Le douzième volume
d’Aquablue s’intitule Retour aux sources. C’est bien
trouvé : Nao retourne sur Aquablue, pour un cycle long, et c’est un
nouveau tandem, Régis Hautière et Reno, qui vient ressourcer ce space
opera de référence…
Aquablue, série créée
en 1987 par Thierry Cailleteau et Olivier Vatine, raconte l’histoire de Nao,
naufragé de l’espace alors qu’il n’était qu’un nourrisson, élevé par le
robot-nurse Cybot et finalement adopté par les pacifiques habitants à peau
bleue d’une planète aquatique. Tout se passerait pour le mieux dans ce meilleur
des mondes, si un consortium terrestre ne venait piller l’énergie de cette
planète, la condamnant à une ère glaciaire sans se soucier des autochtones. La
résistance locale s’organise, mais que peuvent des harpons contre la
technologie des humains ? Action ébouriffée, allégorie anticolonialiste,
malgré les années Aquablue n’a pas pris une ride. Les similitudes
relevées par les spectateurs entre cette saga et le film Avatar de
James Cameron, en prouvent l’universalité.
Aquabluettes
Après le premier cycle, dont le
cinquième volume est dessiné par Tota, Cailleteau compose trois diptyques dans
lesquels Nao joue les redresseurs de tort à l’échelle de la galaxie :
Etoile blanche en 1994-1996, lui permet de retrouver l’assassin de ses
parents. Fondation Aquablue, en 2001, est un hommage réussi au
Monde perdu de Conan Doyle. Dessinés par Siro, Le Baiser
d’Arakh (2004) et La Forteresse de sable (2006) livrent une
intrigue très hollywoodienne sur fond d’archéologie exotique et de mysticisme
arachnophile. Ce dernier cycle déçoit les fans qui regrettent que le
fantastique prenne le pas sur la science-fiction.
Du bleu dans les aïeux
Invités à reprendre la série,
Régis Hautière et Reno referment l’Odyssée volontaire de Nao. Fini, les
diptyques, direction Aquablue pour un retour à Ithaque (enfin, Ouvéa). Environ
dix ans se sont écoulés depuis le cycle précédent, c’est donc un Nao plus
mature qui revient poser ses valises sur la planète hyperbleue et y retrouver
femme et fils. Son équipe vient de découvrir, caché depuis 200 000 ans
sous les glaces de l’Antarctique, le vaisseau en provenance d’Aquablue qui
avait atterri sur Terre. Le fidèle professeur Dupré voudrait installer une
mission sur Aquablue pour vérifier une hypothèse : il suspecte que de
nombreuses espèces terrestres, animales comme végétales, se sont hybridées avec
les espèces importées par ce vaisseau de colons. Encore faut-il que les chefs
de tribu acceptent cette présence, car le précédent contact avec les Terriens
leur a laissé un souvenir plutôt douloureux…
INTERVIEW :
Comment la série
Aquablue est-elle arrivée entre vos mains ?
Régis
Hautière : Guy Delcourt m’a téléphoné en juin 2010 pour me
proposer de reprendre la série. Il avait déjà récupéré une partie de l’univers,
car Olivier Vatine lui avait cédé ses droits depuis quelques années. Thierry
Cailleteau a voulu à son tour céder ses droits. Je n’ai pas hésité plus de deux
secondes : Aquablue est une des séries qui m’avaient fait revenir à la
bande dessinée, après avoir arrêté d’en lire entre 16 et 20 ans. J’ai rédigé
une note d’intention que j’ai envoyée deux semaines plus tard, pour expliquer
ce vers quoi je voulais amener la série. À partir de là, ils ont cherché un
dessinateur.
Reno :
Pour moi, tout à commencé il y a six ans. À l’époque Thierry Cailleteau avait
envisagé un spin-off avec le fils de Nao sur Aquablue, tandis que Nao vivrait
des aventures spatiales dans le contexte de sa Fondation. Moi je
commençais la série Valmont. Mais en voyant mon style, sachant que
j'étais fan de la série et que j'avais des affinités avec la science-fiction,
Thierry Joor [NDLR : responsable éditorial chez Delcourt] m'a proposé de
faire des essais. J'ai réalisé une quinzaine d’esquisses de bestioles et de
personnages… Ça lui avait plu, ainsi qu’à Olivier Vatine mais finalement ça ne
s'est pas fait à l'époque. Et puis, surprise !, il y a un an, Thierry Joor
me recontacte pour me proposer de dessiner le tome 12. J'étais emballé, j'ai
fait des essais très vite. Au départ, Guy Delcourt a émis quelques réticences
parce que mon style lui paraissait trop différent de ce qu’avaient proposé
Vatine, Tota et Siro, tous les trois plus dans une tendance comics, alors que
mon dessin a des influences plus métissées : un peu d’animation, un peu de
franco-belge, un peu de manga et une technique plus peinte… Mais nous avons
trouvé un terrain d’entente.
Une série déjà
existante, cela signifie plus de contraintes que sur un projet que vous auriez
initié vous-mêmes ?
RH : il y
a des contraintes avec tous les projets. Sur un projet avec une dominante
historique, il faut respecter les dates et les costumes…
Reno : Je
l'ai pris exactement comme ça : au lieu d'avoir une documentation historique,
pour cette reprise la documentation était constituée des albums précédents.
Tout l'univers est là, il faut piocher dedans. Mais on ne peut pas parler de
cahier des charges, on a vraiment eu carte blanche.
Thierry Cailleteau
ayant cédé ses droits, est-il intervenu dans la conception ou la supervision de
l’album ?
RH : Non,
pas du tout. Il est curieux de découvrir les nouveaux albums, mais il ne
voulait pas y participer. Il lu les planches achevées, et nous a tout de même
conseillé de conserver à Cybot sa façon particulière de s’exprimer, avec les
onomatopées un peu déglinguées.
Reno :
Cybot est un personnage qui a beaucoup changé de taille et de forme, entre les
différents dessinateurs. On l’a vu en robot très cartoon avec des bras presque
souples. Je lui ai rendu une apparence plus technique. Je l’ai modélisé en 3D,
pour que son apparence ne varie pas pendant les cinq tomes de l’histoire.
Après trois diptyques
de voyages, vous faites revenir Nao sur Aquablue …
RH :
Quand j’ai écrit l’histoire, je suis parti de mes frustrations de lecteur. Ce
que j’adorais dans Aquablue, c’était la planète en elle-même et ses
habitants, qu’on ne voyait plus ensuite. J’avais envie aussi de retrouver le
Nao des origines, le gamin qui a été élevé sur une planète sauvage. Thierry
Cailleteau n’avait plus envie d’explorer ce monde là, il voulait développer
d’autres idées qu’il avait en tête, nous c’est l’inverse. Même l’île d’Ouvéa,
qui est l’île principale de la planète n’est pas explorée dans le premier
cycle… C’est ce qu’on va s’amuser à faire.
À dix ans, Ylo, le fils
de Nao, est bleu comme sa mère, alors qu’à sa naissance, c’était un bébé tout
blanc et blond…
RH : Ah,
sans doute un effet de la puberté ! Pour moi, le fils de Mi-Nuee doit
avoir la peau bleue, même si à sa naissance c’était un petit blond à la peau
blanche. Reno avait commencé à dessiner Ylo avec une pigmentation mixte, pour
montrer que sa couleur bleue lui venait de façon progressive, mais ça ne
rendait pas très bien et du coup, on a préféré laisser tomber.
Aquablue était
remarquable pour ses personnages de femmes très violentes et
sanguinaires : la tante de Nao, l’organisatrice de safari, Marachna… C’est
une piste que vous allez explorer ?
RH : Euh,
ce n’était pas prévu, mais maintenant que vous le dites…