Le briographe

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Tag - Dargaud

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samedi 2 septembre 2006

Le long voyage de Léna

de Pierre Christin et André Juillard (Dargaud)

 

 

De l’ex-RDA à la Turquie en passant par différents pays de ce qu’on appelait autrefois le bloc soviétique, Léna est chargée d’apporter quelques objets d’apparence anodine à des conspirateurs, d’anciens apparatchiks du Parti qui n’ont pas baissé les armes. Discrétion oblige, la convoyeuse a reçu pour consigne de ne jamais utiliser ni carte bancaire, ni téléphone cellulaire et de ne pas voyager par avion. D’où une certaine lenteur dans les déplacements. Quelles sont les motivations de Léna ? Et à quoi participe t-elle, au juste ?

 

Pour Enki Bilal, Pierre Christin avait composé des récits politiques pleins de tumulte et de fureur : Les phalanges de l’ordre noir ou Partie de chasse. A l’opposé, Le voyage de Léna est le thriller le moins hollywoodien qu’on puisse imaginer. On n’y trouve pas d’armes, à peine une scène d’action et encore, au dénouement. La douceur du trait d’André Juillard, renforcée par des couleurs vives, ferait presque passer cette odyssée tranquille pour un voyage d’agrément.  Pourtant il se dégage de cette intrigue qui ne cherche pas le spectaculaire un rare sentiment d’authenticité. Pour leur première collaboration, les deux auteurs se montrent à la hauteur de leur réputation.

 

jeudi 8 septembre 2005

Le paradis terrestre, Le chat du rabbin T4

Le chat du rabbin T4, par Joann Sfar (Dargaud, coll. Poisson Pilote)

 

"Mourir, la belle affaire. Mais vieillir, ah ! Vieillir…" chantait Jacques Brel. Cette chanson pourrait être celle du Malka des lions, légende vivante mais vieillissante en pleine crise de spleen dans l'Algérie des années 1950 : son lion aussi vieux que lui n'effraie plus grand monde, et lui-même est désormais plus souvent respecté qu'admiré. Alors il y a bien sûr le serpent, animal éternellement tentateur, qui propose de leur offrir une mort rapide, en toute amitié… Le chat, qui observe tout cela, a bien sûr une idée sur la question ; il ne lui manque que la parole !


Parmi l'œuvre foisonnante de Sfar, pourquoi est-ce Le chat du rabbin qui mobilise le plus de lecteurs ? Cette série ne contient pas plus de philosophie ou de poésie que Le minuscule mousquetaire. Elle n'est pas plus habitée par la religion que Les olives noires. Elle est moins intimiste que les Carnets, moins littéraire que L'homme-arbre. Alors pourquoi cet engouement particulier et souvent exclusif, qu'a-t-elle que les autres livres de Sfar n'ont pas ?


Cette série possède peut-être justement des qualités variées dans un équilibre esthétique difficile à atteindre. Elle instruit sans donner de leçon, elle prêche l'amour et la tolérance mais ne fait pas la morale, le tout sur un ton dilettante et débonnaire qui n'exclut pas quelques contradictions, à l'image des chats. Ou peut-être cette série touche t-elle un public plus important parce qu'elle se situe dans un monde connu et presque contemporain, plus facile à s'approprier que les théâtres oniriques que l'auteur raconte ailleurs.

mercredi 7 septembre 2005

Le jardin secret, La danseuse du temps T1

La danseuse du temps T1, par Jee-Yun Thot, Jung Henin et Illona (Dargaud)

 

Ryu s'occupe de sa jeune sœur Shu depuis la mort de leurs parents. Il est très protecteur, mais cette fois il a besoin de vacances au calme, pour faire le point et se retrouver. Une agence de voyage lui conseille une île volcanique à l'écart des circuits touristiques traditionnels, réputée pour son sanctuaire qu'on prétend interdit aux hommes... Vieilles légendes que tout cela ! L'endroit pullule de statues magnifiques, dont celle d'une jeune femme dont Ryu tombe éperdument amoureux…

Le thème de cette histoire, quoique transposé dans le Japon contemporain, semble inspiré peu ou prou par L'Atlantide de Pierre Benoît, où une reine éternelle rendait fous d'amours les aventuriers qui parvenaient jusqu'à elle, puis les faisait embaumer. Toute l'astuce du premier tome de ce triptyque est de nous faire croire au départ qu'il s'agira de l'histoire d'un jeune homme un peu trop paternaliste avec sa sœur… alors qu'en définitive, Ryu se retrouve assez rapidement hors course et c'est précisément la fragile jeune sœur qui, hantée par des rêves récurrents où son frère l'appelle au secours, va remuer ciel et terre pour le sauver.  Après le superbe Kwaïdan qui se déroulait dans le Japon médiéval, Jee-Yun et Jung dépeignent un monde moderne où l'on a tort de ne pas accorder plus d'importance aux vieilles légendes. Le dessin est réalisé par Illona, une dessinatrice qui signe ici son premier album avec un graphisme léger et tout en sensualité. A noter, les planches originales de cet album seront exposées à la Fnac de Tours, du 17 septembre au 8 octobre.

 

lundi 5 septembre 2005

Tajna policja, Al'Togo T3

Al'Togo T3, par Jean David Morvan et Sylvain Savoïa (Dargaud)

 

Depuis le référendum sur l'Europe, on ne sait plus si la série Al'Togo se situe dans un futur proche ou dans une uchronie… On y compte pas moins de 28 pays membres, une monnaie unique et même une force d'intervention souveraine pour les affaires transnationales : l'Europolice, sorte de FBI à l'européenne. Albertus M'Natogo dit Al'Togo, policier français d'origine africaine, vient d'y être affecté. Pas le temps de prendre ses marques : le nouvel Euroflic est mis au bain immédiatement. En guise de bienvenue, ce sera une affaire d'enlèvement d'enfants en France, puis une alerte terroriste à la bombe toxique en gare de Bruxelles. Dans le troisième tome, la section EO6 se met en chasse d'un gang paramilitaire spécialisé dans l'attaque à grand spectacle de fourgons de transports de fonds. Un vieil ami de Zloty (le chef de section) l'a mis sur leur piste : direction la Pologne !

Le concept de la série est à la fois limpide et efficace : des one-shots policiers d'action débridée, reliés entre eux par un mince fil directeur (Al'Togo cache quelque chose à ses collègues…), se déroulent dans un pays européen différent à chaque fois. Pour cet opus polonais, Sylvain Savoia est en terrain graphique familier : en juin dernier paraissait Marzi – Petite carpe (chez Dupuis), où l'auteur met en images les souvenirs de l'enfance "de l'autre côté du rideau de fer" de son amie Marzena Sowa. En comparant les deux albums, on comprend assez bien les nostalgiques de l'ancien régime : la Pologne de Marzi était autrement plus sympathique que l'austère pays décrit ici…

 

jeudi 1 septembre 2005

La maison de pénitence, La voleuse du Père-Fauteuil T3

La voleuse du Père-Fauteuil T3, par Eric Omond et Yoann (Dargaud, coll. Poisson Pilote)

 

Servi par le graphisme original et survolté de Yoann, voici un récit d'aventure qui pour une fois est moins influencé par le cinéma que par les feuilletons du XIXe siècle (dont Les mystères de Paris d'Eugène Sue). On croise ici des justiciers nocturnes, des politiciens dévoyés, toute une société de l'ombre qui parle argot en rêvant d'anarchie et même des savants fous… Car rien ne va plus au Navarin, cette république d'opérette dont la capitale évoque Paris à la fin du XIXe siècle. Les ultra-passéistes s'organisent en milices ; ils mènent une propagande acharnée à l'encontre de tous leurs opposants politiques, y compris le président Rouflaquet que leurs accusations conduisent en prison. Au dehors, la Voleuse du Père-Fauteuil et l'Homme-Mystère veillent… mais que peuvent deux individus (même super-héroïques) quand tout un pays bascule dans la folie ?

A première vue, la mise en page paraît très sobre : chaque page est découpée en trois cases allongées, abondamment dotées en récitatifs (les commentaires off de l'héroïne) et en bulles de dialogues. Ce procédé permet pourtant aux auteurs d'inventer des recettes narratives inédites : des dialogues entre la voix off et un personnage (p.29), l'enlèvement d'Andrée raconté par Gisèle d'une façon particulièrement étonnante (p.10 à 13) ou au contraire quelques pages d'action intense mais muette (p. 20 à 22) interrompues par un laconique "bon, c'est pas tout ça…".

La nouveauté exige toujours un temps d'adaptation ; d'abord dérouté, le lecteur persévérant sera vite conquis !

 

vendredi 8 juillet 2005

L'autre, Bételgeuse T5

Bételgeuse T5, de Léo (Dargaud)

 

Mantrisse : reloaded
Du vaisseau de colons partis explorer Bételgeuse-6, planète aux caractéristiques similaires à celles de la Terre ou d'Aldébaran-4 (exception toutefois pour la faible proportion d'océans), il ne reste que quelques survivants : l'ordinateur de bord est devenu fou, provoquant la mort des 7000 passagers encore sous hibernation. Seule l'équipe qui était partie explorer la planète a survécu. Elle s'est divisée en deux clans : les premiers mettent en route un programme de colonisation des lieux, avec planification des naissances et brassage génétique obligatoire. Les seconds, moins nombreux, étudient l'écosystème et défendent l'idée qu'entre toutes les espèces animales qui peuplent la planète, les Iums, une espèce de pandas arboricoles très agiles, sont évolués et disposent d'une intelligence supérieure. Ce qui, selon la charte des Nations Unies du 22e siècle interdit aux humains de coloniser cette planète.

Abandonnons les explications générales sur la série pour en venir aux points clés du nouvel album. Que les lecteurs qui n'ont pas encore eu la chance de découvrir ce chef d'œuvre de la science-fiction retournent en toute confiance à la case départ, c'est-à-dire au premier tome d'Aldébaran. Veinards : deux cycles complets à découvrir sans devoir patienter entre chaque album… Dépaysement et émerveillement garantis, pour peu que vous ne soyez pas hostile à une science-fiction assez douce, plus fondée sur la rencontre avec des espèces animales extraterrestres tour à tour féeriques ou inquiétantes (mais toujours exotiques) que sur des affrontement techno ou space opéra. Ce qui, vous le découvrirez rapidement, n'empêche pas une action soutenue.

Le lecteur qui, pour sa part, a suivi l'aventure aborde forcément sa lecture l'esprit rempli d'interrogations : allons-nous enfin découvrir ce qu'est la mantrisse, pourquoi elle accorde l'immortalité à certains êtres humains et quels sont sa vraie nature et son but ? L'auteur nous révèle t-il le lien qui unit Aldébaran-4 et Bételgeuse-6 ? S'est-il souvenu qu'il avait laissé un certain nombre de questions en attente depuis la fin du premier cycle ? En saurons-nous plus sur cet humanoïde furtivement aperçu en train de chevaucher tranquillement la mantrisse de Bételgeuse, dans le tome 4 ? Faire durer plus longtemps le suspense ne serait que cruauté. D'autant que, nous sommes en mesure de vous l'annoncer sans autre digression : à toutes ces questions, la réponse est oui ! L'autre est un album de révélations, nombreuses, éclairantes et très logiques. Ce qui confirme tout le bien que nous pouvions penser de la série. Nous serons donc au rendez-vous pour Antarès, le troisième cycle des Mondes d'Aldébaran.

 

 

Né au Brésil en 1944, Léo s'installe à Paris en 1981. La rencontre décisive avec le scénariste Rodolphe offrira à Léo son premier succès avec Trent, un western dont le héros principal est un officier de la police montée canadienne.

 

Bibliographie de Léo

 

Aldébaran :

1- La catastrophe (1994)

2- La blonde (1995)

3- La photo (1996)

4- Le groupe (1997)

5- La créature (1998)

 

Bételgeuse :

1- La Planète (2000)

2- Les Survivants (2001)

3- L'expédition (2002)

4- Les cavernes (2003)

5- L'autre (2005)

 

Trent (scénario de Rodolphe)

1- L'homme mort (1991)

2- Le Kid (1992)

3- Quand s'allument les lampes (1993)

4- La vallée de la peur (1995)

5- Wild Bill (1996)

6- Le pays sans soleil (1998)

7- Miss (1999)

8- Petit Trent (2000)

 

Kenya (scénario de Rodolphe)

1- Apparitions (2001)

2- Rencontres (2003)

3- Aberrations (2004)

 

Dexter London (scénario pour Sergio Garcia)

1- Aventurier professionnel (2002)

2- La traversée du désert (2003)

 

jeudi 7 juillet 2005

Mercenaires princiers, Narvalo T1

Narvalo T1, par Erik Juszezak et Yann (Dargaud)

 

Narvalo et son équipe de mercenaires de choc sont engagés par la principauté du Zeeland pour assurer sa défense et celle d'Akim Cey, prince autoproclamé de l'endroit, une sorte de plateforme off-shore au large des eaux territoriales néerlandaises. Refuge et paradis fiscal pour un certain nombre de sociétés, le Zeeland se prépare à faire face aux assauts musclés de différentes puissances à qui son existence pose problème...

A première vue, Narvalo s'inscrit dans la grande tradition des séries d'aventures à grand spectacle façon James Bond : scènes d'action explosives, un soupçon de complot, jolies filles et gros flingues. Sauf qu'on est à deux doigts d'échapper à ce modèle. Il y a un moment étonnant, où le prince du Zeeland exige que les mercenaires abandonnent leur artillerie habituelle au profit d'armes non mortelles, comme par exemple un fusil à colle qui se contente d'immobiliser sa victime ou ce canon sonique capable d'assommer un bœuf. Quoi, la fin des tueries dans les séries d'espionnage ? Un court instant, le lecteur se souvient qu'en 1956 le génial Franquin avait initié cette démarche avec l'invention du métomol, idéale arme anti-armes présentée dans Le dictateur et le champignon (Spirou tome 7)… Yann n'est pas Franquin. Il dissipe rapidement le malentendu : unanimes, les combattants de cette histoire reprennent leurs armes conventionnelles (tellement plus efficaces) avec une moue dédaigneuse. Ouf, le bain de sang traditionnel pourra finalement avoir lieu, il nous est promis pour la suite et fin de ce diptyque.

On trouve donc dans Narvalo ce qu'on peut y attendre et quelques idées amusantes pour pimenter le récit. Le dessin de Juszezak et les couleurs de Chagnaud sont parfaitement exécutés, irréprochables. Le rythme est au rendez-vous, l'action et le suspense aussi. Qu'on parle du personnage ou de la série : à défaut d'être humaniste, Narvalo est efficace.

 

mercredi 4 mai 2005

Anja, Vénus H. T1

Vénus H. T1, par Jean Dufaux et Renaud (Dargaud)

 

Racoleur, le principe de la nouvelle série imaginée par Jean Dufaux ? A priori on pourrait le croire : Vénus H. est une agence de call girls, dirigée avec fermeté par la mystérieuse "Mademoiselle". Chaque album est une histoire complète qui met en scène une des employées de l'agence, belle demoiselle à l'affection négociable. Le second tome, déjà annoncé, nous fera suivre Miaki. Mais tout d'abord, voici Anja, la Norvégienne.

Dès la seconde phrase, nous sommes prévenus : Anja va mourir. Pourquoi, comment ? Tout commence au jardin du Luxembourg. Anja est recrutée pour une mission qui est tout à fait dans ses cordes. On lui demande de séduire Jacques Audry, juge d'instruction zélé, devenu gênant. Audry a constitué un dossier accablant qui devrait lui permettre "faire tomber" une personnalité politique de premier rang impliquée dans des malversations sulfureuses. En plaçant le magistrat au cœur d'une affaire de mœurs et de prostitution, les commanditaires espèrent bien freiner ses ardeurs… Bien entendu, rien ne se passera comme prévu !

Difficile de parler de charme ou d'érotisme à propos de cet album, malgré les scènes de nudité. L'amour, celui qu'on vend ou celui qu'on offre, est un thème au cœur de la série. Le désir est un simple outil de pouvoir. Mais avant tout, c'est de manipulation qu'il s'agit : manipulation des sentiments et des êtres eux-mêmes.

Quels que soient le glamour d'Anja, sa distinction ou sa culture… elle est l'employée d'un réseau de prostitution, avec ses règles implacables, ses hommes de main et toute sa hiérarchie de maquereaux sinistres et menaçants. Avec aussi des rappels à l'ordre au moindre écart de conduite. Sois belle, mais surtout sois disciplinée et soumise, sinon ce sera un passage à "la guérite", lieu redouté des employées de Vénus H. où "on" les remet dans le droit chemin, en employant la manière forte. Le moins qu'on puisse dire est que la prostitution n'est pas traitée ici avec frivolité. La rédemption est-elle possible dans cet univers ? Est-il possible de sortir du réseau ? C'est paraît-il une question d'argent, mais aussi une affaire de principes.

Anja est un polar inquiétant et sordide sur fond de magouilles politiques. Il y flotte une sorte d'angoisse diffuse, une ambiance de méfiance et de malaise parfaitement gérée par Jean Dufaux et impeccablement mise en images par Renaud. Pour ce dernier, il faut signaler que la série apporte comme un renouveau : habitué à dessiner l'Amérique de Jessica Blandy, le voici dans un univers parisien. Il en profite aussi pour s'essayer aux couleurs directes, de façon d'ailleurs convaincante.

Ombres à ce tableau, le dénouement et l'épilogue de cet album font un peu "fabriqués" et laissent le lecteur sur une moue dubitative.

 

jeudi 7 avril 2005

Century Club, W.E.S.T T2

W.E.S.T T2, de Xavier Dorison, Fabien Nury et Christian Rossi (Dargaud)

 

Au tout début du XXe siècle, différents hommes de pouvoir américains sont pris d'une étrange folie meurtrière, à laquelle ils ne survivent pas. Chaque fois, le criminel porte au visage ou sur la main un signe en forme d'étoile, qui disparaît peu après. Qui manipule et décime ainsi les élites de la nation ? Dans quel but ? Pour le découvrir, une agence clandestine est formée. Nom de code : W.E.S.T., l'acronyme de Weird Enforcement Special Team. Sous la direction de Morton Chapel, grand spécialiste en armes et investigateur aguerri, Angel Sawaje, un indien exorciste, le tireur d'élite Bishop et Bart, colosse à la force herculéenne allient leurs talents. Leurs compétences seront bien utiles : il flotte un lourd parfum de paranormal dans ce qui semble être une conspiration à l'encontre du candidat favori dans la course à la Maison Blanche, Théodore Roosevelt soi-même.

Quand le scénariste du Troisième testament et de Sanctuaire écrit à quatre mains avec celui de Je suis Légion,quand leur histoire est mise en images par le dessinateur de Jim Cutlass… cela donne une série à grand spectacle, dans la plus pure tradition de l'aventure. Le schéma narratif est comparable à celui du début de La ligue des gentlemen extraordinaires. On retrouve d'ailleurs dans W.E.S.T. ce mélange fertile de mystère, d'action, de politique et de fantastique, avec un récit qui maintient en permanence un haut niveau de suspense. Les compétences respectives des différents personnages sont ici dévoilées petit à petit et il n'y a pas forcément de rivalités entre les membres de l'équipe. Cela étant les auteurs laissent entrevoir chez certains personnages une part d'ombre parfois abyssale. Chapel est imperturbable face au danger… ce qui ne fait que refléter son peu d'attrait pour la vie. Dans ce premier cycle très dense, les auteurs ont su jeter des appâts qui déjà appellent d'autres histoires…

 

jeudi 3 février 2005

Charmes fous

par Eric Corbeyran et Olivier Balez (Dargaud)

 

Sébastien Dugroin, dirigeant d'une modeste agence publicitaire (Dugroin ! Une agence qui a du pif !) débarque au village de son père qui vient d'être la victime d'un accident de voiture, pour les obsèques. Obligé de rester sur place pour régler quelques affaires, Dugroin ne tarde pas à découvrir de nombreux artéfacts de magie noire dans la maison : une poupée entourée de barbelés, un collier de plumes sous le lit, un cœur planté de clous, etc. Comme si tout le village s'était ligué contre Dugroin père pour l'ensorceler. Mais alors… Se pourrait-il que son accident de voiture ait été provoqué ?

Après Le village qui s'amenuise il y a un an, Olivier Balez et Eric Corbeyran nous proposent un nouveau one-shot en univers rural. Cette fois, il s'agit moins de railler le bon sens paysan et les querelles de voisinage que de montrer comment des Parisiens tendance bobo se dépatouillent, perdus dans une cambrousse renfrognée remplie d'autochtones superstitieux et peu disposés à coopérer. Qui sort gagnant de ce match ville contre campagne ? Personne ! Tout le monde se rend ridicule : les villageois aigres qui règlent leurs différents en utilisant les service d'un rebouteux comme on va chez le coiffeur ; ce fils qui enterre son père avec un caméscope au poing et regrette quelque jours plus tard leurs non-relations, comme s'il avait "usé son forfait sans communiquer".

Pour toutes les explications théoriques sur la sorcellerie, Olivier Balez troque son style réaliste (et fantasque) contre des schémas et des symboles non dénués de comique. Les auteurs rappellent qu'un Français sur deux croit dur comme fer à la magie noire. Voulaient-ils par cet artifice éviter d'aggraver cette statistique ? En tout cas, cela a pour conséquence d'éviter à l'album une ambiance

marquée par le fantastique. On est plus dans une chronique sociale, sarcastique et divertissante.

 

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