Le traditionnel rapport annuel de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) rédigé par son secrétaire général Gilles Ratier, établit pour 2009 un bilan assez contrasté.
Le premier constat est celui d’une décélération : au terme d’une spectaculaire période de quatorze ans de course à la production, l’année 2009 parait presque calme, avec des chiffres proches de ceux de l’année précédente… c'est-à-dire au plus haut niveau. 4863 titres ont été publiés en 2009, dont 3599 nouveautés, 892 rééditions (catégorie qui désigne les rééditions augmentées ou présentées sous une nouvelle forme et les intégrales, et non pas les retirages d’albums), 297 art books et 75 essais. Cela ne représente « que » 2,4% de titres de plus qu’en 2008, et l’augmentation est surtout liée au nombre de rééditions, segment dont la croissance avoisine les 9%. Le nombre de nouveautés est resté stable cette année, les gros éditeurs ont même légèrement resserré leur production, proposant 4% de titres de création en moins par rapport à 2008. 140 titres (dont 40 mangas, issus de 12 séries seulement) ont bénéficié d’un premier tirage de plus de 50 000 exemplaires. Sur ce nombre, la moitié ont été publiés au quatrième trimestre, la fin de l’année étant considéré plus propice aux achats de bande dessinée. Nous ne saurons qu’en 2010 si cette stratégie qui prend le risque d’un grand carambolage dans les rayons des librairies, aura été fructueuse.
Les chiffres de vente disponibles pour l’heure, sont ceux de 2008. Dans un secteur qui pesait 320 millions d’euros, le groupe le plus important, avec 32,7% des ventes d’albums en nombre d’exemplaires, est Média Participation (qui regroupe les éditions Dargaud, Dupuis, Le Lombard, Blake & Mortimer et Kana). Il est suivi par les éditions Glénat (incluant les labels Vents d’Ouest et Drugstore) avec 16% des ventes d’albums et par Delcourt (10%). Fait notable, la part de marché des deux premiers ne cesse de s’effriter, quand celle de Delcourt a quasi doublé en cinq ans, les rachats de Tonkam et d’Akata n’étant pas étrangers à ce phénomène.
2009 aura été une année très semblable à 2008 dans ses tendances : valorisation du fonds éditorial, exploitation de licences existantes, importation massive d’œuvres non-francophones (1891 nouveautés sont des traductions), attrait croissant pour les adaptations en BD d’œuvres littéraires (179 titres, soit 5% de la production). Pour déceler quelque chose d’un peu spécifique dans l’année écoulée, il faut lorgner du côté de la BD érotique, qui fait son grand retour dans le catalogue des éditeurs non spécialisés.
Mais le phénomène le plus singulier de 2009, c’est la course à la technologie que les éditeurs se livrent, en cherchant à se positionner sur un hypothétique marché de la BD sur téléphone portable. La lecture sur écran est devenue usuelle, les statistiques de visite des blogs BD le prouvent. Mais ces sites, apparus depuis 2003, n’ont pour l’heure pas prouvé qu’ils puissent donner naissance à un modèle économique alternatif. Tout au plus ont-ils permis à quelques auteurs d’accéder plus facilement aux filières classiques de l’édition. Comment croire alors, à la pertinence d’un modèle économique fondé sur la lecture payante sur un support minuscule d’œuvres qui n’ont pas été créées spécifiquement pour lui ? Tablet PC et E-books du futur changeront peut-être la donne. Pour l’heure, rien ne prouve que le virage numérique annoncé ne soit pas un « mirage » numérique. Et les enjeux ne sont pas uniquement techniques. Si cette industrie potentielle ne se montre pas plus capable d’assurer un revenu décent aux auteurs que l’édition classique, on ne peut pas lui prédire un grand avenir…
.jpg)




















![« Construire un feu » par Christophe Chabouté [d'après Jack London], Vents d'Ouest](http://briographe.free.fr/acbd/ACBD2008_14.jpg)
![« Massacre au pont de No Gun Ri » par Park Kun-woong [d'après Chung Eun-yong], Vertige Graphic](http://briographe.free.fr/acbd/ACBD2008_15.jpg)
