Le briographe

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lundi 18 juin 2007

L'Afrique de Didier Millotte

Didier Millotte, l'auteur du diptyque oriental Meilleurs voeux chez Carabas, a réalisé le scénario d'une bande dessinée jeunesse qui sort ce mois ci dans la collection Punaise de Dupuis : Prince Gédéon, dessiné par Alex Langlois. Mais l'actualité la plus brûlante de Millotte, c'est sa participation à un séminaire au Cameroun et en République centrafriquaine, du 27 mai au 15 juin derniers, qu'il raconte en textes et en dessins sur un blog ouvert pour l'occasion : http://dimillotteblog.blogspot.com.
 
Le but du séminaire : organiser des ateliers d'écriture d'article et de composition de bandes dessinées, dans le cadre du lancement d'un journal pour adolescents : Jouv'Afrique.
 
 
 

dimanche 17 juin 2007

Si la Tour Eiffel était une girafe...

... elle signerait des autographes.

Notre voisin et ami Manu Lods a composé un nouveau disque de chansons pour enfants. Il a demandé à Monika Briot (ma charmante épouse) de réaliser les illustrations pour le CD. Voici le flyer de l'événement :

 

samedi 16 juin 2007

Fluide Glacial n°372 adopte la BoBo attitude !

 En cahier central de Fluide Glacial n°372 (dessin de couverture par Philippe Dupuy, Charles Berberian et Riad Sattouf), un "spécial bobo" de 32 pages sur papier recyclé. Changer de papier en plein numéro, c'est à peu près aussi écolo qu'un 4×4 qui roule au diester, mais c'est l'intention qui compte : c'est ça, la BoBo attitude !

Ce dossier est l'occasion idéale pour attirer l'attention des lecteurs sur le retour dans le magazine de Dupuy et Berberian. Après plus de quinze ans d'absence, les créateurs d'Henriette et de Monsieur Jean composent "Bienvenue à Boboland", une suite de tranches de vie garanties sans OGM... L'occasion de tout savoir sur, par exemple, le "book crossing".
Fraîche recrue du magazine, Libon est excellent. Ce mois ci, son personnage Hector Kanon se relooke dans le seul but de pouvoir entrer dans une boîte très select. Le déroulement est relativement classique jusqu'à la troisième page, qui pourrait être la chute... mais non, une quatrième planche bouleverse le récit et le transcende.
Enfin, Pascal Brutal himself rend visite à un couple de copains de Paris Centre, quartier réservé aux millionnaires, dans cette France ultra-libérale dirigée par Alain Madelin (Rappelons que Pascal Brutal est une série d'anticipation, située en 2020. Si, si). Et là, il se fait donner une magistrale leçon de virilité par un mouflet impertinent...
 
Hors du dossier bobo, Christian Binet livre l'épilogue de son tome 4 des Impondérables, de courts récits indépendants et interdépendants, qu'il faut impérativement lire d'une traite pour en saisir le fil directeur. Binet est le dernier résistant du noir et et blanc dans le magazine, mais il n'est pas le dernier pour ce qui est de se renouveler dans la forme.
Ailleurs encore, Mélanie Bondage a des démêlés avec les frères Bogdanov, vieilles têtes de Turc du magazine (déjà dans les années 80 !) ; Lindingre orchestre une arnaque à l'Alzheimer.

Côté rédactionnel, on retiendra surtout le portrait de Francis Masse par Yves Frémion. Très à l'honneur ces derniers temps, Francis Masse : Le Seuil vient de sortir L'art attentat, et L'Association réédite L'Avalanche.

Enfin, Léandri livre une nouvelle courte mais bonne "Le Mécène", et son indispensable Chronique du dérisoire, consacrée aux pétages de plombs, souvent sanglants, des coloniaux au début du XXe siècle. A noter, le tome 5 de L'Encyclopédie du Dérisoire vient de sortir, il est cette fois en couleurs et accompagné d'un DVD avec des extraits de "La minute de Léandri", émission sur la télé belge que tout la francophonie leur envie.
Planche réalisée par ISA en pour le bulletin d'abonnement à Fluide Glacial

© ISA / Fluide Glacial 2007

mercredi 23 mai 2007

Sept, la collection qui fait recette !

Les plaies d'Egypte. Les jours de la semaine. Les Nains de Blanche-Neige. Les merveilles du monde. Les péchés capitaux, les couleurs de l'arc-en-ciel, les mers, les lieues des bottes, ... C'est incroyable le nombre de trucs qui vont par sept !

Delcourt va compléter la liste, en lançant ce mois-ci une collection dirigée par David Chauvel, avec un concept particulier : « 7 » regroupera sept albums indépendants, composés par sept tandems de scénaristes et dessinateurs. Le point commun entre ces albums ? Chacun met en scène, à différentes époques, une compagnie de sept personnages avec une mission périlleuse à accomplir. Le modèle est celui du film d'Akira Kurosawa, Les sept Samouraïs, et de son remake western Les sept mercenaires.


Sept Psychopathes (premier scénario de Fabien Velhmann chez Delcourt, avec Sean Philips au dessin) vient de paraître. Il sera suivi par Sept Voleurs (Chauvel/Lereculey) en août et Sept Guerrières (Le Galli/Manapul) en novembre. La collection sera complétée en 2008 par Sept Pirates (Bertho/McBurnie), Sept Prisonniers Gabella/Tandiang, Sept Missionnaires (Ayroles/Critone) et enfin Sept Yakuzas par Morvan et Takahashi.


Bizarre tout de même qu'aucun des scénaristes n'ait proposé "Sept Ascètes". Publié le 07/07/2007, ce livre aurait fait un tabac. Surtout à Sète !

mardi 22 mai 2007

Centenaire de la naissance d'Hergé...

Aujourd'hui, 22 mai 2007, Georges Remi, alias Hergé, aurait eu cent ans.

Si la télévision française n'a pas trouvé utile de consacrer la moindre seconde à cet événement, la presse quotidienne pour sa part n'a pas manqué de signaler l'événement. Les journaux sont donc nombreux à consacrer un article, un focus ou plus encore au créateur de l'immensément célèbre Tintin, mais aussi de séries relativement moins connues comme Quick & Flupke ou Jo, Zette & Jocko.

Les aventures de Tintin n'étant pas spécialement d'actualité (Tintin et les Picaros date de 1977...), les angles choisis pour marquer ce centenaire sont assez variés.

Le Monde privilégie l'approche économique, en inspectant la présence de la marque Tintin sur les différents marchés (livres, figurines et autres licences). Le projet d'un film par Spielberg (pour 2009) est perçu comme une opportunité indispensable pour Moulinsart SA, la société qui gère les droits et l'héritage d'Hergé. Dans un autre article, le journaliste Christophe Quillien interroge Nick Rodwell, directeur de Moulinsart SA.

Pour Le Figaro, Olivier Delcroix précise que le projet d'adaptation de Tintin au cinéma serait en réalité une trilogie, qui verrait la collaborateur entre Steven Spielberg et Peter Jackson. Rien de moins !

Reprise par de nombreux sites, une dépêche AFP rapporte que Philippe Goddin, nouveau biographe d'Hergé dont le livre est annoncé pour octobre prochain, aurait confié dans une interview au quotidien belge Le Soir la conviction suivante : Hergé serait mort non pas d'une leucémie mais du SIDA, contracté par transfusion sanguine. Voilà une théorie des plus douteuses, sachant d'une part que cette maladie est sexuellement transmissible, et d'autre part que, de la séropositivité à l'infection et au décès, il s'écoule généralement plusieurs années, dix ans en moyenne. Souhaitons que M. Goddin soit plus scientifique dans ses recherches biographiques, que dans ses considérations médicales...

Plus classiquement, la plupart des titres dressent une biographie succinte de l'auteur, s'intéressent au projet de Musée Hergé, aux adaptations hollywoodiennes promises ou à l'histoire du phénomène Tintin.


A découvrir en priorité :
» le site de l'Express, qui présente un gros dossier Tintin, avec des documents inédits
» le programme officiel des festivités, sur tintin.com

dimanche 20 mai 2007

Les aventures d’Hergé

Les aventures d’Hergé, par Stanislas, José-Louis Bocquet et Jean-Luc Fromental (Reporter)

 

 

Le 22 mai 1907 naissait Georges Remi, que le monde entier allait connaître sous le pseudonyme Hergé. Le centenaire de cet événement est une occasion idéale pour rééditer un livre épuisé depuis sa première édition en 1999, Les aventures d’Hergé, dessiné par Stanislas sur un scénario de José-Louis Bocquet et Jean-Luc Fromental.  
 
Ce livre évoque la vie d’Hergé par l’anecdote, au travers de courts chapitres millésimés : en 1914, le dessin est la seule activité capable de calmer le turbulent petit Georges. En 1925, le voilà chef de patrouille chez les scouts, sous le totem "Renard Curieux". A l'époque, cela fait trois ans qu'il réalise des illustrations pour la revue « Le Boy Scout Belge ». 1928 voit la première apparition d’un fox ressemblant fort à Milou, dans le journal « Le Sifflet ». En 1930, Hergé travaille au Petit Vingtième et son Tintin au pays des Soviets est publié en album pour la première fois. En 1934, Hergé rencontre Tchang, un jeune étudiant chinois dont l’influence marquera son œuvre à jamais. Pendant les années de guerre, Hergé continue Tintin dans le Soir, alors même que ce journal est devenu un organe de la collaboration ; cela lui vaudra  d’être sérieusement inquiété à la libération. Et ainsi de suite.
 
L’ensemble produit, à la manière d’une mosaïque ou d’un tableau impressionniste, un portrait de l’auteur exécuté par Stanislas dans un style « ligne claire » d’autant plus pertinent qu’il ne cherche pas à pasticher celui d’Hergé. La documentation des auteurs est conséquente, et les tintinophiles seront ravis de débusquer dans les cases une myriade de clins d’œil à l’œuvre d’Hergé.
 
A noter, la version 2007 du livre est enrichie de deux nouveaux chapitres (1928 et 1953) et dotée d’une nouvelle couverture qui, curieusement, semble rendre plus hommage à E.P. Jacobs et à sa Marque Jaune, qu’à Hergé, même si on reconnaît au fond le manoir du professeur Bergamotte (rencontré dans Les 7 boules de cristal). Le fait de profiter d’une réédition pour transformer le contenu est toutefois un acte typiquement hergéen : l’auteur de Tintin intervenait fréquemment sur son œuvre passée, pour homogénéiser le format des albums, ou pour moderniser les véhicules : on connaît trois versions successives de L'île noire, par exemple.
 
Si on exclut les autobiographies, les biographies en dessins d’auteurs de bande dessinée sont très rares. On pourra donc s’amuser à comparer ce portrait d’Hergé, avec la biographie d’Osamu Tezuka réalisée en quatre volumes (Casterman, collection Ecritures) par le Studio Tezuka. Cette dernière rend un hommage appuyé et sans nuances à Tezuka, en insistant essentiellement sur son œuvre, son génie créatif et les prouesses que le « Maître » était capable d’accomplir : travailler sur une multitude de projets simultanément, dessiner à l’envers, dicter plusieurs scénarios en même temps en case par case, régler au téléphone des détails de trames portant sur des planches réalisées plusieurs jours plus tôt, etc. A contrario, Les aventures d'Hergé ne cherche pas à sacraliser l’auteur, mais à rendre compte de toutes les facettes du personnage. Il y est très peu question du processus de création ou de l’œuvre accomplie, mais surtout de la vie privée de l’artiste.  
 
Malgré la présence en fin de volume d’un « index » qui livre des clés de compréhension sous forme de fiches-personnages, les lecteurs qui ne connaissent pas la biographie d’Hergé sur le bout des doigts pourraient éprouver quelques difficultés à distinguer ce qui relève de la fiction ou du clin d’œil, des anecdotes authentiques. Pour en savoir plus, il faudra se plonger dans les nombreuses études, biographies, analyses thématiques ou livres d’entretiens que l’œuvre d’Hergé a suscités.  

 

Les aventures d'Hergé, page 16

© Bocquet, Fromental & Stanislas / Reporter 2007

 

- La dernière case est une réinterprétation par Stanislas de la dernière case de Tintin au pays des Soviets.

- Petite coquille en troisième case : le nom civil d'Hergé ne prend pas d'accent : Georges Remi et non Rémi.

jeudi 10 mai 2007

Serez-vous kapté par Tekap ?

 Soucieux de conquérir de nouveaux publics et de se démarquer les uns des autres dans un environnement toujours plus concurrentiel, les éditeurs de bande dessinée tentent des expériences. , en espérant inventer de nouveaux concepts qui sauront séduire le public. Après tout, qui aurait parié, il y a quinze ans, sur le succès de bandes dessinées publiées en noir et blanc, au format poche et sur papier économique ?

Après la collection NG de Soleil Production (assez vite abandonnée par l'éditeur toulonnais), et l'insuccès du concept de feuilletons au long cours Futuro32 (malgré un certain soutien critique), les éditions Pierre Paquet reprennent le flambeau. L'éditeur suisse, qui célèbre cette année ses dix ans, lance simultanément deux concepts différents pour les petits budgets : d'une part, la bande dessinée de création à bas prix, avec le label Tekap ; d'autre part le feuilleton BD à parution mensuelle et coût dérisoire, avec Cité 14 (Cf. Chronique).

Avec un façonnage classique (couverture cartonnée et format conventionnel), les albums TEKAP (un nom que les zorglhommes décrypteront facilement...) proposent de la bande dessinée jeunesse à prix très attractif : 5 euros par album.

Non sans prudence, les éditions Paquet se donnent le temps de vérifier si le concept fonctionne économiquement. Avant de lancer d'autres parutions, les performances commerciales des trois albums qui inaugurent le label seront soigneusement analysées. Car à ce tarif, il est indispensable d'être sur des logiques de volume. Surtout pour les auteurs, qui ont accepté de participer aux risques en sacrifiant leurs avances sur droits, et dont les revenus sont proportionnels au prix de vente.


Aventure fantastique qui lorgne du côté de la série B avec Indrani, d'Etienne Willem, conte comique adapté des frères Grimm, avec Frère Joyeux de Renaud Dillies ou histoire déjantée de pirates avec La tête de Wilson par Artur Laperla : dans un registre ludique et abordable, il y en a pour tous les goûts.

La fortune sourit aux audacieux, paraît-il... Serez-vous kapté par Tekap ?



Quelques questions à Pierre Paquet :

- Qu'est-ce qui vous motive à tenter l'aventure TEKAP ?
Pierre Paquet : Tekap est né d'une discussion avec des auteurs à Angoulême, sur nos lectures d'enfance. Très vite le prix des albums d'antan à refait surface et on s'est dit que cela serait vraiment sympa d'avoir des albums de qualité à bas prix ! A la fin du repas, les auteurs m'ont dit "Paquet t'es cap' de faire des prix bas ?"

- Pourquoi pensez-vous que TEKAP réussira là où Futuro32 a échoué ?
Ce n'est pas vraiment le même concept car il ne s'agit pas d'épisodes. En effet, seul l'album d'Artur Laperla est à suivre !

- Proposer de la BD de création à tarif réduit, comment est-ce possible ? Sur quoi faites-vous des économies ? Quel est le point d'équilibre des livres, en nombre d'exemplaires vendus ?
Je dois avouer très honnêtement que les 3 auteurs n'ont pas été gourmands en droits d'avance ! Du coup, nous espérons vendre aux alentours des 6500 exemplaires et si nous sommes en dessous des 5000 ex, c'est que nous nous sommes trompés sur l'attente du public !

- Quel est le calendrier prévisionnel de parutions de TEKAP ?
Comme il ne s'agit pas de séries, on attend de voir un peu les résultats!
Etienne Willem est déjà bien avancé sur son nouvel album, et Artur est très très rapide. Je travaille actuellement avec lui sur le story board. Donc les tomes suivants soit pour les fêtes, soit pour janvier 2008 !




En preview sur BDGest :
» Frère Joyeux de Renaud Dillies
» Indrani, le cercueil des souvenirs d'Etienne Willem»


A noter, Renaud Dillies, Artur Laperla et Etienne Willem entament, à partir du 10 mai, une tournée de dédicaces dans les librairies spécialisées, qui les amènera à Lille, Paris, Montpellier et Wavre. Tous les détails sur le site des éditions Paquet.

lundi 7 mai 2007

Aziyadé

Aziyadé, par Franck Bourgeron d'après Pierre Loti (Futuropolis)

 

Aziyadé, par Franck Bourgeron (Futuropolis)En 1876 Loti, jeune officier de la marine britannique, accoste à Salonique. En flânant dans la ville, il fait la rencontre d’une belle odalisque, énième épouse retranchée dans le harem d’un vieux dignitaire absent. Elle et lui partagent un certain désœuvrement, la jeunesse et une beauté arrogantes, et bientôt une passion ardente, aiguisée encore par son impossibilité théorique. Mais l’Amour en a vu d’autres, et il n’est guère d’obstacles qu’il ne saurait déjouer ! Au-delà de cette femme, c’est de la Turquie tout entière dont Loti va s’éprendre : de ses coutumes, de sa langue, de ses habitants. Jusqu’à vouloir épouser la nationalité turque.

Après la saga Extrême-Orient aux éditions Vents d’Ouest, sur le thème peu exploité en bande dessinée de la révolution culturelle chinoise, Franck Bourgeron change d’horizon. La transposition graphique du roman de Pierre Loti Aziyadé, lui permet d’explorer un certain Moyen-Orient, au crépuscule de l’Empire Ottoman. Si le roman est écrit à la manière d’un carnet intime, la bande dessinée, fidèle à l’écriture de Loti, n’est pas sans évoquer le carnet de voyage. Les planches contemplatives n’y sont pas rares. On retrouve notamment de ces compositions verticales qui faisaient le charme et l’originalité d’Extrême-Orient.

En tout juste trois livres, Franck Bourgeron a posé un style bien à lui dans la « nouvelle bande dessinée » : visages stylisés aux fronts allongés, utilisation de cases verticales, audace dans les cadrages (avant de se mettre à la bande dessinée, le dessinateur a travaillé pendant une quinzaine d’années dans l’animation, d’où, sans doute, cette culture particulière de la caméra et de la mise en scène), et une fougue tranquille dans la manière très propre de poser des hachures dans les dessins. Le trait est souple, dynamique et spontané, sans sacrifier l’esthétique du dessin.

Autre particularité dans le travail de Bourgeron, la non-représentation du regard. Dans Extrême-Orient, les yeux étaient de simples fentes sans iris, pour mieux souligner l’absence d’individualité ou d’affirmation personnelle. Dans Aziyadé, outre Loti, souvent affublé de lunettes opaques, la plupart des protagonistes ont les yeux mi-clos ou fermés. L’impression induite est assez variée : langueur, sensualité, désir, abattement ou sérénité, selon les cas(es).

On pourrait être tenté de rapprocher ce roman de Roméo et Juliette, archétype de l’histoire d’amour fatal. Mais alors que les personnages de Shakespeare débordent de lyrisme, fascinés qu’ils sont par la découverte de l’amour (ce sont des adolescents, tout est nouveau pour eux !), dans Aziyadé, les amants restent relativement circonspects. Aziyadé, épouse délaissé mais fautive, est discrète par nécessité, peut-être aussi parce qu’elle ne se fait guère d’illusion sur la nature éphémère de l’amour. Loti, pour sa part, prend la relation avec une certaine désinvolture. Il compare sa nouvelle conquête avec les précédentes, il continue de voir d’autres maîtresses… Ses sentiments vont se renforcer progressivement, mais toujours avec un temps de retard. C’est là toute la beauté de ce roman. Aziyadé est le récit d’un amour qui n’est pas immédiat, l’exact contraire d’un coup de foudre. Transposer graphiquement une telle œuvre sans la trahir, demandait de la subtilité et de la retenue.

© F. Bourgeron / Futuropolis 2007

 
 

mercredi 25 avril 2007

Popeye, le dictapateur

Popeye le dictapateur, par E. C. Segar (Denoël Graphic)

 

Popeye le dictapateur, de Segar (Denoël Graphic)Dégoûtationné du monde, Popeye décide de construire une arche et de fonder la nation de Spinachova sur un nouveau continent restant à découvrir. « J'vais prendre un mâle et une femme de chaque z'hommes et animaux : 2 docteurs, 2 avocats, 2 vaches, 2 canassons, 2 éditeurs. Mais un seul dessinateur. J'veux pas qu'y s'multiplient !! ». L'expédition est financée par le riche et intraitable Mr Sphink, qui impose une condition : l'accès au bateau est interdit aux femmes. Voilà donc notre marin avec 10000 colons mâles à l'assaut d'un nouveau monde...  
 
Elsie Cristler Segar créa Popeye en 1929, dans le strip quotidien Thimble Theater qu'il animait depuis dix ans. Ce marin bourru prend rapidement la vedette, mais Segar meurt en 1938. La carrière de Popeye aurait donc été  courte, si Hollywood ne l’avait consacré avec une série de dessins animés. Denoël Graphic nous invite à redécouvrir le Popeye original du comic-strip, sensiblement différent du héros animé. Par exemple, dans le dessin animé, Popeye devient temporairement d’une force redoutable dès qu’il mange des épinards. Ce gimmick, repris par Goscinny et Uderzo avec la potion magique d’Astérix, n’existe pour ainsi dire pas dans la BD de Segar. Popeye est d’une force prodigieuse de façon permanente. Le ressort comique repose donc sur autre chose : les situations, un humour décalé et satirique et surtout une prodigieuse inventivité du langage. Popeye, personnage mal dégrossi, utilise une syntaxe fantaisiste et les néologismes les plus farfelus. Pour « préhistorique » par exemple, Popeye dira plutôt « espritorique » ou « prékisnorique ».  
 
Le Dictapateur réunit deux épisodes: L'Arche de Popeye et Spinachova contre Brutia. Il s’agit de la plus longue histoire de Popeye imaginée par Segar, parue en comic strips quotidiens publiés entre 1935 et 1936. Insistons sur la forme : créer un long récit découpé en strips quotidiens de trois ou quatre cases est une performance narrative qui tient du grand écart. Il faut à la fois que chaque strip ait une certaine autonomie (avec mise en place, développement et chute), et néanmoins faire progresser l’histoire générale.  
 
Tout cela avait déjà été publié, sous forme d’intégrale, au début des années 1980 et en noir et blanc aux éditions Futuropolis, avec traduction et lettrage de Florence Cestac, qui ont été conservés. La version Denoël Graphic se distingue par une nouvelle maquette et surtout par une colorisation réalisée par Gilles Tevessin. Ce dernier a privilégié des grands aplats de couleurs vives, avec une palette légèrement passée, ce qui s’avère un choix approprié pour rester en adéquation avec le ton de la série et son époque.  
On regrettera simplement que l’équipe de Denoël Graphic ait choisi de laisser intactes les fautes d’orthographe, nombreuses, de la version Futuropolis.  
 
 
(c) Segar / Denoël Graphic 2007

lundi 16 avril 2007

Les discussions autour du Spirou tome 50 prévu par Morvan et Munuera continuent !

Spirou, croqué façon manga par OshimaAu cours du Salon du Livre de Paris 2007, j'ai rencontré Jean David Morvan, pour discuter de la collection Ex Libris qu'il dirige pour les éditions Delcourt. En marge de cette interview, qui fera prochainement l'objet d'un dossier sur les bandes dessinées d'adaptation littéraire, nous avons rouvert le dossier Spirou...


L'aventure Spirou s'arrête pour toi pour la série franco-belge, mais que devient le manga Spirou, que tu avais commencé à lancer ?

Jean David Morvan : Ah non, pour le moment, rien n'est définitivement arrêté, malgré les annonces prématurées qui ont pu être faites. Je pense qu'on ne fera pas le tome 50. Mais l'histoire sur laquelle on travaillait avec Yann et José Luis Munuera n'est pas enterrée. Les discussions continuent avec les gens de chez Dupuis. Les choses étaient complexes au moment d'Angoulême, elles sont redevenues plus calmes. Il faut dire que le départ de certaines personnes aide à stabiliser les débats. Pour le moment, on parle de la série principale. Il faudra ensuite qu'on reparle du manga.
 
 

Les sujets sont liés ? Le manga ne peut plus exister si tu n'es plus le scénariste "officiel" de Spirou ?

Jean David MorvanJean David Morvan : Au contraire, ce sont deux sujets totalement différents. C'est pour cela que je ne veux pas mêler les deux discussions. Pour l'instant, on est en plein boulot sur l'éventuel tome 50, qui pourrait devenir un hypothétique hors série n°5.
Je me suis sentis blessé de lire que le manga Spirou était une lubie d'auteur. Cela sous-entendait que ce travail et cette idée n'avaient pas été validés par Dupuis. Or, notre travail a toujours été validé par Dupuis. Nous avions l'appui de Dimitri Keynes, qui voulait lancer six mangas. Claude Gendrot avait aussi donné son accord pour un travail en coopération avec le label Kana. De nombreuses autres personnes ont été impliquées, ce n'est un projet que je menais tout seul. Aujourd'hui, j'ai envie de le faire, il y a un dessinateur qui est prêt à s'y mettre ; ce qui ne signifie pas que cela aboutira forcément. C'est un projet qui pourrait permettre de toucher un autre public, ces ados qui ne vont pas aujourd'hui vers la bande dessinée franco-belge.

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