Sacrifice, L'âge de bronze T2
Par Jérôme Briot le vendredi 4 mars 2005, 20:05 - critique - Lien permanent
L'âge de bronze T2, par Eric Shanower (Akileos)
Quelle muse l'a donc piqué ? Toutes, apparemment ! Eric Shanower s'est attelé à une tâche monumentale : raconter en bande dessinée l'intégralité de la guerre de Troie. Ce projet va bien au-delà d'une adaptation de l'Iliade : Homère commence son récit après neuf ans d'affrontements entre Grecs et Troyens et l'achève avec les funérailles d'Hector. L'épisode du cheval de Troie n'y figure pas, on le trouve dans l'Odyssée et l'Enéide de Virgile. Le sacrifice d'Iphigénie est raconté par les tragédiens Euripide et Eschyle. La liste des oeuvres de référence, souvent contradictoires, est interminable. Pour un dessinateur soucieux de réalisme, il faut aussi trouver comment représenter les vêtements, armes, maisons, navires… Shanower a effectué sept années de recherches documentaires avant la publication du premier comic book Age of Bronze. Fort heureusement, il ne s'est pas noyé dans la complexité des recherches. Sa façon de raconter l'épopée est un idéal compromis entre fidélité aux auteurs classiques et modernité.
Sacrifice, deuxième opus sur sept prévus par le découpage prévisionnel, s'ouvre sur le retour de Pâris à Troie, triomphal car il ramène Hélène enlevée à son époux Ménélas le roi de Sparte. Furieux, les Grecs ont lancé à leur poursuite une armada d'un millier de navires, qui débarque par erreur sur les rivages de Mysie. Persuadés d'être en pays troyen, les Achéens livrent une bataille aussi inutile que sanglante au roi Télèphe. Puis leur flotte se fait disperser par une tempête. Rassemblés à nouveau dans la baie d'Aulis, ils sont bloqués à terre par des vents contraires. Un signe de la colère d'Artémis, déclare le devin Calchas. Seul le sacrifice d'Iphigénie, fille d'Agamemnon, pourra calmer la déesse… Décidément, cet épisode aurait pu s'appeler "faux départs" !
Malgré les apparences, Shanower n'invente rien. Les péripéties qu'il raconte suivent à la lettre les légendes qu'on peut lire dans, par exemple, Les mythes grecs de Robert Graves. Pourtant sa version est originale à plusieurs titres. Elle brille par l'absence physique des dieux. L'Olympe ne s'exprime que dans les rêves des humains ou la parole des devins, généralement suspecte d'ailleurs : les visions de Calchas ne sont jamais contraires à ses intérêts ! Autre signe de modernité, l'amour d'Achille pour son cousin Patrocle, évoqué de façon plutôt métaphorique depuis quinze siècles, est ici révélé sans ambages. Pour ne rien gâcher, le dessin de Shanower a définitivement perdu le côté emphatique assez agaçant qu'il avait au début du premier tome. On ne peut donc à présent que s'incliner devant ce travail, qui vaut bien ceux d'Héraclès !
