Les Larmes du Démon T3, par
Christophe Picaud (Clair de Lune)
Le
troisième album des Larmes du Démon introduit un nouveau personnage
dans la saga : Frazor-Bak, de la race des Haïlagmannuz, ces êtres
supérieurs qui peuvent à volonté revêtir un aspect humain ou apparaître sous
une forme démoniaque. Dotés d’une force incomparable et de pouvoirs étonnants,
les Haïlagmannuz ne meurent que de vieillesse, et encore, après une vie d’une
longévité exceptionnelle. Le code
de leurs lois est formel : appauvrir le sang de la race par métissage avec
de simples humains est strictement interdit. Pour être tombé amoureux d’une
humaine et pour en avoir conçu une fille, Frazor-Bak et sa bien-aimée ont été
enterrés vivants à cent pieds sous
terre, jugés par le sinistre Kzyl-Orda, qui réalisait là une belle opération
politique et gagnait sa place au triumvirat.
N’étant pas
à une contradiction près, Kzyl-Orda a patiemment attendu que la fille à demi
humaine de son ancien rival soit pubère et l’a engrossée. Mais la petite Marie
est née dans la clandestinité, adoptée par des humains et ignorant tout de son
lignage. Retrouvée seulement vingt ans plus tard par son père naturel qui lui
révèle sa vraie nature, Marie est aussitôt présentée au conseil des sages. Car
la situation est devenue alarmante : la race des Haïlagmannuz est
aujourd’hui menacée d’extinction, depuis qu’il n’y a plus de femmes de cette
engeance. La perfection physique de Marie soulève le doute sur la pertinence
des lois ancestrales : le croisement avec des humains n’est-il pas la
vraie solution ? Mais alors, la condamnation de Frazor-Bak n’était-elle
pas une grave erreur judiciaire ? Et au fait, l’ancien maître du
triumvirat repose t-il toujours au fond de sa tombe en attendant que la
vieillesse l’emporte ?
L’heroic
fantasy nous livre généralement des héroïnes plantureuses et court-vêtues. Très
agréables à regarder, mais… le bikini n’est peut-être pas le vêtement idéal
pour manier l’épée, hmm ? Christophe Picaud a évité ce poncif grossier et
les femmes qu’il dessine n’en sont que plus belles. Les Larmes du Démon est une
épopée médiévale fantastique qui mérite l’attention. D’autant plus que la
qualité va croissant !
Les dessins
et la colorisation d’une grande élégance s’agrémentent pour ce troisième tome
d’un travail de transitions graphiques en fondus enchaînés pour amorcer un
flash back ou passer d’une équipe de personnages à l’autre.
L’absence
de manichéisme aveugle est appréciable : certains personnages s’opposent aux
héros pour des raisons parfaitement légitimes, si on adopte leur point de vue.
Héros et salauds existent chez les humains et les Haïlagmannuz. Entre ces deux
camps, Marie, personnage ambigu à souhait, dont on attend de connaître
l’évolution et les choix...
(article
paru dans Bédéka#01)