Ce blog est réalisé par Jérôme Briot, journaliste de bande dessinée et membre de l'ACBD.

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samedi 5 mars 2011
Par Jérôme Briot le samedi 5 mars 2011, 20:11
vendredi 4 mars 2011
Par Jérôme Briot le vendredi 4 mars 2011, 20:11
Dans la France rurale de la fin des années 1950, Hubert exerce la singulière profession de détective privé. Suivre le frangin, pour savoir s’il fume en cachette malgré l’interdiction du toubib. Découvrir qui vient marauder les truffes du notaire. Et parfois, enquêter sur de vraies affaires criminelles, parce qu’à Beaulieu-sur-Morne (800 habitants), les morts poussent comme des champignons !
Créée en 1996 aux éditions du Seuil, la série policière et champêtre de Bruno Heitz comptait neuf épisodes, quand en 2008 elle fut frappée d’un coup d’arrêt brutal : son éditeur venait de décider de se recentrer sur les littératures non graphiques. Après une traversée du désert, marquée par une absence de plus en plus flagrante dans les rayons des librairies, la série fait l’objet d’une réédition dans la collection Bayou de Gallimard. Ouf ! Un peu de justice pour ce Privé qui le mérite bien. La reprise chez Gallimard est assez naturelle, puisque les derniers récits de l’auteur, une adaptation en BD du Roman de Renart et le polar historique J’ai pas tué de Gaulle, mais ça a bien failli avaient déjà trouvé leur place dans les collections Fétiche et Bayou de cet éditeur. À l’origine publiées en livres de petit format à couverture souple, les histoires vont être regroupées trois par trois. L’histoire inaugurale Un privé à la cambrousse, suivie par Une magouille pas ordinaire et Le Bolet de Satan forment donc le premier tome. On y découvre comment Hubert, par désœuvrement et un peu par hasard, est devenu privé chez les ploucs.
Pleine d’action et de rebondissements, la série est une merveille de justesse. Heitz est un raconteur d’histoires né, tout y est : le rythme, le sens de la fausse piste, l’humour omniprésent mais sobre pour ne pas décrédibiliser l’histoire, et surtout une galerie de personnages plus vrais que nature. Loin d’être un foudre d’intelligence ou de déduction, Hubert, c’est la débrouillardise, le bon sens paysan au service de la vérité. Pour le dessiner, Bruno Heitz adopte un graphisme proche de celui des premiers Tintin, ceux en noir et blanc, quand Hergé était seul aux manettes et publiait ses pages dans Le Petit Vingtième, avant la création du Studio Hergé. Bruno Heitz n’a d’ailleurs pas manqué de rendre un hommage appuyé à son inspirateur : dans le dernier épisode en date, L’Affaire Marguerite, Hergé en personne est un des protagonistes d’une des enquêtes de notre détective rural. Pour la découvrir, il faudra attendre le troisième tome chez Bayou, à paraître fin 2012 !
jeudi 3 mars 2011
Par Jérôme Briot le jeudi 3 mars 2011, 20:11
Fabien Nury fait son entrée en bande dessinée en 2003 par la grande porte, en co-signant avec Xavier Dorison le scénario de W.E.S.T., un thriller fantastique dessiné par Christian Rossi. Peu après, pour sa première œuvre personnelle, le jeune scénariste a voulu montrer son savoir-faire et marquer les esprits avec un récit particulièrement dense, plutôt complexe, mêlant intrigues politiques, complots et suspense dans une seconde guerre mondiale où Nazis et Alliés ne se doutent pas qu’ils sont les pions d’une guerre fratricide entre deux immortels… Les trois tomes de Je suis légion, aux Humanoïdes Associés, paraissent de 2004 à 2007. C’est l’Américain John Cassaday qui réalise le triptyque dans un style réaliste rehaussé de couleurs glaciales. Quoique relativement difficile à suivre, à cause d’un découpage très haché et surtout du fait d’une ressemblance graphique trop marquée entre certains personnages, la série a trouvé son public. Et n’a pas fini de le trouver, puisque Fabien Nury, entretemps devenu un des scénaristes les plus appréciés de sa génération (grâce, en particulier, à la série Il était une fois en France menée de main de maître avec Sylvain Vallée, qui connaît un succès à la fois public et critique), a décidé de remettre le couvert en revenant à sa première saga.
Les Chroniques de Légion propose une exploration des affrontements et rivalités séculaires entre Vlad et Radu. Pour ce faire, Nury a recruté une véritable légion de dessinateurs. Pas moins de quatre, de quatre nationalités différentes, chacun chargé d’une époque historique distincte. À nouveau les intrigues se croisent, mais cette fois, la lisibilité est au rendez-vous : depuis Le Triangle secret, le changement de style graphique à chaque changement d’époque a fait ses preuves en tant que technique narrative pertinente.
vendredi 4 février 2011
Par Jérôme Briot le vendredi 4 février 2011, 20:11
Face à la nouvelle œuvre d’un humoriste réputé, le réflexe du lecteur ou du spectateur est souvent de faire la fine bouche. « Hmoui… Ce n’est pas son meilleur… » est un commentaire qu’on entend beaucoup à la sortie des projections des films de Woody Allen, par exemple. De même, quoique Daniel Goossens puisse produire, certains lecteurs resteront toujours nostalgiques de leur découverte de L’Encyclopédie des bébés ou de Route vers l’enfer. Et pourtant, Sacré comique est sans doute le chef d’œuvre de ce maître de l’humour décalé, son livre le plus hilarant. Avertissement aux intégristes de tous poils : cet opus déborde de caricatures de prophètes et même de messies. Blasphèmes, je vous aime !
jeudi 3 février 2011
Par Jérôme Briot le jeudi 3 février 2011, 20:11
Attention, OVNI. Voici l'adaptation transgressive en bande dessinée, du film réalisé d’après le livre de Seth Graham Smith, best seller qui parodiait ce classique de la littérature anglo-saxonne de Jane Austen, Orgueil et préjugés. Pour faire plus simple, disons qu’il s’agit de reprendre un roman sentimental situé au XIXe siècle, et d’y saupoudrer une bonne quantité de morts vivants pour voir comment lords, ladies et tout leur entourage vont s’adapter à ces voisins peu convenables. Le résultat est totalement loufoque et… so British !
mercredi 2 février 2011
Par Jérôme Briot le mercredi 2 février 2011, 20:11
Véritable virtuose de la carte à gratter, Chongrui Nie, artiste chinois de 67 ans, poursuit les enquêtes de ce justicier cher à la culture chinoise qu’est le Juge Bao, sur un scénario imaginé par Patrick Marty. La saga devrait se dérouler en neuf volumes. Dans ce troisième tome, Bao doit résoudre plusieurs mystères : une famine qui dévore toute une région malgré l’aide alimentaire de l’Empereur, et toute une série d’empoisonnements… Intrigues passionnantes et réalisation somptueuse, Juge Bao porte des thèmes universels, à l’image de la mixité culturelle de ses auteurs. Verdict : infiniment recommandable.
mardi 1 février 2011
Par Jérôme Briot le mardi 1 février 2011, 20:11
Le roi Edouard d’Angleterre, qui n’avait pas d’héritier direct, désigna son petit cousin Guillaume, duc de Normandie, pour lui succéder. Le comte Harold, beau-frère d’Edouard, fut chargé de lui apporter la nouvelle. Et bien qu’il eût lui-même des prétentions légitimes à la succession, Harold jura fidélité à Guillaume. De retour au pays, à la mort d’Edouard, Harold se dédit et endossa la couronne. Furieux, Guillaume monta une expédition pour la reprendre à l’usurpateur et parjure. C’était en 1066, le duc de Normandie allait entrer dans l’Histoire sous le nom de Guillaume le Conquérant.
Ce récit épique autant que romanesque (que les historiens contemporains considèrent comme une vision probablement enjolivée des faits, pour complaire au vainqueur de la bataille d’Hastings) est celui qui est brodé sur les 70 mètres d’étoffe qui composent la très illustre « Tapisserie de Bayeux ». Mêlant images et récitatifs en latin, cette œuvre médiévale compte parmi les grands ancêtres de la bande dessinée, au même titre que les fresques des tombes de certains pharaons, les codex des civilisations précolombiennes ou encore la colonne Trajane (à laquelle notre éminent confrère Yves Frémion a consacré un article dans Zoo #29). La « Tapisserie » plus que n’importe quelle autre œuvre, est convaincante en tant que proto-BD du fait de la diversité des tableaux et de leur organisation séquentielle : il s’agit bel et bien de retranscrire toute une épopée en images. Particulièrement adaptable en bande dessinée, par sa forme et par son sujet, on est frappé d’évidence en découvrant l’album conçu par l’historien belge Patrick Weber et confié, pour sa réalisation graphique, au dessinateur italien Emanuele Tenderini. Tous deux ont consacré beaucoup d’efforts à rester fidèle à l’œuvre médiévale, s’en inspirant tant pour la trame du récit et la diversité des personnages, que pour leur apparence physique. Par ailleurs, pour éviter tout contresens, Sylvette Lemagnen, conservatrice et experte de la Tapisserie de Bayeux a supervisé le projet.
Réalisé dans un style semi-réaliste très fougueux, le récit est parsemé de citations graphiques directes empruntées à la Tapisserie : une quinzaine de vignettes reprennent des scènes brodées il ya 900 ans, dans une parfaite continuité d’action. Un seul bémol, une colorisation qui sur certaines scènes s’apparente à du barbouillage numérique, et une disposition pas toujours judicieuse des bulles de dialogue. Malgré ces petits défauts, 1066 Guillaume le Conquérant ravira les amateurs de bande dessinée historique, autant que ceux qui s’intéressent à l’Histoire de la bande dessinée.
lundi 3 janvier 2011
Par Jérôme Briot le lundi 3 janvier 2011, 20:11
Pour bien faire, il faudrait tomber sur ce livre par hasard, sans avoir la moindre idée de son contenu. Car le début est éblouissant, d’une originalité folle et l’auteur ne dévoile les clés de son intrigue qu’après avoir consciencieusement brouillé les pistes pendant quelques pages. Interrompez dès maintenant la lecture de cette chronique, procurez vous ce bouquin et lisez-le, votre plaisir en sera démultiplié. Allez, faites-moi confiance, il s’agit de la toute première bande dessinée d’origine philippine traduite en français, et elle mérite le détour.
Ah. Vous n’êtes pas encore parti. Bon. Quelques arguments complémentaires pour aiguiser votre intérêt. L’auteur, un Philippin né en 1969, n’est pas un dessinateur débutant : il a participé comme encreur à certaines séries Marvel et DC Comics (X-Men, Wolverine, Batman et tout particulièrement Superman Birthright). Elmer, initialement auto-édité sous le label Komikero, puis repéré et adapté en français par les éditions Çà et Là, n’est pas une histoire de super-héros. C’est un roman graphique, situé dans un contexte contemporain, avec une pincée de fantastique. Le trait est élégant, expressif et d’une grande lisibilité. Quant au scénario, ce n'est pas le moindre des talents de l’auteur : parti d’une idée farfelue, pour ne pas dire grotesque, Gerry Alanguilan parvient à lui donner de la crédibilité, de la profondeur et mieux encore, à rendre son histoire poignante.
Sans entrer dans les détails – attention, c’est votre dernière chance de pouvoir aborder ce livre en toute innocence – le contexte est le suivant : le 12 juillet 1979, la Commission Internationale d’Urgence des Droits de l’Homme fit une déclaration solennelle qui instituait que, désormais, les membres de l’espèce Gallus Gallus (autrement dit, les poulets) faisaient partie du genre humain, et étaient protégés par les lois qui gouvernent les humains. Comment en était-on arrivé à la nécessité d’une telle déclaration ? Et quelles conséquences cela allait-il avoir pour l’humanité, désormais composée du groupe Homo Sapiens, et de l’espèce Gallus ? Voici ce que vous pourrez découvrir dans Elmer. On pourra voir dans cette authentique fable semi-animalière, une parabole sur le racisme et la tolérance. Ou une transposition décalée de l’Apartheid ; à certains égards, une évocation de différents massacres ou pogroms.
dimanche 2 janvier 2011
Par Jérôme Briot le dimanche 2 janvier 2011, 20:11
Des sculptures de membres humains sanguinolents, une visite du Musée Sans Intérêt, des crimes, des évasions, tout cela, accompagné de considérations assassines sur l’Art, ses lieux et ses acteurs... Voici les aventures de Fantamas, pour qui le crime est un art, et l'Art est un crime !
Après avoir commis tous les crimes existants, Fantamas, génie du mal patenté, se donne une nouvelle mission : détruire l’Art. De l’intérieur, en devenant Le Plus Grand Artiste de Tous les Temps. Il a des prédispositions : André Breton ne disait-il pas que « l'acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tout ce qu'on peut dans la foule » ? Voilà bien la chose la plus banale qui soit pour Fantamas. Et puisque notre époque voit un artiste en chaque provocateur, ce grand maître du postiche, sous l’identité de Stéphan Thomas (un masque bien transparent…) va pousser la logique de la provocation jusqu’à un paroxysme de violence qui aurait de quoi démotiver les autres artistes – tout le monde n’a pas vocation à explorer les potentialités artistiques de l’éviscération à vif !
L’Art et le sang, sous une trame palpitante et une esthétique rétro parfaitement maîtrisée, est nourri des réflexions sur l’art de son auteur, épigone et exégète du mouvement Dada – on lui doit DADAbuk et L’écume d’écume des jours parus chez Warum, ou L’Oiseau de Francis Picabia aux éditions La cinquième couche).
La méthode n’a pas changé depuis Rabelais : pour faire passer un message, le plus efficace est de l’enrober dans une matière divertissante. La substantifique moelle, en l’occurrence, tient en quelques questions pertinentes sur les pratiques muséales : faut-il réellement tout exposer et tout conserver ? Un Picasso médiocre mérite t-il plus les cimaises qu’une œuvre plus méritante d’un artiste moins connu ? Peut-on encore aimer une œuvre après sa dissection par la critique ? Et pour quelques artistes et amateurs authentiques, combien d’imposteurs adulés par des snobs ?
Pour ce qui est du divertissement, Preteseille s’est emparé du personnage de Fantômas, créé par Pierre Souvestre et Marcel Allain il y a un siècle de cela, et lui fait éclabousser d’hémoglobine musées, visiteurs, artistes et critiques d’Art, dans une outrance pas dénuée de panache. Au cadavre encore chaud d’une femme qu’il vient d’assassiner au musée, car elle avait avoir osé dire d’un tableau « Oh, c’est joli, ça ! », Fantamas déclame : « Dans l’art, comme dans le crime, on se jette tout entier ou pas du tout. Je prends vos yeux, ils ne vous serviront plus. Si tant est qu’ils vous aient jamais servi ». Lecteur, qui possédez encore vos yeux, ne manquez pas d’accorder une lecture à cet ouvrage. Amusant et instructif, ce livre obtient une place méritée dans la sélection du festival d’Angoulême 2011.
lundi 8 novembre 2010
Par Jérôme Briot le lundi 8 novembre 2010, 20:10
Dans les années 1930, après l’annexion de la Mandchourie par le Japon, différents camps de travail forcé ont été mis en place par les Japonais. Dans certains de ces camps, des équipes médico-scientifiques se sont livrées à des expérimentations sur des cobayes humains prélevés parmi la population locale chinoise, les « Maruta ». Des tests de résistance des Maruta à l’électrocution ou aux armes bactériologiques ou chimiques y furent organisées (entre autres tortures), sous la responsabilité d’un médecin fou, l’équivalent nippon du docteur Mengele, un certainShirô Ishii. Pour raconter cette histoire, Xiao Pan a rassemblé un historien français et le studio de Song Yang.
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