La vie comme elle vient, Les formidables aventures de Lapinot T8
Par Jérôme Briot le jeudi 8 juillet 2004, 20:04 - critique - Lien permanent
Les formidables aventures de Lapinot T8, par Lewis Trondheim (Dargaud, coll. Poisson Pilote)
Marion, copine complexée de Nadia, a flashé sur Serge, un collègue de Titi. Pour aider son amie, Nadia se démène pour organiser chez Lapinot et elle une fête qui devait normalement avoir lieu chez Céline. Titi se trouve donc obligé d'inviter Serge alors qu'ils ne se sont presque jamais adressé la parole. Mais Nadia n'est plus trop sûre, pour la soirée. Cartomancienne en herbe, elle a lu dans son tarot le plus funeste présage. "La mort au centre, les amis à droite et la lune à gauche" : l'un des convives va mourir, c'est écrit. Avec son humour habituel, Richard ne manque pas de tempérer ces propos : "En haut et en bas, il y a une poule et le feu. On va manger du poulet rôti !!!". Pourtant, si quelqu'un doit craindre pour sa vie parmi les 13 convives, c'est bien lui. Il a pris d'énormes risques récemment en appliquant ce qu'il nomme la justice citoyenne : pour se venger d'un voisin qui crache par terre dans le hall, il lui a balancé des yaourts périmés sur la tête, du haut de son balcon ! Mais après tout, le mort de la prédiction pourrait être n'importe qui. Comme le rappelle Vincent, le copain névrosé d'Alice qui passe son temps à énumérer tous les accidents qui pourraient lui ôter la vie : "On est à la merci de n'importe quoi. Et pourtant, on continue à vivre comme si on allait mourir à 80 ans… Sans profiter de chaque instant".
Le huitième tome des aventures de Lapinot (mais sa dixième aventure : L'accélérateur atomique paru l'an dernier portait le numéro 9, Slaloms le numéro 0) est rempli de considérations métaphysiques à propos de la vie, du sens que nous lui donnons, de ce qui fait sa saveur. Chaque lecteur choisira le personnage dont la philosophie d'existence lui ressemble le plus. Pour Lewis lui-même, il faudrait sans doute amalgamer Vincent (pour sa paranoïa catastrophiste), Richard (pour son esprit ludique, son sens du défi et son goût du comique inattendu) et Lapinot (pour son optimisme inébranlable malgré un défaitisme de façade – ou est-ce l'inverse ?).
Pour profiter de la vie, Lewis prétend vouloir arrêter le dessin. Ce Lapinot et un volume intitulé A.L.I.E.E.N. qui paraîtra en septembre prochain chez Bréal devraient être ses dernières œuvres en tant que dessinateur. Goûtons donc une fois encore son style graphique tout en fluidité et à la lisibilité exemplaire. On rit beaucoup à la lecture de ce dernier Lapinot : un départ en beauté pour cet ami de papier.
Les formidables aventures de Lapinot chez Dargaud :
1995 – Blacktown
1996 – Pichenettes
1996 – Walter
1997 – Slaloms
1998 – Amour et intérim
1999 – Vacances de printemps (avec Franck Le Gall)
1999 – Pour de vrai
2000 – La couleur de l’enfer
2003 – L’accélérateur atomiqueA noter, la version de Slaloms parue chez Dargaud est une version redessinée et colorisée d'après l'album noir et blanc paru à L'Association en 1993. A cette liste officielle, les fans (de carottes) ajouteront peut-être quelques autres albums édités par L'Association, mettant en scène notre héros aux longues oreilles et qui chausse du 88 :
1992 – Lapinot et les carottes de Patagonie (étonnant album de 500 pages, exécuté par Trondheim pour "apprendre à dessiner").
1998 – Galopinot (co-dessiné avec Mattt Konture)Plus discutables dans une bibliographie Lapinot :
1991 – Un intérieur d'artiste (mini-livre collection "Patte de mouche", que Trondheim refuse de voir réédité pour cause d'histoire «dénuée d'intérêt»)
1994 – Mildiou (Editions Le seuil), dont le héros est un lapin qui pourrait être Lapinot (débat ouvert).
1995 – Le crabar de mammouth (dans la revue Lapin n°7) : ressemble à du Lapinot, mais ce serait plutôt les aventures de Richard enfant.Comme leur nom l'indique, les trois ouvrages intitulés Les formidables aventures sans Lapinot n'ont strictement rien à faire dans une bibliographie consacrée à ce héros et euh… Oups ?
