Après le téléphone portable et Internet, les Bidochon continuent d’explorer les nouvelles technologies, et cherchent le confort dans les gadgets vendus par correspondance. Christian Binet, qui met en scène ce couple de Français si typiques depuis trente ans, commente pour nous le nouvel album…

 

Dans le tome 20, les Bidochon sont confrontés à un certain nombre de gadgets plus ou moins farfelus…

Christian Binet : Farfelus, c'est vous qui le dites. La plupart existent réellement ! Le plus drôle, c'est que les rares objets que j'ai inventés pour l’album ne sont pas les plus improbables. Par exemple, le parasol bronzant qui laisse passer les UV existe pour de bon !

 

La véritable star de l'album, c'est le moulin à poivre électrique éclairant !

Un jour, il y avait un orage et une panne de courant. Cela m’a inspiré l’anecdote de Robert Bidochon, ne possédant que ce poivrier pour toute lampe de poche, et changeant ses plombs en saupoudrant de poivre tout son intérieur. C'est un objet que j'utilise plusieurs fois dans l'album, car il est à la fois absurde (qui peut bien avoir besoin d'éclairer son steak moment de le poivrer ?) et très répandu.

 

Pour la première fois, dans cet album, vous avez glissé une touche de couleur…

C'est un petit truc en plus pour le tome vingt. Dans l'album, ce sera fluorescent, ça va être éblouissant ! Mais n'allez pas croire que c'est le début d’albums en couleurs. Le noir et blanc me convient très bien.

 

Où cherchez-vous les thèmes des albums ?

Je ne les cherche pas vraiment. C'est la vie quotidienne qui me les apporte sur un plateau. Des sujets d'albums, j'en ai presque trente d'avance. C'est autant de tiroirs dans lesquels j'accumule des éléments au fur et à mesure que viennent les idées. Il y a certainement des thèmes que je n'aborderai jamais. Un bon thème nécessite d'être assez ouvert pour être développé sur 45 pages. L'album sur Internet m'avait posé ce problème : après une première histoire, j’étais resté bloqué pendant six mois. 45 pages avec deux personnages derrière un écran d'ordinateur, cela risquait d'être monotone. Puis j’ai trouvé un système pour ouvrir l’espace : puisque Internet apporte tout chez soi, je me suis mis à faire apparaître dans leur salon tout ce qu'ils voient sur l'écran.
Les thèmes naissent comme ça. J'y réfléchis longtemps avant. Là, suis en train de préparer le prochain album, qui sera encore une fois dans l'air du temps, puisqu'il s'agira d'écologie et de « protection de la planète ». Je me regarde donc ce qui se fait, je fais mon marché. Les toilettes sèches ou le compost avec des vers, le tri sélectif... Il y a de plus en plus de sujets possibles autour de cette thématique.

 

Dans les premiers tomes, les Bidochon suivaient le parcours type du ménage qui s'installe dans l'existence. L’expérience de la parentalité en moins, puisque Robert est stérile…

C’est vrai, les Bidochon ne peuvent pas avoir d'enfants, mais on pourrait leur en confier temporairement. Ce serait amusant de confronter le goût de la routine de Robert avec des éléments perturbateurs comme des enfants. Ne serait-ce que pour la bagarre autour de la possession de la télécommande de la TV !

 

Quand vous les avez créés il y a trente ans, vous étiez nettement plus jeune que vos personnages. À présent, vous êtes plus âgés qu'eux. Ceci a-t-il un impact sur le regard que vous portez sur les Bidochon ?

Ce qui change le regard, ce n'est pas l’âge, c'est l'expérience qu'on a pu acquérir avec le temps, en s'interrogeant sur l'humanité, la vie, la mort. Quand on est jeune, on schématise beaucoup, on emploie beaucoup de clichés. En vieillissant, on apprend à connaître les gens, on s’intéresse à ce qu’ils font, on les écoute. La perception qu'on a des autres devient plus subtile. Les Bidochon sont devenus plus sympathiques au fur et à mesure à cause de cela. Parce que finalement, ce sont des gens simples qui ne font de mal à personne.

 

Les Bidochon, T20 : Les Bidochon n’arrêtent pas le progrès

Fluide Glacial, 48 p. N&B, 10,40€