qu'avait-il donc vu ?

Et surtout, qui a envoyé ces documents à Larkos ? Cette question au moins trouve rapidement une réponse : Athanase Girovagui, vieil homme cynique, qui déclare avoir bien connu le grand-père de Bastien. Il lui remet une nouvelle pile de documents, parmi lesquels une bande dessinée intitulée "Les aventures de Marko le petit prince", qui pourrait bien être la clef du mystère…

Cette BD dans la BD et leurs interactions, voilà l'idée la plus sympathique de cet album très sagement dessiné dans un style ligne claire particulièrement classique. Pour le reste… Corteggiani s'amuse à construire des châteaux de cartes avec des tarots divinatoires : on ne comprend pas grand-chose. Chaque réponse est remplacée par deux questions plus ardues. Résignons-nous à accepter la mise en place méthodique d'une intrigue qui s'annonce complexe. On sourira en constatant la fréquence des suspenses de bas de page, vieille technique pas dénuée d'efficacité. On pourra aussi s'amuser à décrypter les nombreuses références à d'autres bandes dessinées (certaines sont évidentes : l'errance du meurtrier de l'Arménien dans le désert est un clin d'œil à E.P. Jacobs). Réminiscence ? Impossible : « Il n'y a pas de hasard… il n'y a que des expériences »

paru dans Bédéka #2