Le briographe

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samedi 14 novembre 2009

Quand est-ce Concombre ?

Il est né le premier avril 1965, mais ce n’est pas un poisson. Ni un oiseau. Ni Superman. C’est le légume anthropomorphe le plus célèbre de toute la bande dessinée : le Concombre masqué, ou le portrait en cucurbitacée de Nikita Mandryka.

 

 

Le Concombre masqué et son ami Chourave habitent un cactus-blockhaus (1), « à l’endroit où ailleurs signifie ici », au bout du monde, dans le désert de la Folie douce. C’est un univers absurde et délirant, où il ne fait pas bon s’exprimer par métaphores, car elles ont tendance à devenir littérales. On peut, par exemple, assister à un coucher de soleil : l’astre solaire a une hygiène irréprochable, il ne manque jamais de se brosser les dents avant d’aller ronfler. On peut aussi y planter des œufs durs pour faire pousser des poulets rôtis, ou semer des cailloux dans un jardin zen pour les regarder pousser. Et surtout, on peut y consulter le livre du Grand-Tout (du moine fou Barbapoux), qui contient cette vérité essentielle : « Dans un univers de cyclistes, seuls les sophistes se graissent la patte et les schyzo freinent ».

Aventures nonsensiques, situations absurdes et vocabulaire fantaisiste sont les ingrédients de cette œuvre, où l’auteur développe un discours tour à tour surréaliste, délirant ou psychanalytique (2). Comme Flaubert commentant Madame Bovary, Mandryka a déclaré « Le Concombre masqué, c’est moi ! ». Et d’expliquer : « Pour écrire, il suffit que je me demande ce que le Concombre masqué aurait à dire d’un sujet ou l’autre et ça démarre tout seul. Si j’endosse mon identité de Nikita Mandryka… tout se bloque. Donc, le Concombre, c’est moi. Le moi social que j’ai dans la vie est un moi surajouté.  ». La preuve est donc faite que ce n’est pas Mandryka qui se cache sous le Concombre, mais l’inverse.

 

Créé dans Vaillant (le journal de Pif), le personnage rejoint Pilote en 1969. Trois ans plus tard, suite au refus de Goscinny de publier son Histoire sans titre (le fameux jardin zen évoqué plus haut), Mandryka claque la porte. Il fonde son propre journal, L’Echo des Savanes, et publie Bretécher et Gotlib. Il sera rappelé dans Pilote quelques années plus tard par Guy Vidal (successeur de Goscinny à la rédaction en chef) et racontera sa propre expérience à la tête d’un magazine, de façon transposée : c’est l’album « Comment devenir maître du monde ? », où le Concombre n’est plus masqué mais enturbanné (car il a un peu chopé le melon, un proche cousin végétal). Le magazine Spirou tente de relancer le personnage dans les années 1990. Deux albums sont publiés, mais la jeune génération ne suit pas, et l’ancienne ne sait pas. Faute de succès, Mandryka met la série en sommeil. Le Grand Prix d’Angoulême, qu’il reçoit en 1994 pour l’ensemble de son œuvre, n’y change rien.

 

C’est une exposition rétrospective organisée en 2003 à Genève, qui lui rendra la schniaque. Le Concombre réapparaît alors sous forme d’un site web, www.leconcombre.com, où l’auteur prépublie les planches d’un nouvel album, qui sort en 2006 : Le Bain de minuit du Concombre masqué. Entretemps, Dargaud a la légumineuse idée de sortir une « intégrale des années Pilote », qui obtient le Prix du Patrimoine à Angoulême en 2005 et dont le premier tirage s’écoule en à peine deux mois.

 

Dans le nouvel album paru fin septembre, le justicier « 100% végétal, donc 100% sain » s’attaque au Monde fascinant des problèmes. Entre autres choses, on y découvrira comment défendre les droits des rivets et revenir de tout en prenant la tangente. Mais attention, ne l’appelez plus Concombre, il ne répond plus qu’au nom de Lovelace Cucurbite. Et, bonne nouvelle, Mandryka a déjà commencé un nouvel opus, au titre prometteur : La Vérité Ultime. Puissent ses bretzels toujours rester liquides.

 

 

 

(1)   En réalité, Chourave squatte le cactus-blockhaus, mais il a ses propres appartements dans un tonneau. Ce qui lui fait un point commun avec Diogène.

 

(2)   La véritable passion de Mandryka est moins la bande dessinée que la psychologie. « Le Concombre est une façon de continuer mon analyse. Je travaille sur les mots et les métaphores en essayant de laisser la porte ouverte à l'inconscient qui s'y révèle, comme on fait des associations d'idées sur le divan, et je les mets en images, comme ce qui se passe dans un rêve. J'essaie parfois de déchiffrer ce que ça veut dire pour en continuer le déroulement. Et parfois non. Tout en essayant d'en faire une histoire qui soit drôle »

 

vendredi 13 novembre 2009

Murena T7

Murena T7, Vie des feux de Jean Dufaux et Philippe Delaby
DARGAUD, 64 P. COULEUR, 11,50€

Précis jusqu’à la moindre fibule, Murena a relancé le péplum en BD, mais il propose plus que cela. Prenant prétexte d’une intrigue mettant en scène un patricien dont l’existence entière semble vouée à Némésis, déesse de la vengeance, les auteurs réalisent une biographie éclairante de l’empereur Néron, où le souci historique l’emporte pour une fois sur une tradition littéraire qui faisait de ce personnage une sorte d’artiste dément et mégalomane, en occultant son talent politique. Instructif et divertissant, Murena se révèle donc plus nutritif que panem et circenses.

lundi 1 septembre 2008

Génie des alpages : Le comique troupeau

Prenez un ovin. Ajoutez un zeste de décalage. Vous obtenez un ovni. L’animal mérite donc qu’on s’en méfie. Notre rubrique zoologique ne saurait par conséquent attendre plus longtemps avant de saluer l’impeccable travail de F’Murrr, qui depuis 35 ans étudie le comportement d’une population ovine en altitude.

 

Présenté à René Goscinny par Mandryka, F’murrr entre au magazine Pilote en 1971, où il publie ses Contes à rebours, repris en albums sous le titre Au loup ! Deux ans plus tard, Goscinny le pousse à trouver autre chose. Ce sera la naissance d’une nouvelle série, Le génie des alpages, dont on recense aujourd’hui quatorze albums, plus un volumineux Bêêêêstes of (ou comment faire entrer l’alpage dans le pavé plutôt que dessous). Pour simplifier, il s’agit des aventures d’un troupeau de moutons, ou plutôt d’un collectif de brebis, tour à tour grégaires ou individualistes, dans tous les cas grandes gueules. Les accessoires : bergers, chiens de berger, bélier dominant – du moins c’est ce qu’il croit ; sont fournis avec. Et même un peu plus, les alpages en question formant un écosystème fluctuant, avec une faune particulièrement diversifiée où des dinosaures peuvent réapparaître, le temps d’une partie de rugby. On y voit passer les anges (ils apportent le courrier), et un bus qui avait raté un virage est depuis resté suspendu dans les airs, au-dessus d’un précipice. Les touristes abondent dans ces montagnes, mais, derniers maillons de la chaine de prédation, ils sont pourchassés par tous les autochtones, quand ils ne sont pas simplement victimes du téléphérique fou. Quant aux montagnes, il leur arrive de n’être que de simples décors de théâtre en carton-pâte. Pire, on a vu un plissement alpin du tertiaire manipulé par une sorte de divinité, comme s’il s’agissait d’un vulgaire accordéon. On l’aura compris, ces alpages ont quelque chose de psychédélique.

Mais revenons à nos brebis. Contrairement au chien qui les garde (encore que cette affirmation soit discutable) et qui malgré une forte personnalité reste anonyme dans la série, chacune d’elles porte un nom, souvent loufoque mais lié à son caractère (Gamelle, par exemple, ne cesse de tomber), à ses capacités (Rossignolette, Crochette et Pincette savent forcer les portails récalcitrants…) ou à une autre caractéristique : Bernadette a des hallucinations mystiques, Goudronette fume trop, Blériotte veut devenir aviatrice… Et puis il y a quelques stars, comme Einstein, le savant de référence, Tombed-Kamionnette, brebis Suffolk (à tête noire, donc) dotée d’un éternel accent anglais, égarée de son troupeau par accident et toujours encline à s’émerveiller de tout, sans oublier Romuald, chef putatif du troupeau. En tout, plus de deux cent vingt noms de brebis ont été recensés par les F’Murrrologues à ce jour. L’auteur lui-même joue parfois à ce petit jeu : «C’est idiot, ça ne sert absolument à rien ; on établit des listes, juste pour se rassurer…»

L’auteur assure que dans sa démarche créatrice, la forme précède le propos. Ce goût du comique formel est palpable dans de nombreuses planches. Citons notamment un gag récent intitulé «naissance de la danse», où une brebis patine de façon un peu ridicule en essayant de traverser un lac gelé. Au même moment, un violoniste joue un air avec passion. Il n’y a pas de causalité entre ces deux événements, c’est leur simultanéité qui est irrésistible. Le comique chez F’murrr est ainsi composé, d’éléments indicibles qui tiennent à son expression graphique, de non-sens qui lorgne du côté des Monty Python ou des Marx Brothers, et d’un subtil talent de dialoguiste. Les répliques truculentes sont innombrables.  Un exemple au hasard ? Pastichant Mallarmé, Romuald déclare «En vous sacrifiant par le feu, j’exorcise mes problèmes. C’est une vieille recette et j’ai beaucoup lu.» Ou le berger à son chien : «Inutile de faire des phrases. Ça ne m’impressionne pas.»

Aux côtés du Krazy Kat de George Herriman ou du Concombre masqué de Nikita Mandryka, le Génie des alpages est une de ces rares séries à cultiver l’humour absurde, dans un univers pourtant cohérent. Certains auteurs prennent de la hauteur. F’murrr, lui, prend de l’altitude. Sa série est mieux que grande. Elle est haute !

dimanche 4 mai 2008

Pico Bogue T1, La vie et moi

Pico Bogue, T.1, La vie et moi, de Dominique Roques et Alexis Dormal (Dargaud)

Pour son premier album, Pico Bogue se hisse immédiatement dans la cour des grands : ce gamin moqueur a l’insolence de Calvin et l’indépendance de Mafalda (il en a aussi la tignasse). Pour ne rien gâcher, il est dessiné dans un trait qui évoque celui de Sempé, rehaussé d’aquarelles tendres et joyeuses. Bref, c’est irrésistible. Si vous n’êtes pas secoué d’une bonne dizaine de fous rires en lisant cet album, consultez un médecin. Un point tout de même à améliorer : pour le moment, Pico et sa jeune sœur Ana Ana ont des caractères très proches et sont assez interchangeables, ils gagneraient à être plus distincts.

 

mardi 3 octobre 2006

Le bain de minuit (du concombre masqué)

de Mandryka (Dargaud)

 

C’est heureux, Mandryka a de la suite dans les idées. 

 

Depuis la première apparition de son Concombre masqué en 1965 dans Vaillant, le journal de Pif, il a transporté son fabuleux légume à Pilote, à L’Echo des Savanes, chez Spirou... Cultivant un univers absurde et poétique, qui emprunte autant aux surréalistes qu’à la psychanalyse, le tout lié par une épaisse couche de grotesque et de dérision, cette série reste un ovni inclassable. L’insuccès des albums parus chez Dupuis au début des années 1990 avait découragé l’auteur, qui décida de laisser le Cucurbitacé en sommeil. Le Grand prix d’Angoulême, en 1994, n’y changea rien. Il fallut une exposition rétrospective à Genève en 2003 pour convaincre l’auteur de l’intérêt du public pour ce héros végétal. Dès lors, un projet de nouvel album se mit en route.

 

Après quinze ans d’interruption, l’auteur s’est permis de peaufiner le retour de son personnage fétiche : le récit (chiadé) est agrémenté d’une préface où on retrouve le Concombre dans sa panoplie enturbannée de Maître du Monde, d’un épilogue rendant hommage aux vertes années (sic !) et d’un cahier additionnel proposant des extraits inédits du Livre du Grand Tout. Le Concombre revient, plus masqué que jamais et, pour la première fois, amoureux. Au risque de perdre le "s" de son patronyme. Mais avant de séduire la belle Zaza, il va falloir résoudre les problèmes, faire avancer les choses et livrer au monde reconnaissant la vérité ultime. Si ce n’est pas pour cet album, ce sera pour le prochain. 

 

C’est heureux, Mandryka a des idées de suite.

lundi 2 octobre 2006

Les cinq conteurs de Bagdad

de Fabien Vehlmann et Frantz Duchazeau, Dargaud

 

Le Calife de Bagdad organise un concours : mille et un conteurs ont trois ans pour mettre au point leur meilleure histoire. Fortune et gloire récompenseront le vainqueur ; pour le plus mauvais candidat, ce sera le pal ! Les cinq conteurs les plus talentueux décident d’entreprendre ensemble un voyage, en quête de récits d’exception.

 

Vehlmann démontre avec effronterie et panache sa maîtrise scénaristique : dès les premières pages, par l’intermédiaire d’une devineresse, il se permet de révéler tous les ressorts de l’intrigue, y compris la chute de l’histoire. Au lieu de briser le suspense, cela plonge les personnages dans des considérations existentielles et une perplexité savoureuses. Et comme décidément il est joueur, Vehlmann propose aussi un résumé de l’histoire, page 55, à un moment où les personnages sont invités à raconter leur périple. Gonflé ! Mais par-delà les morceaux de bravoure, il s’agit d’un conte philosophique et moral assez subtil. Pour servir cette ode à l’imagination, il fallait un dessin qui l’enflamme au lieu de la canaliser. Le trait de Duchazeau possède ces qualités : à la fois rigoureux pour immerger le lecteur dans son univers, et suffisamment évasif pour lui offrir de la liberté pendant la lecture.

samedi 2 septembre 2006

Le long voyage de Léna

de Pierre Christin et André Juillard (Dargaud)

 

 

De l’ex-RDA à la Turquie en passant par différents pays de ce qu’on appelait autrefois le bloc soviétique, Léna est chargée d’apporter quelques objets d’apparence anodine à des conspirateurs, d’anciens apparatchiks du Parti qui n’ont pas baissé les armes. Discrétion oblige, la convoyeuse a reçu pour consigne de ne jamais utiliser ni carte bancaire, ni téléphone cellulaire et de ne pas voyager par avion. D’où une certaine lenteur dans les déplacements. Quelles sont les motivations de Léna ? Et à quoi participe t-elle, au juste ?

 

Pour Enki Bilal, Pierre Christin avait composé des récits politiques pleins de tumulte et de fureur : Les phalanges de l’ordre noir ou Partie de chasse. A l’opposé, Le voyage de Léna est le thriller le moins hollywoodien qu’on puisse imaginer. On n’y trouve pas d’armes, à peine une scène d’action et encore, au dénouement. La douceur du trait d’André Juillard, renforcée par des couleurs vives, ferait presque passer cette odyssée tranquille pour un voyage d’agrément.  Pourtant il se dégage de cette intrigue qui ne cherche pas le spectaculaire un rare sentiment d’authenticité. Pour leur première collaboration, les deux auteurs se montrent à la hauteur de leur réputation.

 

jeudi 8 septembre 2005

Le paradis terrestre, Le chat du rabbin T4

Le chat du rabbin T4, par Joann Sfar (Dargaud, coll. Poisson Pilote)

 

"Mourir, la belle affaire. Mais vieillir, ah ! Vieillir…" chantait Jacques Brel. Cette chanson pourrait être celle du Malka des lions, légende vivante mais vieillissante en pleine crise de spleen dans l'Algérie des années 1950 : son lion aussi vieux que lui n'effraie plus grand monde, et lui-même est désormais plus souvent respecté qu'admiré. Alors il y a bien sûr le serpent, animal éternellement tentateur, qui propose de leur offrir une mort rapide, en toute amitié… Le chat, qui observe tout cela, a bien sûr une idée sur la question ; il ne lui manque que la parole !


Parmi l'œuvre foisonnante de Sfar, pourquoi est-ce Le chat du rabbin qui mobilise le plus de lecteurs ? Cette série ne contient pas plus de philosophie ou de poésie que Le minuscule mousquetaire. Elle n'est pas plus habitée par la religion que Les olives noires. Elle est moins intimiste que les Carnets, moins littéraire que L'homme-arbre. Alors pourquoi cet engouement particulier et souvent exclusif, qu'a-t-elle que les autres livres de Sfar n'ont pas ?


Cette série possède peut-être justement des qualités variées dans un équilibre esthétique difficile à atteindre. Elle instruit sans donner de leçon, elle prêche l'amour et la tolérance mais ne fait pas la morale, le tout sur un ton dilettante et débonnaire qui n'exclut pas quelques contradictions, à l'image des chats. Ou peut-être cette série touche t-elle un public plus important parce qu'elle se situe dans un monde connu et presque contemporain, plus facile à s'approprier que les théâtres oniriques que l'auteur raconte ailleurs.

mercredi 7 septembre 2005

Le jardin secret, La danseuse du temps T1

La danseuse du temps T1, par Jee-Yun Thot, Jung Henin et Illona (Dargaud)

 

Ryu s'occupe de sa jeune sœur Shu depuis la mort de leurs parents. Il est très protecteur, mais cette fois il a besoin de vacances au calme, pour faire le point et se retrouver. Une agence de voyage lui conseille une île volcanique à l'écart des circuits touristiques traditionnels, réputée pour son sanctuaire qu'on prétend interdit aux hommes... Vieilles légendes que tout cela ! L'endroit pullule de statues magnifiques, dont celle d'une jeune femme dont Ryu tombe éperdument amoureux…

Le thème de cette histoire, quoique transposé dans le Japon contemporain, semble inspiré peu ou prou par L'Atlantide de Pierre Benoît, où une reine éternelle rendait fous d'amours les aventuriers qui parvenaient jusqu'à elle, puis les faisait embaumer. Toute l'astuce du premier tome de ce triptyque est de nous faire croire au départ qu'il s'agira de l'histoire d'un jeune homme un peu trop paternaliste avec sa sœur… alors qu'en définitive, Ryu se retrouve assez rapidement hors course et c'est précisément la fragile jeune sœur qui, hantée par des rêves récurrents où son frère l'appelle au secours, va remuer ciel et terre pour le sauver.  Après le superbe Kwaïdan qui se déroulait dans le Japon médiéval, Jee-Yun et Jung dépeignent un monde moderne où l'on a tort de ne pas accorder plus d'importance aux vieilles légendes. Le dessin est réalisé par Illona, une dessinatrice qui signe ici son premier album avec un graphisme léger et tout en sensualité. A noter, les planches originales de cet album seront exposées à la Fnac de Tours, du 17 septembre au 8 octobre.

 

lundi 5 septembre 2005

Tajna policja, Al'Togo T3

Al'Togo T3, par Jean David Morvan et Sylvain Savoïa (Dargaud)

 

Depuis le référendum sur l'Europe, on ne sait plus si la série Al'Togo se situe dans un futur proche ou dans une uchronie… On y compte pas moins de 28 pays membres, une monnaie unique et même une force d'intervention souveraine pour les affaires transnationales : l'Europolice, sorte de FBI à l'européenne. Albertus M'Natogo dit Al'Togo, policier français d'origine africaine, vient d'y être affecté. Pas le temps de prendre ses marques : le nouvel Euroflic est mis au bain immédiatement. En guise de bienvenue, ce sera une affaire d'enlèvement d'enfants en France, puis une alerte terroriste à la bombe toxique en gare de Bruxelles. Dans le troisième tome, la section EO6 se met en chasse d'un gang paramilitaire spécialisé dans l'attaque à grand spectacle de fourgons de transports de fonds. Un vieil ami de Zloty (le chef de section) l'a mis sur leur piste : direction la Pologne !

Le concept de la série est à la fois limpide et efficace : des one-shots policiers d'action débridée, reliés entre eux par un mince fil directeur (Al'Togo cache quelque chose à ses collègues…), se déroulent dans un pays européen différent à chaque fois. Pour cet opus polonais, Sylvain Savoia est en terrain graphique familier : en juin dernier paraissait Marzi – Petite carpe (chez Dupuis), où l'auteur met en images les souvenirs de l'enfance "de l'autre côté du rideau de fer" de son amie Marzena Sowa. En comparant les deux albums, on comprend assez bien les nostalgiques de l'ancien régime : la Pologne de Marzi était autrement plus sympathique que l'austère pays décrit ici…

 

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