Le Trash revient, et il porte un smoking !

Les bandes dessinées d’humour trash, celles qui innovent dans la provocation, ne sont pas légion dans la production actuelle. Les Reiser d’aujourd’hui ne sont pas nombreux. Avec Gad, auteur d’Ultimex, on en tient un beau.

On attribue souvent à Pierre Desproges, à tort, l’expression « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ». La citation est non seulement incorrecte, puisque Desproges n’a pas prononcé cette phrase précise, elle est également fausse : le problème n’est pas de savoir choisir son public avant d’oser rire de tout, mais d’être capable de provoquer le rire à partir des sujets les plus difficiles, sans s’avilir. On peut, on doit rire de tout, mais pas n’importe comment. Il faut de l’intelligence, du style, en un mot de l’esprit, pour transcender par l’humour les sujets les plus sensibles, les plus choquants, parfois les plus grossiers. Cette forme d’humour est une des plus casse-gueules qui soient. Un pas de travers et on sombre dans le graveleux, parfois même dans l’odieux. Les auteurs qui parviennent à jouer les funambules sur la corde raide de la provocation, sans jamais renoncer à une certaine subtilité, ceux-là sont à distinguer au Panthéon de l’humour.

Dans les contemporains, Charb (auteur du strip Maurice et Patapon - 4 tomes parus chez Hoebeke) ou Michel Durand (auteur de Durandur, 3 tomes, chez Carabas) ont cette forme de talent. Ils sont rejoints par un jeune auteur, François Gadant, qui signe Gad. On connaissait l’humour « gros nez », Gad invente l’humour gros œil : son personnage Ultimex a un immense globe oculaire en guise de tête. Violent, sexiste, raciste… ne sont qu’un mince échantillon des défauts d’Ultimex, qui n’a aucun tabou ni aucune limite. Sexe, drogues, crime et jeux érotiques à base de débouche-évier comptent parmi ses distractions favorites. Il est pourtant l’invité indispensable de toute soirée réussie, car c’est un brillant causeur, séduisant, élégant et n’oubliant jamais de faire une entrée remarquée avec un nouvel accessoire pour être le roi de la soirée, ou une anecdote amusante pour justifier son retard. Steve, son faire-valoir prodige, lui donne la réplique et ne se lasse jamais de se faire humilier par son comparse. Mais comme Ultimex aime à le répéter, « un ami, c’est quelqu’un qu’on peut réveiller à trois heures du mat’, pour qu’il nous aide à dissimuler un cadavre ». Avec une définition pareille, effectivement, Steve est son meilleur ami. Plusieurs fois par semaine.

En plus d’un dessin d’une fraicheur fanzineuse avec de belles qualités comiques, Ultimex brille par son outrance, ses réparties imprévisibles et l’incroyable faculté de l’auteur à imaginer les situations les plus barrées. La série réussit à être à la fois trash et sophistiquée. Faut-il préciser qu’une bonne dose de second degré est utile pour apprécier ce livre à sa juste valeur ?