(on avait discuté de Chroniques de Jérusalem en réunion de rédaction ; et comme on ne se mettait pas d'accord, on a décidé de faire une double chronique, pour rendre compte de cette diversité d'opinion)

Zoo est attaché à la diversité des points de vue de ses contributeurs. Si par manque de place, nous ne pouvons pas offrir une tribune à chaque point de vue, il nous semble intéressant de juxtaposer de temps en temps des avis divergents sur un même album.

  

Après avoir été un globe-trotter de la mondialisation, mandaté par des studios d’animation occidentaux pour superviser le travail d’équipes asiatiques à bas coût à Shenzen (Chine) et à Pyongyang (Corée du Nord), Guy Delisle est devenu un globe-trotter de l’humanitaire.  Ses enfants et lui-même font partie des bagages de sa compagne, qui est envoyée par Médecins sans frontières sur différents théâtres d’opération pour des missions de longue durée. Après une année à Rangoon, relatée dans ses Chroniques birmanes, en août 2008 Guy Delisle pose ses valises à Jérusalem-Est, à proximité de Gaza où est établie la mission de MSF.

Les Chroniques de Jérusalem sont le compte-rendu d’un visiteur aussi désinvolte et neutre qu’on puisse l’être dans la région, quand on n’est impliqué ni religieusement ni politiquement dans les conflits entre Israël et la Palestine. « Merci mon Dieu de m’avoir fait athée », ironise Guy Delisle en songeant aux difficultés qu’éprouvent les différents groupes à vivre ensemble en des lieux considérés comme sacrés par les trois religions du Livre. Et l’auteur de croiser avec une surprise sincère autant qu’ingénue, le regard furieux de passants offensés qu’il mange une pomme en pleine rue pendant le ramadan, ou de juifs ultra-orthodoxes ulcérés qu’il ose conduire une voiture pendant le shabbat. Delisle rapporte les différentes tracasseries quotidiennes que lui cause la situation du pays, sans toutefois porter de jugement de valeur. Il faudra l’attitude des colons d’Hébron, connus pour leur radicalisme, et la connivence de l’armée israélienne à leur égard – attitude d’ailleurs dénoncée par d’anciens militaires eux-mêmes, ce qui au passage rappelle qu’Israël reste une véritable démocratie – et bientôt les bombardements de l’opération plomb durci en janvier 2009, pour pousser le dessinateur hors de sa réserve.