Le chat du rabbin T4, par Joann Sfar (Dargaud, coll. Poisson Pilote)

 

"Mourir, la belle affaire. Mais vieillir, ah ! Vieillir…" chantait Jacques Brel. Cette chanson pourrait être celle du Malka des lions, légende vivante mais vieillissante en pleine crise de spleen dans l'Algérie des années 1950 : son lion aussi vieux que lui n'effraie plus grand monde, et lui-même est désormais plus souvent respecté qu'admiré. Alors il y a bien sûr le serpent, animal éternellement tentateur, qui propose de leur offrir une mort rapide, en toute amitié… Le chat, qui observe tout cela, a bien sûr une idée sur la question ; il ne lui manque que la parole !


Parmi l'œuvre foisonnante de Sfar, pourquoi est-ce Le chat du rabbin qui mobilise le plus de lecteurs ? Cette série ne contient pas plus de philosophie ou de poésie que Le minuscule mousquetaire. Elle n'est pas plus habitée par la religion que Les olives noires. Elle est moins intimiste que les Carnets, moins littéraire que L'homme-arbre. Alors pourquoi cet engouement particulier et souvent exclusif, qu'a-t-elle que les autres livres de Sfar n'ont pas ?


Cette série possède peut-être justement des qualités variées dans un équilibre esthétique difficile à atteindre. Elle instruit sans donner de leçon, elle prêche l'amour et la tolérance mais ne fait pas la morale, le tout sur un ton dilettante et débonnaire qui n'exclut pas quelques contradictions, à l'image des chats. Ou peut-être cette série touche t-elle un public plus important parce qu'elle se situe dans un monde connu et presque contemporain, plus facile à s'approprier que les théâtres oniriques que l'auteur raconte ailleurs.