Le paradis terrestre, Le chat du rabbin T4
Par Jérôme Briot le jeudi 8 septembre 2005, 20:05 - critique - Lien permanent
Le chat du rabbin T4, par Joann Sfar (Dargaud, coll. Poisson Pilote)
"Mourir, la belle affaire. Mais vieillir, ah ! Vieillir…" chantait Jacques Brel. Cette chanson pourrait être celle du Malka des lions, légende vivante mais vieillissante en pleine crise de spleen dans l'Algérie des années 1950 : son lion aussi vieux que lui n'effraie plus grand monde, et lui-même est désormais plus souvent respecté qu'admiré. Alors il y a bien sûr le serpent, animal éternellement tentateur, qui propose de leur offrir une mort rapide, en toute amitié… Le chat, qui observe tout cela, a bien sûr une idée sur la question ; il ne lui manque que la parole !
Parmi
l'œuvre foisonnante de Sfar, pourquoi est-ce Le chat du rabbin qui
mobilise le plus de lecteurs ? Cette série ne contient pas plus de
philosophie ou de poésie que Le minuscule mousquetaire. Elle n'est pas
plus habitée par la religion que Les olives noires. Elle est moins
intimiste que les Carnets, moins littéraire que L'homme-arbre. Alors
pourquoi cet engouement particulier et souvent exclusif, qu'a-t-elle que les
autres livres de Sfar n'ont pas ?
Cette
série possède peut-être justement des qualités variées dans un équilibre
esthétique difficile à atteindre. Elle instruit sans donner de leçon, elle
prêche l'amour et la tolérance mais ne fait pas la morale, le tout sur un ton
dilettante et débonnaire qui n'exclut pas quelques contradictions, à l'image
des chats. Ou peut-être cette série touche t-elle un public plus important
parce qu'elle se situe dans un monde connu et presque contemporain, plus facile
à s'approprier que les théâtres oniriques que l'auteur raconte
ailleurs.
