Racines, de Pierre Duba
SIX PIEDS SOUS TERRE, 164 P. COULEURS, 29,50 €
« Pendant que je dessinais, mes images se sont mises à raconter une autre histoire, à mon insu, comme si j’avais rusé avec moi-même… »
Son parcours, Pierre Duba le résume d’une formule lapidaire : « Au
début, je voulais être auteur de BD. Puis j’ai laissé tomber. Et ensuite, j’ai
commencé à en faire ! ». Né en 1960, Duba quitte l’école très
tôt et entre en apprentissage en tant qu’ajusteur à 14 ans. De ce métier, il
gardera une rigueur et le souci de la précision. Il reprend ses études et entre
aux Arts déco de Strasbourg, avec l’ambition de devenir auteur de bande
dessinée. Après quelques titres réalisés dans un trait qui hésite entre la
ligne claire et Jacques Tardi, se mettant à douter de l’intérêt de sa
production, il arrête totalement la BD pendant cinq ans. Puis il y revient,
avec un style et des envies radicalement différents, et se met à composer (aux
éditions 6 pieds sous terre) des œuvres autobiographiques, où se mêlent
introspection et questionnement artistique.
S’il cultive la picturalité avec un soin méticuleux, Pierre Duba refuse le rapprochement avec la peinture. « En peinture, il y a une sacralisation de l’image, qui n’est pas présente dans mon travail. Je produis des images qui ne sont pas finies, et ce n’est pas grave puisqu’il y en a une avant et une après. C’est tout l’intérêt de la bande dessinée. Le besoin de passer d’une image à l’autre, d’être dans une dynamique, est très présent chez moi. ». N’en reste pas moins que ses livres, tout en utilisant le langage de la bande dessinée, emploient une narration contemplative ; ils se parcourent et s'interprètent plus qu'ils ne se lisent.
Son dernier titre, Racines, est le fruit de deux ans de travail. L’histoire (ou plutôt le prétexte narratif) est celle d’un écrivain qui se rend compte que son œuvre n’existe qu’à cause de son besoin de succès. Cette prise de conscience provoque un écroulement. Des torrents de lettres, de mots non formés, s’échappent de lui, déferlent et se répandent en une sorte de soupe primitive. Une sorte de monstre lovecraftien en émerge et le poursuit dans différentes visions. Puissamment onirique et donc très psychologique, ce livre est décrit par Pierre Duba comme sa réalisation la plus fictionnelle, la moins autobiographique. On peut en douter. D’abord, parce qu’un livre intitulé Racines, qui dès la couverture fait une évocation de l’enfance, ne peut pas être totalement innocent, ni même être simplement neutre. Et puis, nos rêves et nos cauchemars sont-ils moins l’expression de notre personnalité que nos actes ou nos paroles ?
