de Jean-Claude Servais (Dupuis, coll. Aire Libre)

 

Après douze années de détention, Blaise Van Hoppen (surnommé Roitelet à cause de sa passion de toujours pour les oiseaux) est rendu à la liberté. Il retourne au village de son enfance, où sa mère lui a légué sa maison. L'accueil des villageois est plus que glacial : certains ont peur (car enfin, un assassin au village !),  d'autres ressentent de la colère ou de la haine… Roitelet feint l'indifférence. S'il est revenu, c'est pour retrouver les oiseaux, pour eux seulement. Le retour dans cet univers familier fait néanmoins réapparaître de vieux souvenirs, plus vifs que jamais. Pour échapper à l'hostilité de ses contemporains, Roitelet décide de s'aménager une vie d'oiseau, en construisant au sommet d'un chêne propice une cabane, comme un nid.

Depuis toujours passionné par la campagne et la nature, Servais s'est ici créé l'occasion d'intercaler dans son histoire des planches d'étude parfaitement documentées sur les oiseaux, avec des commentaires à mi-chemin entre le document animalier et la poésie libre. Comme son personnage, l'auteur a visiblement été conquis par son sujet, au point qu'un cahier d'ornithologie est prévu, en supplément au second tome à paraître à la fin de l'année, qui viendra conclure l'histoire.

L'image de la cabane au sommet d'un arbre rappelle irrésistiblement Le baron perché d'Italo Calvino. De même, la stupeur des villageois lorsqu'ils découvrent que cette cabane ne tombe pas sous le coup de l'obligation légale d'un permis de construire n'est pas sans évoquer ce gag de Gaston Lagaffe où Longtarin demande à son supérieur hiérarchique quel est la hauteur d'une interdiction de stationner…

Pas de sourire dans cette histoire de Servais : ces associations d'idées sont trompeuses. Bien sûr, cabane est un concept associé au jeu et à l'enfance, les oiseaux sont un symbole de liberté, de légèreté et d'innocence… L'auteur utilise tous ces éléments à contre-pied, pour montrer toute l'obscurité de l'âme humaine. De façon parfois caricaturale, Servais dépeint la violence gratuite des enfants, le rejet réflexe de tout ce qui est autre (dans cette Belgique rurale, le simple fait de porter un nom flamand en pays wallon peut suffire à valoir à son détenteur une certaine antipathie), l'intolérance quotidienne.