vide-grenier
Par brio le samedi 23 juin 2007, 20:07 - Lien permanent
Chaque année, l'association des commerçants de ma rue organise un
vide-grenier.
J'en profite pour regarder les livres jeunesse (pour ma fille) et les BD
que les gens de mon quartier remettent en circulation. A l'échelle infime de ma
rue, il y a des évolutions étonnantes. Il y a trois ans encore, on était en
pleine préhistoire. Pas de bande dessinée ou presque. Exception notable,
une omniprésence des "Aventures de l'équipe Cousteau en bande dessinée", série
parue chez Robert Laffont. De quoi interloquer des bataillons de sociologues :
c'était comme si, par un étrange phénomène collectif, tous les possesseurs de
cette saga s'en étaient lassés en même temps. D'ailleurs, le simple fait qu'une
demi-douzaine de riverains de ma rue possèdent chacun un exemplaire ou plus de
cette BD est en soi une curiosité. Enfin bref.
En 2005 les choses se sont améliorées. Grâce, notamment, à deux jeunes
mecs qui vendaient les services de presse collectés par, disaient-ils,
un copain à eux censé travailler pour un mensuel féminin assez connu. A
l'époque, je ne recevais presque jamais de livre des éditeurs, je trouvais donc
injuste que des journalistes ou des magazines qui ne publient jamais le moindre
article sur la bande dessinée reçoivent autant de livres. Mais faut dire qu'un
seul article dans Elle, Cosmo ou Marie-Claire, peut avoir un impact dément. Les
éditeurs prennent donc le risque, et ils n'ont pas tort.
En 2006, le manga a fait son apparition sur les tables de camping dressées
par mes voisins. Les gamins recyclaient leurs exemplaires de Pokemon, mais j'ai
aussi pu mettre la main sur un tome 1 du Bouddha de Tezuka (pour 2 euros) par
exemple. Non sans fierté, j'ai aussi vu quelques exemplaires de Bédéka
(proposés à 50 centimes). Et j'ai pu acheter des Capsule Cosmique, pour le même
prix. Un vendeur proposait une valise entière de magazines Spirou à 30 centimes
pièce (soit 87% de ristourne sur le prix de vente en kiosque). Grande année
pour les chineurs bibliophiles : tout les vendeurs ou presque avaient des
livres à vendre, avec une proportion de BD non négligeable.
Cette année, au contraire, c'était sinistre. Du bibelot en veux-tu en
voilà, mais des bouquins, que pouitche ! Au passage, mes vendeurs de SP
n'avaient pas fait le déplacement, ou peut-être que leur copain a changé
d'employeur. Ou alors il faisait pas assez beau. J'étais en train de me
lamenter quant au nombre ridicule de livres jeunesse disponibles (puisque c'est
ce que je cherchais en priorité), quand au bout d'une allée, je vois une grosse
pile de BD. J'y regarde d'un peu plus près : tous publiés aux Humanos. Et
certains titres à peine sortis.
« Ben dites donc, c'est du super récent, que vous avez là !,
admiré-je.
« Oh, bah, c'est des services de presse, me répond le vendeur avec
désinvolture
Interloqué (et un peu jaloux de voir une fois de plus quelqu'un être dans
les petits papiers d'un éditeur et s'en cogner royalement), je lève un sourcil
de réprobation :
« Vous êtes journaliste ?
« Non. Mais je suis dans la BD.
L'expression "dans la BD" m'étonne un peu. Je regarde un peu
plus attentivement mon interlocuteur. Et --miracle-- je le reconnais
(habituellement, je ne suis pas physionomiste). Surprise, c'est un de
ces auteurs dont je connais très bien les oeuvres, pour les avoir relues
dizaines de fois.
« Ah oui, effectivement, vous êtes dans la BD. C'est drôle, je fais
moi-même du journalisme BD, je ne m'attendais pas à vous rencontrer ici !
« Ben tu dois recevoir plein de services de presse aussi, alors.
« Euh... ça devient plus fréquent. Les SP, ça augmente avec la longévité
en écriture. Les éditeurs commencent à s'habituer à moi.
« Moi, je leur ai dit, aux Humanos, d'arrêter de m'envoyer leur bouquins,
vu qu'il n'y a presque rien qui m'intéresse dans leurs parutions. Mais ils me
les envoient toujours. Alors voilà, je fais un peu de ménage chez moi ! »
Ouais ouais ouais.
La prochaine fois qu'un auteur me raconte son indignation parce qu'un
mec a osé mettre en vente sur e-bay une dédicace exécutée
l'après-midi même... je vais simplement hausser les épaules, genre
Hein ? Ah oui, ohlala, quelle incorrection.

Commentaires
allons, allons, cher Jérôme, cela n'a rien à voir... Un service de presse n'a pas demandé un travail réalisé gratuitement qui permettra au bénéficiaire d'en tirer une ridicule plus value. Dans le principe c'est puant, c'est tout.
En quoi, un auteur qui vend des sp (qui n'ont pas nécessité un travail particulier, sinon gratuit) est aussi choquant ?
cher Briographe
J'avais raté ce papier de juin : excellent ! reste maintenant à me donner le nom (via un mail privé) de cet auteur indélicat !!!
bises
BH