Le briographe

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Tag - Casterman

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jeudi 2 juin 2011

Garôden, comme un loup affamé

Retour de baston pour Taniguchi !

 

Un nouveau livre de Jirô Taniguchi, c’est toujours un événement. Surtout quand le plus européen des mangakas livre un one-shot dans un genre dans lequel on ne l’attendait pas : les arts martiaux.

 

Connaissez-vous le « Dôjô-Yaburi » ? C’est la pratique qui consiste, pour un combattant valeureux, à aller défier le meilleur représentant d’une école d’arts martiaux, en espérant lui coller une rouste en combat singulier. Bunshichi Tanba, adepte du karaté, a connu l’humiliation de la défaite, il y a quelques années, en allant provoquer un dôjô de catcheurs. Comme beaucoup, il pensait que le catch est un sport truqué. Un certain Kajiwara s’était chargé de lui faire comprendre que dernière le spectacle, il y a des combattants résolus, aux techniques éprouvées. Furieux depuis sa défaite, Tanba s’entraîne dans l’espoir d’une revanche…

On pensait avoir tout vu de Jirô Taniguchi. Ce dessinateur japonais est le tout premier mangaka à avoir été primé à Angoulême. Après le Prix du Meilleur Scénario en 2003 pour Quartier Lointain, il avait obtenu le Prix du Meilleur Dessin en 2005 pour Le Sommet des dieux. Au-delà de cette reconnaissance institutionnelle, Taniguchi est très apprécié du public européen. Il est notamment connu pour être un ambassadeur du manga : son trait à la fois réaliste et expressif séduit les amateurs de bande dessinée franco-belge les plus sceptiques face aux productions nippones. Et ses histoires sont à la fois universelles (elles fonctionnent partout) et très diversifiées. Manga littéraire avec Au temps de Botchan ou Les Années douces, récits sensibles avec Le Journal de mon père ou Un ciel radieux, ouvrages improbables et contemplatifs comme L’homme qui marche et surtout Le Gourmet solitaire, sagas humanistes, autobiographie romancée, histoires animalières, récits de samouraïs, western, polar, science-fiction… Il semble n’y avoir aucune limite aux genres abordés par cet auteur. Pas même de limites géographiques : en 1997, Taniguchi réalisait Icare, sur un scénario de Moebius. Et Mes saisons, une collaboration avec  Jean-David Morvan, est en cours. Taniguchi est le dessinateur par lequel Casterman avait inauguré sa collection manga, dès 1995. Oui, depuis plus de quinze ans que ses œuvres paraissent en français, on pensait avoir à peu près tout vu de lui… On se trompait !

Dans les années 1990, Taniguchi a réalisé des récits hard boiled qui n’ont pas connu un grand succès – mais il faut rappeler qu’au Japon, Taniguchi continue de toucher un public relativement confidentiel. Garôden est un one-shot de la fin de cette époque. Preuve de l’efficacité de ce récit très sportif, L’Equipe magazine l’a sélectionné et va le publier pendant tout l’été, avant sa sortie en album fin août.

 

 

 

PS : Vous avez trouvé Garôden un peu court, vous pensez que ce one-shot aurait mérité une suite, ou que certaines scènes de combat auraient gagné en lisibilité à être un peu plus développées ? C’est la magie Taniguchi qui opère : vous voilà mûrs pour la lecture des classiques du manga de combat. Laissez-vous séduire par le « noble art » à la japonaise, en suivant Ashita no Joe (Glénat) ou Ippo, la rage de vaincre (Kurokawa). Et pour des combats moins codifiés, moins académiques mais d’autant plus efficaces, vous trouverez votre bonheur dans Coq de combat (Akata).

 

mercredi 4 mai 2011

Polina

Si la danse est l’art du mouvement, la bande dessinée est l’art qui consiste à créer son illusion. Raconter graphiquement les corps dansants est souvent une affaire de virtuosité, les dessinateurs qui comme Blutch ou Baudoin se sont livrés à cet exercice ne sont pas légion. Bastien Vivès, qui avait déjà montré un sens rigoureux du beau geste dans Le Goût du Chlore, cherche moins à peindre la danse, qu’à explorer la relation de l’artiste à sa discipline, et les rapports maître – élève. Magnifique et émouvante, Polina est l’histoire d’une petite fille qui passe une audition pour entrer dans une école de danse, et s’y fait former par des professeurs  exigeants jusqu’à la rupture.

 

lundi 2 mai 2011

Le Tueur, T9, Concurrence déloyale

Depuis qu’il est devenu papa, voici quelques épisodes, le Tueur est en pleine introspection. Incapable d’empathie, ce qui dans son activité est plutôt utile, le voilà curieusement à la recherche d’une sorte de justification morale à ses assassinats (qu’il qualifie plutôt de « contrats » ou de « cibles ») en recensant tout ce qui cloche dans le monde, tout ce qui prouve que d’autres que lui ne s’encombrent pas de morale ou d’humanisme. Cynisme, lucidité ou point de vue biaisé sur le monde ? En tout cas, le temps semble venu pour lui de s’occuper de sa reconversion, en se mettant dans les affaires. Là où ça sent le pétrole, ça ne sent pas la rose… mais les pétrodollars n’ont pas d’odeur !

 

jeudi 3 février 2011

Orgueil & préjugés et zombies

Attention, OVNI. Voici l'adaptation transgressive en bande dessinée, du film réalisé d’après le livre de Seth Graham Smith, best seller qui parodiait ce classique de la littérature anglo-saxonne de Jane Austen, Orgueil et préjugés. Pour faire plus simple, disons qu’il s’agit de reprendre un roman sentimental situé au XIXe siècle, et d’y saupoudrer une bonne quantité de morts vivants pour voir comment lords, ladies et tout leur entourage vont s’adapter à ces voisins peu convenables. Le résultat est totalement loufoque et… so British !

 

mardi 2 novembre 2010

Nogegon (Les terres creuses T3)

Palindrome, mais presque (symétrie m’était contée)

Bâti selon un plan inédit et toujours aussi impressionnant vingt ans après sa première publication, Nogegon est remis à l’honneur par sa réédition chez Casterman. Cet album trouvera une place de choix chez tous les amateurs de bande dessinée expérimentale.

 

Nogegon est le troisième album du cycle Les Terres creuses, dessiné par François Schuiten et scénarisé par son frère Luc, architecte de formation. Les récits courts qui forment le premier volume ont été prépubliés dans Métal Hurlant dans les années 1980, avant d’être réunis en album sous le titre Carapaces. Zara, le second volume, précise le projet : il s’agit d’explorer un système planétaire, et surtout de découvrir ses habitants et les particularités de leur quotidien ou de leur organisation sociétale.

Nogegon est le nom d’une des planètes du système « Terres creuses ». Le peuple qui y règne est obsédé par la recherche de symétrie. Ici, les personnes asymétriques sont traitées comme des parias, reléguées dans des bidonvilles où elles sont maintenues en léthargie à grand renfort de stupéfiants. Les dominants, eux, portent tous des noms qui sont des palindromes : ils se lisent indifféremment de droite à gauche ou de gauche à droite.  Silis et Natan, par exemple, sont deux habitants de la ville de « Dramard » ; « Nogegon » est d’ailleurs aussi un palindrome. Les touristes, quand ils sont acceptés, doivent se plier aux usages locaux : Olive devient Olivilo. Les habitants de Nogegon sont persuadés que leur existence est traversée par des « axystes », des axes de symétrie à partir desquels toute une séquence est répétée, mais à l’envers. Ainsi, toute arrivée est compensée par un départ, l’amour se transforme en haine, un acte de destruction a pour pendant un acte symétrique de création.

Justement, un axyste traverse le livre en son milieu. La page 36 est suivie d’une page 36’, et tout l’album se déconstruit ensuite à rebours, de la page 35’ à la page 1’. À partir de l’axe central du livre, chaque planche de la première moitié du récit trouve son équivalent en négatif dans la seconde moitié. Cette symétrie s’exerce dans les moindres détails. La disposition et la taille des cases sont bien sûr répétées, mais ce principe de symétrie s’exerce également sur leur contenu. Telle case dessinée en plongée, devient une contreplongée dans la seconde moitié du livre. Ce qui est à l’arrière-plan passe à l’avant-plan. La lumière devient ombre, et l’ombre lumière. Les dialogues eux-mêmes obéissent à cette règle curieuse, si bien que « Dehors ! – À plus jamais ! – La brute, me jeter dehors ! » (p26) se transforme en « Tu ne me jetteras plus dehors ?  – Jamais plus ! – Viens ! » (p26’). Ce petit jeu de symétries continue sur tout l’album, poussant la logique jusqu’aux pages de titre, d’indications de l’éditeur et aux premier et quatrième plats de la couverture. Après la découverte linéaire de l’histoire, le lecteur ne pourra qu’avoir envie de reprendre la lecture depuis l’axe central du livre, et de comparer chaque vignette et sa réciproque.

Qui d’autre qu’un architecte pouvait concevoir un tel édifice narratif ? Pour tout dire, le seul défaut de Nogegon tient probablement à sa perfection formelle.  Luc Schuiten semble avoir été étouffé par son chef d’œuvre, et n’a plus écrit pour la BD depuis. L’exploration des Terres creuses semble donc s’arrêter là. Aux lecteurs qui chercheraient des ouvrages comparables, citons les Upside-down de Gustave Verbeck (parus sous le titre Sens dessus dessous, chez Pierre Horay), les BD toujours expérimentales d’Etienne Lécroart (Cercle vicieux, à L’Association, propose une autre forme de palindrome), certaines BD-concepts de Lewis Trondheim, la série Julius Corentin Acquefacques de Marc-Antoine Mathieu et bien sûr, les travaux de l’OuBaPo.

 

 

Note : L’OuBaPo, ou "Ouvroir de Bande dessinée Potentielle" a été créé en 1992, et réunit des auteurs qui cherchent à innover en BD, en se lançant des défis créatifs, appelés contraintes. Non sans humour, l’OuBaPo classe Verbeck et Nogegon parmi les « plagiaires par anticipation ».

 

samedi 4 septembre 2010

Les années douces, T1

Rien d’étonnant à ce que le roman sentimental Les années douces d’Hiromi Kawakami ait suscité l’idée d’une adaptation dessinée à Jirô Taniguchi. L’auteur de L’homme qui marche, très à l’aise dans les scènes de silence contemplatif, est en univers connu dans les rencontres récurrentes et faussement fortuites, entre une trentenaire célibataire et son ancien professeur, de trente ans son aîné. Et qui mieux que le dessinateur du Gourmet solitaire pouvait dessiner avec la patience requise, l’affection qui se tisse lentement entre les protagonistes, au gré des verres et des mets partagés dans un troquet ?

vendredi 2 juillet 2010

2 expressos : Takahama nous tient au jus

Avec la quête d’un dessinateur français à la recherche d’une Japonaise rencontrée dix-sept ans plus tôt, Kan Takahata, la dessinatrice de Mariko Parade, Kinderbook ou L’eau amère, nous convie dans 2 expressos à un nouveau récit intimiste, sur fond de confrontation entre deux cultures. Un p’tit noir et blanc bien corsé !

 

 

Comment êtes-vous devenue dessinatrice de manga ?

Kan Takahama : C’est une succession de coïncidences. Quand j’étais étudiante aux Beaux-arts, lors d’une soirée on m’a mise au défi de raconter une histoire en manga. À mon insu, une amie a envoyé cette histoire à un éditeur japonais, qui m’a recontactée.

 

Vous intégrez alors le magazine Garo, réputé en Europe pour avoir été le titre phare des mangas  du genre Gegika [histoires pour adultes, dans une veine alternative ou artistique], deux ans avant que ce titre ne s’arrête. Quelle était l’ambiance dans ce magazine, pendant ces dernières années ?

Comme j’étais débutante, travailler pour Garo a été une expérience très enrichissante d’un point de vue personnel. Mais ça a été une période difficile sur le plan financier, car j’étais sur un strict régime de droits d’auteurs. Mes seuls revenus étaient liés à la vente de mes livres, et la publication dans le magazine ne me rapportait rien. Par la suite, j’ai été beaucoup plus vigilante quant aux conditions financières qu’on me proposait ! Comme Garo à l’époque était en perte de vitesse, la rédaction était encore plus exigeante sur la qualité des histoires publiées. Cela m’a donc donné beaucoup de rigueur, même si je garde le souvenir d’années difficiles d’un point de vue financier.

 

Qui défend le genre Gegika, depuis que Garo a disparu des kiosques ?

Le staff qui faisait Garo a fondé un nouveau magazine, AX, avec à peu près les mêmes objectifs artistiques.

 

Après la disparition de Garo, comment avez-vous rebondi ?

J’ai fait la rencontre de Frédéric Boilet, un dessinateur français de manga installé au Japon. Il  m’a proposé de venir avec lui au festival d’Angoulême, en 2003, et qui m’a fait rencontrer les éditeurs de Casterman, avec qui je travaille depuis. Au Japon, le système éditorial est assez différent. J’ai deux éditeurs qui suivent mon travail mais ils ne sont pas affiliés à une maison d’édition. Ce sont plus des agents artistiques, chargés de proposer mes pages aux maisons d’édition. En conséquence, mes livres sont publiés sous une grande variété de labels.

 

La postface de 2 expressos donne l’impression que ce livre a été commandé par Casterman. Est-ce le cas ?

Tout à fait. La proposition de Casterman consistait surtout à tenter la publication simultanée d’une œuvre en France et au Japon. J’ai pris du retard mais j’avais à cœur d’aller au bout de la démarche. Pour ce qui est de l’histoire, Casterman m’a laissé carte blanche, et on m’a laissé travailler à mon rythme, sans la moindre pression.

 

Un mangaka sans pression, cela existe, vraiment !?

Au Japon, seuls les grands auteurs bénéficient d’une certaine aisance. Pour les jeunes auteurs, c’est bien plus rare. Le fait d’avoir une liberté totale dans le scénario est encore plus atypique. Parmi mes amis mangakas, aucun n’a partagé cette chance que j’ai eue de pouvoir être totalement libre du contenu de son livre.

 

2 expressos nous fait suivre la rencontre entre un dessinateur français et les habitants d’un village japonais. C'est un thème que vous avez choisi parce que le livre allait être publié en France ?

Pas uniquement. Je voulais aussi placer l’intrigue dans un milieu rural japonais, parce qu’à l'époque, je venais de rentrer chez ma mère qui habite à la campagne. De plus, je trouve que les relations humaines sont plus intenses dans les villages que dans les villes. 

 

Dans Mariko Parade, vous évoquiez la cérémonie du thé. Dans ce nouveau livre, vous mettez en scène un barman japonais incapable de servir un café correct à ses clients… et qui aura besoin d’un mentor européen pour lui apprendre l’art du café !

En effet, je n’y avais pas prêté attention. En tant que Japonaise, le thé fait partie de ma vie, j’en bois quotidiennement. À l’inverse, il n’y a pas de cérémonie du café mais les Japonais sont de plus en plus curieux de cette boisson. Et effectivement, si Mariko Parade expliquait aux Occidents comment boire le thé, ce livre-ci initie les Japonais au café à la française, tout en montrant aux Français quelle peut être la vision des Japonais sur cette boisson.

 

Vous nous faites découvrir le « yakudoshi », une superstition japonaise selon laquelle les hommes et les femmes traversent deux années maudites au cours de leur existence. Pour les hommes, 25 et 42 ans ; pour les femmes 19 et 33 ans. Comment êtes-vous en train de traverser votre année maudite, vous-même ?

Je viens juste de sortir d’une phase de dépression. J’ai divorcé d’un mari qui était alcoolique. J’ai donc eu plus que ma part de malheurs, ce qui me dispense d’en rajouter pendant le yakudoshi (l’année maudite). Au Japon, tout le monde prend le yakudoshi à la légère… jusqu’au moment d’y être. Quand on est en plein dedans, la culture prend le dessus et c’est une source d’inquiétude. La culture japonaise conseille aux mamans d’offrir à leurs filles, pendant le yakudoshi, un objet long et fin : un bracelet, une ceinture ou un collier. Ma mère m’a offert un collier, que je porte régulièrement, parce que je l’aime bien, et peut-être aussi pour conjurer le mauvais sort.

Ce n’est pas uniquement de la superstition. Au Japon, une femme qui, à 33 ans, n’est pas mariée ou n’aurait pas trouvé une stabilité professionnelle, se trouve de fait dans une situation sociale pénible. Et pour les hommes, 42 ans est l’âge auquel une certaine fatigue physique survient, où la question de l’accomplissement professionnel se pose le plus. Le yakudoshi est l’année de tous les malheurs, surtout pour ceux qui n’ont pas réussi à s’accomplir avant cette échéance ! C’est une année de bilan, où on se demande ce qu’on a fait de son existence… Ce questionnement peut se révéler assez angoissant.

 

Un autre passage remarquable, dans le livre, c’est quand Michihiko explique à son comparse français pourquoi les Japonaises chérissent autant les produits de marque… Porter un produit de luxe traduit le besoin de se sentir plus belle, ce qui semble naturel. Ce qui m’interroge, c’est que les Japonaises se sentent actuellement dans l’obligation d’accumuler les objets de marque, faute de quoi elles perdent toute confiance en elles. Je n’ai pas d’explication à ce sujet ! Par ailleurs, leurs maris ont tendance à acheter plusieurs fois le même article. Cela peut paraître bizarre aux Occidentaux, mais au Japon, le vrai signe de richesse, c’est de posséder plusieurs fois la même chose. C’est une mode qui est apparue pendant la bulle spéculative des années 1990-91. Les riches ont commencé à montrer leur fortune en achetant les produits de luxe en plusieurs exemplaires. Le phénomène s’est poursuivi, comme une sorte de quête de la perfection et comme le moyen de prouver qu’on est comblé matériellement.

 

Quelques mots à propos de votre prochain livre ?

J’aimerais raconter, sous forme d’album couleur et dans un format franco-belge, mon existence au cours des cinq dernières années. C’était une période trouble, que j’ai vécue comme une spirale infernale. Tout n’a pas été triste, mais tout m’a paru sombre ! Et pour la suite, j’ai en stock quelques projets d’histoires longues, qui ne peuvent pas être développées en one-shot.

 

 

Remerciements à Julian Thoyer pour la traduction

 

mercredi 5 mai 2010

Les Enfants de l’envie

Dans un dessin au trait d’une remarquable élégance, et utilisant avec une parcimonie pleine de sens de rares aplats noirs, Gabrielle Piquet évoque cette période de l’Après-guerre où des bases américaines étaient installées sur le territoire français. Le petit Basile n’a jamais connu son père, un certain soldat Henry, retourné au pays et dont sa mère refuse de lui parler. Quelques trente ans plus tard, Basile devenu peintre obsessionnel d’une Amérique fantasmée, reste englué dans la recherche de ses origines. Une cérémonie de commémoration va lui permettre d’enterrer ses vieux démons…

mardi 2 mars 2010

Africa Dreams T1, L’ombre du roi

Histoire belge...

Quatre-vingts ans après Hergé, Maryse et Jean-François Charles rouvrent le dossier  Congo, et avec lui, celui de la fortune mal acquise du roi Léopold II.


À la fin du 19e siècle, Paul, un jeune séminariste belge se rend au Congo. Il part à la recherche de son père, établi en Afrique depuis des années. Paul découvre un homme en colère, qui lui révèle les atrocités dont les gens de la « force publique » se rendent coupables, et à travers eux, le roi des belges lui-même…

 « Moi plus jamais y’en verrai boula-matari comme Tintin ! », regrette un vieux Congolais dans la dernière scène du très controversé Tintin au Congo imaginé par Hergé en 1930. Avant d’être généralisé à tous les blancs, le surnom Boula-Matari, autrement dit « le briseur de rocs » avait été donné à Henry Morton Stanley, le fameux explorateur qui aurait salué son compatriote disparu d’un flegmatique « Doctor Livingstone, I presume ? ». Aventurier sans scrupule, Stanley fut le grand émissaire du roi Léopold II, qui le chargea d’organiser ses intérêts économiques au Congo.

Profitant de la rivalité entre Français et Britanniques, le roi des Belges avait obtenu, lors de la conférence de Berlin de 1885, la propriété exclusive de ce territoire grand comme 80 fois la Belgique, regorgeant de caoutchouc. Pour récolter cette matière première indispensable à une industrie automobile en plein essor, un véritable système de travail forcé de la population est mis en place à l’échelle du pays, accompagné des pires sévices et brimades. Vingt-cinq ans de ce régime auraient fait, selon certaines estimations, quatre à dix millions de victimes parmi les Congolais. Dans le même temps, Léopold II devint une des plus grosses fortunes de son époque, sans avoir jamais posé les pieds en Afrique. Responsable mais pas coupable ? Le débat continue de faire rage.

Ce quasi génocide par cupidité, qui avait provoqué un véritable scandale international dans les années 1900, avait depuis été relativement oublié… ou peut-être savamment occulté, comme le suggèrent Maryse et Jean-François Charles qui rappellent que l’Histoire officielle belge, jusqu’à une période relativement récente, inculquait aux écoliers l’image d’un roi Léopold II généreux et civilisateur, un « roi bâtisseur » qui avait apporté modernité et opulence à son pays, en offrant le Congo et ses ressources à la Belgique…

Africa Dreams, superbement dessiné par Frédéric Bihel, est une sorte d’anti Tintin au Congo crépusculaire. En plus d’y révéler un pays magnifique et sauvage, ce livre rappelle les pages sanglantes qui y ont été écrites, au nom de la « civilisation ».

dimanche 3 janvier 2010

L’Espion de Staline

L’Espion de Staline, d’Isabel Kreitz
CASTERMAN, 256 P. N&B, 16 €

Porté sur l’alcool et les femmes, et peu enclin à taire son hostilité au régime nazi, le journaliste Richard Sorge fut, dans les années 1930 et 40, agent de renseignements de l’URSS, installé à Tokyo. La légende prétend qu’il fournit à Staline la date exacte du déclenchement de l’opération Barbarossa, par laquelle Hitler violait le pacte de non-agression signé entre l’Allemagne et l’URSS… et que Staline n’y prêta pas foi. Cette histoire, qui méritait d’être racontée, l’est de fort belle façon par Isabel Kreitz. La dessinatrice allemande profite de l’occasion pour brosser un portrait sans concession des milieux consulaires, superficiels et déphasés, au cœur de la Seconde guerre mondiale.

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