Les chercheurs de Trésor T2, de David B. (Dargaud, coll. Poisson Pilote)
Schéhérazade a raconté durant mille et une nuits d'innombrables légendes de l'Orient mystérieux. Nombre d'entre elles se déroulaient sous le règne du mythique calife Haroun Al Rachid, dans sa capitale Bagdad la merveilleuse. Mais il est une histoire de cette même époque que seul David B. pouvait nous rapporter : celle des Chercheurs de Trésor.
Sept hommes valeureux se sont assemblés en confrérie. Pourtant leurs métiers et leurs religions les opposent : il y a un bourreau juif, un voleur chiite, un derviche kurde, un chevalier sunnite, un marchand hérétique, un forgeron adorateur de l’esprit du feu et un médecin chrétien. Leur but commun : trouver des trésors. Quand l'Hérétique avoue s'être fait voler son ombre par les Dîvs (des créatures de cauchemar), les compagnons décident de chercher ce trésor. Le bourreau découvre que le maître des Dîvs n'est autre que le Prophète voilé, que chacun croyait mort dix ans plus tôt. Avide de pouvoir et puissant magicien, le Prophète voilé déploie sur Bagdad une nuit artificielle qui avale toute lumière environnante. Devant l'étrangeté du phénomène, les chercheurs de trésor préfèrent se replier… à l'exception du bourreau qui se lance à corps perdu dans l'obscurité pour essayer d'y retrouver la femme qu'il aime : la princesse Diya, favorite du Calife.
Perdu dans "la" ténèbre (la mère de tout ce qui est noir, nuit et obscurité), convaincu que sa bien-aimée n'est plus de ce monde, le bourreau broie du noir ! Il appelle sur lui Azraël l'ange de la mort pour le délivrer de son existence. Le démon apparaît mais rejette sa demande : "ton heure n'est pas encore venue"… Ses révélations rendent au bourreau sa combativité : le Prophète voilé s'est dissimulé dans l'ombre d'Azraël, un lieu où celui qui pénètre "perd la vie, mais échappe à la mort". Azraël propose aussi au bourreau un chemin pour sortir de cette nuit éternelle : marcher sur le fil de son épée, jusqu'à la lumière... A ce même moment, dans un coin de la ville épargné par la ténèbre, les autres chercheurs de trésor commencent à pleurer leur compagnon. Au harem, Diya reçoit la visite du Prophète maudit, qui veut dérober son ombre et celle de son fils Nasir… Dans l'armée du Calife, formée de légions d'origines diverses, une guerre fratricide se déclare…
David B. est un conteur extraordinaire. Son inspiration puise à la fois dans un imaginaire personnel très fort, mais aussi dans tous les réservoirs oniriques disponibles : légendes, mythologie, religion, Histoire, littérature... auxquels il emprunte, qu'il sait magnifier et mettre en interrelation dans des histoires toujours très subtiles. Qu'il nous emmène dans un Japon médiéval (Le Tengû carré), dans des univers western (Hiram Lowatt & Placido), chez des pirates improbables (Le capitaine écarlate) ou pour le présent album, dans un Moyen-Orient légendaire et envoûtant, David B. est toujours passionnant.
Les chercheurs de trésor est avec La lecture des ruines, la seule série dessinée par David B. qui soit imprimée en quadrichromie. Mais loin de banaliser son dessin très personnel, l'utilisation de couleurs pures en grand aplats sans trames ni demi-teintes, la juxtaposition fréquente de couleurs opposées pour accentuer les contrastes (les yeux d'Azraël en vert et rouge par exemple), renforcent la dimension surnaturelle de l'histoire. La construction très particulière de ses planches fait aussi partie des éléments distinctifs de cet auteur. Il n'hésite pas à utiliser tout l'espace de la planche pour représenter des scènes de bataille, avec des ruptures de perspective qui suggèrent des cases virtuelles. Ajoutons à cela un dessin qui semble gagner en lisibilité et en efficacité à chaque album et par-dessus tout, un scénario mystérieux à souhait… Les amateurs de beaux albums, qui à leur manière sont eux-mêmes des chercheurs de trésor, trouveront dans cette saga une cible de choix.
