Le briographe

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Tag - Bamboo

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lundi 3 mai 2010

Le Dessinateur T2, Abbesses de Trolley

Sale temps pour les prisonniers qui viennent de purger leur peine : un tueur d’assassins les attend à la sortie !

 

Après 30 ans passés à croquer des criminels et des meurtriers en tous genres, certains simples victimes des circonstances, d’autres psychopathes avérés, un dessinateur judiciaire passe la barrière et sombre dans une folie meurtrière. Ivre de vengeance après le viol et le suicide de sa fille Caroline, il s’arme et décide d’exécuter différents meurtriers oubliés, dès leur sortie de prison. Dans un premier temps, ce « justicier dans la ville », assassin d’assassins, se trouve grisé par ses premiers succès. Il prend même le risque inouï de recontacter Léa, un ancien flirt commissaire de police, qui est justement chargée de l’enquête sur cette série de meurtre peu banale. Mais bientôt la chance lui tourne le dos, et la galère commence : un des ex-taulards qu’il pensait avoir abattu vient de se réveiller à l’hôpital… et un désaxé plus malin que les autres, surnommé « le samouraï », le pourchasse. La deuxième partie du diptyque est tout entière consacrée à ce jeu du chat et de la souris, dans lequel il n’est plus si évident de savoir qui est le chat.

Il n’est pas rare, à la lecture de faits divers sordides ou de certaines affaires criminelles, qu’on se dise que la réalité n’a rien à envier aux délires des scénaristes les plus imaginatifs. Cette opinion est pourtant assez illusoire. En réalité, un fait divers donne rarement une bonne histoire. Les crimes, même spectaculaires, ne répondent généralement pas aux contraintes techniques d’une bonne histoire, qui nécessite intrigues, rebondissements et dénouements. En revanche, une collection de faits divers orchestrés autour d’un fil rouge peut tout à fait pimenter une histoire… à condition bien sûr de trouver un prétexte crédible pour réunir des affaires apparemment sans relation les unes aux autres.

En mettant en scène un dessinateur judiciaire, François Dimberton et Erroc ont trouvé un personnage capable d’incarner ce lien entre différentes affaires criminelles. Ce métier, qui consiste à assister aux procès d’assises et à réaliser des portraits sur le vif pour rendre compte de l’atmosphère des audiences (où caméras et appareils photographiques sont interdits) est celui d’un observateur… sauf si le dessinateur concerné décide de passer à l’action.

Erroc ajoute ici une fameuse corde à son arc. Le scénariste de la série d’humour Les Profs (dessinée par Pica) change radicalement de registre avec ce polar très noir, raconté presque entièrement à la première personne, du point de vue de ce dessinateur en pleine dérive névrotique. Détail amusant, le dessinateur Jean Trolley n’a pas hésité à se prendre lui-même pour modèle, pour créer le personnage principal.

vendredi 6 mai 2005

Dommages collatéraux, Bouclier humain T2

Bouclier humain T2, par Xavier Bétaucourt, Amara Sellali et Dominique Hennebaut (Bamboo)

 

Militante au sein d'une association pacifiste, Amara se rend en février 2003 à Bagdad pour témoigner des conséquences de dix ans d'embargo et de pollution à l'uranium appauvri (un métal utilisé dans les munitions et les missiles) sur la population irakienne. Alors que la menace d'une intervention militaire américaine semble se préciser, plutôt que de rentrer en France, Amara prend la décision de se joindre aux "boucliers humains", ces occidentaux volontaires qui espèrent que leur présence dissuadera l'armée américaine de bombarder le peuple irakien. Le 20 mars à 5H35, une série d'explosions dissipe cet espoir. La seconde guerre du Golfe a bel et bien commencé.

Que faire alors ? Rester sur place, risquer sa vie pour  continuer à témoigner ? Ou rentrer en France, avec la culpabilité d'un départ vécu comme une sorte de crime de non-assistance à peuple en danger ?

Une des qualités de cet album, réalisé par Dominique Hennebaut et le journaliste Xavier Bétaucourt d'après le témoignage authentique d'Amara Sellali, est de ne pas imposer un point de vue au lecteur. Amara ne porte pas beaucoup d'amitié à l'armée américaine, mais son récit n'est pas une œuvre de propagande. Il montre assez bien comment les boucliers humains étaient manipulés par l'armée irakienne, constamment surveillés, bridés dans leurs libertés et même soupçonnés d'espionnage. Peu à peu, la militante commence à douter du sens de sa mission. Surtout quand elle est prise à parti par un Irakien du peuple, sur un marché : "Foutez le camp ! Plus vite cette guerre est finie, plus vite on est débarrassés de Saddam Hussein ! Alors barrez-vous !".

Reste le plaidoyer contre la guerre, le témoignage qu'il n'existe pas de guerre propre.  Et que derrière l'appellation "dommages collatéraux" se cache une réalité insoutenable, celle des populations civiles bombardées, des enfants mutilés. 

 

mercredi 10 novembre 2004

Nos clients les tyrans, Vacances virtuelles T1

Vacances virtuelles T1, par Jean-Christophe Derrien et Saïd Sassine (Bamboo)

 

Preston Snoop est embauché à l'essai comme "régulateur" pour une société spécialisée dans les vacances virtuelles, qui transporte ses clients dans des univers de rêve (littéralement).  "Votre imagination reste notre seule frontière", dit la pub. Tout un programme ? Justement, oui : c'est un programme. Avec quelques bugs résiduels. Et une interface à la con : une fois dans la matrice (connecté par une prise branchée dans les trous de nez), Snoop peut communiquer avec l'opératrice restée dans le monde réel. Mais pour cela, il doit se toucher le nez. Et pour mettre l'univers en pause, il doit se gratter l'aisselle gauche… Oui oui, c'est ridicule. Et le pire : ça ne fonctionne pas tout le temps. Autre problème : quand on meurt dans le logiciel, on meurt pour de bon. D'où l'idée d'y envoyer des régulateurs, mercenaires chargés d'éviter les débordements. Pour sa mission d'essai, Preston doit surveiller une famille, devenue royale pour les vacances. Leur monarchie tourne à la tyrannie, il faut intervenir. Surtout qu'un vrai roi passe, lui, des vacances incognito dans le même monde…

A première vue, surpris par un graphisme très shonen manga, on se dit que les auteurs ont fait un choix opportuniste : le manga a le vent en poupe, pastichons les mangas. Mais il se dégage des dessins de Sassine tant d'énergie et de force comique qu'on met rapidement ces soupçons au placard : aucune importance ! Et après tout, on va parcourir des mondes virtuels, c'est-à-dire des jeux vidéo (en mieux). Que les personnages aient une apparence à la Final Fantasy, ce n'est pas dénué de sens.

Et puis… bravo, le scénariste ! Les fantasmes de touristes du virtuel, voilà un thème déclinable à l'infini. Vacances virtuelles pourra s'approprier tous les genres, toutes les époques et tous les lieux. Il est d'ailleurs question que le prochain tome ait une coloration "polar"… En tout cas, le présent album contient ce qu'il faut d'humour, d'action, d'inattendu et de charme pour nous faire passer un très bon moment.

 

mardi 6 juillet 2004

Farce de vente, Les commerciaux T1

Les commerciaux T1, par Arnaud Plumeri, Séverine Boitelle et Denis Goulet (Bamboo)

Inaugurant la huitième série de la collection Bamboo Job (Les pompiers, Les gendarmes, Les profs, Les toubibs...), Farce de Vente nous entraîne sur les pas des commerciaux de la GLOBAREP, société dont le mot d'ordre est : "chez Globarep, on vend tout ce qui s'achète !". Pour accomplir cette mission ambitieuse, une équipe motivée : Franky Lagagne, capable de vendre n'importe quoi à n'importe qui ; Benoît Kinenveu, tout fraîchement sorti de son école de vente ; Gina, dont le physique vaut tous les argumentaires. A leur tête, le boss donne l'exemple du bon goût vestimentaire : chemise bleue à col blanc assortie avec l'inévitable cravate jaune (beuh!).

Les gags en une à deux planches déclinent les thèmes de la vente porte-à-porte, des salons, des notes de frais et de tout ce qui entre dans la culture commerciale : les fringues, la drague vendeur/client, la formation, les relations entre collègues...

C'est gentillet sans être convainquant : beaucoup de comique de situation, mais les scénaristes ne sont jamais caustiques et rarement impertinents dans leur portrait d'une profession qui pourtant se prête à la satire. Plus étonnant, leurs personnages manquent de bagout. On espérait assister à quelques ventes avec déballages d'argumentaires chocs, comme on en trouve dans Achille Talon, fréquemment persécuté par des VRP infatigables… Espoir déçu.

Plumeri et Boitelle ont tous deux fait partie d'un service marketing. Mais jamais d'une équipe de vente. Ils abordent le commercial comme un animal inconnu et peinent parfois à se mettre dans la peau du vendeur. Farce de vente concerne plus la vie au bureau que le métier de commercial.

Trop consensuel pour être vraiment comique, cet album trouvera néanmoins des amateurs parmi les personnes à la recherche d'un cadeau pour un collègue commercial (anniversaires, retraite, départ...) et parmi ces collectionneurs qui font la fortune de Globarep : ceux qui achètent tout ce qui se vend !

 

mardi 6 avril 2004

L'œil de Caïn, Sam Lawry T2

Sam Lawry T2, par Hervé Richez et Mig (Bamboo, coll. Grand Angle)

Sam Lawry est un soldat américain embarqué dans la guerre du Vietnam. Une blessure à la tête l'envoie à l'infirmerie. Il espère bien que cela sera son ticket de retour vers la mère-patrie. Hélas, le toubib diagnostique un léger traumatisme crânien et revoie Sam à son unité. Le GI constate bientôt qu'il n'est pas tout à fait indemne : il a attrapé une sorte de "sixième sens". Des visions qui lui permettent de voir ses compagnons ou ses ennemis morts, quelques minutes avant la balle ou l'obus fatal.

Ce talent n'est pas le bienvenu. Dans l'armée, les briseurs de moral sont pires que les ennemis. Sam est donc contraint au silence par ses camarades et par sa hiérarchie. Mais bientôt, il reçoit une visite inattendue : son frère Nathan vient de s'engager. Il a même reçu son affectation : la base de Khe San, une zone très dangereuse du Nord Vietnam. Horreur ! Sam voit Nathan avec cinq balles dans la peau. Il n'a plus qu'une idée en tête : sauver son petit frère de la mort annoncée. Est-il possible de contrer les visions et de transformer le destin ?

Alors qu'Hollywood a évoqué la guerre du Vietnam jusqu'à l'écœurement, Hervé Richez réussit l'incroyable : nous raconter ce conflit sous un angle encore inédit. En comparaison des super-pouvoirs des héros de comics ou de l'Héroic fantasy, la prescience morbide de Sam peut paraître insignifiante. Or, c'est précisément ce qui permet au scénariste de conserver un ton réaliste à son récit. Nous suivons le parcours d'un homme ordinaire qui connaît des fragments d'avenir et sa rébellion contre une fatalité tragique… ce qui n'est pas sans évoquer Quartier Lointain de Taniguchi, même si l'intention et le traitement sont différents.

On pouvait reprocher au premier tome sa palette de couleurs un peu trop fluo. Le second volume est colorisé par Fabien Alquier, qui a réalisé un travail plus sobre et plus juste. Dans le même temps, le dessin de Mig a énormément gagné en maturité et en précision. Sam Lawry révèle deux auteurs très prometteurs. Avis aux collectionneurs, Bamboo proposera les deux volumes qui forment une histoire complète dans un coffret offert.

 

 

Le 7 août 1964, le président américain Johnson engage l'US Navy et son pays dans le conflit vietnamien. Le 27 janvier 1973, les accords de Paris entérinent le retrait des troupes américaines. Entre ces deux dates, une guerre politique dans le seul but d'éviter la propagation du communisme en Asie. Bilan des pertes humaines : environ 50000 soldats américains, 400000 Sud-vietnamiens, 900000 Vietcongs et Nord-vietnamiens. Le Vietnam est la première guerre qui ne s'achève pas par une victoire des Etats-Unis.

 

paru dans Bédéka #3