Sicaire de la sainte coke, Cuervos T2
Par Jérôme Briot le lundi 2 février 2004, 20:04 - critique - Lien permanent
Cuervos T2, par Richard Mazarano et Michel Durand (Glénat, coll. Graphica)
A Medellin en Colombie, Joàn travaille depuis son plus jeune âge dans le bidonville, au service d’un cartel de la drogue, en tant que sicaire (comprenez : tueur à gages). Son talent dans ce domaine et son tempérament de rebelle indomptable lui valent l’affection amusée de Raùl, le « parrain ». Aujourd’hui, une fête surprise célèbre l’anniversaire de Joàn. 17, 18 ans ? Lui-même l’ignore. Quant à sa mère, elle vit à Bogota, éloignée par le cartel pour ne pas gâcher le potentiel de son fils. Raùl a décidé de confier des responsabilités à son jeune protégé : recruter, former et diriger une armée de sicaires pour régler les « problèmes de voisinage ». Mais est-il raisonnable d’oublier le vieux proverbe espagnol, qui proclame « élève des corbeaux et ils te mangeront les yeux » (cria cuervos y te comeran los ojos) ?
Cuervos évoque de façon parfaitement documentée l’univers de la drogue dans les favelas de Colombie, l’asservissement des paysans contraints par des guérilléros corrompus à cultiver la coca plutôt que le maïs, la fascination des jeunes pour l’argent sale et tellement facile. Mais le vrai thème du scénario de Richard Mazarino, c’est la trahison. Tous les personnages trahissent leurs amis, parents ou collaborateurs d’une façon ou l’autre. Jusqu’au vertige du lecteur et des personnages, d’autant plus que le dessin de Michel Durand favorise les vues en plongée. Personne dans Cuervos n’est digne de foi… sauf la Sainte Coke: n’est-elle pas pure et blanche comme une mère idéale ?
