Lucien, on the rock again
Par Jérôme Briot le samedi 1 novembre 2008, 20:08 - critique - Lien permanent
Lucien T9 : Toujours la banane, de Frank Margerin (Fluide Glacial)
Huit ans après son Week-end motard, Lucien revient dans un long récit. Dans l’intervalle, il a changé d’éditeur, mais surtout il a changé de look : la cinquantaine, du bide, des enfants mais… toujours la banane !
Frank Margerin, qui n’a jamais caché son goût pour le football, a fait l’objet en avril dernier d’un traitement digne d’un joueur de Ligue 1 : il a été transféré (et ses albums avec lui) dans l’équipe Fluide Glacial. La transaction, indispensable à la survie des Humanoïdes Associés, se déroulait à un moment opportun, un nouveau Lucien étant en cours de prépublication dans le bimestriel Cargo Zone, lancé par Al Coutelis en juillet 2007. L’album achevé, le voici publié, chez Fluide Glacial donc, simultanément à la réédition des huit autres albums de la série. Et Margerin, après quelques rares incursions dans le sommaire du mensuel d’Umour et bandessinées, le rejoint pour de bon à partir de janvier 2009, avec le statut d’auteur-maison.
Créé en 1979 dans Métal Hurlant, Lucien est célèbre pour son éternelle coiffure-banane et sa bande de copains, agités mais pas méchants, avec qui il forme le groupe de rock «Ricky Banlieue et ses riverains». Après vingt-cinq ans de rock, potes, foot et motos pétaradantes, faisant mine d’ignorer que le public n’aime pas être bousculé, Frank Margerin ose une ellipse de trente ans et de trente kilos ! Le Lucien qu’on retrouve dans Toujours la banane est un quinquagénaire bon teint, bedonnant, grisonnant mais pas dégarni (taxé de ringardise par sa fille, il tentera différentes coiffures dans une planche particulièrement zygomatique, mais non, décidément, rien ne lui va mieux que la banane). Malgré les années, Lucien est resté fidèle à lui-même. S’il préfère désormais porter des charentaises à la maison plutôt que des Santiag’, il est resté rock’n’roll dans l’âme, l’attitude et le job (il est vendeur chez «Grat’ en vrac»). Côté famille, Lucien est complètement largué, entre une fille en plein vertige gothique à laquelle il ne comprend rien, un fils victime de racket et scotché à sa «plestécheune» et une femme qui ne dévisse pas d’internet. Par contre, il a du bol, le patron de son bar d’attache est l’un des derniers gargotiers de ce XXIème siècle à préférer doter son établissement d’un flipper plutôt que d’une machine à sous. Par une sorte de coup du destin, il retrouve toute sa bande de copains : Ricky, Gillou et Riton. Ricky est en pleine dérive, mais les copains viennent à la rescousse !
Cultivant comme toujours la lisibilité de ses dessins malgré le foisonnement de détails comiques en arrière-plan, Frank Margerin a réussi la mutation de Lucien. Et c’est le visage du lecteur qui s’illumine d’un sourire rayonnant. En d’autres termes, Lucien, même quinqua, réussit encore et toujours à nous coller la banane ! Info de dernière minute : une exposition Lucien est programmée pour Angoulême 2009.
