Portrait du sorcier en gentleman

 

Après trois ans d’interruption de la saga, les fans de Courtney Crumrin pouvaient craindre que Ted Naifeh ne délaisse cette petite héroïne au profit de ses autres séries. Heureusement il n’en est rien !

 

En tout juste quatre tomes, Courtney Crumrin a réussi à imposer son univers de sorcellerie gothique et flamboyante, peuplé de monstres roublards mais finalement pas plus pervers que tous ces humains obsédés par leur besoin de paraître, dans une société qui prône le matérialisme et la cupidité. Si les parents de Courtney n’échappent pas à cette règle sociale, son oncle Aloysius est d’une toute autre trempe. Maître des lieux, il se fait passer pour un vieil original un peu cinoque et profondément misanthrope, pour mieux tromper son monde. Au fur et à mesure des épisodes, on le découvre que cet inquiétant sorcier est plus chaleureux et infiniment plus puissant qu’on n’aurait pu le suspecter. Comme il cultive le mystère, c’est naturellement lui qui emporte la curiosité du lecteur…

Conscient du potentiel de ce personnage, l’auteur lui a très tôt donné son propre spin-off, avec un hors-série intitulé Portrait du sorcier en jeune homme. Nous y découvrons Aloysius du temps de sa jeunesse intrépide, n’hésitant pas à infiltrer la Brigade anti-sorciers créée par William Crisp, officiellement avocat de profession et père d’une charmante Alice, et pactisant avec ladite Brigade dans une alliance apparemment contre-nature… Le second hors-série intitulé La Ligue des gentlemen ordinaires, est dans la continuité immédiate du premier. L’auteur y approfondit les relations passionnées autant que tumultueuses entre Aloysius et Alice ; on y retrouve également le grotesque et infortuné aventurier Goose. Tout cela, avec l’élégance habituelle de ces noirs et blancs si bien maîtrisés, jusque dans leur extravagance.