Courtney Crumrin et les choses de la nuit
Par Jérôme Briot le dimanche 7 novembre 2004, 20:04 - critique - Lien permanent
Courtney Crumrin T1, par Ted Naifeh (Akileos)
Les parents de Courtney Crumrin ont décidé d'emménager chez l'oncle Aloysius. Un loyer gratuit dans une banlieue chic, ça ne se refuse pas ! En pleine adolescence, Courtney vit mal ce déménagement : le manoir est lugubre, les nouveaux camarades de classe la snobent, elle subit une tentative de racket… et ses idiots de parents jubilent d'habiter enfin dans les beaux quartiers ! Le cauchemar intégral. Du moins, jusqu'à ce que Courtney découvre les petits secrets de l'oncle Aloysius : sa bibliothèque est remplie d'ouvrages comme "Magie interdite", "La nécromancie aujourd'hui". Il est même l'auteur du "Bestiaire des choses de la nuit". Pas étonnant : le manoir grouille de monstres que les parents de Courtney ne semblent pas remarquer…
L'univers de Naifeh est chargé de critique sociale caustique : comme dans Beetlejuice ou Edward aux mains d'argent de Tim Burton, Courtney et son oncle sont des marginaux au sein d'une communauté qui suit à la lettre l'American way of life : surconsommation, obsession de l'insertion sociale et des apparences.
En quatre chapitres, Ted Naifeh construit un univers très attachant. Mais il faut d'abord s'habituer à son graphisme particulier d'influence gothique. Au premier coup d'œil, ses dessins dérangent un peu : les noirs et blancs sculptent des ombres improbables, les personnages ont des visages mal proportionnés, avec des erreurs morphologiques qui sautent aux yeux… Par cet artifice, l'auteur crée une étrangeté qu'on finit par accepter et apprécier, tant elle accentue la dimension fantastique de son récit. Nommée aux Eisner awards, Courtney Crumrin serait en cours d'adaptation au cinéma : les droits ont été achetés par la Fox pour rivaliser avec Harry Potter. Par prudence, découvrez l'œuvre originale avant qu'elle soit édulcorée par Hollywood !
