Le briographe

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Tag - Clair de Lune

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vendredi 1 juillet 2005

Insurrection, Mû T1

Mû T1, par André Reina (Clair de Lune)

 

Mars 2010. Les anciens dieux grecs n'interviennent plus dans les affaires humaines depuis des siècles. Ils ont trouvé refuge et tranquillité dans Mû, une Atlantide sous-marine... jusqu'à ce que Poséidon décide d'en finir avec les humains et leur pollution. Allié avec Arès, il décide de renverser Zeus et Héra. C'est reparti pour une guerre des Dieux, comme au temps de L'Iliade !

Pourquoi inventer des super-héros quand la mythologie regorge de dieux qu'il suffit de transporter dans un futur proche pour des aventures contemporaines inédites ? Marvel avait exhumé Thor et Loki, André Reina s'approprie les Olympiens devenus Atlantes. Comme l'heroic fantasy concerne les héros, faut-il dans le cas de parler de "divine fantasy" ?

 

samedi 8 mai 2004

L’innommable, Meridionn T1

Meridionn T1, de Nathanaël Godart & Stéphane Lecocq (Clair de Lune)

Meridionn, c’est le nom d’une muraille infranchissable découverte il y a bien longtemps, qui a stoppé net la conquête du continent par les humains. Qui l’a construite ? Nul ne le sait, mais cette construction surhumaine s’est chargée de superstitions et tous la vénèrent. Alya et ses amis de la guilde peut-être un peu moins, occupés qu’ils sont à chaparder de quoi ne pas crever de faim. Leurs larcins ne passent plus inaperçus : Looghan, moine masqué et guerrier surpuissant mandaté par le ténébreux Souverain-Guide Asheron, semble décidé à s’occuper d’eux… A moins que sa mission ne soit liée à la prophétie qui annonce qu’un jour prochain, Meridionn s’ouvrira pour céder le passage à « l’Innommable », une chose ou un être terrifiant qui transformera l’Empire en un champ de ruines. De fait, il se passe dernièrement des événements plutôt étranges dans les catacombes…

Remarquablement mise en couleurs, joliment dessinée et dotée d’un scénario assez original, cette aventure se lit avec plaisir. Les amateurs de jeux de rôle seront ravis par une introduction en trois parchemins qui pose le décor général de l’aventure. Ce premier tome installe les personnages et l’atmosphère, en initiant différentes pistes scénaristiques qui sont autant de mystères : la nature de l’Innommable, les personnalités troubles d’Asheron et de Looghan, la signification de cette "marque des impies" que porte Alya... Tout cela promet une saga riche et non linéaire. Il y a quelque chose dans les rapports entre Looghan et le Souverain-Guide Asheron qui rappelle Dark Vador et l’empereur Palpatine de Star Wars. Cela tient peut-être au visage reptilien d’Asheron ou au masque de Looghan, à ses manières austères et brutales et à ses expressions : "Telle est ma mission". Les bonnes sagas d’heroic fantasy sont souvent celles où les vilains sont réussis. Meridionn devrait, de ce point de vue, être un bon cru.

 

vendredi 12 mars 2004

La carte d'Estrechez, Dread Mac Farlane T1

Dread Mac Farlane T1 par Marion Poinsot (Clair de Lune)

 

Dread vit au Pays Imaginaire avec Peter Pan et les enfants perdus, au milieu des fées et des licornes. C'est une vie heureuse, perturbée uniquement par quelques incursions du capitaine Crochet et de sa horde de pirates sanguinaires certes, mais guère malins. Cette période d'insouciance touche à sa fin car contrairement à Peter Pan, Dread grandit et devient femme. Et surtout, un rêve lui rend toute sa mémoire et lui révèle son passé. Elle est le fruit des amours infidèles entre sa mère et un pirate de passage, Davis Mac Farlane. Elle n'a alors plus qu'une idée en tête : apprendre le métier de pirate et se faire accepter parmi l'équipage du capitaine Crochet. Ce dernier se montre particulièrement réticent et suspicieux face à cette vocation tardive. Heureusement, Dread possède des arguments convaincants…

Marion Poinsot n'a que 25 ans. Elle ne manque pas de talent et son histoire de pirates est bien rythmée, avec une scène magnifique de combat naval. Pourtant nous ne sommes pas complètement emballés : le scénario est un peu léger et surtout, la psychologie des personnages n'est pas très probante. Par exemple, Dread se montre particulièrement vindicative avec son beau-père, alors qu'elle affiche un caractère tout à fait différent avec Crochet, à qui elle pardonne volontiers les nombreuses tortures qu'il lui inflige, y compris une balafre indélébile au visage… A moins qu'elle ne soit heureuse de cette blessure, qu'elle considère peut-être comme une intronisation dans la flibuste ? D'une manière générale, la jeune fille a des manières assez ambiguës que sa détermination à devenir pirate comme papa ne suffit pas à expliquer. Un homme serait auteur de ce scénario, on le taxerait peut-être de sexisme. Heureusement, la fin du volume permet de pronostiquer une suite bien plus intéressante : des cours de pirateries par le célèbre capitaine Crochet ! L'éditeur prévoit un album tous les huit mois, c'est donc pour bientôt.

Paru dans Bédéka #2

mardi 10 février 2004

Frazor-bak, Les Larmes du Démon T3

Les Larmes du Démon T3, par Christophe Picaud (Clair de Lune)

 

Le troisième album des Larmes du Démon introduit un nouveau personnage dans la saga : Frazor-Bak, de la race des Haïlagmannuz, ces êtres supérieurs qui peuvent à volonté revêtir un aspect humain ou apparaître sous une forme démoniaque. Dotés d’une force incomparable et de pouvoirs étonnants, les Haïlagmannuz ne meurent que de vieillesse, et encore, après une vie d’une longévité exceptionnelle.  Le code de leurs lois est formel : appauvrir le sang de la race par métissage avec de simples humains est strictement interdit. Pour être tombé amoureux d’une humaine et pour en avoir conçu une fille, Frazor-Bak et sa bien-aimée ont été enterrés vivants à cent  pieds sous terre, jugés par le sinistre Kzyl-Orda, qui réalisait là une belle opération politique et gagnait sa place au triumvirat.

N’étant pas à une contradiction près, Kzyl-Orda a patiemment attendu que la fille à demi humaine de son ancien rival soit pubère et l’a engrossée. Mais la petite Marie est née dans la clandestinité, adoptée par des humains et ignorant tout de son lignage. Retrouvée seulement vingt ans plus tard par son père naturel qui lui révèle sa vraie nature, Marie est aussitôt présentée au conseil des sages. Car la situation est devenue alarmante : la race des Haïlagmannuz est aujourd’hui menacée d’extinction, depuis qu’il n’y a plus de femmes de cette engeance. La perfection physique de Marie soulève le doute sur la pertinence des lois ancestrales : le croisement avec des humains n’est-il pas la vraie solution ? Mais alors, la condamnation de Frazor-Bak n’était-elle pas une grave erreur judiciaire ? Et au fait, l’ancien maître du triumvirat repose t-il toujours au fond de sa tombe en attendant que la vieillesse l’emporte ?

L’heroic fantasy nous livre généralement des héroïnes plantureuses et court-vêtues. Très agréables à regarder, mais… le bikini n’est peut-être pas le vêtement idéal pour manier l’épée, hmm ? Christophe Picaud a évité ce poncif grossier et les femmes qu’il dessine n’en sont que plus belles. Les Larmes du Démon est une épopée médiévale fantastique qui mérite l’attention. D’autant plus que la qualité va croissant !

Les dessins et la colorisation d’une grande élégance s’agrémentent pour ce troisième tome d’un travail de transitions graphiques en fondus enchaînés pour amorcer un flash back ou passer d’une équipe de personnages à l’autre.

L’absence de manichéisme aveugle est appréciable : certains personnages s’opposent aux héros pour des raisons parfaitement légitimes, si on adopte leur point de vue. Héros et salauds existent chez les humains et les Haïlagmannuz. Entre ces deux camps, Marie, personnage ambigu à souhait, dont on attend de connaître l’évolution et les choix...

 

(article paru dans Bédéka#01)