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  <title>Le briographe - Tag - Jean-Claude Mézières</title>
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  <description>Farbouillages, blafissure et grovulements. Et un soupçon de 9e art.</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Wed, 07 Jan 2009 12:07:04 +0100</pubDate>
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  <item>
    <title>Valérian et Laureline, 40 ans de voyages spatio-temporels</title>
    <link>http://www.briographe.com/post/2007/10/01/Valerian-et-Laureline-40-ans-de-voyages-spatio-temporels</link>
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    <pubDate>Mon, 01 Oct 2007 20:07:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>brio</dc:creator>
        <category>interview</category>
        <category>Jean-Claude Mézières</category><category>Pierre Christin</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interview de Christin &amp;amp; Mézières&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;img hspace=&quot;5&quot; src=&quot;http://briographe.free.fr/briographe/2007/Valerian/news200-Valerian-integraleT1.jpg&quot; align=&quot;left&quot; vspace=&quot;5&quot; border=&quot;0&quot; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a un paradoxe &lt;em&gt;Valérian&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; : après sa parution
dans Pilote, la première aventure, &lt;em&gt;Les mauvais rêves&lt;/em&gt;, est restée
totalement méconnue jusqu'en 1983, date à laquelle elle fut publiée dans une
compilation d'inédits disparates de Mézières. La série démarre donc
officiellement avec &lt;em&gt;La cité des eaux mouvantes&lt;/em&gt;, album qui ne semble au
départ pas spécialement mémorable. Et pourtant, c'est grâce à lui que la série
(qui entretemps a décollé en qualité) a pu se sublimer, prenant une coloration
métaphysique sans rien perdre de son humour ni de sa poésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette histoire, les auteurs imaginent une civilisation du futur, Galaxity,
fondée sur les cendres de notre société, quasi anéantie par un holocauste
nucléaire en 1986. Ecrire cela à la fin des années 1960, en toute insouciance,
c'était facile. Mais quelques vingt ans plus tard, se trouver dans l'obligation
de résoudre le paradoxe temporel induit (puisque la catastrophe n'a pas eu
lieu), dans une série dont le héros est précisément un agent spatio-temporel,
voilà une mise en abime des plus vertigineuses. Au point que le vocabulaire
peine à décrire le phénomène (il faudrait de nouveaux mots :
&lt;em&gt;rétro-uchronie&lt;/em&gt; ? &lt;em&gt;antécipation&lt;/em&gt; ?).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout cas, si 2007 est marqué par le quarantième anniversaire de la série,
par la sortie d'un nouvel album (&lt;em&gt;L'ordre des pierres&lt;/em&gt;, avant-dernier
épisode de la saga selon les auteurs), une adaptation en dessin animé, une
exposition à la galerie Bosser et la parution d'une intégrale, n'en tirons pas
de conclusion hâtive : l'année Valérian, ce n'est pas 2007, cela restera, pour
toujours, 1986 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;img src=&quot;http://briographe.free.fr/briographe/2007/Valerian/Vaisseau-Valerian.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt;

&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Cette histoire d'holocauste de 1986, prédit en 1967, et qu'il vous faut
résoudre vingt ans plus tard, c'était un coup prémédité ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&quot;text-align: left&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://briographe.free.fr/briographe/2007/Valerian/christin_pierre.jpg&quot; align=&quot;left&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Christin :&lt;/strong&gt; Pas vraiment, non ! Quand j’ai commencé à
vouloir faire de la science-fiction graphique, désir qui allait aboutir à
&lt;em&gt;Valérian&lt;/em&gt;, c’était sur un fond qui était celui de la guerre froide et
de la menace nucléaire. L’époque était clairement nucléariste, avec des
optimistes, comme ces ingénieurs soviétiques qui à l’époque, disaient : «
&lt;em&gt;Notre réacteur de Tchernobyl est d’une telle excellence, que nous
n’hésiterions pas à le construire sur la Place Rouge en face du Kremlin !&lt;/em&gt;
». De l’autre, il y avait ceux qui vivaient dans l’angoisse de la bombe
atomique.&lt;br /&gt;
Il y avait un côté très dominant de la science-fiction américaine, qui devenait
déjà une super-puissance. En même temps, c’était peu après l’assassinat de
Kennedy. New York était la seule métropole verticale, à l’époque, d’où l’envie
de fusionner l’orgueil urbanistique, l’orgueil économique de la puissance
dominante, et la menace qui pouvait régner à l’égard de tout cela. Partant de
là, j'ai posé l'idée qu’il se passerait quelque chose en 1986. C’est une date
que j’ai voulue un peu distanciée de 1984, pour éviter un rapprochement avec
Orwell.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Oui, mais vous n’avez pas choisi 2084 ou un futur beaucoup plus
éloigné. Vingt ans dans le futur, ça vous paraissait à ce point lointain
?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://briographe.free.fr/briographe/2007/Valerian/saut-temporelsm.jpg&quot; align=&quot;right&quot; /&gt;&lt;strong&gt;Jean-Claude Mézières :&lt;/strong&gt; Oh, on ne faisait pas de
projection !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; J’étais loin de penser qu’on continuerait à faire
&lt;em&gt;Valérian&lt;/em&gt; en 1986 ! Nous faisions nos histoires tranquillement,
Jean-Claude et moi. Mais vers 1982, j’ai commencé à gamberger en me disant que
1986 approchait et qu’il allait falloir s’occuper du problème que cela posait.
Si nous arrivions en 1986, cela signifiait que le cataclysme nucléaire cité
dans &lt;em&gt;Valérian&lt;/em&gt; n’avait pas eu lieu. Et par ailleurs, cela posait un
challenge littéraire tout à fait inédit. Etre rejoint par sa création de vingt
ans plus tôt, ce n’est pas si fréquent.&lt;br /&gt;
A présent, cela me paraît simple d’en parler, mais à l’époque, je me suis bien
pris la tête pour trouver une solution. Il fallait retoucher l’histoire. En
même temps que je trouvais une solution, cela faisait apparaître un problème :
la modification de l’Histoire bouleversait l’existence de Galaxity. C'était
comme si, en 1967, nous avions posé une mine à fragmentation qui allait
exploser vingt ans plus tard. Et il nous faut vingt ans de plus pour résoudre
complètement la question. Vous aurez la réponse dans le prochain Valérian
!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;A partir de 1982, vous travaillez sur les moyens de recanaliser la
série pour lui conserver une cohérence historique malgré la non-catastrophe
nucléaire de 1986… et en 1986, Tchernobyl arrive.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; Oui, ça nous a paru énorme. Nous avions tout réorganisé
en fonction de l’inexistence d’une catastrophe nucléaire… et voilà qu’il y a
cet accident à Tchernobyl ! J’étais complètement stupéfait, et résoudre ma
relation avec ces événements m’a beaucoup occupé. Comme je l’évoque dans &lt;em&gt;Le
sarcophage&lt;/em&gt;, dessiné par Bilal, je suis parti en reportage à Tchernobyl.
L'accident survenu là-bas concrétise l’effondrement de l’empire soviétique, que
nous annoncions dans &lt;em&gt;Partie de chasse&lt;/em&gt;. Tchernobyl est en quelque sorte
la métaphore technique de l’effondrement de tout un système politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Vous êtes assez familier des prémonitions : dans &lt;em&gt;Par des temps
incertains&lt;/em&gt;, vous décapitez littéralement un building d’affaires, et ceci,
trois mois avant le 11 septembre 2001.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; Aussitôt qu’on fait de la projection, si on reste dans
des horizons atteignables, il n’est pas rare que de telles coïncidences se
produisent. Dans un de ses romans, Barjavel avait imaginé une société où tout
le monde avait un téléphone à l’oreille... J’ai moi aussi eu quelques visions.
Parfois, les coïncidences sont troublantes. Par exemple, l’effondrement des
tours du World Trade Center a eu lieu le jour où j’ai apporté à Dargaud le bon
à tirer de &lt;em&gt;Adieu, rêve américain&lt;/em&gt;. J’ai appris les événements à la
radio en sortant de chez l'éditeur. Quand l’annonce a été faite d’un troisième
avion qui se crashait sur le Pentagone, je me suis demandé un moment si on
n’était pas en train de nous refaire le coup de &lt;em&gt;La guerre des mondes&lt;/em&gt;,
d’Orson Welles !&lt;br /&gt;
En tout cas, c’est vrai que mes travaux de fiction ont plusieurs fois été
rejoints par la réalité, avec une brutalité inattendue. Je suis poursuivi par
ça : France Info sort un bouquin à l’occasion de ses 20 ans, ils ont demandé à
de nombreux auteurs de participer... Et forcément, j’ai écopé du 9/11 !
S’agissant de débusquer les coïncidences, le 11 septembre montre les limites de
l’exercice : un certain nombre de cinglés du chiffre 11 se sont livrés à de
savantes recherches, et ils trouvent du 9/11 partout. Cela va faire comme avec
l’affaire Kennedy : plus les années passent, plus les hypothèses se
multiplient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;JCM&lt;/strong&gt; : Ces coïncidences sont remarquées à cause de la longévité
de la série.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;Valérian&lt;/em&gt; est une chronologie imaginaire, mais
que nous avons voulue crédible. Ce n’est pas échevelé. Au pire, l’incertitude
ressentie doit être comparable à celle d’un lecteur de livres d’Histoire
ancienne. Dans le prochain &lt;em&gt;Valérian&lt;/em&gt;, on trouvera deux interprétations
différentes du futur de la Terre, qui seront développées par deux
protagonistes. Et si on travaille encore sur Valérian quand on aura 92 ans, il
faudra ENCORE que je trouve quelque chose pour résoudre d’autres
paradoxes…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;JCM&lt;/strong&gt; : Euh ! On verra, on verra ! Il reste encore de longs
tunnels de travail…&lt;/p&gt;
&lt;img src=&quot;http://briographe.free.fr/briographe/2007/Valerian/building-Vivaxis.jpg&quot; align=&quot;center&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Il parait qu’il y a autant de façons de travailler, que de tandems
Scénariste / Dessinateur. Comment vous répartissez-vous la tâche
?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; Pour ma part, j’aime discuter beaucoup avec les
dessinateurs, pour connaître leurs envies du moment. Par exemple, &lt;em&gt;Le long
voyage de Léna&lt;/em&gt; résulte de discussions avec André Juillard, qui me faisait
part de son envie de travailler sur des ambiances un peu nostalgiques. Je
décris les projets dans un synopsis, qui peut être assez bref avec mes vieux
complices, comme Jean-Claude Mézières, Bilal ou Annie Gotzinger. On se comprend
à mi-mots, ce n’est pas la peine que je fasse du style. Je commence donc par
une trame d’une dizaine de feuillets. Pour qu’on en discute. Après quoi, je
livre quelque chose de très charpenté, image par image, avec beaucoup de
didascalies, d’explications d’images, beaucoup de documents typologiques : des
portraits psychologiques des personnages, éventuellement des photos, de temps à
autres quelques croquis malencontreux…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;JCM :&lt;/strong&gt; ah oui, au moins tes dessins nous laissent une grande
liberté d’interprétation !!!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Vous allez jusqu’à définir des cadrages ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; Non, surtout pas ! Prenons un exemple. Si pour
&lt;em&gt;Valérian&lt;/em&gt;, il est nécessaire de créer une nouvelle bestiole cosmique,
je vais beaucoup m’attarder à décrire ses propriétés. Mais après, le fait
qu’elle soit à plumes, à poils, à pattes, à pinces ou à bec… C’est à
Jean-Claude d’en décider. Je lui détaille les capacités de la créature, je lui
décris l’environnement dans lequel elle vit, ses raisons d’agir. Mais c’est lui
qui décide complètement de son apparence. Il peut juste m’arriver d’émettre des
réserves comme « &lt;em&gt;surtout pas insectoïde&lt;/em&gt; », parce que c’est presque
toujours synonyme d’antipathique. Mais pour ce qui est des cadrages, les rares
indications que je vais donner sont du genre « &lt;em&gt;ici, une grande image
pourrait être nécessaire&lt;/em&gt; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;JCM&lt;/strong&gt; : Ce qui n’empêche pas une réinterprétation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; Il y a aussi le fait que les dessinateurs ont tendance à
avancer case par case…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;JCM&lt;/strong&gt; : ah moi non, j’avance par lot de six pages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; d’accord, mais moi j’ai quarante pages d’avance. Un
détail qui peu paraître anodin en début d’histoire peut se révéler crucial
trente-cinq pages plus loin. Je vais donc devoir insister pour que tel ou tel
élément ait été vu. En revanche, définir s’il aura été vu en plongée ou en
contre plongée, ce n’est pas moi qui m’en occupe. Après tout cela, Jean-Claude
se met au travail, ce qui ouvre un autre tour de négociations, parfois
harmonieuses, parfois grinçantes…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://briographe.free.fr/briographe/2007/Valerian/mezieres_jean-claude.jpg&quot; align=&quot;right&quot; /&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les points de désaccords qui peuvent
survenir ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;JCM :&lt;/strong&gt; C'est-à-dire que Pierre me fournit un récit rêvé, que je
suis chargé de concrétiser. A cette étape interviennent en même temps les
contraintes de rythme, de choix de cadrages, de composition des doubles pages,
et de continuité des ambiances. On se met d’accord pour définir par exemple que
les doubles page comporteront entre 14 et 16 images en moyenne, ce qui permet à
Pierre d’adopter un certain rythme dans son écriture.&lt;br /&gt;
Je garde la liberté de réinterpréter les scènes, en donnant plus d’importance à
telle ou telle scène qui me semble le mériter, en apportant des modulations
dans le rythme. Tout cela est assez normal, et je ne peux pas être un
dessinateur aux ordres, surtout dans un domaine comme la science-fiction, qui
privilégie autant l’imaginaire. Il arrive que certains points de détail posent
un problème, qu’il faut résoudre. La création d’un nouveau personnage peut nous
amèner à modifier l’histoire !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; Si le personnage imaginé par Jean-Claude me séduit
d’emblée, je vais retirer des dialogues à d’autres personnages pour alimenter
celui-ci. Mais les négociations portent parfois sur de petites choses. Dans
&lt;em&gt;Au bord du grand rien&lt;/em&gt;, il y a eu une sourde bataille entre nous autour
de l’identité de la petite jeune fille qui fabrique des scaphandres, qui
s’appelle Ki-Gai. J’avais rapporté des photos de Birmanie, avec de jeunes
couturières fluettes… et Jean-Claude s’était mis en tête de dessiner une espèce
de bonne femme colossale, et il n’en démordait pas. En même temps, c’était un
personnage réussi… qui est devenu la commandante. Une fois qu’on a débloqué ça,
comme par miracle, la couturière est redevenu ce qu’elle devait être…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;JCM :&lt;/strong&gt; Je voulais un contraste, pour éviter d’avoir deux
silhouettes de même valeur. D’où mon insistance, qui nous a bloqué
temporairement, mais cela s’est soldé par un enrichissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://briographe.free.fr/briographe/2007/Valerian/news200-ordrepierres(couv).jpg&quot; align=&quot;right&quot; vspace=&quot;2&quot; border=&quot;0&quot; /&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;em&gt;L’ordre des
pierres&lt;/em&gt;, vous livrez (comme dans &lt;em&gt;Les Héros de l’équinoxe&lt;/em&gt;) une
interprétation des mondes par différents personnages. Valérian, une fois de
plus, refuse de participer à l’exercice et s’en sort par une pirouette.
L’interprétation du scientifique de la bande est très chaotique, avec une
représentation inspirée par Jackson Pollock, qu’on retrouve quelques pages plus
loin.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; Oh, ça a été un combat, ça aussi… Je tenais par-dessus
tout à ce que ce soit traité à la manière de Jackson Pollock parce que ça
préparait le monde qu’ils allaient vraiment voir vingt pages plus loin.
Jean-Claude a regimbé, mais plus il rentrait dans l’histoire, mieux il
comprenait les raisons de mon insistance. Il m’a cassé les nougats pendant des
jours et des jours sur le premier Pollock, mais quand pour lui c’est devenu
quelque chose d’interprétable dans le contexte de Valérian, c’est lui qui a
pris l’initiative, et il était tout fier de me montrer ce qu’il en avait fait
!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;JCM :&lt;/strong&gt; Avec le recul, j’oublie tous ces détails. Sur les
dialogues, quand je lui propose des changements, il y a toujours des
arrangements parce que je vois les choses en terme de mise en scène. Si c’était
un film au lieu d’être une bande dessinée, ce serait vite réglé. Là, c’est plus
compliqué. Et puis, il n’aime pas retoucher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; J’adore les discussions sur le visuel. Mais pour les
dialogues, je suis un peu comme les auteurs de théâtre, j’ai une certaine
raideur. Je considère toujours les destructions narratives qu’une modification
peut apporter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;JCM :&lt;/strong&gt; Je soumets aussi parfois des problèmes de pagination,
quand il y a un pavé de texte qui me semble trop important. J’ai vraiment
besoin de travailler en séquences. Mon travail consiste à interpréter d’une
façon graphique les récits que me soumet Pierre. Je négocie quand j’ai la
sensation de manquer de place, où quand je pense que le récit a besoin de
respirer un peu plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Entre Valérian et Laureline, les moeurs sont assez libres. Ce qui
reflète l'idéal en vogue au moment où la série a démarré. Depuis, la libération
sexuelle a connu quelques revers. Cela vous pose t-il un problème aujourd’hui
?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://briographe.free.fr/briographe/2007/Valerian/Valerian-Laureline.jpg&quot; align=&quot;left&quot; /&gt;&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; Valérian et Laureline sont nés en pleines
sixties. J’ai été très marqué par le situationnisme, par Simone de Beauvoir,
par le Women’s Lib américain. On rentrait des USA, où le féminisme était un
courant très fort. C’est un combat qui me séduisait. Valérian et Laureline
vivent une sorte d’union libre, où chacun garde un quant-à-soi. Aucun n’est
inféodé à l’autre. C’est effectivement très sixties. Mais je crois que personne
n’a rien proposé de mieux. C’est comme ça qu’il faut continuer d’être, si
possible.&lt;br /&gt;
Les mœurs ont changé, c’est vrai, et cela ne nous pose aucun problème sur le
medium bande dessinée. En revanche, dès qu’on passe à une adaptation en dessin
animé, c’est une autre histoire. Les chaines de télévision redoutent les
plaintes des ligues de vertu, et veulent tout formater en fonction de cette
menace. Cela passe donc par le rajeunissement drastique des personnages, qui
deviennent des quasi-adolescents, pour que le spectateur puisse raisonnablement
penser qu’ils n’ont pas de relations sexuelles.&lt;br /&gt;
Ce n’est pas le seul problème que pose Valérian pour une exploitation
commerciale sur le petit écran. Une idée forte des années 70, c’est le refus de
la xénophobie et de l’ostracisme. Mais aussitôt que la série devient un objet
commercial, les chaines se plaignent : qui sont les méchants ? Il n’y a pas de
méchants dans Valérian. Ce n’est pas une BD angélique. Il y a des combats, des
confrontations, des enjeux importants. Mais il n’y a pas de méchants, chacun a
sa propre vérité, parfaitement admissible. Nous pouvons penser qu’un monstre
aquatique comme le Groubos nous trouve répugnants, avec nos petits nez en
trompette et le fait que nous respirons de l’oxygène.&lt;br /&gt;
Ceci, c’est la base de la série BD. Mais on sent bien que ça ne plait pas à
tout le monde. Oh oui, en quarante ans, les mœurs ont changé…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Vous avez modifié le titre de la série : &lt;em&gt;Valérian, agent
spatio-temporel&lt;/em&gt; devient &lt;em&gt;Valérian et Laureline&lt;/em&gt;. C'est une
réhabilitation tardive, parce qu'en réalité, cela fait longtemps que c’est
Laureline qui se tape le plus gros du travail, non ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; Quand on a commencé, les journaux de BD s’adressaient
plutôt à un public de garçons. Et cette série entrait dans un format assez
classique. Quand j’ai commencé à travailler avec Bilal, cinq ou six ans plus
tard, ça avait déjà bougé. Ce qu’on a appelé depuis des one-shots était devenu
un format envisageable. Il y a un certain archaïsme dans &lt;em&gt;Valérian&lt;/em&gt;, que
j’ai voulu sciemment miner de l’intérieur. C’est un héros masculin… mais qui
est un faux héros. Valérian n’a aucun super-pouvoir, il n’est pas spécialement
beau. Tout au plus, il est courageux et c’est un bon pilote. Dès le départ,
j’ai éprouvé le besoin qu’il y ait une héroïne à part entière. Beaucoup de BD
m’énervaient par leur machisme naïf. Peu à peu, Laureline a littéralement pris
le dessus. Jean-Claude a réussi à en faire un personnage extrêmement attachant,
dont je me suis amouraché. Et de façon générale, j’aime beaucoup faire
dialoguer les femmes. Les paroles, les réactions de Laureline me viennent
spontanément. Nous aurions sans doute dû changer le titre de la série plus
tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Une chose amusante à propos de Laureline : pendant au moins quinze
albums, vous aviez oublié son passé de licorne, et depuis la réédition des
&lt;em&gt;Mauvais rêves&lt;/em&gt;, vous ne cessez d’y faire allusion. Pourquoi une amnésie
aussi longue, et pourquoi cet attachement à présent ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;JCM :&lt;/strong&gt; Il faut remettre les choses dans leur contexte. Il y a
quarante ans, quand Pierre m’a livré un scénario futuriste, avec Galaxity,
capitale du futur, tout ça, je me demandais vraiment comment j’allais dessiner
ça !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; C’est vrai que j’ai donné à Jean-Claude du grain à
moudre, en transportant les personnages dans notre passé, avec du coup un
château fort, un cheval, un licorne…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Justement, dans &lt;em&gt;Les mauvais rêves&lt;/em&gt;, vous faites appel à la
magie. Or, la magie, c’est l’absolu contraire de la science-fiction. Qui peut
bien avoir besoin de science dans un monde magique ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PC :&lt;/strong&gt; Mon intime conviction, c’est que la plus belle
science-fiction s’ancre dans des mythes anciens. J’ai lu récemment &lt;em&gt;Ilium et
Olympos&lt;/em&gt; de Dan Simmons. L’idée est de faire rejouer, dans un futur
stratosphérique, &lt;em&gt;l’Iliade et l’Odyssée&lt;/em&gt; par des non-humains. C’est
extrêmement touchant. L’un des personnages est une sorte de sous-marin à la
con, qui n’a que des pièces qui foutent le camp. L’autre est un avorton de
métal et nano-technologies. Et du coup, tout prend un sens totalement
différent. C’est magnifique. Un peu comme dans &lt;em&gt;L’odyssée de l’espace&lt;/em&gt;
de Kubrick : c’est à la fois l’aube de l’humanité et son futur qui sont
incarnés par le monolithe.&lt;br /&gt;
Au début, Valérian et Laureline sont très ‘service-service’. Après la perte de
la terre, ils deviennent un peu des clodos de l’espace, moins impliqués. Depuis
quatre ou cinq albums, ils sont obligés de chercher au plus profond d’eux-mêmes
des parades et des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent, et du sens à
leur existence. C’est aussi pourquoi je fais revenir ce passé de Laureline. Il
y a des éléments qu’on va trouver dans le prochain et dernier titre, qui ne
sont pas de nature entièrement rationnelle. Une sorte de croyance aux forces de
l’esprit. Les Terriens ne sont plus que trois : Valérian, Laureline et Jal. Ils
sont un peu comme les Limbos, qui ont été victimes d’un génocide alors qu’ils
ont été une grande civilisation.&lt;br /&gt;
Tout à coup, ce n’est plus seulement en étant un bon pilote d’astronef, ou en
étant une fine mouche dialecticienne qu’on peut s’en sortir. Valérian doit
chercher très profondément en lui le désir de retrouver sa terre de naissance,
Galaxity. Quant à Laureline, elle a connu un univers magique et l’a perdu, et
le fait de rencontrer des êtres qui d’une certaine façon lui sont proches est
sans doute important. Après, je ne fais pas tout de manière consciente,
hein…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;JCM :&lt;/strong&gt; Ouais ! Et après, c’est à moi de ramer pour rendre ça
sur papier !&lt;/p&gt;
&lt;img src=&quot;http://briographe.free.fr/briographe/2007/Valerian/Vaisseau-Valerian2.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt;

&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Propos recueillis en janvier 2007&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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