Elias le maudit T1, par Sylviane Corgiat et Corrado Mastantuono (Humanoïdes associés)
Quand Elias, roi jeune, cruel et présomptueux, commit l'imprudence de vouloir en découdre avec le mage Melchior, il y perdit son royaume, sa fierté et pire que tout… son visage. Car le redoutable sorcier échangea ses traits avec ceux du roi, et il n'y perdait pas au change. Elias désormais serait obligé de vivre sous les traits du sorcier, tandis que ce dernier usurperait son identité et prendrait possession de son royaume. Mais l'unique but des deux hommes était ailleurs : ils vivaient dans l'unique but de rassembler les 32 tablettes du jeu des corps célestes : un ensemble de sortilèges doté d'une puissance magique extraordinaire. Celui qui accomplira l'exploit de rassembler les 32 plaques disséminées à travers le monde obtiendra un 33e sortilège en récompense de ses efforts : la possibilité de remonter le fil du temps et de recommencer son existence à la période de son choix. Ce qui permettrait à Elias de retrouver son visage perdu. Mais qui sait ce que Melchior pourrait faire de cette capacité ?
La quête d'Elias l'amènera à rencontrer de très intéressants compagnons de route : Evangèle tout d'abord, médecin de profession. Cette jeune femme défend avec ferveur la science (une discipline encore jeune) contre la magie, domaine en lequel elle ne croit guère. Mais aussi Bertil le Zwerg (un peuple de lutins mangeur d'hommes) qui au prix de mille douleurs a modifié sa chair pour se rapprocher d'une apparence humaine, car sa soif de connaissance était plus grande que l'appétit cannibale propre à son espèce. Un des thèmes forts de cette saga est celui de l'identité : Elias, silencieux mais non résigné, souffre d'habiter le corps de son ennemi. Il lui est particulièrement désagréable d'apparaître séduisant pour Evangèle dans ces conditions. Bertil aussi a une apparence modifiée, mais contrairement à Elias, il a choisi ce destin. Au delà du non-dit, on sent naître une connivence très forte entre les deux personnages.
Les Humanoïdes associés ont réuni un tandem aussi efficace qu'inédit : Sylviane Corgiat, romancière et scénariste pour la télévision s'est fraîchement convertie au 9e art. Elle signe quatre séries aux Humanos, déjà parues (Lune d'ombre) ou à paraître courant 2004 (Stellaire ; L'embaumeur). Mastantuono, dessinateur inconnu en France, a quinze ans de métier : il est une star des fumetti italiens. Graphisme expert et écriture originale : les deux auteurs font une entrée remarquable dans le paysage BD français. Elias le maudit nous capture d'emblée dans un univers crédible qui évite les poncifs du genre. Pas de découpage tape-à-l'œil ni de dialogue artificiellement moyenâgeux. Mais de la subtilité et le charme propre aux grandes épopées.
