Immergés, T1 : Comme un poisseux dans l’eau
Par Jérôme Briot le vendredi 4 septembre 2009, 20:09 - critique - Lien permanent
Après trois one-shots mémorables, Nicolas Juncker se lance dans une série au long-cours. Il s’agit de plonger dans les vicissitudes d’un équipage de sous-mariniers allemands, entre 1935 et 1943.
Günther Pulst, 39 ans, est maître diesel dans un sous-marin allemand, pendant le IIIe Reich. Après deux mois de mission, l’atmosphère est plus qu’étouffante à bord : l’humidité le dispute aux remugles d’urine, de vomi et de carburant, et la tension entre les hommes est à son comble. Pour ne rien arranger, la nouvelle leur parvient que les services de contrôle de la SS les attendent, dès leur retour à quai, pour une enquête.
Le point de départ, qui décrit le quotidien dans le huis-clos d’un sous-marin allemand, n’est pas sans évoquer Das Boot, roman de Lothar-Günther Bucheim adapté en film par Wolfgang Petersen en 1981. Pour transmettre au lecteur un sentiment de claustrophobie, Nicolas Juncker a chargé ses vignettes de détails et de personnages. L’encrage, épais et goudronneux, contribue à restituer le caractère poisseux de l’environnement. Mais passé le premier quart de l’album, l’équipage revient à terre. L’histoire prend alors une coloration plus thriller, tout en se recentrant autour des espoirs et regrets de Günther Pulst, ancien combattant de 1914-18 désabusé et aigri. Ceci annonce le principe même de la série Immergés : chaque volume sera consacré à un des matelots. Par leurs origines géographiques différentes, par leurs différences d’âge, de milieu social, leurs valeurs religieuses ou politiques très contrastées, les membres de l’équipage forment un microcosme qui permettra à l’auteur de raconter la façon dont l’armée allemande a traversé le IIIe Reich.
Le sujet est audacieux, mais Nicolas Juncker, après un cursus universitaire en Cinéma et Histoire, semble avoir faite sienne la devise de Danton : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! ». Jeune auteur, il avait inauguré sa bibliographie avec Le Front, récit sans paroles situé au cœur de la Première Guerre mondiale, terrain d’expression favori de Jacques Tardi, pour ne pas dire domaine réservé de ce monstre sacré du 9e art. Changement d’époque avec Malet, qui raconte une anecdote historique aussi loufoque qu’authentique, l’histoire de ce général qui profita de l’absence de Napoléon pour tenter un coup d’Etat basé sur le bluff, en annonçant la mort de l’Empereur. De l’audace encore et toujours, Juncker n’en manqua pas, au moment de se lancer dans une libre adaptation de la trilogie des Mousquetaires avec D’Artagnan, journal d’un cadet… Mais l’auteur a également fait preuve de prudence, la forme du journal intime de d’Artagnan lui évitant d’avoir à croiser les plumes avec Alexandre Dumas. Audacieux, mais pas téméraire !
Immergés, T1, Günther Pulst de Nicolas Juncker
Glénat, 54 P. couleurs, 13 €
