Le briographe

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 12 janvier 2010

La Saison des flèches

Vous connaissiez les réserves indiennes. Grâce à Mulligan’s Tradition, découvrez les conserves indiennes !

 

 

Au début du 20ème siècle, le photographe et ethnologue Edward S. Curtis, constatant que les peuples amérindiens étaient en train de disparaître ou de s’acculturer, conserva leur mémoire en prenant plus de 40000 clichés photographiques. Irving Mc Mulligan fit beaucoup mieux : dès 1879, ayant l’intuition de la raréfaction à venir du peuple indien (pourtant encore nombreux à l’époque), cet industriel de génie mit au point un procédé exclusif permettant de conserver en boite des Indiens vivants.  Magie, lyophilisation, origami ou menace ? Nul ne le sait, et Mc Mulligan a emporté son secret dans la tombe. Mais l’entreprise qu’il fonda, Mulligan’s tradition, est aujourd’hui connue de tous.

 

« Le Far-West à la maison, pour 19 euros seulement ! ». La publicité n’est pas mensongère. Elle serait même un rien trop littérale, comme va le découvrir un couple de retraités français en ouvrant une boite Mulligan’s Tradition. Ce n’est pas seulement une famille indienne au grand complet qui en sort et plante son tipi dans le salon. Bientôt, tout l’Ouest sauvage s’invite dans l’appartement. Il y a une mine d’or dans l’évier, le couloir devient un canyon et une flèche, plantée au pied du lit, donne naissance à une sorte de séquoia géant.

 

Guillaume Trouillard, fondateur des éditions de la Cerise, avait déjà accueilli Samuel Stento dans les pages de la splendide revue Clafoutis. Les voilà réunis autour d’une histoire farfelue autant  que poétique, politique à bien des égards et exécutée avec une virtuosité endiablée.

 

dimanche 10 janvier 2010

Raoul Fulgurex, dans les coulisses de l’Imaginaire…

Dans quelle bande dessinée aurez-vous l’occasion de croiser Tintin, Clark Kent, King Kong, les révoltés du Bounty et Valérian ? Mais dans Raoul Fulgurex, bien sûr !

 

Raoul FulgurexRaoul Fulgurex est contrôleur d’intrigues de troisième échelon pour une série B. Son boulot consiste à vérifier que tout se déroule selon le script prévu et que les personnages des univers de fiction ne se lancent pas dans une improvisation fâcheuse. Et tant pis si Wang-Ho le sanguinaire se sent l’âme d’un poète : ce n’est pas dans le script ! La mort de la pulpeuse Balmine Fuso, perle des caraïbes, en revanche, est écrite, décidée par un rond-de-cuir du cinquième bureau. Pris d’une étrange impulsion, Fulgurex commet l’irréparable : il intervient dans la série et sauve la malheureuse.  Ce qui lui vaut un inoubliable baiser, mais aussi une affectation disciplinaire dans la brigade de fiction. Puisqu’il aime tant intervenir dans les séries, Fulgurex devra désormais éviter que le personnage principal d’une série très populaire ne soit victime d’un attentat. Le héros en question est un preux reporter à houppette, accompagné d’un fox-terrier, en pleine enquête sur un trafic international de drogue dissimulée dans des boites de crabe… Ça vous rappelle quelque chose ? C’est exprès.

 

Que nul n’entre ici s’il n’est tintinophile

Les expressions « Karaboudjan », « caisse de sardines », « sale chink » et « fils du dragon » ne vous évoquent rien ? Aïe ! Ne pas avoir lu Tintin n’empêche certes pas de lire Raoul Fulgurex, mais ce serait passer à côté de tout ce qui fait le sel de la saga, tant les références à l’œuvre d’Hergé y sont nombreuses et savoureuses. Le Tintin qu’on croise ici est moins angélique que l’original et nettement plus porté sur les plaisirs de l’existence. Du moins, il le serait s’il n’avait pas tout le temps des contrôleurs d’intrigues à ses basques, pour l’empêcher de donner libre cours à ses bas instincts. Le scénario nécessitant, par effet de contraste, de représenter Tintin dans un style réaliste le plus éloigné possible de la ligne claire, Tronchet, conscient de ses limites techniques, confie le dessin à Dominique Gelli. Secondé par la coloriste Marie Roubenne, ce dernier adopte un trait mêlant des décors réalistes et des personnages semi-caricaturaux, avec une profusion de détails comiques en arrière-plan.

La série est créée en 1989 dans le numéro 129 de Circus, magazine des éditions Glénat qui vivait ses dernières heures. Tronchet est à cette époque en pleine explosion créative. Son personnage Raymond Calbuth est déjà bien installé, avec trois tomes parus. Le premier volume des Les damnés de la Terre associés, prépublié dans Fluide Glacial et édité aux éditions Delcourt, a été récompensé par le Prix de la Critique, et Jean-Claude Tergal vient d’être créé (1), toujours dans Fluide Glacial.

 

Tronchet, artiste polymorphe

Par la suite viendront les années de diversification artistique. Tronchet écrit, en plus des bandes dessinées, des romans, un spectacle de one-man-show (qu’il interprète lui-même), et même un film, Le Nouveau Jean-Claude. Il multiplie les collaborations et passe du seul humour à un registre plus ouvert. Journaliste de formation, il s’autorise également un retour à son premier métier, en devenant le rédacteur en chef de l’Echo des Savanes, le temps d’en lancer une nouvelle formule. Avec un tel parcours, Tronchet fait figure de candidat idéal pour le Grand Prix d’Angoulême !

Après Raoul Fulgurex, distingué par un Alph’Art catégorie humour, Tronchet et Gelli poursuivent leur collaboration avec Patacrèpe et Couillalère, série animalière de gags en une planche. Curieusement, Gelli abandonne le style semi-caricatural dans lequel il excellait, pour un dessin « jeté » finalement moins personnel. Preuve en est que Tronchet reprendra cette série seul, en réhumanisant les personnages, sous le titre Deux cons.

 

  

(1)   Toutes ces séries se situent à Ronchin, ville du Nord-Pas-de-Calais. Tergal est même un voisin direct du couple Calbuth. L’action de Raoul Fulgurex, moins focalisée géographiquement, permet néanmoins des passerelles et clins d’œil. Les Calbuth, Tergal et l’épicier Grobert apparaissent dans la trilogie Fulgurex. De façon plus surprenante, on trouve dans le tome 4 des Damnés de la Terre associés, la preuve que Ténébrax (le chef de Raoul) a réalisé son rêve : quitter la brigade de fiction pour ouvrir une pizzeria avec sa comparse Francine…

 

samedi 9 janvier 2010

Rapport ACBD 2009 : une vitalité en trompe-l’œil ?

Le traditionnel rapport annuel de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) rédigé par son secrétaire général Gilles Ratier, établit pour 2009 un bilan assez contrasté.

Le premier constat est celui d’une décélération : au terme d’une spectaculaire période de quatorze ans de course à la production, l’année 2009 parait presque calme, avec des chiffres proches de ceux de l’année précédente… c'est-à-dire au plus haut niveau. 4863 titres ont été publiés en 2009, dont 3599 nouveautés, 892 rééditions (catégorie qui désigne les rééditions augmentées ou présentées sous une nouvelle forme et les intégrales, et non pas les retirages d’albums), 297 art books et 75 essais. Cela ne représente « que » 2,4% de titres de plus qu’en 2008, et l’augmentation est surtout liée au nombre de rééditions, segment dont la croissance avoisine les 9%. Le nombre de nouveautés est resté stable cette année, les gros éditeurs ont même légèrement resserré leur production, proposant 4% de titres de création en moins par rapport à 2008. 140 titres (dont 40 mangas, issus de 12 séries seulement) ont bénéficié d’un premier tirage de plus de 50 000 exemplaires. Sur ce nombre, la moitié ont été publiés au quatrième trimestre, la fin de l’année étant considéré plus propice aux achats de bande dessinée. Nous ne saurons qu’en 2010 si cette stratégie qui prend le risque d’un grand carambolage dans les rayons des librairies, aura été fructueuse.

Les chiffres de vente disponibles pour l’heure, sont ceux de 2008. Dans un secteur qui pesait 320 millions d’euros, le groupe le plus important, avec 32,7% des ventes d’albums en nombre d’exemplaires, est Média Participation (qui regroupe les éditions Dargaud, Dupuis, Le Lombard, Blake & Mortimer et Kana). Il est suivi par les éditions Glénat (incluant les labels Vents d’Ouest et Drugstore) avec 16% des ventes d’albums et par Delcourt (10%). Fait notable, la part de marché des deux premiers ne cesse de s’effriter, quand celle de Delcourt a quasi doublé en cinq ans, les rachats de Tonkam et d’Akata n’étant pas étrangers à ce phénomène.

2009 aura été une année très semblable à 2008 dans ses tendances : valorisation du fonds éditorial, exploitation de licences existantes, importation massive d’œuvres non-francophones (1891 nouveautés sont des traductions), attrait croissant pour les adaptations en BD d’œuvres littéraires (179 titres, soit 5% de la production). Pour déceler quelque chose d’un peu spécifique dans l’année écoulée, il faut lorgner du côté de la BD érotique, qui fait son grand retour dans le catalogue des éditeurs non spécialisés.

Mais le phénomène le plus singulier de 2009, c’est la course à la technologie que les éditeurs se livrent, en cherchant à se positionner sur un hypothétique marché de la BD sur téléphone portable. La lecture sur écran est devenue usuelle, les statistiques de visite des blogs BD le prouvent. Mais ces sites, apparus depuis 2003, n’ont pour l’heure pas prouvé qu’ils puissent donner naissance à un modèle économique alternatif. Tout au plus ont-ils permis à quelques auteurs d’accéder plus facilement aux filières classiques de l’édition. Comment croire alors, à la pertinence d’un modèle économique fondé sur la lecture payante sur un support minuscule d’œuvres qui n’ont pas été créées spécifiquement pour lui ? Tablet PC et E-books du futur changeront peut-être la donne. Pour l’heure, rien ne prouve que le virage numérique annoncé ne soit pas un « mirage » numérique. Et les enjeux ne sont pas uniquement techniques. Si cette industrie potentielle ne se montre pas plus capable d’assurer un revenu décent aux auteurs que l’édition classique, on ne peut pas lui prédire un grand avenir…

vendredi 8 janvier 2010

Destins : Drôles de trames

Imaginée et coordonnée par Frank Giroud, Destins est la nouvelle série-concept des éditions Glénat : pas moins de quatorze albums sont à paraître, entre janvier 2009 et janvier 2011.

DestinsDans sa jeunesse, Ellen a fait une grosse erreur de parcours. Amoureuse d’un apprenti- révolutionnaire, elle l’accompagne dans un braquage qui vire au drame. Une autre femme est suspectée à sa place et risque la chaise électrique… mais celle-ci est innocentée par un faux-témoignage. Ellen quitte les USA pour la Grande-Bretagne, épouse un avocat talentueux, a des enfants… Bref, elle refait sa vie et rachète sa faute en s’investissant dans une organisation caritative. Jusqu’au moment où son passé se rappelle à elle de façon brutale, la conduisant à un choix déchirant. Quelle voie adopter ? Toutes.

L’idée est en effet de suivre toutes les existences possibles de l’héroïne, qui découlent de ses décisions. Le tome 1, intitulé Le Hold-up se poursuit par Le Fils ou par Le Piège africain. Chacune de ces histoires se conclut sur un nouveau dilemme, et nous voilà en présence de quatre destins parallèles. Après cette phase d’expansion, les intrigues se resserrent et convergent vers un album final unique. Au total, Ellen mènera cinq existences différentes.

Contrairement au Décalogue, où Giroud scénarisait la totalité des histoires, apportant une cohérence à l’ensemble, chaque tome de Destins est écrit et dessiné par des auteurs différents, à l’exception du tome d’ouverture et de l’unique album de conclusion, tous deux exécutés par Frank Giroud et Michel Durand (dessinateur de Cuervos ; « Durandur » pour les intimes). Le projet s’apparente donc à une sorte de course de relais narratif ou de cadavre exquis concerté. La trame d’ensemble a été mise au point en réunissant tous les scénaristes, mais il était conseillé à chacun d’eux de conserver son style personnel. D’où une variété de tons qui ajoutera à l’intérêt du projet. Voilà qui prouve, si besoin en était, que la bande dessinée « classique » sait également être expérimentale.

jeudi 7 janvier 2010

Hyper-séries et séries-concept

Contredisant l’idée du dessinateur isolé dans son atelier, certaines séries font appel à différents créateurs. Pourquoi, comment ? À l’occasion de la sortie des séries Destins chez Glénat et Le Casse chez Delcourt, c’est ce que nous allons examiner.

 

 

Le phénomène des reprises l’a prouvé depuis très longtemps, les bons personnages de bande dessinée peuvent survivre à leur créateur, que la reprise ait lieu après le décès de l’auteur comme pour Les Pieds Nickelés, suite au décès de Forton en 1934, ou qu’elle soit organisée par un éditeur propriétaire des droits, par exemple pour Spirou, créé par Rob-Vel et acquis par les éditions Dupuis, qui confièrent ce personnage à Jijé avant que celui-ci ne désigne Franquin pour lui succéder.

 

De la reprise à l’hyper-série

Quand un scénariste, grâce au succès d’une série, décide de lui donner une extension, en racontant une suite ou une « préquelle », ou encore avec une « spin-off » en centrant une nouvelle série autour d’un personnage secondaire de la série-mère, l’œuvre acquiert le statut d’hyper-série. Par exemple, L’Incal de Jodorowsky et Moebius connait différentes extensions directes, comme Après l’Incal (dessiné par Moebius), Avant l’Incal (par Janjetov) ou Final Incal (par Ladrönn) ou indirectes, comme La caste des Méta-Barons (dessiné par Gimenez), série dérivée qui connait à son tour différentes ramifications : Dayal de Castaka (Das Pastoras) et Les Armes du Méta-Baron (Charest). Dans le même registre, on peut citer l’univers de Troy avec Lanfeust, les Trolls, les  Conquérants, Cixi ou encore Tikko des Sables.

On trouve un phénomène comparable dans les comics. Au gré des multiples cross-over qui ont permis la rencontre de différents super-héros, soit pour les faire collaborer, soit pour les faire s’affronter, l’univers Marvel (tout comme celui de DC) a fini par constituer une forme particulièrement tentaculaire et cohérente d’hyper-séries dans lesquelles Spiderman, Iron Man et Wolverine (lui-même membre des X-Men) se côtoient au sein des Avengers.

Bien qu’on trouve quelques cas d’hyper-séries liées à un seul auteur (Leiji Matsumoto, auteur de Galaxy Express 999, Albator, etc. emploie les mêmes personnages dans ses différents mangas), la plupart des hyper-séries se développent à l’initiative d’un scénariste qui désire explorer un univers fictif de la façon la plus vaste possible. Le recours à plusieurs dessinateurs, va lui permettre de mettre en chantier plusieurs récits, de façon parallèle. Un des précurseurs en la matière est Patrick Cothias, créateur avec André Juillard des 7 vies de l’épervier, une saga historique qui ne cesse de se développer.

 

De l’hyper-série à la série-concept

Au début de la décennie 2000, certains scénaristes imaginent donc des histoires qui nécessitent dès leur conception, plusieurs dessinateurs. Frank Giroud, pour Le Décalogue, imagine dix récits indépendants qui rassemblés, forment l’histoire de la transmission à travers les âges d’un manuscrit sulfureux, Nahik, objet de toutes les convoitises. Le fait de confier ces récits à dix dessinateurs, permet de publier l’ensemble en deux ans seulement. Exploit réussi, la série buzze, fidélise les lecteurs et, par sa diversité, fait preuve d’une richesse inédite.

Pour Didier Convard, le fait de se tourner vers une équipe d’artistes procède d’une autre démarche. Le scénariste du Triangle Secret avait prévu pour ce récit d’attiser le suspense en mêlant plusieurs histoires se déroulant dans des espaces-temps distincts. Mais comment ne pas perdre le lecteur en route avec tous les croisements d’intrigues ? Tout simplement par le recours à des styles visuels différents, dans une narration qui emploie beaucoup le flashback, sans recourir systématiquement à une colorisation sépia, ou à des récitatifs de  contexte (« Rome, de nos jours »).

La genèse de Donjon, série fantasy de Joann Sfar et Lewis Trondheim est encore différente. Créée pour la seule envie de faire un projet ensemble, il est convenu que le scénario sera rédigé ensemble, et le dessin exécuté par Trondheim. Mais au bout de quelques tomes, Sfar souhaite s’approprier l’univers, et imagine « Crépuscule », c’est-à-dire Donjon quelques dizaines d’années plus tard. Par symétrie, le duo de scénaristes planche aussitôt sur une troisième série qui raconte Donjon avant Donjon… Et tout cela se poursuit avec Donjon Monsters, qui donne le premier rôle à un personnage secondaire, le temps d’un album.

 

Concepts d’auteur et d’éditeurs

Initiée par Jean-Bernard Pouy, la série policière Le Poulpe met en scène les aventures d’un enquêteur atypique, Gabriel Lecouvreur, dont chaque aventure est imaginée par un nouvel écrivain. La série connaît un prolongement en BD, aux éditions 6 pieds sous terre, en reprenant le même principe, soit dans le cadre d’adaptation par des dessinateurs, soit avec des histoires inédites en roman (Pieuvre à la Pouy, par Cestac et Montellier).

En 2005, le décidément très créatif Frank Giroud lançait Secrets chez Dupuis, une série reposant sur un concept déclinable à l’infini,  la révélation de secrets de famille. D’une façon assez similaire, les éditions Delcourt s’intéressent aux séries-concept. La collection Sept, dirigée par David Chauvel, proposait à différents auteurs d’imaginer un récit faisant intervenir sept personnages (7 voleurs, 7 missionnaires, 7 psychopathes, etc). Les one-shots ainsi créés n’ont aucun rapport entre eux, sinon qu’ils répondent chacun au thème imposé. Il s’agit finalement de reprendre, à l’échelle d’une collection, ce qui se faisait déjà sous un format plus réduit, dans les nombreux ouvrages collectifs thématiques. L’idée est de voir comment scénaristes et dessinateurs s’en sortent, dans ce qui est avant tout un exercice de style. Le succès faisant, une nouvelle salve de 7 albums est en cours et Delcourt renouvelle l’expérience avec de nouveau concepts. Tout d’abord, Le Casse, série d’albums coordonnée par le même Chauvel et tournant autour de « casses du siècle », et puis « Jour J » série proposant des uchronies réalistes, plausibles du point de vue historique, la première étant « Que se serait-il passé si les Russes avaient mis le pied sur la lune avant les Américains ». Quant à l’infatigable Giroud, il propose Destins chez Glénât, ou les multiples existences d’une héroïne, confiée à treize équipes de scénaristes et dessinateurs.

 

 

avec la collaboration de Yannick Lejeune

 

mercredi 6 janvier 2010

Petite histoire des colonies françaises T3

Petite histoire des colonies françaises, T3, La décolonisation, de Grégory Jarry et Otto T.
FLBLB, 128 P. BICHROMIE, 13 €

Petite histoire des colonies tome 3 : la décolonisation« Rôle positif de la colonisation », « identité nationale »… Pour comprendre ce qui se cache derrière ces termes qui ont envahi l’espace politique, il n’est pas saugrenu de chercher à se documenter. Pour nous instruire sur la décolonisation, Grégory Jarry et Otto T. font intervenir un conférencier idéal : le général de Gaulle himself, plus débonnaire (!), rondouillard (?) et barbu (!?) que jamais. Textes ironiques (mais scrupuleux) et illustrations caustiques, dans un esprit très Shadok, pour une leçon d’Histoire franchement salutaire.

mardi 5 janvier 2010

10 petits insectes

10 petits insectes, de Davide Cali et Vincent Pianina
SARBACANE, 80 P. COULEUR, 12,50 €

Une intrigue inspirée par Agatha Christie, un minimalisme graphique à la José Parrondo et un goût pour le retournement de situations à la manière de Lewis Trondheim, telles sont les qualités de 10 petits insectes, où onze (!) protagonistes se retrouvent réunis dans un manoir, sur l’île de la Tortue, pour un week-end qui va rapidement devenir sanglant. Décapitations, empoisonnements, électrocutions et autres « accidents » font apporter du piment à ce qui aurait pu virer à la réunion tupperware. Ouf, le pire nous a été épargné !

lundi 4 janvier 2010

Nestor et Polux

Nestor et Polux, de Fred Neidhardt, Fabrice Tarrin et O’Groj
ONAPRATUT, 96 P. COULEUR, 12,50 €

Dans une sorte de jardin d’Eden, Dieu installa deux créatures, Nestor et Polux, et leur offrit chaque jour un yaourt quotidien. À la framboise, d’un goût divin ; ou au pruneau, carrément dégueulasse, « pour que vous puissiez apprécier encore plus celui à la framboise », précisa l’Eternel (qui était Sadique, ou peut-être seulement Très Con). Partant de cette situation, les auteurs se lancent dans des divagations métaphysico-délirantes qui, tout en évoquant celles du Concombre masqué, firent les beaux jours de feu Pif Gadget mensuel, où elles étaient prépubliées.

dimanche 3 janvier 2010

L’Espion de Staline

L’Espion de Staline, d’Isabel Kreitz
CASTERMAN, 256 P. N&B, 16 €

Porté sur l’alcool et les femmes, et peu enclin à taire son hostilité au régime nazi, le journaliste Richard Sorge fut, dans les années 1930 et 40, agent de renseignements de l’URSS, installé à Tokyo. La légende prétend qu’il fournit à Staline la date exacte du déclenchement de l’opération Barbarossa, par laquelle Hitler violait le pacte de non-agression signé entre l’Allemagne et l’URSS… et que Staline n’y prêta pas foi. Cette histoire, qui méritait d’être racontée, l’est de fort belle façon par Isabel Kreitz. La dessinatrice allemande profite de l’occasion pour brosser un portrait sans concession des milieux consulaires, superficiels et déphasés, au cœur de la Seconde guerre mondiale.

samedi 2 janvier 2010

Swallow me whole

Swallow me whole, de Nate Powel
CASTERMAN, 216 P. N&B, 15 €

Récompensé par l’Eisner Award 2009 du meilleur roman graphique, Swallow me whole est un récit psychologique complexe et ténébreux, celui de deux adolescents en proie à des troubles obsessionnels compulsifs à la limite de la schizophrénie. Ruth collectionne insectes et batraciens dans des bocaux, à qui elle voue une sorte de culte. Son frère Perry, passionné de dessin, voit et entend un sorcier au bout de son crayon, qui lui donne des ordres. Tous deux, sur le fil du rasoir, jouent les équilibristes entre imagination débordante et folie dévorante. Basculera, basculera pas ?

- page 1 de 30