Le briographe

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samedi 2 mars 2013

Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves T6 : Le Décalage

Julius Corentin Acquefacques, ça déchire !

Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves T6 : Le Décalage, de Marc-Antoine Mathieu
Delcourt, 56 p. N&B, 14,30€

 

Huit ans se sont écoulés depuis son précédent album. Julius Corentin Acquefacques devait être bien pressé de revenir, car il démarre son nouveau récit, Le Décalage, directement à la page 7, sans passer par la couverture !

 

Il y a déjà plus de 20 ans, en 1990, paraissait le premier tome de Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves. Jouant avec les codes même de la bande dessinée, le héros-autant-que-spectateur de ce récit, fonctionnaire au Ministère de l’Humour, recevait par courrier les planches de sa propre histoire. Le récit dissimulait également un objet éditorial inédit : une anti-case, aussitôt théorisée par le scientifique de service, le professeur Ouffe. Les fidèles de la série ont ensuite vu le personnage se mettre en quête de la qu…adrichromie, être transféré dans un monde tridimensionnel en passant par une spirale-vortex, goûter aux joies de l’infini dans un récit-miroir. Et basculer dans la 2,333e dimension, après un accident de point de fuite – normal, car « un point de fuite mal réglé, ce sont des ennuis… en perspective ». Mêlant onirisme et grotesque, considérations métaphysiques et calembours lacaniens, Julius Corentin Acquefacques et son auteur Marc-Antoine Mathieu continuent de défricher de nouveaux terrains de bande dessinée…

 

 

INTERVIEW

Qu'est-ce qui vous a fait choisir les éditions Delcourt en 1989-90 pour présenter cette série ? À l'époque, c'était une toute jeune maison d'édition…

Marc-Antoine Mathieu : Oui, à l'époque ils devaient être trois dans la société. Au départ, le livre devait être édité chez Futuropolis. J'ai rencontré Guy Delcourt par hasard, à la sortie d'une convention. Nous avons discuté, et il s'est montré enthousiaste et très désireux d’être l'éditeur de ce projet. Un jeune auteur plus intelligent que moi, aurait fait le tour de toutes les maisons d'édition existantes pour évaluer avec qui le projet avec le plus de chances d'aboutir. Moi j'ai seulement eu de la chance. Avec le temps, mes autres projets ont continué chez le même éditeur, une complicité s'était créée.

 

Chaque tome de Julius Corentin Acquefacques comporte une anomalie…

C'est devenu une marque de fabrique. Je travaille sur l'accident et la catastrophe, pas uniquement dans Julius. Dans Dieu en personne aussi, ou dans Trois secondes où le temps est tellement distendu qu'on a l'impression de vivre un récit à la vitesse de la lumière. Pour chaque histoire, je cherche une contrainte qui va me permettre d’explorer un espace temporel, physique ou psychologique. Je ne cherche pas l'exercice de style, mais un terrain propice à l'exploration. La bande dessinée est un terrain idéal pour l'exploration plastique et narrative.

Mais vous bâtissez vos histoires autour de ces astuces d'ingénierie papier, ou bien vous les trouvez en travaillant sur un récit ?

Ça dépend. En principe, l'accident est au service du récit et jamais l'inverse. Mais si on prend par exemple Le Processus, l’idée était dès le départ de faire un livre autour de la spirale. L’idée s'est imposée que la spirale puisse prendre corps dans le livre. Pour le tome 6 de Julius, j'ai eu très tôt envie que l’histoire commence à la page sept, avec un personnage en retard sur son propre récit et qui ne comprend pas comment il en est arrivé là. J’aurais pu faire une histoire dans laquelle le personnage ne rattraperait jamais son retard. Mais j’ai eu une idée : il suffisait que trois feuilles du livre soient déchirées pour qu’il rattrape son retard de six pages et qu’il réintègre le récit.

 

Ce tome 6, c’était un casse-tête, en termes de fabrication ?

La difficulté, c’est de concevoir tout cela en prenant en compte le pliage des cahiers, et le recouvrement des pages. Il faut que la découpe soit très bien ajustée, et que les pliages successifs soient parfaits. Difficulté supplémentaire, les pages déchirées étaient réparties sur deux cahiers… La marge d’erreur était vraiment très faible.

 

Cela dit, le véritable tour de force de cet album, c’est peut-être de faire autant de pages sur une histoire qui ne veut pas avancer, avec des personnages en attente, qui n’existent que tant qu’ils continuent de meubler le vide, même de façon dérisoire…

C'est l'essence même du livre. Mon défi, c'était de faire une histoire dont on sent qu'elle aurait pu être très ennuyeuse ou angoissante, mais de garder suffisamment de péripéties pour que le lecteur reste sur le bord, sur la crête de l'intérêt. Je me demande si ce n'est pas le plus métaphysique de mes bouquins. Parce qu'après tout est-ce que la vie ce n'est pas exactement cela ? Ne sommes-nous pas tout le temps en train de boucher des trous et de faire semblant qu’il se passe quelque chose, et que le Rien n'existe pas ? Heureusement, les personnages parviennent à faire illusion… en attendant Julius, comme dirait Beckett.

 

Vous êtes reconnu par l’OuBaPo (1) comme un « plagiaire par anticipation », autrement dit un précurseur. Pourquoi n'avez-vous pas rejoint ce groupe ?

Nous sommes frères. J'aime beaucoup le travail d'Étienne Lécroart entre autres. Si j'avais plus de temps, il est clair que je travaillerais beaucoup plus avec eux. Quand le groupe s’est constitué, les Oubapiens, Thierry Groensteen en tête, étaient à Paris. Je ne pouvais pas en plus de mes autres activités me consacrer à cela. Si j'étais tombé dans l’OuBaPo, j’y aurais consacré énormément de temps. On ne rentre pas à l'OuBaPo pour faire de la figuration. L'esprit oubapien, qui s'amuse et se nourrit des contraintes, est en lui-même une contrainte !

 

 

Jérôme Briot

 

(1)   L’OuBaPo regroupe des auteurs-chercheurs qui explorent de nouvelles formes de bande dessinée, en utilisant différents jeux créatifs appelés « contraintes ».

vendredi 1 mars 2013

Interview Christophe Arleston

Dans l’antichambre d’Ekhö

Ekhö monde miroir, T1 : New York, d’Alessandro Barbucci et Christophe Arleston
Soleil, 48 p. couleurs, 13,95€

  

En mars 2013, le Salon du Livre de Paris consacre une grande exposition à Christophe Arleston. Lequel sort une nouvelle série, Ekhö monde miroir, avec Alessandro Barbucci aux crayons. Tout cela méritait bien une rencontre.

 

En un peu plus de 20 ans d’écriture, Christophe Arleston, pilier des éditions Soleil, a signé plus de 130 albums, dont les séries Lanfeust avec Didier Tarquin et Trolls de Troy avec Jean-Louis Mourier, mais aussi Léo Loden, Le Chant d’Excalibur, Les Maîtres cartographes, Les Naufragés d’Ithaq, Les Forêts d’Opale, pour ne citer qu’un échantillon de sa bibliographie…

 

INTERVIEW 

Une exposition vous est consacrée au Salon du Livre de Paris 2013. Avez-vous été impliqué dans son organisation ?

Christophe Arleston : Pas trop, par manque de temps. L’idée proposée par le scénographe du Salon du Livre était de faire une expo sur le principe du « cabinet de curiosités », en réalisant une sorte de fac-similé de mon bureau. Certaines parties de mon bureau ont été photographiées pour être collées aux murs en grandeur nature, d’autres éléments sont réalisés en 3D. Les trois écrans sur lesquels je travaille vont être utilisés pour montrer comment je bosse sur mes scénarios. Mais surtout, l’exposition va m’emprunter un élément fondateur de mon imaginaire : une très grande et très belle carte ancienne de l’Asie qui décore mon bureau. C’est une carte de 1756, pleine de détails, d’illustrations et de commentaires sur les peuplades qui vivent ici ou là, et qui mesure dans les 2,50 mètres par 2. Elle appartenait à ma grand-mère, qui était prof d’histoire-géo. J’ai passé des dizaines d’heures à déchiffrer cette carte en vieux français. Mon amour de la fantasy, de l’exotisme, des cultures, mon goût de la découverte des civilisations, me vient de là. C’est la pièce maîtresse de mon bureau. L’expo va aussi montrer des choses que j’utilise tous les jours, comme de ces classeurs à pochettes transparentes, dans lesquels je mets des photocopies des planches en cours. Bref, l’expo s’efforce de faire une réplique de mon cocon, de l’environnement dans lequel j’ai besoin de m’immerger pour écrire. 

 

Ces dernières années, vous avez beaucoup travaillé en collaboration avec d’autres scénaristes. L’exposition évoque aussi les collaborations avec d’autres auteurs ?

Je ne crois pas. J’ai fait pas mal de bouquins avec des coscénaristes, et j’aime bien me confronter à d’autres personnalités pour enrichir les univers. Mais j’avoue ne pas cultiver l’égalité : je reste le maître d’œuvre, celui qui garde le dernier mot, je me réserve le final cut. Travailler avec d’autres scénaristes a été une expérience intéressante et amusante, mais ces derniers temps, je me suis recentré sur des scénarios que je mène seul. C’est un sursaut de fierté. Je commençais à entendre des échos me suspectant d’être devenu une sorte de chef de studio, qui signerait le travail réalisé par ses nègres…

 

INFLUENCES

Nombre de vos livres se passent sur la planète Troy, en différents lieux et à différentes époques, mais avec cette planète comme socle commun. C’est une démarche très proche de celle de Terry Pratchett, l’auteur des Annales du Disque-Monde. Vous le lisez ?

J’ai découvert Pratchett quelques années après avoir commencé Lanfeust. Quand j’ai commencé à lire Les Annales du Disque-Monde, je m'y suis senti chez moi ! Mais il n’est pas une influence directe. À 15 ans, on est une éponge. Après 35 ans, on n’est plus influençable de la même manière. Je suis un fan inconditionnel de Terry Pratchett. Mais les auteurs qui ont marqué mon imaginaire et mon écriture sont ceux de la génération précédente, que Pratchett a sans doute lus lui aussi. Mes influences principales, c'est Jack Vance, Fritz Leiber, un peu Silverberg, Frederik Pohl… des gens comme ça. Et P.G. Wodehouse (1) ! Wodehouse écrivait des histoires de maître d'hôtel anglais en 1925, dans des milieux de petite noblesse oisive et friquée. Ça n'a rien à voir ni avec la SF ni avec la fantasy. Mais il y a un lien, dans la façon de raconter, dans l'humour, dans la façon de traiter les ellipses. Jack Vance, que j’ai rencontré et qui est un de mes pères fondateurs, me disait aussi combien la lecture de Wodehouse l’avait influencé. Je crois que Pratchett a été à la même école : sa ville d’Ankh-Morpork ressemble à celle de Lankhmar (dans Le Cycle des épées de Fritz Leiber), avec ce fleuve si lent et tellement sale qu'on ne sait pas dans quel sens il coule... Cela se recoupe. Au passage, j'ai la chance de bien connaître Patrick Couton, le traducteur de Terry Pratchett, un Nantais que je vois chaque année aux Utopiales.

 

Une autre de vos influences marquées, c’est la mythologie : les termes de « Troy », « Odyssey », l’histoire du Voyage aux ombres qui transpose dans un univers asiatique le mythe d’Orphée…

Oui, j'en ai énormément lu dans mon enfance. Quand j'ai commencé à écrire, j'ai très vite perçu que la mythologie grecque, les contes de Grimm et de Perrault, sont des univers de fantasy. Je n'avais pas du tout la culture tolkienienne de l’Europe du nord, qui se nourrit de mythologie germanique. J'ai construit ma fantasy naïvement, à partir des éléments que j'avais. Je crois que c'est pour ça que j'ai rencontré un large public : j’utilisais des éléments qui parlaient à tout le monde, qui font partie de notre bagage culturel de méditerranéens.

 

En lisant les deux premiers Lanfeust Odyssey, on a l'impression que vous faites un retour aux tout débuts de la saga, avec Cixi-la-nièce qui est un clone de sa tante, avec Nicolède qui redevient jeune... C’était pour que le troisième tome soit encore plus surprenant ? Ou bien le troisième tome a-t-il été écrit en réaction aux deux premiers ?

Eh bien, quand on a plus de 100 albums derrière soi, il arrive encore qu'on commette de grosses erreurs ! Quand on a lancé Lanfeust Odyssey, Didier Tarquin a voulu partir sur un dessin plus comics. Et moi, j'ai voulu donner un côté plus jeune à Lanfeust, puisqu'il n'a que 18 ans, en lui faisant reprendre ses études de magie. Nous avons progressivement compris qu'on suivait une fausse bonne idée. On a fini le tome deux en préparant le fait de tout casser au début du tome trois. Après tout ce qu'il a vécu, Lanfeust est forcément marqué. Il peut assumer des histoires sombres, ce qui n’empêche pas de garder un ton « grosse déconnade ». Le tome trois a bien dynamité les erreurs des deux premiers. Et dans le tome quatre, on retrouve le bon esprit Lanfeust tel qu'il doit être. En particulier, il fallait retrouver une bonne composante féminine. Le vrai sujet de la série, c’est Lanfeust et les filles. Le reste est un peu accessoire. Et là, j’ai bien construit mon quatuor de filles !

 

On perçoit aussi votre volonté de rupture, par le traitement de déshumanisation que vous avez fait subir à Hébus, le troll…

Didier avait tendance à rendre Hébus de plus en plus humain, graphiquement. Sa dérive naturelle, c'est d’en faire une sorte de gros Schwarzenegger roux et poilu avec des mouches. Alors je lui rappelle régulièrement que les trolls sont voûtés, avec une échine. Inclure cette scène dans le scénario, c'était le contraindre à redonner de l'animalité à Hébus.

 

Votre nouvelle série s’intitule Ekhö, monde miroir. On y découvre de petites créatures, les Preshauns… Comment les décririez-vous ?

Un Preshaun, visuellement c'est une sorte de gros écureuil habillé comme un horloger bavarois du XVIIe siècle et qui a un côté très british dans sa façon de vouloir prendre le thé à heures fixes. Ce sont des créatures toutes mignonnes, on dirait des peluches. Mais on s'aperçoit très vite que c'est eux qui font tourner ce monde. Ce n'est pas un monde de fantasy totalement imaginaire comme je les fais d'habitude. Cette fois, j’ai voulu prendre la Terre, la vraie, et lui bâtir un monde miroir : Ekhö, qui comme son nom l'indique est un écho de la Terre. C'est un monde sur lequel se retrouvent certaines personnes qui allaient mourir sur Terre. À la toute dernière seconde, « on » les a fait basculer sur Ekhö. Dans le premier album, les héros se retrouvent dans un New York d’heroic fantasy, sans électricité. Les taxis new-yorkais sont toujours là mais ils sont montés sur des sauriens. Le métro fonctionne grâce à des mille-pattes. Tout le jeu dans cette série, c'est de parodier notre monde, en inventant des équivalents. C'est à la fois source de gags et de satire sociale. L'héroïne a une double personnalité, elle est habitée par quelqu'un d'autre. Dans chaque épisode, elle devra résoudre un problème qu'a eu cette personne avant de mourir, pour retrouver sa personnalité propre.

 

Comment arbitrez-vous entre la décision de compléter une série déjà lancée, et celle de créer un tout nouvel univers ?

C'est le hasard des rencontres avec les auteurs. Alessandro Barbucci est un copain depuis longtemps. Je lui avais demandé d'être directeur artistique pour le projet Lord of Burger. Finalement, c'est lui qui s’est chargé du dessin ; et même de tout l'album, s'agissant du dernier tome. Quand Lord of Burger s’est arrêté, nous avons cherché un nouveau projet pour continuer de travailler ensemble. Il m'a dit qu'il avait envie de faire de la fantasy. Je lui ai dit d'accord, à condition que je trouve quelque chose de totalement différents de mes séries habituelles. C'est parti comme ça !

 

 

Jérôme Briot

(1) Wodehouse est notamment le créateur de Jeeves, un majordome anglais qui passe son temps à sauver la mise à son jeune maître fantasque, inversant les rapports maître / valet.

 

 

En bonus, quelques questions non publiées dans Zoo :

Le rachat de Soleil par Delcourt

Vous étiez un collaborateur proche de Mourad Boudjellal, le fondateur des éditions Soleil. Comment avez-vous vécu le rachat de Soleil par les éditions Delcourt ?

Un collaborateur, non ! Je suis un auteur. J'ai convaincu Mourad de financer Lanfeust Mag, le journal dont je continue à m'occuper. Je n’ai jamais eu la moindre responsabilité éditoriale chez Soleil. De temps en temps, j'ai utilisé et de mon influence pour faire publier de jeunes auteurs prépubliés dans le magazine et auxquels je croyais beaucoup. Mon seul rôle éditorial s'est borné à ça : avoir poussé la publication de recueils des gags des Geeks, des Gobelins, ou du Blogustin.

Quand j'ai fait la connaissance de Mourad, il était seul dans sa librairie, il faisait la maquette de ses premiers livres en Letraset sur son comptoir. Ce n'était pas encore très structuré. Mourad m'a signé sans avoir rien lu. C’est quelqu’un qui fonctionne au feeling. On a passé un repas ensemble en parlant de tout et de rien. À la fin, il m'a demandé si j'avais un projet. J’en avais un, que je lui ai raconté au café pendant 10 minutes. Il m'a dit « C’est bon. On y va. » Je crois qu'il n’a lu mes livres qu’une fois imprimés. Et il m’a toujours accordé une confiance absolue.

Les choses continuent de la même manière avec Guy Delcourt, très naturellement. Le rachat a été vécu avec un certain soulagement, par moi et par d’autres auteurs, parce que Mourad qui est hyperactif commençait à s’ennuyer dans la bande dessinée. Quand Soleil a atteint le niveau de développement voulu, il a relancé Futuropolis ; il a constamment besoin de nouveaux défis. Par ailleurs, il était très angoissé par l’avenir, par la perspective que le livre papier soit supplanté par des supports numériques… Il avait l’impression de ne pas maîtriser cet avenir.  Cela a fait partie de sa décision de vendre. Le nouveau challenge à relever, c’était le défi du numérique, mais c’est un combat qu’il ne « sentait » pas. Une des forces de Mourad, c’est d’avoir toujours réussi, parce qu’il faisait ce qu’il connaissait bien, ce qu’il sentait.

De son côté, Guy Delcourt était très serein par rapport à cet avenir. Les changements qu’il entreprend se font en douceur, sans brusquerie. Il a beaucoup observé les difficultés que Media Participation a rencontrées lors du rachat de Dupuis, il en a tiré des enseignements. Il fait se rencontrer les équipes, mais petit à petit, en évitant les réactions identitaires d’un côté ou de l’autre.

 

Vous êtes ce qu'on peut véritablement appeler un auteur maison pour Soleil, puisque l'essentiel de vos livres sont publiés chez cet éditeur. Pourquoi avoir proposé d'autres projets chez Glénat, comme Lord of Burgers ou Chimère(s) ?

C’est Jacques Glénat qui m'avait proposé de faire quelque chose sur la grande cuisine. Dans la mesure où c’était une idée de Glénat lui-même, je n'allais pas faire cette série chez Soleil. A l'inverse, j'ai toujours dit à Jacques Glénat que je ne ferais jamais de fantasy dans son catalogue.

 

lundi 7 janvier 2013

Le Guide du mauvais père - tome 1

Papa pas poule

Le Guide du mauvais père - tome 1, de Guy Delisle
Delcourt, 192 p. N&B, 9,95€

 

Consacré à Angoulême l’an dernier avec un Fauve d’Or pour ses Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle profite de son état de grâce pour jouer non pas les sales mômes, mais le « mauvais père ».

 

En 2013, oubliez Dolto, traumatisez vos enfants ! Pourquoi faire ? Parce que ça peut être drôle. Parce que ça soulage. Parce qu’ils sont trop petits pour se défendre ! De toute façon, tôt ou tard, ils auraient fini par la connaître, la vérité sur la Petite Souris, le Lapin de Pâques… et la pénétration. Mais n’oubliez pas votre rôle éducatif : si vous ne les aidez pas un minimum, comment sauront-ils se servir d’une tronçonneuse, ou déboucher le siphon de l’évier ?

 

INTERVIEW

Après avoir signé « le meilleur album de l’année », vous aviez envie de changer totalement de registre ?

Guy Delisle : Tout a commencé au retour d’Angoulême 2012. Avant, en rentrant du festival, on faisait des strips qui étaient publiés dans Lapin [la revue des auteurs de L’Association]. Ça permettait de connaître la vision des autres. J’ai prolongé la tradition, en commençant avec un strip que j’ai publié sur mon blog… Comme j’avais de la place, j’ai fait plus long. Et de fil en aiguille, j’ai repensé à ce Guide du mauvais père dont j’avais eu l’idée il y a quelques années. Chaque auteur a en soi des envies très différentes de narration. En fait, il y a déjà un peu de ça dans Chroniques de Jérusalem : si on enlève la partie voyage, la partie explicative, la partie politique… il reste la relation avec les enfants.

 

Comment décririez-vous le Guide du mauvais père ?

C’est un guide de choses à ne pas faire, qui sont un exutoire. Quand ma petite fille se réveille le matin et vient me voir, alors que je viens de lire un article horrible à propos d’un singe à Singapour qui a enlevé un bébé… pendant une fraction de seconde, je me demande ce qui se passerait si je lui racontais l’histoire. C’est drôle d’imaginer ce que ça donnerait, si on racontait ce genre d’histoires terribles à des enfants, comme s’ils étaient des adultes. C’est un décalage que j’aime bien. C’est peut-être la première fois de ma vie que je ris à en pleurer en faisant une histoire.

 

Vos enfants savent que vous avez un double maléfique, en bande dessinée ?

Etre papa, c’est fatigant. J’espérais être le papa un peu cool, avec les pieds sur le bureau. Le problème, c’est que si tu commences à faire ça, tes enfants mettent les pieds sur la table en mangeant. Alors il faut se tenir bien à table, ne pas dire de gros mots, montrer l’exemple tout le temps… En BD, je peux me permettre pas mal de choses. Mais dans la vraie vie, je ne compte pas faire lire cet album à mes enfants. Pas avant quelques années en tout cas !

 

 

Jérôme Briot

samedi 8 décembre 2012

Interview d'Amruta Patil

Parva T1, L’Éveil de l’océan, d’Amruta Patil
Au diable Vauvert, 278 p. couleurs, 25 €
 


- Après Kari, un roman graphique contemporain, pourquoi avoir choisi de vous lancer dans une adaptation du Mahābhārata ?

Amruta Patil : C’était un défi personnel : m’emparer d’un univers aussi éloigné que possible de l’intimité et de la première personne de Kari. Je voulais passer d’une histoire individuelle à une histoire qui appartient à l'imaginaire collectif.

 

- Que représente le Mahābhārata pour les Indiens ?

Le Mahābhārata est l'une des deux grandes épopées mytho-historiques de l'Inde, l'autre étant le Ramayana. À l’origine, les épopées se sont transmises oralement, grâce aux conteurs. Cependant leurs thèmes ont de nombreux échos, depuis les sculptures des temples aux feuilletons à la télévision. On prétend que le Mahābhārata parle de toutes les préoccupations humaines connues – et cela semble ne pas être trop éloigné de la vérité.

 

- Qu’est-ce qui rend votre projet différent des autres adaptations ?

Avant tout, je travaille avec un médium différent. Et j’ai passé au crible un nombre incalculable de contes, pour déterminer un récit qui soit pertinent à notre époque. Cette histoire m’a toujours parue extrêmement universelle et fondée sur la base même du bon sens humain. Donc, je me suis efforcée d’éliminer consciencieusement tous les détails inutiles ou obscurs. Y suis-je parvenue ? C’est à voir !

 

- Comment réalisez-vous vos pages ? Apparemment vous utilisez différentes techniques…

Pour ce livre, le processus d’écriture et de dessin ont eu lieu simultanément. J’ai fait un storyboard de petite taille, avec des gribouillis et les grandes lignes de l’histoire. Puis j’ai travaillé sur le texte final, et j’ai peint les images.

 

- Au lieu de montrer l’auteur, le poète Vyasa, en train de dicter son poème au dieu Ganesh à tête d’éléphant, vous montrez un conteur et les personnes qui l’écoutent. C’est une manière de rendre le récit plus vivant ?

Contrairement à la tradition judéo-chrétienne, notre mythologie n’entretient pas le culte du “Livre”. La tradition orale des conteurs du sous-continent indien est une des principales influences de mon travail. Ce sont les conteurs qui ont gardé toutes ces histoires vivantes depuis des millénaires. Il me semblait important de leur rendre hommage, en montrant un conteur qui raconte l’histoire devant un public assis. Tout le monde est invité à prendre place parmi le public. Présenter un auditoire m’a aussi permis de montrer les doutes, les désaccords et les débats qui reflètent la diversité des gens. C’est un dispositif narratif bien plus vif que n’aurait été un monologue du début à la fin du récit.

 

- Peu de dessinateurs indiens ont été publiés en France jusqu’à présent. Si bien que l’existence ou l’identité de la bande dessinée indienne est très peu connue. Les indiens aiment-ils la BD ? Que lisent-ils ?

Il n’y a pas de tradition établie de création de bande dessinée en Inde. Bien que certaines traditions artistiques, comme les peintures de style Patta Chitra, ou encore les autels portatifs Kavaad [dont les portes sont peintes avec des images qui peuvent servir de support pour raconter des légendes, NDR] s’apparentent à l’art séquentiel. Ce n’est que depuis une dizaine d’année que les romans graphiques ont fait leur entrée dans l’imaginaire d’une population plutôt urbaine, et anglophone. 

Propos recueillis par Jérôme Briot

vendredi 5 octobre 2012

Le Cycle de Cyann T5, Les Couloirs de l’Entretemps, de François Bourgeon et Claude Lacroix

François Bourgeon en pleine Cyann-fiction

Le Cycle de Cyann T5, Les Couloirs de l’Entretemps, de François Bourgeon et Claude Lacroix
12 bis, 68 p. couleurs, 15 €

 

Après avoir peint Les Couleurs de Marcade et arpenté Les Couloirs de l’Entretemps, François Bourgeon nous fait visiter les coulisses du Cycle de Cyann. Cool !

 

Maître reconnu de la bande dessinée historique avec Les Passagers du vent et Les Compagnons du crépuscule, François Bourgeon est aussi un grand créateur d’univers. En ouvrant Le Cycle de Cyann dans les années 1990, il s’emparait d’un territoire où il n’était pas attendu, celui de la science-fiction, qu’il traite avec le souci du détail et le réalisme qui lui sont habituels. Changement de registre ? Pas si sûr. Pour le dessinateur, comme pour le  voyageur temporel, le futur est une époque historique comme les autres…

 

INTERVIEW 

Sur les pages de titre du Cycle de Cyann, pourquoi employez-vous les termes conception et réalisation, plutôt que scénario et dessin ?

François Bourgeon : Ce n’est pas du tout la même chose. Pour Le Cycle de Cyann, je fais à la fois le scénario et le dessin. Claude Lacroix m’aide dans la conception, c’est-à-dire pour les étapes préparatoires de l’un et de l’autre. Je fais un premier synopsis, Claude apporte ses idées. Quand on est à peu près d’accord, j’écris le scénario que je retravaille au fur et à mesure que les planches avancent. Pareillement pour le dessin. Claude propose des études, des décors sur un certain nombre de sujets. Nous discutons, puis je m’occupe de la réalisation : planches, dessin, mise à place, couleurs et lettrage.

 

Claude Lacroix vous aide à imaginer l’univers, mais n’intervient pas dans l’intrigue ?

Prenons un parallèle. Pour Les Passagers du vent, je m’appuie sur des documents historiques. Si par exemple je dois dessiner La Nouvelle Orléans, j’essaie de trouver des gravures. Le travail qu’on fait ensemble avec Claude Lacroix est à peu près l’équivalent de ce travail préalable de recherches qu’on réalise pour les œuvres historiques. Nous établissons ensemble les planètes, les lieux, les animaux, les sociétés traversées… C’est tout un travail d’invention qui nourrit le récit. Ensuite, je m’occupe seul de la phase d’écriture du scénario, mais on en rediscute avec Claude. Il me donne son avis, me pose des questions ou propose des idées de personnages. Par exemple, c’est lui qui a imaginé le Wékan qui apparait dans le cinquième album, une bestiole farfelue mais capable de calculer avec précision n’importe quel déplacement spatio-temporel.  

 

Le nom du Wékan est bien trouvé, on n’en perçoit pas immédiatement la subtilité !

Claude a beaucoup de fantaisie pour ce genre de trouvailles. On avait décidé dès le départ de donner des noms simples aux choses ou aux animaux nécessitant un néologisme. Par exemple, un oiseau endémique d’Ohl, une sorte de cygne imbécile et bleu, est appelé l’enquêteur car son cri est « Yalor ! Yalor !». L’écajol est une sorte d’écureuil très doux, etc. Bien sûr les choses sont parfois un peu déformées.

 

Est-ce pour conserver votre trait réaliste, que vous avez composé toute cette documentation ?

Ce qui est intéressant quand on a un dessin réaliste, c’est d’essayer d’en tirer le maximum. Dans un album historique, si je dessine une ville le matin, je mets le soleil à l’est. En science-fiction, on fait exactement la même chose. Même si ce sont des planètes inventées, nous en connaissons les caractéristiques : combien elles ont de lunes, l’influence d’éventuels anneaux sur le climat, leur vitesse de rotation et de révolution... Nous essayons de nous piéger nous-mêmes dans une réalité fictive.

 

Vous construisez votre intrigue à rebours, et Cyann semble penser que les choses qu’elle ne comprend pas correspondent à des événements futurs qu’il « faudra réaliser ». C’est bien cela ?

Avec l’idée des voyages dans le temps, on pose souvent un paradoxe simple, que voici : si en revenant dans le passé, je tue mon grand-père avant la naissance de mon propre père, puis-je être encore là pour accomplir mon crime ? Partant de cette question, les auteurs de SF font des choix : soit on peut changer le passé et tout le futur en est transformé, soit on ne le peut pas et les choses se produisent comme elles l’ont fait et comme elles le feront. Soit encore, on introduit un autre continuum, un monde parallèle se crée à partir du moment où on a changé le passé.

Cyann est une adepte de la première hypothèse. Au stade où elle en est rendue dans le cinquième album, ses connaissances lui font penser que si un événement s’est déjà produit dans son passé personnel, et qu’il semble venir de son « moi » futur, alors à un moment elle devra accomplir les actions correspondantes. Au contraire, les gens du Grand Orbe ont très peur qu’on touche à leur passé. Les allers-retours de Cyann dans le temps et l’espace les agacent prodigieusement, elle représente un danger à leurs yeux.

 

En passant la série chez 12 bis, vous avez changé certaines couvertures, mais pas toutes. Pourquoi ?

Le format de publication aux éditions 12 bis est plus grand, les livres ont bénéficié d’une nouvelle photogravure. La toute première couverture a été épargnée car je n’avais pas envie de la refaire. J’aimais bien la première couverture des Couleurs de Marcade, mais elle racontait quelque chose qui n’existe pas dans l’histoire. Cyann était montrée en pleine chute, et elle chute effectivement à deux reprises dans l’album, mais pas à l’endroit qui est montré en couverture. Je suis donc assez content d’avoir pu proposer une nouvelle version. Mais la véritable raison des changements de couverture ? C’est une exigence des libraires. Pour que les libraires reprennent un livre, on ne peut plus se contenter de le rééditer. Une nouvelle couverture, cela aide à relancer la série.

 

 

 

Propos recueillis par Jérôme Briot

 

dimanche 2 septembre 2012

Interview Jason Shiga

vendredi 2 mars 2012

Collection Explora, chez Glénat

À la découverte des explorateurs

 

Magellan, Jusqu’au bout du monde, par Christian Clot, Bastien Orenge et Thomas Verguet

Glénat, 56 p. couleurs, 14,50 €

Mary Kingsley, La Montagne des dieux, par Esteban Mathieu, Guillaume Dorison et Julien Telo

Glénat, 56 p. couleurs, 14,50 €

 

Si les grands explorateurs ont repoussé les limites de la connaissance, que savons-nous vraiment de leurs exploits, de leurs expéditions, de leurs motivations ? Explora, nouvelle collection de Glénat, propose de voyager aux côtés de ces personnalités d’exception.

 

 

La bande dessinée aime les aventuriers. Elle se nourrit d’Histoire. Et avec la mode du biopic venue du cinéma, elle raconte l’existence de personnalités remarquables. À l’intersection de ces trois mondes, Explora, la nouvelle collection des éditions Glénat, nous invite à « plonger au cœur de la véritable histoire des grands explorateurs et de leurs expéditions extraordinaires ». L’approche est celle de la BD d’aventure, avec « pour aller plus loin » dans la connaissance du personnage, des dossiers historiques. Lancés simultanément pour inaugurer la collection, les deux premiers titres se consacrent l’un à Magellan, le célèbre navigateur à l’origine du premier tour du monde ; l’autre à Mary Kingsley, une exploratrice britannique peu connue en France, dont les récits de voyage en Angola ont contribué à combattre les idées reçues de son époque à propos des peuples indigènes d’Afrique tropicale.

À l’initiative de cette collection dont il assure la coordination éditoriale, Christian Clot, vice-président de la Société des explorateurs français et explorateur lui-même, nous explique sa démarche…

 

 

Qu’est-ce que cela signifie, être un explorateur ?

Christian Clot : Le concept d’explorateur est assez vaste. Il s’agit d’aller quelque part avec un questionnement ou un but de découverte. Pour certaines personnes, cela peut être la recherche d’insectes inconnus. Pour d’autres, des travaux glaciologiques. Mon domaine consiste à étudier comment l’Homme s’adapte à des milieux extrêmes.

 

Pourquoi avoir proposé aux éditions Glénat de lancer une collection consacrée aux explorateurs ?

J’ai depuis toujours la passion des histoires et de la transmission. J’étais comédien avant de devenir explorateur. J’ai aussi écrit quelques livres. La bande dessinée est une de mes passions, c’est un monde dans lequel j’avais envie d’entrer depuis longtemps. J’ai commencé à creuser la question et un jour c’est devenu une évidence : on s’inspire beaucoup des explorateurs et des aventuriers en bande dessinée et au cinéma, pourquoi ne pas raconter leur vie réelle ? J’ai donc regroupé mes deux passions, l’exploration et la bande dessinée, pour proposer cela à Jacques Glénat.

 

Quel est le cahier des charges de la collection ?

Nous cherchons une certaine authenticité qui passe par une importante recherche documentaire. Mais on ne raconte pas nécessairement l’exacte vérité. Ce n’est pas forcément en racontant de façon linéaire un personnage qu’on le raconte le mieux. Explora s’attache avant tout à retranscrire l’état d’esprit ou la personnalité des explorateurs.

 

 

Dans Magellan, vous n’hésitez pas à exploiter les zones blanches de la biographie du navigateur pour livrer une hypothèse romanesque…

Magellan est parti avec cinq navires. C’est un fait historique que nous allons donc respecter dans la collection : on ne va pas en mettre quatre ou six. En revanche, on sait finalement peu de choses de ses trois ans de voyage. Ce qui permet de proposer des éventualités, du moment qu’elles restent plausibles. Typiquement, lorsque j’imagine que Magellan a provoqué sa propre mort, c’est une théorie parfaitement défendable.

Mary Kingsley, pour sa part, a fait deux grands voyages. Nous avons choisi de les regrouper et de révéler une histoire d’amour avec un indigène. Cette histoire n’a jamais été officialisée, mais dans une de ses lettres, Kingsley écrivait « J’ai trouvé là-bas l’amour ». On se base sur cela pour fonder une partie de l’intrigue.

 

Deux autres tomes sont prévus cette année, consacrés à Richard Francis Burton et à Percy Fawcett. Comment choisissez-vous les explorateurs mis en avant dans cette collection ?

Nous essayons avant tout de trouver des personnages avec un destin qui nous touche. Ce ne sont pas forcément les plus évidents ni les plus connus. Explora a pour vocation de raconter des personnages de toutes nationalités, de toutes les époques. Je tenais à ce qu’il y ait au moins une exploratrice parmi les quatre premiers titres. Mary Kingsley est très peu connue en France, mais elle a un parcourt extraordinaire, j’avais envie de la faire connaître.

 

Le calibre de la collection, 46 pages d’aventures suivies de huit pages de dossier historique, ne risque t-il pas d’« égaliser » des destins qui n’ont pas forcément les mêmes mérites ni le même intérêt ?

Certains personnages auront plusieurs albums. C’est le cas pour Richard Francis Burton, dont l’épopée sera traitée en deux ou trois albums. Du reste, notre but n’est pas de raconter la vie in extenso des explorateurs, mais de faire comprendre son état d’esprit. Cela passe par la recherche d’une expédition qui a été formatrice. Marco Polo a voyagé pendant trente ans, mais il suffit de raconter une certaine période, dans son parcours, pour prendre la mesure du personnage et comprendre comment il est devenu, de simple voyageur, un explorateur qui a marqué son époque. Cela, on le racontera en un seul tome.

 

Vous êtes né en Suisse, on vous sait fan de Tintin… Allez-vous consacrer un volume d’Explora à Auguste Piccard, qui inspira le professeur Tournesol ?

C’est un personnage fabuleux. Il y a un événement que j’aimerais particulièrement raconter : la toute première plongée de son premier bathyscaphe. Piccard était accompagné de son fils Jacques, de Théodore Monod, de Jacques-Yves Cousteau… Tous ces explorateurs réunis autour d’une même passion, c’est quelque chose de rare. Car si les explorateurs ont beaucoup d’abnégation, ce sont souvent de fortes têtes, qui ont du mal à travailler les uns avec les autres. Auguste Piccard, en réunissant des gens qui n’avaient pas vocation à l’être, a accompli là une sorte d’exploit !

 

 

 

Propos recueillis par Jérôme Briot

 

jeudi 1 mars 2012

De cape et de crocs T10, De la Lune à la Terre

Le rideau choit, mais ne déchoit pas !


De cape et de crocs T10, De la Lune à la Terre, par Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou
Delcourt, 48 p. couleurs, 13,50 euros

 

Final en beauté pour De cape et de crocs, avec le dixième et dernier volume des aventures d’Armand le renard et Don Lope le loup, rimeurs et escrimeurs au service d’une valeur : le panache !

 

Un Loup gris hidalgo sans doute un peu trop fier, son compagnon Renard poète et mousquetaire, leurs belles égéries qui ont du caractère, une carte au trésor dans une bouteille en verre, des pirates joyeux rêvant d’être corsaires, un inventeur génial bien que rébarbatif, Cénile l’armateur avare maladif, le fourbe Mendoza habile de sa rapière, d’étranges Sélénites exilés sur la Terre. De retour sur la Lune où tout se paie en vers : des rivières de diamants, des arbres aurifères… Et pour enfin conclure cet étrange inventaire, point de raton laveur en hommage à Prévert, mais un lapin mignon condamné aux galères. Croyez-m’en la série est faite pour vous plaire. Si vous ne l’avez pas, courez chez un libraire !

 

 

Questions à Alain Ayroles

 

Le monument De cape et de crocs devait durer cinq actes…

Alain Ayroles : En réalité, trois ! Dans le projet initial, au tome 2 ils partaient vers la lune, et ils en revenaient au tome 3…

 

… il en fait finalement dix. Dites, Monsieur l’architecte, comment expliquez-vous un tel dépassement de budget ?

Il y a eu plusieurs appentis, échauguettes et autres poternes qui ont été ajoutées à l’édifice principal, ce qui donne un résultat… assez baroque. Cela fait partie du charme de la série, qui a été conçue all’improviso depuis le début, dans l’esprit de la commedia dell’arte. Tout ce qui relève du gag, de la péripétie, de la situation cocasse ou aventureuse, a été imaginé selon l’humeur ou l’inspiration du moment. L’apparition régulière de nouveaux personnages, que nous n’avions pas le cœur à abandonner, a nécessité aussi de l’espace. Nous leur avons donné à chacun sa petite heure de gloire, à chacun sa tirade. À chaque fois ils ont pris de la place, car ils ont suscité des scènes entières. Comme les scènes de perroquets des pirates, qui se répètent sur au moins trois pages dans la série, sans apporter le moindre soupçon d’avancée à l’intrigue. Mais heureusement qu’il y a ce genre de scènes !

 

Pouvez-vous commenter la composition de la couverture ?

Il y avait une évidence qui s’imposait pour cette couverture : il fallait qu’on y voie un trois-mâts voguant vers la Terre. L’attitude des personnages drapés dans leurs capes, en surimpression, évoque la couverture du premier album de la série. Il fallait qu’on revoie les personnages principaux, surtout le loup et le renard, puisque c’est leur dernière apparition.

 

C’est une série dont le premier tome a été publié en 1995. Que ressentez-vous, à l’heure où paraît l’ultime volume ?

Je suis assez fier qu’on ait su poser un point final à cette histoire. Bien sûr, il y a le diptyque en préparation pour raconter l’histoire du lapin Eusèbe, c’est un à-côté prévu de longue date. Mais l’histoire elle-même se dénoue. Les personnages principaux tirent leur révérence à la fin de cet acte X. Quand nous avons achevé la dernière page, moi pour le découpage et Jean-Luc pour le dessin et les couleurs, nous avons fait nos adieux à Armand et à Lope. Ce n’est pas anodin, il y a beaucoup d’émotion à quitter ses personnages. J’avais déjà eu ce sentiment quand Garulfo s’était achevé après six volumes. Là, il y a quatre tomes de plus, et la densité de l’action est là pour montrer que nous n’avons jamais tiré à la ligne, ni fait durer artificiellement l’intrigue. Tout ce petit théâtre absurde a sa logique interne, que nous avons suivie. Arrive un moment où la logique veut que ce soit la fin. Nous avons essayé à chaque tome de placer la barre un peu plus haut, de nous fixer une gageure supplémentaire. Nous avons gardé jusqu’au bout l’idée de fignoler et de faire de la belle ouvrage. Par respect pour les lecteurs, il faut à un moment que ça s’arrête. Pour pouvoir conserver une vision d’ensemble de l’édifice, tout baroque qu’il soit.

 

« Comment Eusèbe fut condamné aux galères » : au début, ce devait être un one-shot. À présent vous présentez ce projet comme un diptyque… Tout cela va finir en cinq volumes !

L’intrigue est assez dense, mais ça reste dans l’esprit d’un one-shot. Ce n’est pas aussi feuilletonesque et ouvert que la série principale. C’est une histoire qui commence à la fin du tome 10 et qui s’arrête au début du tome 1. On devrait la voir apparaître d’ici environ deux ans. Le scénario est achevé, du moins l’armature de l’intrigue. Nous conservons la possibilité d’ajouter des gags, quand nous finaliserons les dialogues et le découpage.

 

Une scène courte, mais étonnamment poignante : la mort de Cénile, littéralement « aurifié », ce qui est peut-être une forme d’apothéose pour un avare.

C’est un moment dramatique. L’avarice, la cupidité sont des vices tragiques. Le malheureux est dévoré par une passion mortifère, dont on voit les dégâts dans l’économie et la vie actuelle. Mendoza, pour sa part, a une fin théâtrale à la hauteur de son personnage. Son sort n’était pas réglé de longue date. Pour plusieurs personnages et plusieurs situations, j’avais des hésitations et des fins alternatives… Il n’était pas obligatoire que Mendoza meure. Mais au fur et à mesure de l’écriture, les choix se sont affinés, et cette fin s’est imposée.

 

On n’est pas totalement sûr qu’il meure vraiment !

(rires) C’est vrai : est-ce qu’Alien meurt, à la fin du premier film ?

Propos recueillis par Jérôme Briot

mercredi 1 février 2012

Châteaux Bordeaux

Châteaux Bordeaux, saga viticole d’origine contrôlée


Qu’on parvienne une fois à changer l’eau en vin, disait Terry Pratchett, c’est un miracle. Mais transformer en vin le jus de raisin, cela fonctionne à chaque fois, et c’est un véritable prodige. Pour tout savoir sur le sujet, avec un récit où se mêlent intrigues amoureuses, querelles familiales, complots financiers et mystères criminels, suivez Châteaux Bordeaux !

 

Le vin, en France, est une fierté nationale. Ce sont pourtant des auteurs japonais, Araki Joh et Shinobu Kaitani avec Sommelier, puis Tadashi Agi et Shu Okimoto avec Les gouttes de Dieu, qui ont les premiers exploité des intrigues de bande dessinée fondées sur le monde du vin. Bien que Jacques Glénat, éditeur français de ces deux mangas, ait toutes les raisons de se réjouir du succès de ces deux séries, cet amateur éclairé de grands crus a émis l’idée pas forcément saugrenue qu’il était envisageable et même souhaitable que des auteurs de BD français se réapproprient ce territoire narratif. Il a donc confié au scénariste bordelais Eric Corbeyran le soin d’imaginer un récit situé dans cet univers.

Après trois années de travaux préparatoires, de réflexions en rencontres d’expert, Corbeyran s’est déterminé pour une saga familiale, dont il a confié la réalisation graphique à son complice Espé (avec qui il a déjà imaginé Le Territoire, et adapté le best-seller de Marc Levy Sept jours pour une éternité). Châteaux Bordeaux nous présente la famille Baudricourt qui exploite l’appellation Le Chêne courbé, un vin autrefois renommé, mais donc le prestige s’est quelque peu terni aux yeux du public. Tout commence par une triste réunion de famille, où les trois enfants Baudricourt enterrent leur père mort accidentellement. Charles et François, les deux frères, ont préparé la succession : le domaine, qui n’est plus rentable, sera vendu à des repreneurs japonais. C’est sans compter sur leur jeune sœur Alexandra, de retour des Etats-Unis, qui décide malgré son inexpérience de s’investir dans l’affaire familiale et de rendre à l’appellation ses lettres de noblesse. Néophyte mais travailleuse, elle prend le temps de tout se faire expliquer par des experts…

 

 

– Le monde du vin est quelque chose que vous connaissiez avant d’entamer la saga Châteaux Bordeaux ?

Espé : Pas du tout. Je suis amateur de vin, mais c’est tout. De son côté, Corbeyran qui est bordelais, a rencontré des négociants, des producteurs, des œnologues. Ce n’est qu’après avoir déterminé la trame de l’histoire, après avoir établi tous les contacts, qu’il m’a emmené dans le Médoc pour visiter des domaines et faire les repérages. Nous sommes allés chez Smith-Haut-Lafitte, dans les vignobles et toutes sortes d’endroits très agréables. Cela m’a permis de découvrir les gens qui font le vin, mais aussi la région. Je connaissais bien la ville de Bordeaux, j’ai souvent eu l’occasion d’y venir depuis que je travaille avec Éric. Mais les vignobles bordelais, l’estuaire de la Gironde, la pointe du Médoc, je les ai découverts dans le contexte du travail sur Châteaux Bordeaux.

 

– Pour les besoins de l’intrigue, Corbeyran vous fait carrément dessiner une chaîne d’embouteillage…

On a visité des chais, on a pu observer comment se fait la mise en bouteilles. On aura l’occasion, un peu plus tard dans la série, de montrer la mise en bouteilles « ambulante », pas moins impressionnante, avec des camions spécialisés qui passent dans les propriétés. Au total, nous avons réuni une documentation très complète, et pris des milliers de photos. Et c’est tout l’intérêt du projet : montrer au public comment fonctionne un domaine, comment se fait le vin, quelles sont les relations entre les propriétaires et les négociants… La précision, dans cette série, est très importante.

 

– Jusqu’au choix des teintes pour représenter le vin ?

C’est Dimitri Fogolin, un coloriste italien, qui réalise les couleurs de la série. J’ai lui envoyé des centaines de photos, et il a accompli un travail magnifique, en restituant très fidèlement l’ambiance de la région bordelaise, tout en extrapolant et en apportant sa touche personnelle. Nous avons effectivement prêté une attention particulière à la couleur du vin. Dans la vraie vie, un Saint-Emilion ne ressemble pas à un Pessac Léognan. Il fallait retrouver cette richesse, cette variété de robes dans la série.  Et éviter de se retrouver avec un médoc qui ressemblerait à un vin des provinces italiennes. Là aussi, Dimitri a fait un très bon travail. Nos dernières craintes étaient au moment de l’impression. C’est une phase toujours un peu aléatoire, avec le risque que les couleurs soient faussées… mais la sortie papier est très bonne, nous sommes satisfaits du résultat.

 

– Une personnalité réelle intervient dans le tome 2, parmi les personnages de la saga : Michel Rolland, œnologue et conseiller en vinification. Cela a-t-il engendré des contraintes particulières ?

 Je me suis basé sur les nombreuses photos de lui qu’on trouve sur internet, car c’est quelqu’un de très médiatique. J’ai travaillé mon personnage à partir de ces photos. Une fois que je l’avais à peu près en mains, je lui ai envoyé les croquis. Il les a validés et à partir de là, j’ai animé « mon » Michel Rolland, un personnage légèrement transformé par mon trait, mais pas caricatural car ce n’était pas le propos de la série. Même s’il n’est pas très simple de se baser sur des personnes réelles, il y en aura d’autres, dans les tomes à venir : des personnalités caractéristiques du Médoc et de la région.

 

– Avez-vous lu d’autres bandes dessinées qui parlent de vin, comme le manga Les gouttes de Dieu ou Les Ignorants d’Etienne Davodeau ?

Surtout pas ! Je veux développer ma propre vision du monde du vin. Je me tiens donc soigneusement à l’écart de tout ce qui pourrait m’influencer trop directement ou changer mon regard. Les Ignorants est sorti après le tome 1 de Châteaux Bordeaux ; je lirai peut-être tous ces livres plus tard, mais pour le moment je n’ai pas envie.

 

samedi 1 octobre 2011

Hautière et Reno, les nouveaux maîtres d’Aquablue

Le douzième volume d’Aquablue s’intitule Retour aux sources. C’est bien trouvé : Nao retourne sur Aquablue, pour un cycle long, et c’est un nouveau tandem, Régis Hautière et Reno, qui vient ressourcer ce space opera de référence…

 

Aquablue, série créée en 1987 par Thierry Cailleteau et Olivier Vatine, raconte l’histoire de Nao, naufragé de l’espace alors qu’il n’était qu’un nourrisson, élevé par le robot-nurse Cybot et finalement adopté par les pacifiques habitants à peau bleue d’une planète aquatique. Tout se passerait pour le mieux dans ce meilleur des mondes, si un consortium terrestre ne venait piller l’énergie de cette planète, la condamnant à une ère glaciaire sans se soucier des autochtones. La résistance locale s’organise, mais que peuvent des harpons contre la technologie des humains ? Action ébouriffée, allégorie anticolonialiste, malgré les années Aquablue n’a pas pris une ride. Les similitudes relevées par les spectateurs entre cette saga et le film Avatar de James Cameron, en prouvent l’universalité.


Aquabluettes

Après le premier cycle, dont le cinquième volume est dessiné par Tota, Cailleteau compose trois diptyques dans lesquels Nao joue les redresseurs de tort à l’échelle de la galaxie : Etoile blanche en 1994-1996, lui permet de retrouver l’assassin de ses parents. Fondation Aquablue, en 2001, est un hommage réussi au Monde perdu de Conan Doyle. Dessinés par Siro, Le Baiser d’Arakh (2004) et La Forteresse de sable (2006) livrent une intrigue très hollywoodienne sur fond d’archéologie exotique et de mysticisme arachnophile. Ce dernier cycle déçoit les fans qui regrettent que le fantastique prenne le pas sur la science-fiction.


Du bleu dans les aïeux

Invités à reprendre la série, Régis Hautière et Reno referment l’Odyssée volontaire de Nao. Fini, les diptyques, direction Aquablue pour un retour à Ithaque (enfin, Ouvéa). Environ dix ans se sont écoulés depuis le cycle précédent, c’est donc un Nao plus mature qui revient poser ses valises sur la planète hyperbleue et y retrouver femme et fils. Son équipe vient de découvrir, caché depuis 200 000 ans sous les glaces de l’Antarctique, le vaisseau en provenance d’Aquablue qui avait atterri sur Terre. Le fidèle professeur Dupré voudrait installer une mission sur Aquablue pour vérifier une hypothèse : il suspecte que de nombreuses espèces terrestres, animales comme végétales, se sont hybridées avec les espèces importées par ce vaisseau de colons. Encore faut-il que les chefs de tribu acceptent cette présence, car le précédent contact avec les Terriens leur a laissé un souvenir plutôt douloureux…

 


INTERVIEW :

Comment la série Aquablue est-elle arrivée entre vos mains ?

Régis Hautière : Guy Delcourt m’a téléphoné en juin 2010 pour me proposer de reprendre la série. Il avait déjà récupéré une partie de l’univers, car Olivier Vatine lui avait cédé ses droits depuis quelques années. Thierry Cailleteau a voulu à son tour céder ses droits. Je n’ai pas hésité plus de deux secondes : Aquablue est une des séries qui m’avaient fait revenir à la bande dessinée, après avoir arrêté d’en lire entre 16 et 20 ans. J’ai rédigé une note d’intention que j’ai envoyée deux semaines plus tard, pour expliquer ce vers quoi je voulais amener la série. À partir de là, ils ont cherché un dessinateur.

Reno : Pour moi, tout à commencé il y a six ans. À l’époque Thierry Cailleteau avait envisagé un spin-off avec le fils de Nao sur Aquablue, tandis que Nao vivrait des aventures spatiales dans le contexte de sa Fondation.  Moi je commençais la série Valmont. Mais en voyant mon style, sachant que j'étais fan de la série et que j'avais des affinités avec la science-fiction, Thierry Joor [NDLR : responsable éditorial chez Delcourt] m'a proposé de faire des essais. J'ai réalisé une quinzaine d’esquisses de bestioles et de personnages… Ça lui avait plu, ainsi qu’à Olivier Vatine mais finalement ça ne s'est pas fait à l'époque. Et puis, surprise !, il y a un an, Thierry Joor me recontacte pour me proposer de dessiner le tome 12. J'étais emballé, j'ai fait des essais très vite. Au départ, Guy Delcourt a émis quelques réticences parce que mon style lui paraissait trop différent de ce qu’avaient proposé Vatine, Tota et Siro, tous les trois plus dans une tendance comics, alors que mon dessin a des influences plus métissées : un peu d’animation, un peu de franco-belge, un peu de manga et une technique plus peinte… Mais nous avons trouvé un terrain d’entente.

 

Une série déjà existante, cela signifie plus de contraintes que sur un projet que vous auriez initié vous-mêmes ?

RH : il y a des contraintes avec tous les projets. Sur un projet avec une dominante historique, il faut respecter les dates et les costumes…

Reno : Je l'ai pris exactement comme ça : au lieu d'avoir une documentation historique, pour cette reprise la documentation était constituée des albums précédents. Tout l'univers est là, il faut piocher dedans. Mais on ne peut pas parler de cahier des charges, on a vraiment eu carte blanche.

 

Thierry Cailleteau ayant cédé ses droits, est-il intervenu dans la conception ou la supervision de l’album ?

RH : Non, pas du tout. Il est curieux de découvrir les nouveaux albums, mais il ne voulait pas y participer. Il lu les planches achevées, et nous a tout de même conseillé de conserver à Cybot sa façon particulière de s’exprimer, avec les onomatopées un peu déglinguées.

Reno : Cybot est un personnage qui a beaucoup changé de taille et de forme, entre les différents dessinateurs. On l’a vu en robot très cartoon avec des bras presque souples. Je lui ai rendu une apparence plus technique. Je l’ai modélisé en 3D, pour que son apparence ne varie pas pendant les cinq tomes de l’histoire.

 

Après trois diptyques de voyages, vous faites revenir Nao sur Aquablue …

RH : Quand j’ai écrit l’histoire, je suis parti de mes frustrations de lecteur. Ce que j’adorais dans Aquablue, c’était la planète en elle-même et ses habitants, qu’on ne voyait plus ensuite. J’avais envie aussi de retrouver le Nao des origines, le gamin qui a été élevé sur une planète sauvage. Thierry Cailleteau n’avait plus envie d’explorer ce monde là, il voulait développer d’autres idées qu’il avait en tête, nous c’est l’inverse. Même l’île d’Ouvéa, qui est l’île principale de la planète n’est pas explorée dans le premier cycle… C’est ce qu’on va s’amuser à faire.

 

À dix ans, Ylo, le fils de Nao, est bleu comme sa mère, alors qu’à sa naissance, c’était un bébé tout blanc et blond…

RH : Ah, sans doute un effet de la puberté ! Pour moi, le fils de Mi-Nuee doit avoir la peau bleue, même si à sa naissance c’était un petit blond à la peau blanche. Reno avait commencé à dessiner Ylo avec une pigmentation mixte, pour montrer que sa couleur bleue lui venait de façon progressive, mais ça ne rendait pas très bien et du coup, on a préféré laisser tomber.

 

Aquablue était remarquable pour ses personnages de femmes très violentes et sanguinaires : la tante de Nao, l’organisatrice de safari, Marachna… C’est une piste que vous allez explorer ?

RH : Euh, ce n’était pas prévu, mais maintenant que vous le dites…

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