
Michel, grippé, doit garder la chambre, alors il lit des mangas
(
Nausicaa de Miyazaki et
Galaxy Express 999 de Matsumoto…
bonne pioche !). Comme son copain Petit Vampire n'y connaît rien, le garçon lui
explique que le Japon est «
le pays des bandes dessinées » et ajoute :
«
Quand je serai grand, je serai dessinateur. Je serai tellement connu
qu'on m'invitera au Japon ». Influencé par cette conversation et
s'endormant sur les manga de Michel, Puchi Banpi, pardon, Petit Vampire se
retrouve en rêve dans un Tokyo plus exotique, bizarre et impénétrable que
nature…
Dans la série
Petit Vampire, Michel est une sorte d'autoportrait pour
Joann Sfar. Mais voilà que l'auteur prête à son personnage, cet alter ego
enfant, des aspirations qui sont sa réalité d'adulte : Sfar était effectivement
un des auteurs invités à participer au collectif
Japon – Le Japon vu par 17
auteurs, coordonné par Frédéric Boilet et édité en France par
Casterman (coll. Ecritures). Nombrilisme ou simple expression de la jubilation
d'un auteur qui n'en revient pas de mener cette vie si longtemps fantasmée ?
Toujours est-il que ce septième tome accomplit un objectif double. Il se
définit d'abord comme un hommage au
Little Nemo de Winsor McCay,
premier grand voyageur du rêve dessiné, à l'occasion du centenaire de sa
création. Par ailleurs, le livre semble d'une certaine façon poursuivre le
carnet de voyage initié dans le cadre du projet
Japon.
Dans les deux livres, Joann Sfar dresse un portrait relativement féroce des
Japonais, tout en prenant la précaution de bien affirmer qu'il ne s'agit pas de
l'exposé d'une opinion personnelle. Ainsi, sa contribution au collectif
Casterman consiste pour l'essentiel à recueillir le témoignage pittoresque et
impitoyable de son ami Walter, le coloriste de
Petit Vampire et de la
série
Donjon (entre autres), qui est établi à Tokyo depuis quelques
années. Avec
Petit Vampire, Sfar nous emmène dans un Japon qui peut se
permettre d'être encore plus caricatural, puisqu'il est rêvé. Les scènes de
pure fiction (comme l'attaque d'un quartier de Tokyo par un dinosaure, sans
doute un cousin de Godzilla ou de Gamera) se mêlent aux anecdotes authentiques
recueillies par l'auteur au cours de son voyage (comme ces collégiennes qui
portent des croix gammées sur leurs vêtements comme s'il s'agissait de la
dernière marque branchée de prêt-à-porter).
Curieusement, c'est peut-être avec le chapitre de Nicolas de Crécy pour
Japon, intitulé
Les nouveaux dieux, que le récit de Sfar a le
plus de relations. Les deux auteurs, partageant un même étonnement face à
l'omniprésence des personnages "mignons" dessinés sur les produits nippons,
sont partis de cet amour japonais du dessin pour bâtir une histoire. Ainsi, De
Crécy décrit le voyage d'une mascotte publicitaire emmenée au Japon par son
coach pour lui donner de l'assurance. De son côté, Sfar fait temporairement
mener à Petit Vampire la vie de l'un de ces personnages publicitaires.
Douze pages de carnet dans
Japon pour rendre compte de son voyage à
Tokyo, c'était sans doute un espace trop réduit pour Joann Sfar. A la lecture
de ce
Petit Vampire, on peut toutefois se demander si 30 planches
additionnelles sur le même sujet ne faisaient pas trop : après un début d'album
intéressant, le rythme retombe et l'auteur finit par se désintéresser
totalement du Japon pour nous proposer une leçon d'éveil où il est question des
mœurs des chattes quand elles mettent bas… Bien sûr, il s'agit d'un rêve ;
qu'il soit décousu est "permis". C'est presque même dans l'ordre des
choses.
Aussi juste cette explication soit-elle, le lecteur se demandera peut-être
néanmoins si l'auteur n'a pas composé sa fin d'album un peu trop
hâtivement.