Le cri du peuple T4, de Jacques Tardi, d'après Jean Vautrin (Casterman)

 

24 mai 1871, 3H du matin… une guerre sans merci se livre à Paris entre les insurgés de la Commune et les Versaillais (l'armée régulière française aux ordres d'Adolphe Thiers). Dans une ambiance d'apocalypse, les partisans de la Commune résistent avec rage et désespoir, incendiant les monuments pour ralentir leurs ennemis. Malgré une guérilla urbaine acharnée, la Semaine sanglante marquera la fin de neuf semaines d'utopie pour le peuple parisien…

On connaît la passion de Jacques Tardi pour Paris, ses quartiers, ses Titis, ses malfrats et son argot : elle s'affiche avec maestria dans ses extraordinaires aventures d'Adèle Blanc-Sec et ses adaptations en BD des romans de Léo Malet. Nul lecteur ne peut se rendre au jardin des plantes ou regarder le lion de la place Denfert-Rochereau sans penser à ce dessinateur. Tardi sait aussi de façon incomparable croquer la foule dans toute sa diversité, les bourgeois et les ouvriers, avec une prédilection pour les sales trognes, les défavorisés par la nature, et çà et là quelques femmes girondes et sculpturales.

Personne ne pouvait adapter avec une telle ferveur Le cri du peuple, roman de Jean Vautrin qui sous prétexte d'intrigue mi-romanesque mi-policière nous fait revivre les grandes heures de la Commune, de l'insurrection du peuple de Paris au bain de sang aveugle et vengeur qui mit fin à ce régime populaire et utopique.

Porté par cette épopée, Tardi a fait le choix audacieux d'un format allongé à l'italienne, idéal pour restituer la démesure des événements dans d'innombrables plans larges qui occupent parfois l'intégralité d'une double page. Il adopte aussi une narration très verbeuse qui fait la part belle à l'argot parisien très imagé et gouailleur de l'époque.

Ni dieu ni maître ? A ce cri du peuple, d'autant plus assourdissant qu'il s'agit d'un cri d'agonie, répondons par un cri d'admiration : ce Tardi, quel artiste !