par Jeanne Puchol (Editions de l'An 2, coll. Traits féminins)

Après Haro sur la bouchère, voici la suite des aventures extravagantes d'une jeune femme virtuose au lancer de couteaux surnommée "la bouchère", qui parcourt l'Espagne du 16e siècle déguisée en homme. Bicho, son animal de compagnie doué de parole et érudit, a été capturé par des moines entraînés au kung-fu shaolin ; elle va essayer de le libérer des griffes de la redoutable inquisition…

En ces temps agités, une maladie menace les troupeaux. Les bêtes ne sont pas encore touchées, mais si le virus les atteint, elles tomberont malades. Alors ce sera la contagion… bientôt l'épidémie ! Pour éviter cela, une solution simple : abattre dès à présent (et préventivement) la totalité du cheptel. Sur ce remarquable raisonnement, l'inquisition condamne au bûcher tous les bœufs, moutons et porcs du royaume.

Tout cela contrarie les affaires des bouviers et des bergers… et ils ne sont pas les seuls touchés : les bouchers sont au chômage technique et ne donnent plus de travail aux couteliers, qui ne font plus appel aux rémouleurs… De proche en proche, c'est pratiquement tous les corps de métier d'Espagne qui grondent et forment un cortège. Quoi ? Une révolte ? Une révolution ? Non Sire, une manifestation : "Philippe II, t'es foutu, les bouviers sont dans la rue !".

Jeanne Puchol a le sens de l'absurde, un humour moqueur et un goût prononcé pour la dérision et les situations surréalistes. Tous les personnages sont réussis et même le plus mineur obtient sa minute de gloire, le temps d'un calembour inattendu ou d'une réplique assassine. Tout cela est servi par un dessin plutôt facétieux, dans un noir et blanc très abouti. C'est frais, drôle, bien enlevé… On en redemande !

Mini-interview :

 

Ce 16e siècle que vous dessinez, c'est notre époque dans un miroir déformant ?

Jeanne Puchol : A moins que ce ne soit l'inverse... Il y a de nombreux parallèles : expansionniste, autoritaire, brutal parfois, mais aussi brillant et inspiré, le "Siècle d'or" peut renvoyer à la mondialisation et à la confiscation de richesses actuelles, ainsi qu'à une "modernité" où les idées nouvelles et l'obscurantisme coexistent.

En 2001, l'épizootie de fièvre aphteuse et ses bûchers m'ont immédiatement évoqué les bûchers de l'Inquisition ; début 2003, en scénarisant le présent volume, je ne prévoyais pas que la gigantesque manifestation sur laquelle se conclut le récit ferait écho à celles contre la guerre en Irak ou la réforme des retraites.

Certains personnages sont-ils des caricatures ?

Jeanne Puchol : j'ai effectivement "croqué" quelques-uns de mes confrères, leaders des syndicats des arts plastiques ! Un hommage malicieux et complice à un militantisme pas du tout médiatisé mais néanmoins très actif.

paru dans Bédéka #3