Le briographe

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Tag - Christian Binet

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mercredi 1 septembre 2010

Les Bidochon au four (solaire) et au moulin (à poivre)

Après le téléphone portable et Internet, les Bidochon continuent d’explorer les nouvelles technologies, et cherchent le confort dans les gadgets vendus par correspondance. Christian Binet, qui met en scène ce couple de Français si typiques depuis trente ans, commente pour nous le nouvel album…

 

Dans le tome 20, les Bidochon sont confrontés à un certain nombre de gadgets plus ou moins farfelus…

Christian Binet : Farfelus, c'est vous qui le dites. La plupart existent réellement ! Le plus drôle, c'est que les rares objets que j'ai inventés pour l’album ne sont pas les plus improbables. Par exemple, le parasol bronzant qui laisse passer les UV existe pour de bon !

 

La véritable star de l'album, c'est le moulin à poivre électrique éclairant !

Un jour, il y avait un orage et une panne de courant. Cela m’a inspiré l’anecdote de Robert Bidochon, ne possédant que ce poivrier pour toute lampe de poche, et changeant ses plombs en saupoudrant de poivre tout son intérieur. C'est un objet que j'utilise plusieurs fois dans l'album, car il est à la fois absurde (qui peut bien avoir besoin d'éclairer son steak moment de le poivrer ?) et très répandu.

 

Pour la première fois, dans cet album, vous avez glissé une touche de couleur…

C'est un petit truc en plus pour le tome vingt. Dans l'album, ce sera fluorescent, ça va être éblouissant ! Mais n'allez pas croire que c'est le début d’albums en couleurs. Le noir et blanc me convient très bien.

 

Où cherchez-vous les thèmes des albums ?

Je ne les cherche pas vraiment. C'est la vie quotidienne qui me les apporte sur un plateau. Des sujets d'albums, j'en ai presque trente d'avance. C'est autant de tiroirs dans lesquels j'accumule des éléments au fur et à mesure que viennent les idées. Il y a certainement des thèmes que je n'aborderai jamais. Un bon thème nécessite d'être assez ouvert pour être développé sur 45 pages. L'album sur Internet m'avait posé ce problème : après une première histoire, j’étais resté bloqué pendant six mois. 45 pages avec deux personnages derrière un écran d'ordinateur, cela risquait d'être monotone. Puis j’ai trouvé un système pour ouvrir l’espace : puisque Internet apporte tout chez soi, je me suis mis à faire apparaître dans leur salon tout ce qu'ils voient sur l'écran.
Les thèmes naissent comme ça. J'y réfléchis longtemps avant. Là, suis en train de préparer le prochain album, qui sera encore une fois dans l'air du temps, puisqu'il s'agira d'écologie et de « protection de la planète ». Je me regarde donc ce qui se fait, je fais mon marché. Les toilettes sèches ou le compost avec des vers, le tri sélectif... Il y a de plus en plus de sujets possibles autour de cette thématique.

 

Dans les premiers tomes, les Bidochon suivaient le parcours type du ménage qui s'installe dans l'existence. L’expérience de la parentalité en moins, puisque Robert est stérile…

C’est vrai, les Bidochon ne peuvent pas avoir d'enfants, mais on pourrait leur en confier temporairement. Ce serait amusant de confronter le goût de la routine de Robert avec des éléments perturbateurs comme des enfants. Ne serait-ce que pour la bagarre autour de la possession de la télécommande de la TV !

 

Quand vous les avez créés il y a trente ans, vous étiez nettement plus jeune que vos personnages. À présent, vous êtes plus âgés qu'eux. Ceci a-t-il un impact sur le regard que vous portez sur les Bidochon ?

Ce qui change le regard, ce n'est pas l’âge, c'est l'expérience qu'on a pu acquérir avec le temps, en s'interrogeant sur l'humanité, la vie, la mort. Quand on est jeune, on schématise beaucoup, on emploie beaucoup de clichés. En vieillissant, on apprend à connaître les gens, on s’intéresse à ce qu’ils font, on les écoute. La perception qu'on a des autres devient plus subtile. Les Bidochon sont devenus plus sympathiques au fur et à mesure à cause de cela. Parce que finalement, ce sont des gens simples qui ne font de mal à personne.

 

Les Bidochon, T20 : Les Bidochon n’arrêtent pas le progrès

Fluide Glacial, 48 p. N&B, 10,40€

 

mercredi 12 octobre 2005

Christian Binet : des planches, des planches et des toiles

En octobre 2005, les lumières vont pleuvoir sur Christian Binet : les feux de la rampe brilleront de tout leur éclat pour accompagner les premières représentations de la nouvelle pièce de théâtre adaptée des Bidochon ; on comptera vingt-cinq bougies sur le gâteau d'anniversaire de la création du plus célèbre couple de Français moyens. L'œuvre cachée de l'auteur va aussi sortir de l'ombre, avec la publication d'un Carnet intime. Préparez-vous à être éblouis !

 

 

 

Vingt-cinq ans ! Vingt-cinq ans à dessiner Les Bidochon… ça se fête !

Christian Binet : Le plus souvent, pour célébrer l'anniversaire de héros de BD, les auteurs demandent à leurs copains de dessiner les personnages à leur façon. Je voulais faire autre chose. Un album pour l'occasion, je n'avais pas vraiment le temps... alors j'ai eu l'idée de faire un livre-objet, avec des pages cartonnées, pour faire comme un conte pour enfants. J'ai composé des illustrations un peu naïves, avec des couleurs pastel. Et un texte écrit en lettres gothiques pour faire comme les introductions des dessins animés de Walt Disney, quand on voit un livre dont les pages s'ouvrent magiquement, juste avant que l'histoire ne commence…Le propos du livre est de montrer Robert et Raymonde quand ils avaient 25 ans, juste avant leur rencontre. Mais alors que la partie qui concerne Raymonde est assez poétique, celle de Robert est sabotée. Cela rétablit l'équilibre : dans les albums, c'est l'inverse. On en savait plus sur Robert que sur Raymonde.

 

Au fait, la première apparition des Bidochon, c'était dans Kador ou dans les Histoires Ordinaires ?

CB : La toute première, c'est dans Histoires ordinaires. Mais avant cela encore, j'avais écrit une histoire jamais reprise en album, dans laquelle le personnage s'appelait Ben Bidochon : c'était un Algérien qui gagnait au loto.

 

Les Bidochon sont connus jusqu'en Chine, paraît-il ?

CB : Il n'y a pas d'accord entre la Chine et la France pour la gestion des droits… donc les dessinateurs français sont souvent pillés. J'ai été invité par le service culture de l'Ambassade de France à Pékin pour faire une expo. On m'a montré des Bidochon pirates, traduits dans des fanzines chinois. Le China Daily s'est un temps intéressé à Kador, mais je crois qu'ils ont finalement été horrifiés par le langage souvent cru de cette série. Ahaha !

 

Le 5 octobre, ce sera la première de Princesse Raymonde au Théâtre des Blancs Manteaux à Paris. Vous avez participé à cette adaptation théâtrale ?

CB : L'adaptation m'a été proposée par la comédienne Emmanuelle Fernandez, qui jouera Madame Bidochon. Son idée était de développer le personnage de Raymonde, qui s'imagine en princesse rencontrant le prince charmant. J'ai retravaillé le texte avec elle : nous avons repris dans les albums tout ce qui tourne autour des produits de beauté, des méthodes de gymnastique, de l'envie de Raymonde de connaître l'amour ou d'avoir des rapports sexuels alors que Robert freine des deux pieds et n'a surtout pas envie qu'on l'emmerde avec ça… La pièce s'ouvre sur une scène où on voit Robert faisant mollement des extenseurs, poussé par sa femme qui rêve au prince charmant. Ne l'ayant pas eu, elle aimerait que son mari se rapproche un peu du modèle… donc elle lui fait faire de la gym.

 

Avant cette pièce, il y avait déjà eu "Les Bidochon se donnent en spectacle", vers 1989/90…

CB : Oui, la pièce a tenu quatre ans. Au début, c'était parfait, mais au fur et à mesure que les comédiens cédaient leur place à d'autres, on s'éloignait de plus en plus des Bidochon. Le dernier interprète de Robert Bidochon que j'avais vu m'avait totalement effaré, au point que j'avais demandé à ce que la pièce s'arrête : l'acteur ressemblait plus à Lucky Luke qu'à Monsieur Bidochon et il avait fait du personnage une sorte de Beauf à la Cabu, ce que Robert Bidochon n'est pas.

 

Cette fois, vous êtes heureux du choix des comédiens ?

CB : Très : Emmanuelle Fernandez a un mélange de naïveté et d'opiniâtreté qui correspond bien au personnage de Mme Bidochon. Et pour la première fois, avec Olivier Couasnon, on a un vrai chauve pour jouer Monsieur Bidochon ! Jusqu'à présent, les acteurs qui jouaient ce rôle étaient jeunes, d'où l'obligation de leur garder un béret sur la tête pendant toute la pièce. Et puis, je trouve le titre Princesse Raymonde très évocateur. Si je fais un long métrage d'animation, il portera probablement ce titre.

 

Ce projet de dessin animé Les Bidochon ne date pas d'hier !

CB : Cela doit faire cinq ou six ans que j'y pense. C'est long parce que j'ai toujours des projets à côté. Et comme serait un long métrage, il faut trouver une idée qui puisse être exploitée pendant une heure et demie.

 

Avez-vous vu le dessin animé d'Isao Takahata Mes voisins les Yamada, qui sont en quelque sorte des Bidochon japonais ?

CB : J'en ai vu quelques bribes. C'est intéressant, comme toutes les œuvres qui concernent la vie quotidienne : les pièces de Feydeau, ou de Molière (Monsieur Jourdain, c'est un Robert Bidochon !). Après, c'est l'angle et le regard porté qui font la différence.

 

Remontons dans le passé : comment êtes-vous arrivé à la BD adulte dans Mormoil puis Fluide Glacial ?

CB : Ca n'a pas été simple. Je suis issu d'une famille très religieuse et j'ai commencé ma carrière dans les journaux catholiques : Record, Bayard, Fleurus… j'y publiais des dessins d'humour plutôt gentillets. Rampal, un des fondateurs de Mormoil, collaborait aussi à Fleurus. Il m'a proposé de participer à son journal. Pour moi, c'était comme de pouvoir braver les interdits… mais ça me donnait des problèmes de conscience. Il faut dire que jusqu'alors on m'avait inculqué la peur du péché et un sens démesuré de la culpabilité. Dessiner des seins et des bites, c'était libérateur mais difficile. En tout cas, l'expérience Mormoil m'a permis d'être remarqué par Gotlib, qui avait quitté L'Echo des Savanes pour lancer Fluide Glacial. Moi, je venais d'être viré de Bayard en raison d'un changement de formule, sans indemnité malgré cinq ans de collaboration. Bayard représentait 80% de mes revenus. Morchoisne m'a dit "Mais enfin, appelle Gotlib ! Tiens, voilà son numéro !". Je suis resté à tourner devant le téléphone, mais… impossible d'appeler une telle sommité. Et un jour, le téléphone a sonné : "Bonjour, je suis Marcel Gotlib. Je suis dessinateur de bande dessinée" – comme s'il avait besoin de préciser ! C'est comme ça que ma carrière a vraiment commencé. Et voilà, j'ai passé trente ans à m'amuser, sans être obligé d'avoir des horaires, de partir au boulot ou d'avoir un patron sur le dos, sans manquer d'argent… en travaillant pour un journal dans lequel on peut s'exprimer en toute liberté. Oui, je dois beaucoup à Gotlib.

 

Depuis votre entrée à Fluide Glacial, vous n'avez jamais été tenté de publier des planches dans un autre support ?

CB : J'ai fait quelques histoires pour (A Suivre). Par exemple, les premières planches de Déconfiture au petit déjeuner. Mais ils étaient déçus, ils voulaient que je leur fasse du Bidochon ! Alors finalement, j'ai continué dans Fluide, et c'est là qu'est sorti l'album.

 

C'est un album assez atypique dans votre œuvre !

CB : A l'époque, il y avait à Angoulême un prix du meilleur album d'humour, avec cinq nominés chaque année. Je n'ai jamais été sélectionné. Je ne cherchais pas forcément la reconnaissance ou les honneurs. Le problème, c'est que quand on voit défiler toute la profession sur les estrades et que d'année en année on n'obtient jamais rien, on finit par se demander si son boulot n'est pas tout simplement de la merde. Cela m'empoisonnait. Pour séduire les jurys, j'ai donc essayé de faire un album concept, plus artistique, avec un dessin costaud… Peine perdue. J'ai compris que quoi que je dessine, rien n'y ferait.  Je suis donc revenu à mes Bidochon et aux choses que j'avais envie de faire.

 

La reconnaissance officielle a finit par vous toucher : le ministre de la Culture vous a fait Chevalier des Arts et des Lettres en mai dernier…

CB : Cela m'a fait plaisir. D'ailleurs, une médaille, c'est mieux qu'un grand prix d'Angoulême : après la cérémonie, on n'est pas obligé de s'emmerder pendant un an à faire des affiches, des conférences de presse, des inaugurations d'exposition etc. De toute façon, je m'étais débarrassé de mes doutes en faisant savoir que je refuserais le grand prix d'Angoulême. Je ne vois pas comment je pourrais collaborer une année avec la direction d'un festival qui m'a snobé pendant toute ma carrière !

 

A contrario, vous êtes très apprécié des milieux politiques, grâce à M le Ministre.

CB : C'est une série que j'ai très souvent dédicacée à des ministres en partance. Les deux albums dédicacés par l'auteur, cela semble le cadeau idéal ! Ca n'a pas tellement vieilli, le langage politique n'a pas changé…

 

Vous envisagez de reprendre cette série pour un troisième tome ?

CB : J'en ai la tentation régulière… surtout que je n'ai pas encore abordé le thème de la campagne électorale. Au niveau local, les candidats se bouffent le nez sans avoir le talent des personnalités politiques nationales ; c'est à la fois pitoyable et comique, il y a sûrement quelque chose à faire !

 

Et Les Bidochon, un 19eme tome en vue ?

CB : J'ai traversé plusieurs périodes de lassitude par rapport à ces personnages. J'ai failli les tuer plusieurs fois, pour ne plus y revenir. Je suis heureux de les avoir conservés, parce que j'ai eu d'autres idées depuis et j'étais content de les retrouver. Mais j'ai eu besoin de les mettre de côté pendant un temps. Je les trouvais trop tranquilles, dans une époque qui ne l'est pas.  Impondérables, qui est une série avec des situations beaucoup plus dures, me semblait plus en accord avec la période.

 

Impondérables ou Propos irresponsables ? On ne sait plus quel est le titre de la série !

CB : Les deux séries partagent une forme en chapitres avec une phrase en exergue au début, mais dans Impondérables, on retrouve tous les personnages dans un épilogue. Ce principe n'existait pas avec Propos irresponsables.

 

Un autre album "à part" dans votre œuvre, c'est L'institution, où vous racontez votre enfance en pension. L'autobiographie en BD était fort rare, à cette époque…

CB : Gimenez m'avait précédé avec Paracuellos. On m'a mis en pension à l'âge de six ans et mon père avait le chic pour venir me chercher en retard et me ramener en avance. Le plus dur n'était pas de se retrouver séparé de ses parents, mais plutôt le bourrage de crâne incessant, la culpabilisation à outrance : ce sont des boulets qu'on traîne toute sa vie. J'ai pu m'en libérer grâce au dessin, en me protégeant derrière les personnages et l'humour, qui chez moi est une forme de pudeur. J'ai toujours du mal à me mettre en avant.

 

Vous dévoilez tout de même une autre facette de votre personnalité, dans le livre Carnet intime qui sort le 17 octobre : enfin vous montrez vos peintures. La dernière fois que vous les avez dévoilées, c'était pour la monographie qu'Yves Frémion vous avait consacrée en 1984 ?

CB : Ah oui, on y voyait quelques peintures. Dont certaines que j'ai brûlées depuis.

 

Vous brûlez vos toiles !?!

CB : Eh bien… ça m'arrive régulièrement. Les musiciens aussi déchirent leurs partitions quand ils sont mécontents. Pour Carnet intime, comme il fallait sélectionner ce qu'on allait publier, j'en ai profité pour faire du vide.

 

La peinture, pour vous, c'est le besoin de passer à une autre forme ?

CB : Selon moi, la peinture est une forme d'expression qui va bien au-delà de la bande dessinée. On peut y matérialiser des choses et des sentiments qui n'ont pas de nom et qu'on porte en soi. C'est donc une mise à nu. C'est certainement pourquoi j'ai tant d'hésitation à montrer mes tableaux. Le succès en bande dessinée comble largement mon besoin de reconnaissance, je ne ressentais pas le besoin d'exposer mes tableaux. Mais à force d'insister, les amis ont fini par affaiblir cette résistance. Comme je ne peux pas m'empêcher de me masquer un peu, au lieu d'un livre sérieux sur mes peintures, je suis parti sur une idée de parodie de livre d'art…

 

Vous vous êtes même trouvé une date de décès ! Nous sommes en pleine interview posthume. Pourquoi avoir choisi de mourir le 8 novembre 2004 ?

CB : Par hasard ou presque. J'ai choisi novembre, parce que dans les biographies, c'est bien quand l'artiste meurt dans une ambiance de brouillard. Quant à l'année, je ne voulais pas mettre 2005 : je n'aurais plus vécu dans l'angoisse du jour fatidique. Il valait mieux que ce soit une date passée. Sur le fond, je crois que tout le monde rêve un peu de pouvoir organiser lui-même ses funérailles.

 

Ah tiens ! Ce n'est donc pas pour augmenter votre cote – tout le monde sait qu'un peintre est beaucoup plus cher quand il est mort…

CB : Ah, mais je suis de toute façon hors de prix : j'ai mis en tête de l'album la liste des musées qui se sont portés acquéreurs de mes œuvres… tous les plus grands y sont ! Dans une parodie, on se demande toujours jusqu'où on peut en rajouter… mais j'en ai aussi profité pour glisser quelques petites choses personnelles, qui passeront inaperçues pour la majorité des lecteurs, et qui toucheront certains autres.

Propos (responsables) recueillis le 29 août 2005 

 

Bibliographie

Les Bidochon  (18 tomes)

Kador (4 tomes)

Monsieur le Ministre (2 tomes)

Poupon la peste (2 tomes)

Déconfiture au petit déjeuner

Forum

Histoires ordinaires

L'Institution

Propos irresponsables (2 tomes)

Impondérables

Pensées de Chevet

Les Bidochon ont vingt-cinq ans

Carnet intime : Binet, l'oeuvre peint.

Bédés juvéniles (aux éditions Bédérama)

Les Bidochon se donnent en spectacle (Ed. J'ai Lu)

 

jeudi 11 novembre 2004

Impondérables (Propos irresponsables T3)

Propos irresponsables T3, par Christian Binet (Fluide Glacial)

 

Christian Binet, un des dessinateurs vedettes (quoi que fort discret) de l'équipe Fluide Glacial est connu jusqu'en Chine pour Les Bidochon, ce couple de français un peu moins que moyen, franchement beauf mais tellement attachant… En plus de sa série phare, Binet exerce son humour caustique sur d'autres cibles issues de toutes les catégories sociales. Cela a donné Forum, Déconfiture au petit déjeuner, Histoires ordinaires et plus récemment Propos irresponsables, dont paraît le troisième tome : Impondérables. Voici une nouvelle bordée de saynètes, galerie de personnages lamentables, de situations pitoyables… et férocement drôles !

Un industriel du parfum s'efforce de remotiver son créatif en panne d'inspiration depuis la disparition de sa muse. Un jeune adulte désespère ses parents en bricolant une fusée interplanétaire dans leur jardin. Tout un village vole au secours de Marcel, boulanger persécuté par le fisc, en interceptant l'inspecteur des impôts et en lui faisant subir une torture des plus particulières…

Le graphisme de Binet est remarquable, non pour ses décors (explications dans Les Bidochon T1) mais pour l'expressivité idéale de ses personnages, renforcée par un lettrage expert qui véhicule les émotions. Pour chacune de ses chroniques sociales, Binet construit tout un univers qu'on quitte après un bon rire. Dans les deux précédents tomes des Propos irresponsables, on avait parfois le sentiment que le potentiel comique des situations n'avait pas été exploité jusqu'au bout, conséquence de la prépublication en magazine, qui "séquence" l'album en récits complets nécessairement courts. Pour le présent volume, ce regret est moindre puisqu'on retrouve certains personnages dans des scènes ultérieures. Par exemple, le père du pseudo-cosmonaute de la seconde scène pleure son fils suicidé quelques pages plus loin ; il doit alors faire face à des voisins envahissants, bien décidés à le réconforter contre son gré en lui faisant adopter la "méthode Dicky", qu'il prétendent efficace. La preuve, moins d'une semaine après la mort de Dicky, ils avaient surmonté leur chagrin et s'étaient acheté un autre chien ! L'album se conclut aussi par un épilogue où nous retrouvons les personnages principaux en route vers une maison de repos, sur le thème "avec la malchance que je me traîne, ça va finir en catastrophe".

La structure d'Impondérables est donc très astucieuse, ce qui peut échapper à l'attention du lecteur qui suit la série à raison d'un épisode par mois dans Fluide Glacial. Si c'est votre cas, reprenez vos anciens numéros (FG n°325 à 339) et relisez tout d'un trait !