De cape et de crocs T6, par Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou
(Delcourt)
Un
singulier équipage vogue vers la Lune : un homme (Raïs Kader), deux femmes
(Séléné et Dona Hermine), un renard gentilhomme (Armand Raynal de Maupertuis),
un loup hidalgo (Don Lope Villalobos y Sangrin) et le lapin Eusèbe. Ils
espèrent y trouver fortune : la lune regorge d’arbres insolites couverts
d’or et de pierres précieuses. Ils doivent aussi sauver Andréo et Plaisant,
leurs compagnons captifs du cruel prince Jean Sans Lune. D’autres qu’eux
convoitent ces trésors : le funeste Mendoza, outre l’appât du gain, a un duel
en cours avec nos gentilshommes (techniquement des gentilscanidés,
d’ailleurs) et Bombastus, qui veut étudier de près ce monde inconnu, par
curiosité scientifique.
Armand
et Don Lope sont aux anges : ils ont enfin retrouvé leur dulcinées (même
si leur affection de ces dernières tend à se détourner au profit d’Eusèbe, qui
est vraiment trop mignon). Après quelques péripéties, nos héros
réussissent à alunir en toute sérénité (mais ouf, pas dans la mer du même
nom).
Les
premiers pas sur la lune… un moment émouvant qu’Armand traduit en
savoureux alexandrins : « A la solennité préférons l’élégance. Aux
grands bonds conquérants, de petits pas de danse ». Après ces paroles
historiques, nos héros se mettent à la recherche des Sélénites. Point besoin
d’aller en ville, c’est Callikinitopolis (littéralement, la jolie cité
mouvante) qui vient à eux. Apprenant que le prince Jean est de retour de son
exil sur Terre, les Sélénites s’affolent et conduisent nos amis auprès du roi
de la Lune qui, stupeur ! ressemble à son frère comme deux gouttes d’eau
(ainsi qu’au duc de Bordeaux, mais les auteurs ont omis de le signaler). Par
précaution, une mission leur est confiée : retrouver le Maître d’armes, un
autre terrien érudit, philosophe, poète et fin bretteur par-dessus tout, seul
capable de reformer les cadets de la lune et d’organiser la défense…
Admirateurs de cette série raffinée et exubérante, fruit de la collaboration
entre deux auteurs perfectionnistes à bon escient, vous serez comblés par ce
nouvel opus. Que ceux qui ne connaissent pas encore ce bijou du 9e
art se précipitent de toute urgence vers le premier tome : De cape et
de crocs est une splendeur indispensable que les superlatifs les plus
élogieux peinent à décrire selon ses mérites infinis : plein de panache,
érudit, humaniste, inattendu, spirituel, poète, enthousiasmant… En un seul
mot : jouissif !
Mini-interview
Les fans de
la saga redoutent déjà la proximité du dénouement de cette histoire.
Poursuivrez-vous De cape et de crocs dans un second
cycle ?
Alain
Ayroles : L’histoire
devrait s’achever avec la parution de l’acte IX. Je dis bien « devrait », car à
chaque nouveau tome, de nouvelles idées de gags viennent se greffer sur
l’intrigue principale et en repoussent le dénouement ; car si je m’efforce de
respecter une trame cohérente, mon écriture laisse la part belle à
l’improvisation, dans un esprit proche de la commedia dell’arte et du
feuilleton à la Dumas. Lorsque ce récit sera terminé, nous préfèrerons
certainement réaliser des one shot (la peste soit de l’anglicisme ! ne
pourrait-on dire des « un coup » ?) plutôt qu’entamer un nouveau cycle. Mais
allez donc raconter une histoire complète en 46 pages quand des personnages
secondaires – je pense particulièrement à certain lapin – essaient constamment
de tirer la couverture à eux !…
Et que
diable Eusèbe allait-il faire dans cette galère !? Finirons-nous par le savoir
?
Alain
Ayroles : On trouve dans
l’acte VI quelques révélations concernant le passé trouble de l’ex-galérien.
Toute la lumière sera un jour faite sur « l’Affaire » : j’ai déjà écrit le
scénario du un coup relatant le parcours d’Eusèbe jusqu’à son arrivée
aux galères. Nous en saurions déjà plus si messieurs de Maupertuis et
Villalobos daignaient prêter une oreille attentive aux propos de leur ami.
Hélas ! Il est fort malaisé de se faire entendre lorsqu’on est un lapin
!
paru
dans Bédéka #4