Le briographe

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lundi 22 février 2010

Mutafukaz, interview de Run

Mutafukaz 3, couvertureMêlant allègrement super-héros, yakuzas, lutteurs mexicains et envahisseurs infiltrés, Mutafukaz, avec son rythme survolté et sa façon unique de zapper d'un style à l'autre, de passer d'une inspiration comics à une séquence manga, avec son histoire parano-mystique et déjantée, est une série parmi les plus remarquables du moment. 

Et pourtant Run, son auteur, a essuyé dix ans de refus et d'obstructions diverses. Dix ans, pendant lesquels il lui a fallu faire preuve d'une patience obstinée, avant de rencontrer enfin un éditeur à la démesure de ce projet inclassable et génial. Nous avons rencontré celui que tout le monde présente comme une sorte de Quentin Tarantino de la bande dessinée !




Dans la préface de Mutafukaz, tu expliques que cela fait une dizaine d'années que tu travailles sur ce projet… Quelle est l’origine de la série ?
Run : C’est simple. Je bossais pour une boite multimédia, et j’avais ce projet en tête au moment d’y entrer. C’était une société en pointe des techniques flash, au tout début, à l’époque où les internautes se connectaient avec des modems 28k… Je bossais sur un jeu interactif, « Banja ». Et je faisais mûrir Mutafukaz en parallèle. D'ailleurs à l'époque il ne s'appelait pas encore comme ça, mais « Burning Head & Motherfucker ».

 



Entre l’idée initiale, et le livre, il y a eu de grandes fluctuations ?
On était dans un studio multimédia, j’avais des collègues qui faisaient de la 3D. Au bout d’un moment, je ne me sentais plus très à l’aise, parce que j’étais entré dans cette boite pour développer mon projet, et que ça ne les intéressait pas vraiment. J’avais demandé au boss cinq mois, pour faire un trailer animé de 7 minutes, en 2D/3D, un court métrage qu’on peut voir sur le site. Nous avons bossé à cinq sur ce trailer. J’espérais que ça aiderait le projet à se construire, dans une voie audiovisuelle, sous forme de série d’animation… Mais finalement, ça n’a été utilisé que comme plaquette commerciale, pour montrer le savoir-faire technique de la boite. Résultat, ça nous a juste amené à faire de la prestation de trucs à la con… J’ai fini par quitter la structure, en me disant que j’allais faire mon truc en solo, sous forme de bande dessinée. Seulement, ça n’a pas été si simple, car mes chers ex-employeurs avaient déposé les droits de mon projet ! J’ai donc dû patiemment attendre qu’ils… ferment. Ce qui n’a pas été trop long, le climat s’était dégradé, et au moment où je suis parti, les directeurs artistiques démissionnaient les uns après les autres. 
Une fois mes droits récupérés, j’ai pu commencer à faire une tournée des maisons d’édition, qui m’ont tous refusé ! Entre 1998, date des tout premiers coups de crayon, et 2006, il y a eu tout ça : l’animation, le départ, l’attente, les refus… et voilà.


Tu es passé par une phase d’édition sur le web, pour avoir autant de fan arts dès la fin du premier tome ?
Le site http://www.mutafukaz.com a été créé en 1999, avec des études de personnages, l’animation, quelques dessins… Pas grand-chose, mais assez pour que le projet soit un peu connu quand même.

Quelles sont les circonstances de ta rencontre avec Ankama ?
J’ai un pote qui cherchait du boulot, à qui j’ai servi de chauffeur pour l’emmener à un entretien chez Ankama. Il se trouve que Tot [un des créateurs d’Ankama, NDLR] connaissait Mutafukaz, grâce au trailer animé. Quand je lui ai dit que je cherchais une maison d’édition, il m’a répondu que lui cherchait à faire une maison d’édition ! Je suis arrivé dans la structure au moment où Ankama éditions venait juste de sortir l’Art-Book Dofus, et le tout premier tome du manga. À cette époque, tout était en cours de construction, il n’y avait même pas encore de diffuseur… Ca ne m’intéressait pas forcément de lancer Mutafukazchez un éditeur en lancement, j’avais très peur que ça reste à un niveau régional. 
J’ai appelé Stan (de Stan et Vince), qui m’a conseillé de tenter le coup, en me disant que je n’avais rien à perdre : avec un jeune éditeur, il y avait des chances pour que mon titre soit soutenu, même si ce n’était pas un succès immédiat. Ca m’a donné à réfléchir… et puis le contact avec Tot était vraiment excellent. C’est quelqu’un qui a, pour Ankama éditions, une ambition esthétique avant tout, avant même de se préoccuper de rentabilité économique.

Concernant Mutafukaz, qualité artistique et potentiel économique ne semblent pas incompatibles... 
Euh ! Maintenant que ça marche, c’est facile à dire. Mais on m’a longtemps regardé comme un extraterrestre, qui proposait un projet invendable. 

C’est la nouveauté, qui faisait peur ?
C’est surtout le genre de projet qui coûte cher à réaliser. Le premier tome de Mutafukaz n’a pas été conçu dans une recherche de rentabilité, Tot cherchait avant tout à réinvestir les revenus du jeuDofus dans des projets qui contribuent à l’image d’Ankama. Nous devons être la seule maison d’édition française qui se permet de faire des livres avec un seuil de rentabilité aussi haut. Tot m’a confié les rennes d’Ankama édition assez rapidement, c’est un métier que je découvre au fur et à mesure, surtout dans ses aspects fabrication… J’ai fait quelques bourdes.

Par exemple ?
Comme j’étais concentré sur différentes choses que je maîtrisais mal, j’ai envoyé le mauvais fichier à l’éditeur pour It came from the moon[Mutafukaz, tome 0]. Résultat, on a été obligés de mettre au pilon tout le premier tirage : c’était blindé de fautes d’orthographe, ce n’étaient même pas les bonnes images… 

Comment décrirais-tu Mutafukaz ?
Mutafukaz, c’est deux ados un peu losers, confrontés à une situation qui les dépasse. Viennent se greffer des anecdotes et des personnages secondaires. Mes deux références sont une nouvelle de Stephen King, L’invasion de Los Angeles, où un personnage est capable de voir des extra-terrestres, à cause de son cancer de la gorge, et Les envahisseurs. Mutafukaz, c’est un peu ce genre d’histoire, avec une trame un peu ringarde et parano, où le pouvoir a été infiltré par des extra-terrestres à forme humaine, et une société secrète d’initiés, qui forment un contrepouvoir quand il faut défendre l’humanité en péril : les luchadores de la Lucha Ultima. 
Mais à la limite, l’histoire est secondaire, c’est plus un scénario prétexte que véritablement une histoire par laquelle je suis porté. Ce qui m’intéresse, c’est de créer la surprise visuellement, avec des ruptures graphiques fortes dans le style de dessin, dans l’encrage et la colorisation. Cette composition en chapitres faisait partie de mon concept de base.


La Lucha Ultima, dernier rempart contre la menace extraterrestre !Avez-vous envisagé de bosser avec les auteurs de la série Lucha Libre, sur un cross-over Lucha Ultima contre les Luchadores Five, à la manière de ce qui se fait dans les comics américains ?
Quand nous avons eu vent d’un projet similaire porté par les Humanos, au moment de la sortie de Mutafukaz, c’était la panique. Ankama éditions démarrait tout juste, on s’est dit qu’on était foutus. Tot a contacté Jerry Frissen pour lui proposer de mettre des passerelles entre les univers Mutafukaz et Lucha Libre, ou au moins de glisser des clins d’œil ou des pubs croisées, pour amener les lecteurs de Mutafukaz vers Lucha Libre et vice-versa. Mais finalement ça ne s'est pas fait, et il n'est pas certain qu'une rencontre entre les deux univers narratifs, qui ne sont rattachés que par une référence commune à la lucha libre, ait un sens.
 

Qu'est-ce qui te plait tant dans le catch mexicain ?
C'est un sport très acrobatique, super speed. Ça se passe en trois rounds. Il faut deux rounds vainqueurs ou une humiliation totale de l'adversaire, qui consiste soit à le démasquer soit à lui tondre les cheveux s'il n'a pas de masque. Le côté masqué, qui est à présent devenu du folklore, vient au départ des guerriers aztèques et mayas, les guerriers Aigle et Jaguar. Je trouve dommage qu'en ce moment les gens s'enflamment sur la lucha libre et que ça devienne une esthétique à la mode, qui fasse de beaux habillages pour des émissions de TV, sans réellement s'intéresser à ce que c'est.


C'est ce regret qui vous a incité à éditer Los Trigres del Ring ?
Ce livre essaie de remettre les choses en place. Il parle un peu de la lucha libre aujourd'hui, mais également des origines de cette discipline, dans les années 30 jusqu'à l'explosion dans les années 70, avec les bandes dessinées etc. C'est également pourquoi dans It came from the moon, je me suis attaché à décrire le match de catch de façon très détaillée, avec des prises authentiques et le vrai nom des coups. Je l’ai préparé avec des catcheurs pour que ça fasse encore plus vrai. J’ai fait mon découpage, et je suis allé voir les gars en leur demandant ce qui était crédible ou non. Ensuite les catcheurs ont reproduit sur le ring le combat qu'il y a dans la BD.

Honnêtement, ce travail scrupuleux de documentation passe un peu inaperçu… Peut-être à cause du côté foisonnant et des nombreux changements de style qu'on trouve dans tes albums.
Ah, mais aucune scène n'est faite à la légère. Quand je bascule en style manga, je respecte les codes des films de samouraï. Il y a des petits détails qui n'intéressent que moi, mais j'ai besoin d'avoir cette précision. Sans ce travail de documentation et cette intégrité dans mes planches, si je vendais la lucha libre sans savoir ce que c’est, j’aurais l’impression d’être un imposteur. 

Une autre composante forte de la saga tient au sentiment mystique qu'on y trouve. Pour cela aussi, tu t’es beaucoup documenté ?
Je suis athée ; ou plutôt agnostique. Le rapport à la religion est quelque chose qui me hante depuis toujours, que je distille au compte-gouttes dans Mutafukaz car je n'ai pas envie d'arriver avec de gros sabots, avec un message sur le bien et le mal. Beaucoup d'histoires tournent de toute façon autour de la Bible, ou s’en inspirent. D'une certaine manière, Jésus est un des premiers super héros de l'histoire des hommes.

Au départ du projet, Mutafukaz a été conçu pour être une série animée. Ankama à acheté la chaîne de télévision No Life. Ta série commence à prendre de l'ampleur. Ankama dispose de certaines réserves financières pour investir… Y a-t-il un projet d'animation dans les cartons ?
Ce n'est pas inenvisageable, mais je préfère me concentrer sur ce que je fais plutôt que d'exploiter le filon. Si Mutafukaz doit devenir un jour une série d'animations il faudra que je m'en occupe pour que ça conserve une vision d’auteur. Pour l'instant j'ai déjà du mal à assurer de front la maison d'édition et ma BD, je ne vais pas me lancer dans une troisième aventure simultanée.

De quoi t’occupes-tu exactement en tant que directeur éditorial ?
Des auteurs et des livres d’Ankama éditions, hormis tout ce qui concerne l'univers Dofus directement géré par Tot. J'ai aussi aidé Tot à lancer le projet Wakfu, en aidant au script, au story-board et à la création des personnages. Ça m'intéressait d’y participer, mais ça signifiait un trou de six mois dans ma propre production du tome 3. Comme je ne concevais pas de faire attendre les gens pendant deux ans, et que j'avais un pote qui était disponible et qui a un style bien rétro, j'ai décidé de lancer le tome 0. C’est une préquelle qui était depuis longtemps en gestation dans mon esprit. Je pensais la proposer quand Mutafukaz serait terminé. Mais la fin du second tome était un bon moment pour commencer à dévoiler des trucs, sans trop en dire. Les personnages peuvent commencer à revêtir certains aspects qu'ils n'avaient pas à la lecture des tomes 1 et 2. L'album devait faire 70 pages au départ, il en fait finalement 168. J'y ai participé, car le combat de catch me tenait particulièrement à cœur. Ce combat marque l'opposition entre deux styles de lutte, comme il est l'opposition entre deux idéologies.

Quelle est la place de Métamuta dans la saga ?
Ce projet vient du coup de foudre que j'ai eu pour un auteur qui m'a présenté un projet qui n'était pas éditable. Comme je sentais son potentiel, je lui ai proposé de s'approprier l'univers de Mutafukaz. Jérémie Labsolu m'a proposé une réinterprétation introspective de l'histoire, en allant chercher dans la profondeur psychologique des personnages. C'est tout à fait complémentaire à mon travail, puisque de mon côté je me suis concentré sur le côté fun, l'action et les personnages. J'aime beaucoup la bande dessinée d'auteur et ce côté psychologique, mais je n'ai pas la maturité pour en faire. Plutôt qu'une simple réinterprétation de l'histoire, je lui ai raconté le passé d’Angelino. Métamuta est une histoire qui mélange réalité, fantasmes, désirs et souvenirs. C'est très « Lynchien » et aussi très risqué. Si le tome zéro a un peu dérouté les lecteurs, Métamuta a carrément dû les paumer.
Je sais qu'une partie des lecteurs est peu intéressée par l'histoire que je raconte, mais très attachée au style graphique et à sa dynamique. On n'a pas ça du tout dans Métamuta, qui est un album à la fois violent et poétique.

N'est-ce pas un risque, pour une série aussi jeune, de confier les personnages à d'autres auteurs ?
La série est jeune, mais j'y pense depuis 10 ans. Je connais mes personnages par cœur, je sais ce que j'ai raconté. Je sais aussi tout ce que je ne raconte pas. Quand je vois qu'il y a des auteurs qui sont capables de mieux raconter que moi certains aspects de l'histoire, je saisis l'occasion. À la base je ne suis pas un dessinateur de bandes dessinées. Quand je vois la facilité qu'ont certains dessinateurs comme Raf-chan ou Florent Maudoux, je me demande même si je suis vraiment un dessinateur, parce que je fais ça plutôt dans la douleur. Bref, quand des gens peuvent raconter certaines choses mieux que moi, je leur laisse volontiers la barre. Je reste quand même présent pour assurer une cohérence à la série. 
 
 


Quelques mots sur le tome trois ?
C'est le tome des révélations. La pièce maîtresse de la série. On y découvre tout.
 
 

Site officiel : www.mutafukaz.com

dimanche 21 février 2010

Militer pour la BD, ou l'art d'enfoncer les portes ouvertes

Texte initialement publié sur un forum BDGest :

 

Je vais vous surprendre, je ne crois pas (ou plutôt, j'ai cessé de croire) qu'il soit nécessaire d'être militant au profit de la bande dessinée. Et je doute que celle-ci souffre encore d’un manque de reconnaissance. Mépris ou condescendance, ces phénomènes qui ont traumatisé toute une génération d’auteurs (et dans une moindre part, d'amateurs), ne sont plus. La bande dessinée est aujourd'hui un art parfaitement reconnu, disons-le carrément, un art officiel : elle est utilisée par l'Education Nationale. Un musée lui est consacré. Elle est exposée jusqu’au Louvre. Collectionneurs et marchands d’art s’y intéressent, et chaque nouvelle vente aux enchères semble l’occasion d’un nouveau record dans la valorisation des originaux. 

Je ne crois pas non plus que la BD souffre d'une de médiatisation déficiente. Certes, les magazines souffrent, peinent à trouver un public, mais la crise qui frappe les journaux spécialisés n'est en rien spécifique à la BD, elle concerne l’ensemble de la presse écrite. En matière de bande dessinée, la bonne santé des sites spécialisés, l'apparition de magazines gratuits financés par la publicité, les diffuseurs, les libraires ou les éditeurs eux-mêmes, attestent d’un intérêt persistant pour cette forme d’expression. Et du reste, la BD et le discours sur la BD ne cessent de conquérir des colonnes, y compris dans les « grands médias », comme vous les appelez. Le fait que Le Monde Diplomatique relaie Du9.org le prouve assez bien. Il n’y a plus guère que la télévision qui rechigne encore à parler de bande dessinée… comme elle rechigne à parler de littérature non dessinée, de théâtre ou de jeu vidéo. Mais il faut dire que la TV est peu encline à donner de l’audience(littéralement) à tout ce qui pourrait orienter ses adeptes vers d’autres chemins.

Si la BD n’obtient pas plus d’espace… c’est peut-être que le public n’est pas nécessairement en demande d’un discours sur la bande dessinée plus fourni. En tant que bédéphile, nous pouvons le regretter… ou non : être bédéphile n’implique pas qu’on s’intéresse à la théorie de la bande dessinée ou à l’étude de sa pratique. 

Ce domaine particulier qu’on peut qualifier de « critique savante », cette critique qui prend le temps et la place d'analyser finement une œuvre à la lumière d'autres domaines culturels ou des sciences humaines, ne compte en définitive que très peu d’adeptes, il faut bien le constater. L'univers ne s’est pas arrêté avec Les cahiers de la bande dessinée époque Groensteen. D’autres publications méritoires ont pris le relais. Les plus récentes s’appellent Critix, Bananas, Bang !, 9e Art, Comix Club, L’Eprouvette ou Jade. Aussi captivants qu’on puisse trouver ces titres, ils ne passionnent qu’un lectorat restreint, une population tellement confidentielle, que lesdites revues finissent toutes par raccrocher le tablier, tant elles finissent par douter de son existence. 

Ne leur jetons pas la pierre, le manque d'attention use invariablement les équipes et les rédacteurs : travailler bénévolement, puisque la critique savante ne semble pas pouvoir mieux offrir, soit. Mais travailler bénévolement et pour personne, à quoi bon ? 

Ces derniers jours, j’ai eu la tristesse d’apprendre que la magnifique revue 9e Art s’arrêtait, du moins sous sa forme papier. Je me souviens d'avoir été estomaqué l'an dernier, en apprenant (dans le dernier numéro du «Collectionneur de Bandes dessinées », qui s’arrêtait…) que 9e Art se vendait à moins de mille exemplaires. Non moins grande a été ma stupéfaction, en lisant dans Comix Club n°11 (qui vient de sortir la semaine dernière, et dont ce sera le dernier tour de piste) que le tirage de chaque numéro était de 600 exemplaires (seulement !) et que Groinge peinait à rentrer dans ses frais, ne parvenant à en vendre que 200 à 400 !

Donc, voilà. Vous pouvez dire ce que vous voulez du manque de militantisme de ces membres de l’ACBD qui font partie d’une « grande rédaction », ou du manque regrettable de critiques savantes sur la bande dessinée… Mais de l'autre côté de la balance, il faut aussi poser que tout le monde s'en branle. Regardons la réalité en face : ou bien le nombre de personnes intéressées par une critique savante de la bande dessinée est extrêmement limité, ou bien ce sont des gros radins, des salauds de pauvres, que sais-je ? Et seule une poignée de zygotos est capable de mettre la main au portefeuille pour s'intéresser aux quelques revues d’étude et les financer.

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Il va sans dire que je m’autorise ces lignes désabusées, précisément parce que je fais partie, moi, des zygotos susnommés qui achetaient 9e Art et L'Eprouvette (sans mérite pour ce dernier titre, qui est si peu cher par rapport à son contenu, qu'on peut remercier son éditeur pour subventionner notre lecture), qui comptaient parmi les abonnés du CBD et de Comix Club. La disparition de ce dernier titre, dont j’appréciais particulièrement la ligne éditoriale depuis son lancement en 2004, me fait un gros pincement au cœur. 

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Néanmoins, je ne doute pas que d'autres reprendront le flambeau, et se piqueront, comme la tradition le veut, d'un éditorial sémillant pour justifier de la création de leur revue, partant du « constat de l'absence ou plutôt de l'extrême discrétion d'une véritable critique de la bande dessinée ». Les gars, vous pouvez m'envoyer directement un formulaire d'abonnement, je suis la cible, et comme on n'est pas nombreux, ne perdez pas de temps à me chercher.

mardi 12 janvier 2010

La Saison des flèches

Vous connaissiez les réserves indiennes. Grâce à Mulligan’s Tradition, découvrez les conserves indiennes !

 

 

Au début du 20ème siècle, le photographe et ethnologue Edward S. Curtis, constatant que les peuples amérindiens étaient en train de disparaître ou de s’acculturer, conserva leur mémoire en prenant plus de 40000 clichés photographiques. Irving Mc Mulligan fit beaucoup mieux : dès 1879, ayant l’intuition de la raréfaction à venir du peuple indien (pourtant encore nombreux à l’époque), cet industriel de génie mit au point un procédé exclusif permettant de conserver en boite des Indiens vivants.  Magie, lyophilisation, origami ou menace ? Nul ne le sait, et Mc Mulligan a emporté son secret dans la tombe. Mais l’entreprise qu’il fonda, Mulligan’s tradition, est aujourd’hui connue de tous.

 

« Le Far-West à la maison, pour 19 euros seulement ! ». La publicité n’est pas mensongère. Elle serait même un rien trop littérale, comme va le découvrir un couple de retraités français en ouvrant une boite Mulligan’s Tradition. Ce n’est pas seulement une famille indienne au grand complet qui en sort et plante son tipi dans le salon. Bientôt, tout l’Ouest sauvage s’invite dans l’appartement. Il y a une mine d’or dans l’évier, le couloir devient un canyon et une flèche, plantée au pied du lit, donne naissance à une sorte de séquoia géant.

 

Guillaume Trouillard, fondateur des éditions de la Cerise, avait déjà accueilli Samuel Stento dans les pages de la splendide revue Clafoutis. Les voilà réunis autour d’une histoire farfelue autant  que poétique, politique à bien des égards et exécutée avec une virtuosité endiablée.

 

dimanche 10 janvier 2010

Raoul Fulgurex, dans les coulisses de l’Imaginaire…

Dans quelle bande dessinée aurez-vous l’occasion de croiser Tintin, Clark Kent, King Kong, les révoltés du Bounty et Valérian ? Mais dans Raoul Fulgurex, bien sûr !

 

Raoul FulgurexRaoul Fulgurex est contrôleur d’intrigues de troisième échelon pour une série B. Son boulot consiste à vérifier que tout se déroule selon le script prévu et que les personnages des univers de fiction ne se lancent pas dans une improvisation fâcheuse. Et tant pis si Wang-Ho le sanguinaire se sent l’âme d’un poète : ce n’est pas dans le script ! La mort de la pulpeuse Balmine Fuso, perle des caraïbes, en revanche, est écrite, décidée par un rond-de-cuir du cinquième bureau. Pris d’une étrange impulsion, Fulgurex commet l’irréparable : il intervient dans la série et sauve la malheureuse.  Ce qui lui vaut un inoubliable baiser, mais aussi une affectation disciplinaire dans la brigade de fiction. Puisqu’il aime tant intervenir dans les séries, Fulgurex devra désormais éviter que le personnage principal d’une série très populaire ne soit victime d’un attentat. Le héros en question est un preux reporter à houppette, accompagné d’un fox-terrier, en pleine enquête sur un trafic international de drogue dissimulée dans des boites de crabe… Ça vous rappelle quelque chose ? C’est exprès.

 

Que nul n’entre ici s’il n’est tintinophile

Les expressions « Karaboudjan », « caisse de sardines », « sale chink » et « fils du dragon » ne vous évoquent rien ? Aïe ! Ne pas avoir lu Tintin n’empêche certes pas de lire Raoul Fulgurex, mais ce serait passer à côté de tout ce qui fait le sel de la saga, tant les références à l’œuvre d’Hergé y sont nombreuses et savoureuses. Le Tintin qu’on croise ici est moins angélique que l’original et nettement plus porté sur les plaisirs de l’existence. Du moins, il le serait s’il n’avait pas tout le temps des contrôleurs d’intrigues à ses basques, pour l’empêcher de donner libre cours à ses bas instincts. Le scénario nécessitant, par effet de contraste, de représenter Tintin dans un style réaliste le plus éloigné possible de la ligne claire, Tronchet, conscient de ses limites techniques, confie le dessin à Dominique Gelli. Secondé par la coloriste Marie Roubenne, ce dernier adopte un trait mêlant des décors réalistes et des personnages semi-caricaturaux, avec une profusion de détails comiques en arrière-plan.

La série est créée en 1989 dans le numéro 129 de Circus, magazine des éditions Glénat qui vivait ses dernières heures. Tronchet est à cette époque en pleine explosion créative. Son personnage Raymond Calbuth est déjà bien installé, avec trois tomes parus. Le premier volume des Les damnés de la Terre associés, prépublié dans Fluide Glacial et édité aux éditions Delcourt, a été récompensé par le Prix de la Critique, et Jean-Claude Tergal vient d’être créé (1), toujours dans Fluide Glacial.

 

Tronchet, artiste polymorphe

Par la suite viendront les années de diversification artistique. Tronchet écrit, en plus des bandes dessinées, des romans, un spectacle de one-man-show (qu’il interprète lui-même), et même un film, Le Nouveau Jean-Claude. Il multiplie les collaborations et passe du seul humour à un registre plus ouvert. Journaliste de formation, il s’autorise également un retour à son premier métier, en devenant le rédacteur en chef de l’Echo des Savanes, le temps d’en lancer une nouvelle formule. Avec un tel parcours, Tronchet fait figure de candidat idéal pour le Grand Prix d’Angoulême !

Après Raoul Fulgurex, distingué par un Alph’Art catégorie humour, Tronchet et Gelli poursuivent leur collaboration avec Patacrèpe et Couillalère, série animalière de gags en une planche. Curieusement, Gelli abandonne le style semi-caricatural dans lequel il excellait, pour un dessin « jeté » finalement moins personnel. Preuve en est que Tronchet reprendra cette série seul, en réhumanisant les personnages, sous le titre Deux cons.

 

  

(1)   Toutes ces séries se situent à Ronchin, ville du Nord-Pas-de-Calais. Tergal est même un voisin direct du couple Calbuth. L’action de Raoul Fulgurex, moins focalisée géographiquement, permet néanmoins des passerelles et clins d’œil. Les Calbuth, Tergal et l’épicier Grobert apparaissent dans la trilogie Fulgurex. De façon plus surprenante, on trouve dans le tome 4 des Damnés de la Terre associés, la preuve que Ténébrax (le chef de Raoul) a réalisé son rêve : quitter la brigade de fiction pour ouvrir une pizzeria avec sa comparse Francine…

 

samedi 9 janvier 2010

Rapport ACBD 2009 : une vitalité en trompe-l’œil ?

Le traditionnel rapport annuel de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) rédigé par son secrétaire général Gilles Ratier, établit pour 2009 un bilan assez contrasté.

Le premier constat est celui d’une décélération : au terme d’une spectaculaire période de quatorze ans de course à la production, l’année 2009 parait presque calme, avec des chiffres proches de ceux de l’année précédente… c'est-à-dire au plus haut niveau. 4863 titres ont été publiés en 2009, dont 3599 nouveautés, 892 rééditions (catégorie qui désigne les rééditions augmentées ou présentées sous une nouvelle forme et les intégrales, et non pas les retirages d’albums), 297 art books et 75 essais. Cela ne représente « que » 2,4% de titres de plus qu’en 2008, et l’augmentation est surtout liée au nombre de rééditions, segment dont la croissance avoisine les 9%. Le nombre de nouveautés est resté stable cette année, les gros éditeurs ont même légèrement resserré leur production, proposant 4% de titres de création en moins par rapport à 2008. 140 titres (dont 40 mangas, issus de 12 séries seulement) ont bénéficié d’un premier tirage de plus de 50 000 exemplaires. Sur ce nombre, la moitié ont été publiés au quatrième trimestre, la fin de l’année étant considéré plus propice aux achats de bande dessinée. Nous ne saurons qu’en 2010 si cette stratégie qui prend le risque d’un grand carambolage dans les rayons des librairies, aura été fructueuse.

Les chiffres de vente disponibles pour l’heure, sont ceux de 2008. Dans un secteur qui pesait 320 millions d’euros, le groupe le plus important, avec 32,7% des ventes d’albums en nombre d’exemplaires, est Média Participation (qui regroupe les éditions Dargaud, Dupuis, Le Lombard, Blake & Mortimer et Kana). Il est suivi par les éditions Glénat (incluant les labels Vents d’Ouest et Drugstore) avec 16% des ventes d’albums et par Delcourt (10%). Fait notable, la part de marché des deux premiers ne cesse de s’effriter, quand celle de Delcourt a quasi doublé en cinq ans, les rachats de Tonkam et d’Akata n’étant pas étrangers à ce phénomène.

2009 aura été une année très semblable à 2008 dans ses tendances : valorisation du fonds éditorial, exploitation de licences existantes, importation massive d’œuvres non-francophones (1891 nouveautés sont des traductions), attrait croissant pour les adaptations en BD d’œuvres littéraires (179 titres, soit 5% de la production). Pour déceler quelque chose d’un peu spécifique dans l’année écoulée, il faut lorgner du côté de la BD érotique, qui fait son grand retour dans le catalogue des éditeurs non spécialisés.

Mais le phénomène le plus singulier de 2009, c’est la course à la technologie que les éditeurs se livrent, en cherchant à se positionner sur un hypothétique marché de la BD sur téléphone portable. La lecture sur écran est devenue usuelle, les statistiques de visite des blogs BD le prouvent. Mais ces sites, apparus depuis 2003, n’ont pour l’heure pas prouvé qu’ils puissent donner naissance à un modèle économique alternatif. Tout au plus ont-ils permis à quelques auteurs d’accéder plus facilement aux filières classiques de l’édition. Comment croire alors, à la pertinence d’un modèle économique fondé sur la lecture payante sur un support minuscule d’œuvres qui n’ont pas été créées spécifiquement pour lui ? Tablet PC et E-books du futur changeront peut-être la donne. Pour l’heure, rien ne prouve que le virage numérique annoncé ne soit pas un « mirage » numérique. Et les enjeux ne sont pas uniquement techniques. Si cette industrie potentielle ne se montre pas plus capable d’assurer un revenu décent aux auteurs que l’édition classique, on ne peut pas lui prédire un grand avenir…

vendredi 8 janvier 2010

Destins : Drôles de trames

Imaginée et coordonnée par Frank Giroud, Destins est la nouvelle série-concept des éditions Glénat : pas moins de quatorze albums sont à paraître, entre janvier 2009 et janvier 2011.

DestinsDans sa jeunesse, Ellen a fait une grosse erreur de parcours. Amoureuse d’un apprenti- révolutionnaire, elle l’accompagne dans un braquage qui vire au drame. Une autre femme est suspectée à sa place et risque la chaise électrique… mais celle-ci est innocentée par un faux-témoignage. Ellen quitte les USA pour la Grande-Bretagne, épouse un avocat talentueux, a des enfants… Bref, elle refait sa vie et rachète sa faute en s’investissant dans une organisation caritative. Jusqu’au moment où son passé se rappelle à elle de façon brutale, la conduisant à un choix déchirant. Quelle voie adopter ? Toutes.

L’idée est en effet de suivre toutes les existences possibles de l’héroïne, qui découlent de ses décisions. Le tome 1, intitulé Le Hold-up se poursuit par Le Fils ou par Le Piège africain. Chacune de ces histoires se conclut sur un nouveau dilemme, et nous voilà en présence de quatre destins parallèles. Après cette phase d’expansion, les intrigues se resserrent et convergent vers un album final unique. Au total, Ellen mènera cinq existences différentes.

Contrairement au Décalogue, où Giroud scénarisait la totalité des histoires, apportant une cohérence à l’ensemble, chaque tome de Destins est écrit et dessiné par des auteurs différents, à l’exception du tome d’ouverture et de l’unique album de conclusion, tous deux exécutés par Frank Giroud et Michel Durand (dessinateur de Cuervos ; « Durandur » pour les intimes). Le projet s’apparente donc à une sorte de course de relais narratif ou de cadavre exquis concerté. La trame d’ensemble a été mise au point en réunissant tous les scénaristes, mais il était conseillé à chacun d’eux de conserver son style personnel. D’où une variété de tons qui ajoutera à l’intérêt du projet. Voilà qui prouve, si besoin en était, que la bande dessinée « classique » sait également être expérimentale.

jeudi 7 janvier 2010

Hyper-séries et séries-concept

Contredisant l’idée du dessinateur isolé dans son atelier, certaines séries font appel à différents créateurs. Pourquoi, comment ? À l’occasion de la sortie des séries Destins chez Glénat et Le Casse chez Delcourt, c’est ce que nous allons examiner.

 

 

Le phénomène des reprises l’a prouvé depuis très longtemps, les bons personnages de bande dessinée peuvent survivre à leur créateur, que la reprise ait lieu après le décès de l’auteur comme pour Les Pieds Nickelés, suite au décès de Forton en 1934, ou qu’elle soit organisée par un éditeur propriétaire des droits, par exemple pour Spirou, créé par Rob-Vel et acquis par les éditions Dupuis, qui confièrent ce personnage à Jijé avant que celui-ci ne désigne Franquin pour lui succéder.

 

De la reprise à l’hyper-série

Quand un scénariste, grâce au succès d’une série, décide de lui donner une extension, en racontant une suite ou une « préquelle », ou encore avec une « spin-off » en centrant une nouvelle série autour d’un personnage secondaire de la série-mère, l’œuvre acquiert le statut d’hyper-série. Par exemple, L’Incal de Jodorowsky et Moebius connait différentes extensions directes, comme Après l’Incal (dessiné par Moebius), Avant l’Incal (par Janjetov) ou Final Incal (par Ladrönn) ou indirectes, comme La caste des Méta-Barons (dessiné par Gimenez), série dérivée qui connait à son tour différentes ramifications : Dayal de Castaka (Das Pastoras) et Les Armes du Méta-Baron (Charest). Dans le même registre, on peut citer l’univers de Troy avec Lanfeust, les Trolls, les  Conquérants, Cixi ou encore Tikko des Sables.

On trouve un phénomène comparable dans les comics. Au gré des multiples cross-over qui ont permis la rencontre de différents super-héros, soit pour les faire collaborer, soit pour les faire s’affronter, l’univers Marvel (tout comme celui de DC) a fini par constituer une forme particulièrement tentaculaire et cohérente d’hyper-séries dans lesquelles Spiderman, Iron Man et Wolverine (lui-même membre des X-Men) se côtoient au sein des Avengers.

Bien qu’on trouve quelques cas d’hyper-séries liées à un seul auteur (Leiji Matsumoto, auteur de Galaxy Express 999, Albator, etc. emploie les mêmes personnages dans ses différents mangas), la plupart des hyper-séries se développent à l’initiative d’un scénariste qui désire explorer un univers fictif de la façon la plus vaste possible. Le recours à plusieurs dessinateurs, va lui permettre de mettre en chantier plusieurs récits, de façon parallèle. Un des précurseurs en la matière est Patrick Cothias, créateur avec André Juillard des 7 vies de l’épervier, une saga historique qui ne cesse de se développer.

 

De l’hyper-série à la série-concept

Au début de la décennie 2000, certains scénaristes imaginent donc des histoires qui nécessitent dès leur conception, plusieurs dessinateurs. Frank Giroud, pour Le Décalogue, imagine dix récits indépendants qui rassemblés, forment l’histoire de la transmission à travers les âges d’un manuscrit sulfureux, Nahik, objet de toutes les convoitises. Le fait de confier ces récits à dix dessinateurs, permet de publier l’ensemble en deux ans seulement. Exploit réussi, la série buzze, fidélise les lecteurs et, par sa diversité, fait preuve d’une richesse inédite.

Pour Didier Convard, le fait de se tourner vers une équipe d’artistes procède d’une autre démarche. Le scénariste du Triangle Secret avait prévu pour ce récit d’attiser le suspense en mêlant plusieurs histoires se déroulant dans des espaces-temps distincts. Mais comment ne pas perdre le lecteur en route avec tous les croisements d’intrigues ? Tout simplement par le recours à des styles visuels différents, dans une narration qui emploie beaucoup le flashback, sans recourir systématiquement à une colorisation sépia, ou à des récitatifs de  contexte (« Rome, de nos jours »).

La genèse de Donjon, série fantasy de Joann Sfar et Lewis Trondheim est encore différente. Créée pour la seule envie de faire un projet ensemble, il est convenu que le scénario sera rédigé ensemble, et le dessin exécuté par Trondheim. Mais au bout de quelques tomes, Sfar souhaite s’approprier l’univers, et imagine « Crépuscule », c’est-à-dire Donjon quelques dizaines d’années plus tard. Par symétrie, le duo de scénaristes planche aussitôt sur une troisième série qui raconte Donjon avant Donjon… Et tout cela se poursuit avec Donjon Monsters, qui donne le premier rôle à un personnage secondaire, le temps d’un album.

 

Concepts d’auteur et d’éditeurs

Initiée par Jean-Bernard Pouy, la série policière Le Poulpe met en scène les aventures d’un enquêteur atypique, Gabriel Lecouvreur, dont chaque aventure est imaginée par un nouvel écrivain. La série connaît un prolongement en BD, aux éditions 6 pieds sous terre, en reprenant le même principe, soit dans le cadre d’adaptation par des dessinateurs, soit avec des histoires inédites en roman (Pieuvre à la Pouy, par Cestac et Montellier).

En 2005, le décidément très créatif Frank Giroud lançait Secrets chez Dupuis, une série reposant sur un concept déclinable à l’infini,  la révélation de secrets de famille. D’une façon assez similaire, les éditions Delcourt s’intéressent aux séries-concept. La collection Sept, dirigée par David Chauvel, proposait à différents auteurs d’imaginer un récit faisant intervenir sept personnages (7 voleurs, 7 missionnaires, 7 psychopathes, etc). Les one-shots ainsi créés n’ont aucun rapport entre eux, sinon qu’ils répondent chacun au thème imposé. Il s’agit finalement de reprendre, à l’échelle d’une collection, ce qui se faisait déjà sous un format plus réduit, dans les nombreux ouvrages collectifs thématiques. L’idée est de voir comment scénaristes et dessinateurs s’en sortent, dans ce qui est avant tout un exercice de style. Le succès faisant, une nouvelle salve de 7 albums est en cours et Delcourt renouvelle l’expérience avec de nouveau concepts. Tout d’abord, Le Casse, série d’albums coordonnée par le même Chauvel et tournant autour de « casses du siècle », et puis « Jour J » série proposant des uchronies réalistes, plausibles du point de vue historique, la première étant « Que se serait-il passé si les Russes avaient mis le pied sur la lune avant les Américains ». Quant à l’infatigable Giroud, il propose Destins chez Glénât, ou les multiples existences d’une héroïne, confiée à treize équipes de scénaristes et dessinateurs.

 

 

avec la collaboration de Yannick Lejeune

 

mercredi 6 janvier 2010

Petite histoire des colonies françaises T3

Petite histoire des colonies françaises, T3, La décolonisation, de Grégory Jarry et Otto T.
FLBLB, 128 P. BICHROMIE, 13 €

Petite histoire des colonies tome 3 : la décolonisation« Rôle positif de la colonisation », « identité nationale »… Pour comprendre ce qui se cache derrière ces termes qui ont envahi l’espace politique, il n’est pas saugrenu de chercher à se documenter. Pour nous instruire sur la décolonisation, Grégory Jarry et Otto T. font intervenir un conférencier idéal : le général de Gaulle himself, plus débonnaire (!), rondouillard (?) et barbu (!?) que jamais. Textes ironiques (mais scrupuleux) et illustrations caustiques, dans un esprit très Shadok, pour une leçon d’Histoire franchement salutaire.

mardi 5 janvier 2010

10 petits insectes

10 petits insectes, de Davide Cali et Vincent Pianina
SARBACANE, 80 P. COULEUR, 12,50 €

Une intrigue inspirée par Agatha Christie, un minimalisme graphique à la José Parrondo et un goût pour le retournement de situations à la manière de Lewis Trondheim, telles sont les qualités de 10 petits insectes, où onze (!) protagonistes se retrouvent réunis dans un manoir, sur l’île de la Tortue, pour un week-end qui va rapidement devenir sanglant. Décapitations, empoisonnements, électrocutions et autres « accidents » font apporter du piment à ce qui aurait pu virer à la réunion tupperware. Ouf, le pire nous a été épargné !

lundi 4 janvier 2010

Nestor et Polux

Nestor et Polux, de Fred Neidhardt, Fabrice Tarrin et O’Groj
ONAPRATUT, 96 P. COULEUR, 12,50 €

Dans une sorte de jardin d’Eden, Dieu installa deux créatures, Nestor et Polux, et leur offrit chaque jour un yaourt quotidien. À la framboise, d’un goût divin ; ou au pruneau, carrément dégueulasse, « pour que vous puissiez apprécier encore plus celui à la framboise », précisa l’Eternel (qui était Sadique, ou peut-être seulement Très Con). Partant de cette situation, les auteurs se lancent dans des divagations métaphysico-délirantes qui, tout en évoquant celles du Concombre masqué, firent les beaux jours de feu Pif Gadget mensuel, où elles étaient prépubliées.

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