L'origine du nouveau monde, Bravado T1
Par Jérôme Briot le mardi 1 février 2005, 20:05 - critique - Lien permanent
Bravado T1, par Didier Daenickx et Mako (Emmanuel Proust)
Le romancier Didier Daeninckx n'en est plus au stade de l'expérience dans le scénario BD. Tout d'abord adapté par Tardi (Le der des ders), il a par la suite écrit des histoires spécifiquement pour le 9e art, comme Le train des oubliés ou La page cornée dessinés par Mako. Bravado, nouvelle collaboration de ces deux auteurs, est une aventure historique prévue en trois volumes.
En 1900, Bravado est un propriétaire de ranch qui a fait fortune en Amérique. Il se prépare à retourner en France avec sa fille pour voir l'exposition universelle de Paris. La jeune femme lui demande d'enfin lui donner des détails sur sa mère. Il se remémore alors son parcours et sa rencontre avec celle qui servait de modèle à Renoir et Courbet, surnommée l'Andalouse. C'était pendant la Commune de Paris, à quelques heures de la tristement célèbre semaine sanglante. A l'époque, Bravado était un insurgé communard. Les représailles mortelles organisées par Thiers, qui firent plus de 20000 victimes, l'avaient contraint à la fuite et à l'exil en Amérique…
Evoquant à la fois le tableau longtemps controversé de Gustave Courbet L'origine du monde et la jeune Amérique, le titre de ce premier tome est une construction très habile, qui résume parfaitement la progression du personnage. Au point qu'on pourrait se demander si Daeninckx n'a pas imaginé cette histoire pour le seul plaisir de ce titre en couverture. Peut-être aussi pour la première case de la planche 14. On y voit un corps nu et lascif, dans une pose identique à celle du tableau de Courbet… à ceci près que c'est un homme qui y est représenté. Clin d'œil facétieux, mais aussi ellipse réussie pour suggérer les ébats qui viennent d'avoir lieu… bref une case mémorable. Sur l'ensemble, signalons tout de même que les auteurs sont plus passionnants lorsqu'ils évoquent les barricades de la Commune que lorsqu'ils donnent dans le western en faisant de leur héros une sorte de Jesse James.
