Bandes à Part, portrait croisé de cinq dessinateurs, un film de Thierry Tripod (Point Prod)

 

La bande dessinée est née en Suisse au XIXe siècle, sous les crayons d’un écrivain genevois, Rodolphe Töpffer. Près de deux siècles plus tard, l’invention a fait le tour du monde, mais elle a perdu un peu de son helvétude : dans sa forme européenne, on la qualifie communément de franco-belge. La Suisse possède pourtant une culture très vive de l’illustration, de l’affiche dessinée et du dessin de presse, qui permet à de nombreux auteurs de vivre de leur art, peut-être plus facilement qu’ailleurs. La bande dessinée suisse est plus vivace que jamais, Genève étant un vivier de création artistique très fertile, grâce notamment à une nouvelle génération d’auteurs inventifs et prolifiques, qui a émergé depuis une dizaine d’années.

 

 

Thierry Tripod a choisi de suivre cinq de ces auteurs, pour un film documentaire de 56 minutes intitulé Bandes à part : on y découvre le portait croisé de Pierre Wazem, Tom Tirabosco, Frederik Peeters, Ibn Al Rabin et Alex Baladi, cinq auteurs «pour qui la bande dessinée n’est pas seulement de la littérature pour enfants, mais un art à part entière, libre et adulte». Leurs méthodes de travail, leurs styles sont très différents, mais ils partagent un même engouement pour le roman graphique, et volonté de rupture avec les formats classiques et les séries à personnage.

 

L’éclosion de ce que le réalisateur appelle la nouvelle école genevoise a été rendue possible par l’intérêt et le soutien de trois structures éditoriales locales, lancées à la même époque, et qui se sont développées à leur contact : Atrabile, Bülb comix et Le Drozophile. Mais créer des livres n’est pas la seule finalité pour ces auteurs : Pierre Wazem est dessinateur de presse pour Le temps, Tom Tirabosco pour La tribune de Genève. De leur côté, Ibn Al Rabin et Alex Baladi ont conçu la fabrique de fanzine, une animation de festival qui consiste à dessiner puis à faire circuler un maximum de fanzines créés et photocopiés sur place, avec la participation du public.

 

Le côté village de cette scène créative, favorise les collaborations artistiques et les expériences. Pour autant, les planches de cette bande d’auteurs ne sont pas spécialement «à part» : elles s’inscrivent tout à fait dans les courants de la bande dessinée contemporaine. S’il y a une spécificité de la bande dessinée suisse, le reportage ne s’attache pas à la débusquer.

 

Bandes à part fera l’objet de projections quotidiennes lors du festival d’Angoulême. Le film est également édité sur DVD (12 euros, diffusion par le Comptoir des indépendants), et inclut 26 minutes de bonus (extraits d’un concert de dessins de Pierre Wazem, accompagné au piano par Michel Wintsch, et trois chansons d’Ibn Al Rabin).