par André-Paul Duchâteau et René Follet (Le Lombard, coll. Signé)

Terreur. Ce titre suggère une histoire d'épouvante. C'est exact d'une certaine façon, mais il s'agit en réalité de "la" Terreur, cette période de la Révolution française pendant laquelle Robespierre et le Comité de salut public menèrent des citoyens par centaines à l'échafaud. Si, à l'instar de la guillotine, l'héroïne de cette aventure se paie volontiers la tête des aristocrates et des criminels, ce n'est pas pour prendre la vie, mais pour l'immortaliser. Tranchons le mot - cette nouvelle collaboration entre André-Paul Duchâteau et René Follet est la biographie (très légèrement romancée) de Marie Grossholtz, sculptrice sur cire devenue mondialement célèbre sous son nom marital : Marie Tussaud. Elle fonda en 1835 à Londres un musée de cire qui porte son nom et qui continue d'accueillir de nos jours plus de deux millions de visiteurs annuels. Les deux tomes de Terreur sont l'adaptation en bande dessinée du roman Les masques de cire qu'André-Paul Duchâteau a consacré à ce personnage étonnant et méconnu.

Paris, 1793. Marie Grossholtz a hérité de son oncle le musée de cire Curtius. Elle enrichit la collection avec des personnages d'actualité : par exemple Marat, dont elle réalise sur l'invitation du peintre David un moulage d'après nature (morte) sur les lieux même de son assassinat. Marie a aussi ses petits arrangements avec le bourreau, à qui elle emprunte quelques têtes parmi les plus intéressantes du gratin fraîchement guillotiné. Une forte femme, donc, qui n'a pas que des amis. Suspectée d'avoir participé au vol des bijoux de Marie-Antoinette et de protéger un ennemi de la République, Marie est emprisonnée à la Conciergerie. Elle partage sa cellule avec Joséphine de Beauharnais, qui réussit à organiser leur évasion... Dans le second tome, nous la retrouvons en Grande Bretagne en 1805 : Marie est devenue Madame Tussaud, mais les époux sont séparés par la Manche (il est resté à Paris) et par une indifférence réciproque. L'intrigue sur les bijoux volés de la Reine, que Duchâteau prolonge à travers les décennies, ne fonctionne plus vraiment. Mais peu importe : la biographie parfaitement documentée, le portrait d'une femme en lutte pour la reconnaissance de son art et les dessins admirables de René Follet suffisent à captiver notre intérêt. Ces deux auteurs vénérables servent le 9e art depuis plus de 50 ans... et avec quelle maîtrise !

 

mini-interview

Vous formez avec André-Paul Duchâteau une équipe expérimentée !

René Follet : Oui, nous avons réalisé ensemble trois épisodes de la série Valhardi. J'ai dessiné la couverture de son roman Les masques de Cire. Et quand huit ans plus tard, je l’ai contacté pour suggérer de l'adapter en BD, il m’a dit : "Mais… Je t’avais proposé d’en faire une bande dessinée, et à ce moment là ça ne t’intéressait pas !".

Pouvez-vous nous expliquer comment vous dessinez ?

René Follet  : D'abord je croque les scènes au crayon dans un avant-projet réduit. J'ai un certain plaisir à traiter cette phase, aussi j'en réalise souvent plusieurs. Une fois le crayonné définitif exécuté, je peins sans porter de trait de contour, à la gouache ou à l'acrylique. Les traits de crayon disparaissent sous la couleur. Le premier jet est presque de l'aquarelle, tant la couleur est diluée, quasi transparente. Pour les corrections j'emploie des couleurs plus épaisses, parfaitement opaques, parfois en plusieurs couches successives. Cette technique de colorisation adoptée pour Terreur relève vraiment de la peinture, ce qui en fait un travail deux fois plus long !

Sur quoi travaillez vous actuellement ?

René Follet  : Sur l'adaptation en bande dessinée d'un roman de Jéromine Pasteur : L'enfant qui rêvait le monde. C'est une saga familiale qui débute au premier coup de pioche du percement du canal de Panama dans les années 1880 et se poursuit de génération en génération jusqu'à nos jours. Cela devrait paraître au premier semestre 2005.