Texte discuté avec Boris Jeanne et Christian Marmonnier

 

Plus de 40% des bandes dessinées publiées actuellement en France viennent d’Asie. Personne ne s'y attendait ; pas même Jacques Glénat, pionnier de l’édition manga en France (p. 11). Il y a vingt ans encore, les éditeurs avaient une certitude. Pour intéresser les lecteurs, il fallait produire de beaux livres : en grand format, en couleurs, avec une couverture luxueuse, et surtout, avec du beau dessin. Qui aurait prédit que des récits au format poche, dont l’intérêt réside avant tout dans leurs scénarios foisonnants, imprimés en noir et blanc sur du papier de qualité anodine, pourraient s’imposer sur les marchés francophones ? Et qui aurait pu deviner que la bande dessinée japonaise parviendrait à captiver le public féminin, ce que la production locale peinait à faire depuis des années ?

 

Quand un nouveau volume de Naruto (voir p. 12) est publié, il se hisse immédiatement en tête des ventes de livres, tous segments confondus. Au point que les commanditaires de statistiques littéraires ont dû se résoudre à séparer la bande dessinée des autres formes de littérature, pour analyser sereinement l’économie des romans non graphiques ! La BD asiatique nous arrive de partout : du Japon bien sûr, mais également de Corée (p. 16), de Chine (p.14 et 19), de Hong-Kong, de Singapour... pour le plus grand plaisir de publics de plus en plus divers. Au fait, si Naruto est en tête des ventes de livres, c’est peut-être parce que la série est mieux ficelée qu’une production de Marc Lévy ou de Guillaume Musso...

 

Un regret : le rythme des publications a été si rapide que quantité de chefs d’œuvre n’ont pas connu de succès, faute de visibilité. Tezuka est un auteur immense, mais quand plus de 150 de ses livres sont publiés en cinq ans, le public peut-il suivre ? Combien d’autres pépites ont été noyées sous l’avalanche de nouveautés d’intérêt discutable ? Il faudra que les éditeurs sachent rééditer avec discernement les titres méritoires, même s’ils n’ont pas trouvé leurs lecteurs dès la première publication. L’affaire risque d’être compliquée.

 

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