Le briographe

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dimanche 19 avril 2015

Top 15 mangas de mars 2015

Sans surprise, c’est une fois de plus « Naruto » qui se hisse à la première place des meilleures ventes manga pour mars 2015. Mieux, ce 66ème volume tiré à 190 000 exemplaires a également fait partie du « Top 20 GFK/Livres Hebdo » des ventes de livres tous secteurs confondus en mars, pendant deux semaines de suite. Une performance que son challenger, « Fairy Tail » T43 (tiré à 90 000 exemplaires), a également accompli, à des niveaux de ventes certes inférieurs, mais qui permettent à cet univers de baston magique plein d’humour et de jolies filles, d’atteindre la seconde place du « Top15 mangas ».

Toujours en haut du classement, on retrouve sans surprise les nouveaux volumes des séries désormais habituées au podium : « L’Attaque des titans », avec un T12 tiré à 40 000 exemplaires, consolide son lectorat, tandis que la série continue de recruter de nouveaux lecteurs. Ce doit être également vrai pour « Bleach » dont le T62 se place 4ème du classement, avec un tirage à 65 000 exemplaires (contre 50 000 ex. pour le T61, publié en janvier). Après trois mois de publication, « One Piece » T73 se maintient en 5èmeplace de ce classement, prouvant que la série de Eiichiro Oda se vend à la fois beaucoup et longtemps.

Le milieu du classement démarre avec une seconde nouveauté de l’univers « Naruto ». Pas à strictement parler un manga, il s’agit cette fois d’un roman intitulé « Naruto : le roman de Jiraya » et sous-titré « Récits héroïques d’ermites shinobis ». Plus malin qu’un simple spin-off, ce livre censément écrit par Jiraya (le parrain de Naruto) apparaissait dans le manga. Sa lecture par Naruto ayant eu une influence sur l’intrigue, la curiosité des fans est donc très compréhensible…

Puis le classement ressemble à celui de janvier : on retrouve « Darwin’s Games » T4 à la 7ème place. Avec 22 000 exemplaires, cette série très efficace, où des joueurs s’affrontent dans des duels à mort, continue sa progression. « Tokyo Ghoul » T10 arrive en 8ème position avec 25 000 ex. Puis c’est « Fairy Tail » T42, toujours en forme dans ce classement, alors que ce titre en est à son troisième mois de commercialisation, et « Black Butler » T18, qui lui en est à son deuxième mois.

Si le haut et le milieu du tableau jouent une partition bien rôdée, les places 11 à 15 font la part belle à des séries plus récentes. Ainsi « Red Eyes Sword : Akame ga Kill ! » T4 (16 000 ex.) et les tueurs à gage du Night Raid, parvient-il à la 11ème  place du classement. « A Silent Voice », après avoir épuisé le premier tirage de son tome 1, confirme avec son T2 (13 000 ex.) l’intérêt que lui porte le public, sur le sujet sensible du rejet d’un élève par sa classe… et avec ce qu’il faut de romance pour achever de serrer les cœurs !

Vingt ans après son lancement, l’univers « Pokemon » n’a rien perdu de sa vigueur et continue d’intéresser le public manga, comme en atteste la présence en 13ème position de « Pokémon : Rubis et Saphir » T2 et son tirage à 22 000 ex.

Outré par la censure dont faisait l’objet l’un de ses mangas victime d’une mise à l’index dans une province japonaise, le mangaka Tetsuya Tsusui a réagi de la meilleur manière possible pour amener ses concitoyens à réfléchir à ce sujet complexe : de la censure et de ses dérives, il a fait le sujet d’un manga en deux tomes, « Poison City » (voir la chronique de « Poison City » par Gwenaël Jacquet). Son éditeur français Ki-oon propose deux versions de ce récit : une édition classique format poche, qui bénéficie d’un tirage de 25 000 ex., et une édition luxe grand format, tirée à 7 000 ex. Le titre arrive 14ème de notre classement mensuel.

Enfin, avec un tirage de 20 000 ex., la dernière place du classement revient à « UQ Holder ! » T4, le nouveau shônen de Ken Akamatsu, l’auteur de « Love Hina » et de « Negima ».


Jérôme BRIOT


« Top 15 mangas » de mars 2015
(copyright GfK / Livres Hebdo)

CLASSEMENT SERIES AUTEURS EDITEURS
1er   nouveau Naruto T66 Masashi Kishimoto KANA
2ème   nouveau Fairy Tail T43 Hiro Mashima PIKA
3ème   nouveau L'Attaque des titans T12 Hajime Isayama PIKA
4ème   nouveau Bleach T62 Taito Kubo GLENAT
5ème (-4) 3ème mois One Piece T73 Eiichiro Oda GLENAT
6ème   nouveau Naruto : Le Roman de Jiraya Masashi Kishimoto, Akira Higashiyama KANA
7ème   nouveau Darwin's Game T4 Flipflops KI-OON
8ème   nouveau Tokyo Ghoul T10 Sui Ishida GLENAT
9ème (-7) 3ème mois Fairy Tail T42 Hiro Mashima PIKA
10ème (-4) 2ème mois Black Butler T18 Yana Toboso KANA
11ème   nouveau Red Eyes Sword : Akame Ga Kill ! T4 Tetsuya Tashiro, Takahiro KUROKAWA
12ème   nouveau A Silent Voice T2 Yoshitoki Oima KI-OON
13ème   nouveau Pokémon : Rubis et Saphir T2 Satoshi Yamamoto, Hidenori Kusaka KUROKAWA
14ème   nouveau Poison City T1 Tetsuya Tsutsui KI-OON
15ème   nouveau UQ Holder ! T4 Ken Akamatsu PIKA

 

dimanche 15 mars 2015

Top 15 mangas de février 2015

Big in Japan : cette expression désigne les artistes qui connaissent un succès plus grand au Japon que dans leur propre pays. Le mangaka Jirô Taniguchi, pour sa part, est big in France : auteur considéré comme secondaire par ses concitoyens, il est un des mangakas les plus connus et appréciés du public francophone. Son principal succès « Quartier lointain » s’est vendu dix fois plus dans l’Hexagone qu’au Pays du soleil levant. Sa dernière nouveauté, « Elle s’appelait Tomoji » se hisse, pour son premier mois de commercialisation, à la 3ème place des meilleures ventes de mangas.

L’édition 2015 du Festival d’Angoulême a notamment été marquée par la présence de Jirô Taniguchi, l’auteur de « L’Homme qui marche », « Le Gourmet solitaire », « Quartier lointain » et « Le Sommet des dieux ». Influencé par la bande dessinée franco-belge, Taniguchi a composé une œuvre riche et variée, même s’il est surtout connu du public européen pour ses ouvrages contemplatifs. « Elle s’appelait Tomoji », publié chez Rue de Sèvres et tiré à 25 000 exemplaires, monte sur le podium de tête du classement GfK/Livres Hebdo de février 2015, juste derrière les incontournables « One Piece » T73 et « Fairy Tail » T42. Rue de Sèvres : un nouvel éditeur, pour cet auteur habituellement fidèle à ses éditeurs historiques : Casterman et Kana ? Pas tout à fait, car en publiant chez Rue de Sèvres, Taniguchi a en réalité suivi Nadia Gibert qui était déjà son éditrice dans ses fonctions précédentes chez Casterman. « Elle s’appelait Tomoji » est l’histoire d’une jeune femme dans le Japon rural du début du XXe siècle. C’est l’occasion pour le mangaka d’explorer l’ère Taishô (1912-1926), et de montrer le tremblement de terre ravageur de 1923, dans une scène qui n’est pas neutre pour Taniguchi. En effet, elle fait écho à un traumatisme de jeunesse, le grand incendie de Tottori sa ville natale que l’auteur a vécu en 1952, et qu’il a dessiné dans « Le Journal de mon père » (voir la chronique de Gwenaël Jacquet : « Elle s’appelait Tomoji » par Jirô Taniguchi ).

Hormis ce one-shot, le haut et le milieu du classement font la part belle aux séries bien installées. « Assassination Classroom », « Seven Deady Sins », « Black Butler », « King’s Game Extreme », « Area D » et « L’Attaque des titans : Before The Fall » placent leurs nouveautés dans le tableau, avec des tirages situés entre 25 000 et 37 000 exemplaires. « Naruto » T65 qui en est à son 4ème mois d’exploitation se maintient en 9ème place des meilleures ventes de mangas… Le volume 66, en vente depuis le 6 mars, se situe pour sa part dans le Top20 des meilleures ventes de livres, tous segments confondus : il ne fait aucun doute qu’on reparlera de ninjas le mois prochain !

Le public manga ne se contente pas de confirmer des succès établis : la dernière partie du classementLivres Hebdo/GfK montre 3 nouveautés. « King’s Game Origin » T1, à la 14ème place du classement et avec un tirage de 30 000 exemplaires, est un faux débutant, puisque deux autres saisons ont déjà popularisé ce manga en mode survival. Cette fois, on revient en 1977, dans le village de Yonaki, là où le jeu macabre a commencé…

En 12ème position, « Noragami », lancé par les éditions Pika avec un tirage de 20 000 exemplaires et la parution simultanée des deux premiers volumes. Un certain nombre de lecteurs auront choisi de n’acheter que le premier, puisque seul le volume 1 se trouve dans notre classement. L’histoire est celle d’un dieu tellement en manque de fidèles, qu’il en est réduit à troquer des miracles (et parfois de simples services ménagers) contre un peu de dévotion… On le comprend, l’humour est bien présent dans ce shônen, qui fait également la part belle à la baston et aux créatures fantastiques.

À la 15ème et dernière place du classement, une autre nouveauté, « A Silent Voice », un manga touchant dont le succès public a conduit son éditeur Ki-oon, qui avait vu un peu juste avec un tirage initial à 10 000 exemplaires, à imprimer d’urgence un nouveau lot, pour arriver à un total (temporaire ?) de 17 000 exemplaires. Cette fois, l’intrigue est ancrée dans le réel et parle d’un phénomène relativement fréquent dans les écoles japonaises : l’ijime, c’est-à-dire le rejet accompagné de brimades d’un élève, par une bonne partie de sa classe. Dans le cas présent, c’est Shoko, une jeune fille malentendante, qui est ijimekko (autrement dit, victime d’ijime). Avec un tel sujet, on pourrait craindre une dérive vers le mélo, mais l’auteur Yoshitoki Oima, avec une approche subtile et humaine, renverse les points de vue et conduit finalement le lecteur à réfléchir autant qu’à s’émouvoir.

Jérôme BRIOT

"Top 15 manga" de février 2015(copyright GfK / Livres Hebdo)

CLASSEMENT SERIES AUTEURS EDITEURS
1er (=) 2ème mois One Piece T.73 Eiichiro Oda GLENAT
2ème (=) 2ème mois Fairy Tail T.42 Hiro Mashima PIKA
3ème   nouveau Elle s'appelait Tomoji Jirô Taniguchi RUE DE SÈVRES
4ème   nouveau Assassination Classroom T.7 Yusei Matsui KANA
5ème   nouveau Seven Deadly Sins T.7 Nakaba Suzuki PIKA
6ème   nouveau Black Butler T.18 Yana Toboso KANA
7ème   nouveau King’s Game Extreme T.5 Nobuaki Kanazawa, Renji Kuriyama KI-OON
8ème   nouveau L'Attaque des titans : Before the Fall T.3 Satoshi Shiki, Hajime Isayama PIKA
9ème (-4) 4ème mois Naruto T.65 Masashi Kishimoto KANA
10ème   nouveau Area D T.6 Kyung-Il Yang, Kyôichi Nanatsuki PIKA
11ème (-8) 2ème mois L'Attaque des titans T.11 Hajime Isayama PIKA
12ème   nouveau Noragami T.1 Adachitoka Adachitoka PIKA
13ème (-7) 3ème mois Fairy Tail T.41 Hiro Mashima PIKA
14ème   nouveau King’s Game Origin T.1 J-ta Yamada, Nobuaki Kanazawa KI-OON
15ème   nouveau A Silent Voice T.1 Yoshitoki Oima KI-OON

Article paru sur BDzoom

dimanche 22 février 2015

Top 15 mangas de janvier 2015

BDzoom m'a proposé de commenter le classement mensuel GfK / Livres Hebdos des meilleures ventes de mangas. 
Voici ma livraison pour janvier 2015 : Top15 mangas, janvier 2015 sur BDzoom.com


« Naruto » T65 a été dépassé en janvier par quatre autres séries très attendues des amateurs : « One Piece », son grand rival commercial, dont le tome 73, tiré à 160 000 exemplaires aux éditions Glénat atteint la première place du « Top15 mangas » selon l’étude Livres Hebdo/GfK de janvier 2015 ; « Fairy Tail » T.42 (tiré à 90 000 exemplaires aux éditions Pika) ; « L’Attaque des titans » T11 (40 000 ex. chez Pika également) et « Bleach » T61 qui bénéficie d’un tirage à 50 000 exemplaires chez Glénat.

Au Japon, l’événement manga du mois, c’est la parution du volume final de « Naruto » ! Les lecteurs de l’hebdomadaire Weekly Shônen Jump ont pu y suivre l’ultime chapitre des aventures du ninja le plus célèbre du monde dans le numéro du 10 novembre 2014… mais pour le tankôbon ou volume relié correspondant, le 72e, il a fallu attendre jusqu’au 4 février 2015. C’est un véritable phénomène d’édition, puisque dès sa première semaine de sortie, ce volume conclusif s’est propulsé en tête des ventes de livres tous secteurs confondus du Japon, et de très loin, avec près de 875 000 exemplaires vendus ! Une véritable consécration pour cette série démarrée en 1999. Mais revenons en France, où les fans de « Naruto » devront patienter jusqu’au 5 mars pour la publication du volume 66 et où, en attendant, « Naruto » T65 continue une vie commerciale spectaculaire : après trois mois dans les rayons, ce titre est toujours à la 5e place du classement des mangas les plus vendus en France.

On le voit aux numéros des volumes, le haut du classement est phagocyté par des séries déjà matures, exception faite de « L’Attaque des titans », titre dystopique relativement récent, mais bien relayé par son excellente adaptation en anime diffusée successivement sur France 4 et sur la chaîne spécialisée Mangas. Le milieu du classement fait une part plus importante à des séries plus récentes, et à des thématiques qui sortent un peu du shônen nekketsu (ces mangas initiatiques où le héros, à force de persévérance, surmonte tous les obstacles). À la 7e place, « Darwin’s Game » T3 (tiré à 20 000 exemplaires chez Ki-oon) est un manga de type survival, où les protagonistes sont engagés dans les duels à mort d’un jeu implacable.

Au rang 10 des meilleures ventes, on trouve aussi le tout premier seinen du classement, c’est-à-dire un titre destiné à un public ado/adulte plus âgé : « Tokyo Ghoul » vol.9 (20 000 ex. chez Glénat) est une série qui surfe sur la mode des morts-vivants bien ancrée chez les lecteurs de comics avec la série « Walking Dead »…À ceci près qu’il ne s’agit ici pas de zombies, mais de goules. Quelle différence cela fait-il ? Les deux espèces se nourrissent de chair humaine, mais tandis que les zombies sont des monstres instinctifs et lents, les goules sont des morts-vivants intelligents et donc encore plus inquiétants !

Un mot enfin sur le bas du classement, qui permet de trouver enfin un titre destiné aux filles : « Love Mission » T11, chez Pika, est un shôjo sentimental et drôle, dont l’héroïne écrivaine en herbe s’oblige à découvrir l’amour pour améliorer l’intensité de ses romans. Et des titres destinés aux enfants : « Pokémon – Rubis et Saphir » T 1, et le très mignon « Chi, une vie de chat » T1, titre paru en 2010, mais qui continue de recruter de nouveaux lecteurs et parvient à se maintenir dans le « Top15 mangas » (certes au 15e rang, mais la performance n’en est pas moins remarquable).

Jérôme BRIOT

"Top 15 manga" de janvier 2015
(copyright GfK / Livres Hebdo)

CLASSEMENT     SERIES AUTEURS EDITEURS
1er   nouveau One Piece T.73 Eiichiro Oda GLENAT
2ème   nouveau Fairy Tail T.42 Hiro Mashima PIKA
3ème   nouveau L'Attaque des titans T.11 Hajime Isayama PIKA
4ème   nouveau Bleach T.61 Taito Kubo GLENAT
5ème (-3) 3ème mois Naruto T.65 Masashi Kishimoto KANA
6ème (-5) 2ème mois Fairy Tail T.41 Hiro Mashima PIKA
7ème   nouveau Darwin's Game T.3 Flipflops KI-OON
8ème   nouveau Red Eyes Sword : Akame Ga Kill ! T.3 Tetsuya Tashiro, Takahiro KUROKAWA
9ème   nouveau Saint Seiya : the lost canvas chronicles T.8 Shiori Teshirogi, Masami Kurumada KUROKAWA
10ème   nouveau Tokyo Ghoul T.9 Sui Ishida GLENAT
11ème (-8) 4ème mois One Piece T.72 Eiichiro Oda GLENAT
12ème (-8) 3ème mois Fairy Tail T.40 Hiro Mashima PIKA
13ème (-5) 2ème mois Pokémon : Rubis et Saphir : La grande aventure vol. 1 Hidenori Kusaka, Satoshi Yamamoto KUROKAWA
14ème   nouveau Love mission vol. 11 Ema Toyoma PIKA
15ème (-5) 2ème mois Chi, une vie de chat vol. 1 Kanata Konami GLENAT

jeudi 1 janvier 2015

Rapport ACBD sur la production de bande dessinée en 2014

Rapport ACBD – 2014 : l’année des contradictions

 

Dans son « Rapport », Gilles Ratier le secrétaire général de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) recense toutes les parutions du secteur et décrit les tendances éditoriales.

  

En 2013, pour la première fois depuis que le Rapport Ratier existe, c’est-à-dire depuis 2001, le nombre de bandes dessinées publiées dans l’année avait été inférieur à celui de l’année précédente… Qu’en est-il de 2014 ? Malgré des ventes qui, selon les données Livres Hebdo/I+C se sont tassées de 0,7% sur les 9 premiers mois de l’année, la production est globalement repartie à la hausse. 5410 bandes dessinées ont été publiées en 2014, dont 3964 strictes nouveautés, soit une augmentation de 4,64%. Cette tendance est alimentée par les groupes Média Participations et Glénat, en revanche le groupe Delcourt a significativement continué de diminuer le nombre de ses parutions en 2014 (-5.6%, soit 778 titres parus), tout en restant le principal producteur en nombre de titres.

L’évolution des publications par genre montre que les éditeurs ont choisi en 2014 de privilégier les séries historiques (+7%) et surtout les albums pour enfants, avec 307 nouveautés proposées au public contre 221 en 2013, soit +38%. La BD jeunesse représente désormais près de 20% des nouveautés francobelges. Cette part n’était que de 5% des nouveautés en 2001… C’est peut-être la meilleure nouvelle de ce rapport 2014 : une offre jeunesse plus variée, c’est la perspective de recruter de nouveaux lecteurs ! À condition bien sûr, que cette variété d’offre trouve son public. C’est là que se trouve la contradiction économique du secteur. Car si l’offre est devenue pléthorique, les niveaux de vente ne suivent pas. Et les tirages moyens ne cessent de s’effondrer. Même les plus gros tirages sont moins gros qu’avant, et ils sont moins nombreux : 98 titres (dont Blake et Mortimer, Joe Bar Team, Largo Winch, Le Chat) ont bénéficié d’un premier tirage à plus de 50 000 exemplaires en 2014, contre 117 un an plus tôt. La situation est plus préoccupante encore pour les éditeurs de manga : le recul des ventes, pour le manga, est selon Ipsos de 7,4% sur les 5 premiers mois de l’année 2014… La faute aux tablettes et au piratage ? L’offre numérique légale, de son côté, en reste à des niveaux symboliques : il se serait vendu environ 300 000 volumes en version numérique pour toute l’année, tous albums confondus. C’est très peu. Malgré les investissements réalisés dans ce domaine, le numérique n’a toujours pas prouvé sa capacité à incarner un nouveau modèle.

 

 

Jérôme Briot

 

PS : Les deux titres distingués par l’ACBD cette année sont : Wet Moon d’Atsushi Kaneko (Casterman) qui décroche le Prix Asie de la Critique ACBD 2014, et Moi, assassin d’Antonio Altarriba et Keko (Denoël Graphic), couronné du Grand Prix de la Critique ACBD 2015.

Lien :  Rapport ACBD-Ratier 2014

 

mardi 8 janvier 2013

Portrait Leiji Matsumoto

Leiji Matsumoto, le maître du Space Opera

 

Invité star des Rencontres internationales à Angoulême, Leiji Matsumoto fête cette année ses soixante ans de carrière. Qu’on tire une salve d’honneur à la gloire du créateur d’Albator, du Galaxy Express et de l’Arcadia !

 

Akira Matsumoto n’a que quinze ans, en 1953, lorsqu’il remporte un concours organisé par le magazine « Manga Shônen ». S’il commence sa carrière de dessinateur à cette époque, c’est par la petite porte. Il enchaine les publications alimentaires et les jobs d’assistant. Ce n’est qu’en 1965 qu’il commence à utiliser le pseudonyme Leiji, qui signifie « guerrier Zéro ». La plupart de ses mangas restent inédits en France à ce jour, il serait donc un peu absurde d’en dresser la liste. Pour le public français, la découverte de Matsumoto passe par le petit écran, et la diffusion en 1980 d’un dessin animé de science-fiction : Albator.

Un âge d’or de la science-fiction

En 1977, La Guerre des étoiles de George Lucas et son cortège de jouets et de produits dérivés, crée une demande sidérale pour les œuvres de science-fiction, encore amplifiée en 1978 par la diffusion à la TV française de la série Goldorak de Go Nagai. C’est un véritable phénomène de société. Les producteurs français ont besoin de programmes pour satisfaire le public. Du Japon encore, ils importent San Ku Kaï (très, très inspiré de Star Wars). Puis Albator (première diffusion en France en 1980), réalisé par Rintaro d’après le manga de Matsumoto : une œuvre sombre, métaphysique, presque désespérée. L’histoire se déroule en 2977. L’humanité est en pleine décadence. Seule une poignée d’hommes réagit quand le peuple des Sylvidres, des femmes végétales extraterrestres, menace d’envahir la Terre. Ces rares résistants sont l’équipage pirate du Capitaine Albator (Herlock en version originale), embarqué à bord de l’Atlantis (connu en VO sous le nom d’Arcadia ou de Death Shadow), un galion spatial doté de l’âme de son créateur, Tochiro, ami disparu d’Albator. Quelques années plus tard, une seconde série, Albator 1984, reprend les personnages pour une antésuite, où Albator et Tochiro affrontent les Humanoïdes. Le même duo figure encore en tête d’affiche et en plein Far West dans la série Gun Frontier ; et joue les seconds rôles dans une autre saga de Matsumoto, Galaxy Express 999. Dans cette dernière (18 tomes parus chez Kana), le jeune Tetsuro embarque à bord d’un train de l’espace pour un interminable périple qui doit lui permettre d’atteindre la Métal, une planète où il pourra se faire robotiser. D’une série à l’autre, certaines scènes sont rejouées, parfois à l’identique, parfois avec des variances significatives et mystérieuses.

Opéras de l’espace

Tout cela contribue à la singularité de l’œuvre de Matsumoto : ses personnages sont des archétypes, des acteurs à qui il attribue des rôles, dans un univers qui évolue tout en étant cyclique, à la manière d’une spirale. L’exemple le plus parlant est fourni par la série L’Anneau des Nibelungen (8 mangas chez Kana ; série animée en six épisodes sous le titre Harlock Saga). Il s’agit d’une adaptation libre par Matsumoto de la « tétralogie » de Richard Wagner,  où Albator et Tochiro affrontent le dieu Wotan : l’expression space opera semble avoir été forgée pour désigner ce récit ! Un autre space opera notable de Matsumoto, cette fois en version musique électronique, est sa collaboration avec le groupe Daft Punk pour le film Interstella 5555 : the 5tory of the 5ecret 5tar 5ystem, qui met en images l’album Discovery.

Pour compléter ce panorama rapide d’une œuvre à la fois exigeante et populaire, ajoutons encore Yamato, le cuirassé de l’espace, la toute première série animée de Matsumoto à avoir connu un succès international (dans le monde anglophone…) et dont l’adaptation en manga est en cours de publication aux éditions Clair de Lune. Et la possibilité d’un long métrage « Albator 3D », dont une bande annonce avait été présentée au festival d’Annecy en 2011…

 

Jérôme Briot

dimanche 6 janvier 2013

Rapport ACBD 2012

Depuis 13 ans, Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée), tient les comptes de la production éditoriale de la bande dessinée.

Le rapport Ratier, véritable bilan annuel de la profession, recense en 2012 pour le secteur bande dessinée un total de 5565 livres, publiés par 326 éditeurs différents. Sur ce total, près de 19%, soit 1069 titres, sont des rééditions sous une nouvelle forme (intégrales ou éditions augmentées). 311 artbooks et 76 essais sur la bande dessinée sont également comptabilisés. Les 4109 titres qui restent sont les nouveautés au sens strict : 1731 albums franco-belges, 1621 titres asiatiques, 366 comics américains et 391 bandes dessinées alternatives. C’est environ 7% de plus qu’en 2011 ! En revanche, recherche d’efficacité économique ou crainte d’un tassement des ventes, les placements des albums ont été plus prudents que les années précédentes : seuls 89 titres franco-belges et 25 mangas ont fait l’objet d’un premier tirage à plus de 50 000 exemplaires.L’année est marquée par l’acquisition de Flammarion par le groupe Gallimard : les labels Casterman, KSTR, Fluide Glacial et Jungle, rejoignent donc Futuropolis et Denoël Graphic et constituent un groupe d’envergure, quatrième du secteur derrière Média Participation (Dargaud, Dupuis, Le Lombard…), Delcourt (qui avait absorbé Soleil en 2011) et Glénat.

Jérôme Briot

 

PS : Les deux livres distingués par l’ACBD cette année sont : Une vie dans les marges, de Yoshihiro Tatsumi (Cornélius), Prix Asie de la Critique 2012. L’Enfance d’Alan, d’Emmanuel Guibert (L’Association), est pour sa part couronné du Grand Prix de la Critique ACBD 2013.

 

jeudi 3 janvier 2013

L’Enfance d’Alan

L’Enfance d’Alan, d’Emmanuel Guibert
L’Association, 160 p. N&B, 19 €

(Florilège Sélection Angoulême 2013, dossier de Zoo #45) 

 « Alan est mort l’été dernier. Huit mois après, le premier livre paraît à L’Association. Il raconte la préparation militaire d’Alan, aux États-Unis, entre 1943 et 1945. Je raconterai ensuite sa guerre et son occupation de l’Allemagne. Plus tard, son enfance. » Ces mots d’Emmanuel Guibert datent de 2000, et sont extraits de la préface du premier volume de La Guerre d’Alan. Douze ans plus tard, nous y voilà : le dessinateur poursuit son projet avec un quatrième volume de la biographie dessinée d’Alan Ingram Cope, consacré aux jeunes années de cet ami américain, entre 1925 et 1936. Racontée avec à la fois le sens du détail et celui de l’essentiel, L’Enfance d’Alan nous transporte dans une Californie d’avant-guerre, plus exactement sauvage mais qui n’a pas encore totalement basculé dans la modernité. Comme il n’a plus le cadre dramatique de la seconde guerre mondiale comme décor, le récit se fait peut-être plus virtuose encore, avec une formidable intelligence dans la mise en scène, tout en subtilité et en émotions. Sélectionné à Angoulême, lauréat du Prix de la Critique 2013 remis par l’ACBD (Association des critiques et journalistes de bande dessinée), L’Enfance d’Alan est un des ouvrages qui auront marqué l’année 2012.

 

Jérôme Briot

vendredi 13 janvier 2012

Rapport Ratier sur la production de bande dessinée en 2011

Gilles Ratier, le secrétaire général de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée), rédige chaque année un rapport sur la production de bande dessinée, très suivi par toute la profession ; en voici les grandes lignes.

 

Avec 5327 titres de bande dessinée publiés en 2011, l’offre du secteur aura connu sa seizième année consécutive d’augmentation de la production : c’est 3% de plus que les 5165 titres publiés en 2010. Cette augmentation est principalement attribuable à une valorisation du fonds éditorial. En effet, les intégrales, éditions spéciales ou augmentées, représentent quasi 20% de la production, avec 1058 titres en 2011 (contre 980 en 2010). Parmi les 3841 titres totalement inédits, on dénombre 1520 nouveaux mangas ou autres BD asiatiques, 303 comics, 386 livres de BD expérimentale soutenus par des éditeurs alternatifs, et 1632 BD au format album (contre 1599 l’année précédente). Face à cet afflux permanent de nouveautés, la durée de vie des livres sur les étals des libraires devient de plus en plus proche de celle des périodiques dans les kiosques. Notons également que sur ce total, seuls 99 titres ont bénéficié en 2011 d’un premier tirage supérieur à 50 000 exemplaires.

Les quatre plus grosses mises en place de l’année sont le tome 20 de XIII (500 000 ex.), Kid Paddle T12 (360 000), Boule & Bill T33 (253 000) et Tintin : L’Album du film (250 000). Au niveau des mangas, c’est toujours Naruto (250 000 par volume, trois nouveautés en 2011), One Piece (100 000, 4 titres cette année) et Fairy Tail (6 volumes à 80 000 chaque) qui se taillent la part du lion. À noter, la performance de Judge, dont le tome 1 a été tiré à 60 000 exemplaires. Mais la série record de l’année, c’est l’adaptation en BD des Simpson, qui avec sept titres parus, cumule un total de 1 080 000 exemplaires en 2011.

Sur le plan éditorial, Guy Delcourt fêtait cette année les 25 ans de la création de sa maison d’édition. Il s’est fait un joli cadeau pour l’occasion, en acquérant les éditions Soleil, et devient par conséquent le plus gros éditeur de 2011 en termes de production, avec 840 titres proposés. Média-Participation, pour sa part, conserve son leadership économique, devant Delcourt, Glénat et Flammarion.

 

PS : Les deux livres distingués par l’ACBD cette année sont : Elmer, de Gerry Alanguilan (Çà et Là), Prix Asie de la Critique 2011. Bastien Vivès décroche pour sa part le Grand Prix de la Critique – ACBD 2012, avec Polina (KSTR).

 

jeudi 12 janvier 2012

Grumf, de Enfin Libre

Vive la décroissance ! À supposer que l’humanité tout entière se lance dans une course enthousiaste vers l’harmonie et le bonheur universels, que se passerait-il ?  Adoption d’un langage simplifié commun (une sorte de novlangue à la manière du 1984 d’Orwell, le sourire en plus… Brrrr !), fin de la course à l’argent, etc. Le tandem Enfin Libre signe ici une drôle de politique fiction, aussi béate que flippante. Dans l’exécution graphique, un soin particulier est apporté à trouver une forme qui corresponde à l’évolution de l’intrigue, un peu à l’image de ce bâtiment hétéroclite en strates, représenté en couverture. 

mardi 4 janvier 2011

Rapport ACBD 2010 : la production augmente, pas les ventes

Chaque année, Gilles Ratier réalise pour l’ACBD (l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée, dont il est le secrétaire général), un rapport qui établit le bilan d’ « une année de publications en Bande Dessinée »

 

 

Le fait marquant de l’année est un tassement des ventes de BD : le chiffre d’affaires du secteur serait pour la première depuis des années en baisse, d’environ 1%, tandis que l’offre a augmenté de 5,9 %. Toutefois, ces chiffres ne disent rien de la rentabilité du secteur, qui continue de bénéficier d’une flexibilité accrue. Grâce aux progrès de l’impression et de la diffusion, les éditeurs contrôlent leurs coûts, qu’ils minimisent en limitant les premiers tirages. En 2010, 5165 livres du secteur bande dessinée ont été publiés, contre 4863 en 2009. L’augmentation est équitablement distribuée entre les nouveautés (3811 livres) et les rééditions et intégrales (980 titres). 297 Art books et 77 essais sur la BD viennent compléter cette offre. Au total, la BD représente 7,9 % des quelques 65000 livres publiés dans l’espace francophone européen. Parmi les nouveautés, on dénombre 1522 mangas, dont 161 ont été tirés à plus de 20 000 exemplaires – et jusqu’à 250 000 pour chaque tome de Naruto et pour l’adaptation en manga de Twilight. La BD franco-belge s’est enrichie de 1599 titres, avec comme locomotives les nouveaux tomes de Joe Bar team, Lucky Luke, Largo Winch et Blake & Mortimer. Cette année encore, plus de 60 % des albums ayant les plus gros tirages de l’année ont été mis en place entre septembre et décembre, période où se concentrent 40 % des sorties.

 

PS : Les deux livres distingués par l’ACBD cette année ont été : Pluto de Naoki Urasawa (Kana) qui remporte le Prix Asie-ACBD 2010 et Asterios Polyp de David Mazzucchelli (Casterman), sacré Prix de la Critique 2011.

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