de Benjamin (Xiao Pan)

 

Figure de proue des éditions Xiao Pan, Benjamin est un émissaire idéal pour la bande dessinée chinoise contemporaine, celle qu’on n’ose pas appeler «nouvelle» faute d’avoir connu ses racines. D’abord, parce qu’il est un dessinateur au talent éblouissant, adepte de la peinture numérique et de la palette graphique, qu’il manie avec une virtuosité manifeste. Ces qualités sont bien mises en avant dans Remember, dont la troisième partie est un Art Book commenté par l’auteur. Ensuite, parce que Benjamin prend volontiers la parole et sait jeter sur son art un œil critique.

Par exemple, dans une de ses histoires «mi-vécues, mi-inventées», un rédacteur en chef donne la recette d’une bonne bande dessinée chinoise : parler d’amour mais n’en rien montrer, s’inspirer des grands classiques de la littérature et copier les manga japonais. Trois règles d'or que le personnage et par la même occasion, son auteur s'empressent d’enfreindre !

Enfin et surtout, Benjamin possède cette attitude qu’en musique on appelle le Rock : un mélange de rébellion, d’assurance bravache, de provocation mais aussi de fragilité introspective et d’un certain mal-être propre à l’adolescence. Il y a chez cet artiste quelque chose qui le rapproche du James Dean de la Fureur de vivre : une sorte d'envie de savoir jusqu’où on peut aller trop loin. En témoignent ses couleurs saturées jusqu’à la solarisation, et la récurrence, dans son discours, de la douleur liée à la création artistique. Seul bémol, qui tient peut-être à la traduction, il y a quelques lourdeurs dans les dialogues et une certaine confusion dans les histoires. N’en reste pas moins que ce livre est à découvrir, et que Benjamin est un auteur à suivre.