Sale temps pour les prisonniers qui viennent de purger leur peine : un tueur d’assassins les attend à la sortie !
Après 30 ans passés à croquer des criminels et des meurtriers en tous genres, certains simples victimes des circonstances, d’autres psychopathes avérés, un dessinateur judiciaire passe la barrière et sombre dans une folie meurtrière. Ivre de vengeance après le viol et le suicide de sa fille Caroline, il s’arme et décide d’exécuter différents meurtriers oubliés, dès leur sortie de prison. Dans un premier temps, ce « justicier dans la ville », assassin d’assassins, se trouve grisé par ses premiers succès. Il prend même le risque inouï de recontacter Léa, un ancien flirt commissaire de police, qui est justement chargée de l’enquête sur cette série de meurtre peu banale. Mais bientôt la chance lui tourne le dos, et la galère commence : un des ex-taulards qu’il pensait avoir abattu vient de se réveiller à l’hôpital… et un désaxé plus malin que les autres, surnommé « le samouraï », le pourchasse. La deuxième partie du diptyque est tout entière consacrée à ce jeu du chat et de la souris, dans lequel il n’est plus si évident de savoir qui est le chat.
Il n’est pas rare, à la lecture de faits divers sordides ou de certaines affaires criminelles, qu’on se dise que la réalité n’a rien à envier aux délires des scénaristes les plus imaginatifs. Cette opinion est pourtant assez illusoire. En réalité, un fait divers donne rarement une bonne histoire. Les crimes, même spectaculaires, ne répondent généralement pas aux contraintes techniques d’une bonne histoire, qui nécessite intrigues, rebondissements et dénouements. En revanche, une collection de faits divers orchestrés autour d’un fil rouge peut tout à fait pimenter une histoire… à condition bien sûr de trouver un prétexte crédible pour réunir des affaires apparemment sans relation les unes aux autres.
En mettant en scène un dessinateur judiciaire, François Dimberton et Erroc ont trouvé un personnage capable d’incarner ce lien entre différentes affaires criminelles. Ce métier, qui consiste à assister aux procès d’assises et à réaliser des portraits sur le vif pour rendre compte de l’atmosphère des audiences (où caméras et appareils photographiques sont interdits) est celui d’un observateur… sauf si le dessinateur concerné décide de passer à l’action.
Erroc ajoute ici une fameuse corde à son arc. Le scénariste de la série d’humour Les Profs (dessinée par Pica) change radicalement de registre avec ce polar très noir, raconté presque entièrement à la première personne, du point de vue de ce dessinateur en pleine dérive névrotique. Détail amusant, le dessinateur Jean Trolley n’a pas hésité à se prendre lui-même pour modèle, pour créer le personnage principal.
