Leiji Matsumoto, le maître du Space Opera

 

Invité star des Rencontres internationales à Angoulême, Leiji Matsumoto fête cette année ses soixante ans de carrière. Qu’on tire une salve d’honneur à la gloire du créateur d’Albator, du Galaxy Express et de l’Arcadia !

 

Akira Matsumoto n’a que quinze ans, en 1953, lorsqu’il remporte un concours organisé par le magazine « Manga Shônen ». S’il commence sa carrière de dessinateur à cette époque, c’est par la petite porte. Il enchaine les publications alimentaires et les jobs d’assistant. Ce n’est qu’en 1965 qu’il commence à utiliser le pseudonyme Leiji, qui signifie « guerrier Zéro ». La plupart de ses mangas restent inédits en France à ce jour, il serait donc un peu absurde d’en dresser la liste. Pour le public français, la découverte de Matsumoto passe par le petit écran, et la diffusion en 1980 d’un dessin animé de science-fiction : Albator.

Un âge d’or de la science-fiction

En 1977, La Guerre des étoiles de George Lucas et son cortège de jouets et de produits dérivés, crée une demande sidérale pour les œuvres de science-fiction, encore amplifiée en 1978 par la diffusion à la TV française de la série Goldorak de Go Nagai. C’est un véritable phénomène de société. Les producteurs français ont besoin de programmes pour satisfaire le public. Du Japon encore, ils importent San Ku Kaï (très, très inspiré de Star Wars). Puis Albator (première diffusion en France en 1980), réalisé par Rintaro d’après le manga de Matsumoto : une œuvre sombre, métaphysique, presque désespérée. L’histoire se déroule en 2977. L’humanité est en pleine décadence. Seule une poignée d’hommes réagit quand le peuple des Sylvidres, des femmes végétales extraterrestres, menace d’envahir la Terre. Ces rares résistants sont l’équipage pirate du Capitaine Albator (Herlock en version originale), embarqué à bord de l’Atlantis (connu en VO sous le nom d’Arcadia ou de Death Shadow), un galion spatial doté de l’âme de son créateur, Tochiro, ami disparu d’Albator. Quelques années plus tard, une seconde série, Albator 1984, reprend les personnages pour une antésuite, où Albator et Tochiro affrontent les Humanoïdes. Le même duo figure encore en tête d’affiche et en plein Far West dans la série Gun Frontier ; et joue les seconds rôles dans une autre saga de Matsumoto, Galaxy Express 999. Dans cette dernière (18 tomes parus chez Kana), le jeune Tetsuro embarque à bord d’un train de l’espace pour un interminable périple qui doit lui permettre d’atteindre la Métal, une planète où il pourra se faire robotiser. D’une série à l’autre, certaines scènes sont rejouées, parfois à l’identique, parfois avec des variances significatives et mystérieuses.

Opéras de l’espace

Tout cela contribue à la singularité de l’œuvre de Matsumoto : ses personnages sont des archétypes, des acteurs à qui il attribue des rôles, dans un univers qui évolue tout en étant cyclique, à la manière d’une spirale. L’exemple le plus parlant est fourni par la série L’Anneau des Nibelungen (8 mangas chez Kana ; série animée en six épisodes sous le titre Harlock Saga). Il s’agit d’une adaptation libre par Matsumoto de la « tétralogie » de Richard Wagner,  où Albator et Tochiro affrontent le dieu Wotan : l’expression space opera semble avoir été forgée pour désigner ce récit ! Un autre space opera notable de Matsumoto, cette fois en version musique électronique, est sa collaboration avec le groupe Daft Punk pour le film Interstella 5555 : the 5tory of the 5ecret 5tar 5ystem, qui met en images l’album Discovery.

Pour compléter ce panorama rapide d’une œuvre à la fois exigeante et populaire, ajoutons encore Yamato, le cuirassé de l’espace, la toute première série animée de Matsumoto à avoir connu un succès international (dans le monde anglophone…) et dont l’adaptation en manga est en cours de publication aux éditions Clair de Lune. Et la possibilité d’un long métrage « Albator 3D », dont une bande annonce avait été présentée au festival d’Annecy en 2011…

 

Jérôme Briot