par Anthony Audibert et Mathieu Gabella (Petit à petit)

 

Dans le grenier de la demeure de familiale, Benjamin Kergalec a trouvé un vieux cahier de poésies de la main de son père et une horloge qui, sans avoir été remontée depuis plusieurs années, continue d'égrener les secondes. De nos jours, cela n'a rien d'étonnant… mais en cette fin de 19e siècle, c'est loin d'être anodin ! Le jeune homme enfourne tout cela dans sa valise et retourne à Paris. Bientôt, il découvre que l'horloge a la faculté d'arrêter le temps… Quand il l'actionne, tout se fige autour de lui. Une sorte de brume sépia envahit le monde et lui-même devient auréolé d'un halo lumineux. Tout serait idéal et riche en possibilités épiques, si Benjamin était seul à conserver sa liberté de mouvement pendant la "stase", c'est-à-dire quand le temps est arrêté. D'autres personnes, hélas, échappent à l'influence de l'horloge… et notamment toute une bande de malfrats bien décidés à s'emparer du précieux instrument ! >?xml:namespace prefix =" ""o" ns =" ""urn:schemas-microsoft-com:office:office" /?<

Si nous pouvions arrêter le temps et le relancer aussi facilement qu'on déclenche un chronomètre ou qu'on met un film en pause, que ferions-nous de cette extraordinaire faculté ? Cette idée séduisante a inspiré de nombreux auteurs de fiction. Plusieurs épisodes de la série fantastique The Twilight Zone (La quatrième dimension) ont expérimenté ce sujet. Le premier film Matrix a relancé l'idée d'un temps manipulable, simple équation dans un monde virtuel. La bande dessinée n'est pas en reste : dans leur série Phenomenum (deux tomes parus chez Glénat), Jérémie Kaminka et Marc Védrines explorent les conséquences logiques qu'une telle faculté pourrait avoir sur son détenteur, dans le monde contemporain.

Les mesures du temps se distingue de toutes ces approches par le fait qu'arrêter le temps ne constitue plus une trêve ou un refuge pour la personne qui en est capable. Au contraire, cela initie des des séquences pendant lesquelles les personnes immunisées contre la stase s'affrontent sans pitié.

Tout cela compose un album sympathique, agréablement mis en images par Anthony Audibert, dans un trait contemporain assez lâché et une mise en couleur où les nuances ocres et brunes dominent. Le dernier tiers de l'album est spécialement enthousiasmant. Mathieu Gabella y enchaîne les retournements de situations et les révélations rocambolesques à une vitesse impressionnante. Jusqu'à la dernière planche on est maintenu en haleine. Point d'orgue de tout cela, un clin d'œil facétieux aux fins d'épisodes à la Scoubidou, offre au lecteur une dernière respiration avant la l'ultime dénouement, grandiose.