Le briographe

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dimanche 4 septembre 2011

Le Bandit généreux, vol. 06

Le Bandit généreux, une épopée fleuve coréenne

 

Consacrée à un héros du patrimoine coréen, Le Bandit généreux est un récit-fleuve dans une Corée médiévale où des paysans se révoltent contre une noblesse corrompue et tyrannique.

 

Le « Bandit généreux » : ce titre évoque irrésistiblement un certain justicier anglais qui volait aux riches pour donner aux pauvres. La comparaison n’est pourtant pas si évidente. Le dessinateur Lee Doo Ho raconte en détails la vie de Lim Keok Jeong, héros coréen mythique. Au cours des cinq premiers tomes de la saga (qui en comptera onze), Lim aurait plutôt pour spécialité d’être un pauvre résigné à se laisser voler par les riches, préférant courber l’échine plutôt que de se rebeller contre l’injustice et la tyrannie. Et pourtant ! Lim est un Hercule, une véritable force de la nature, probablement l’homme le plus fort de son époque. Cette puissance naturelle est renforcée par un apprentissage patient du combat à l’épée auprès d’un maître de l’Art. Lim a aussi été le disciple du Moine bavard, compagnie qui n’a pas manqué de parfaire son éducation. Seulement… il a aussi eu la malchance de naître dans une famille de Baekjeongs, c’est-à-dire des ouvriers spécialisés dans l’abattage du bétail. La charge est héréditaire, et elle est méprisée par toutes les autres catégories de population de la Corée médiévale. En d’autres termes, Lim est un paria. Et quand bien même il repousse une compagnie d’envahisseurs japonais à lui seul, sauvant un capitaine coréen d’une mort certaine, il reçoit pour tout remerciement l’ordre de disparaître au plus vite, tant il est honteux pour ledit officier d’avoir été sauvé par un être de si peu de valeur.

Ce n’est qu’au tome 6 que Lim Keok Jeong, largement forcé par des circonstances fâcheuses, se résout à l’exil et devient chef des brigands de la vallée de la pierre bleue. Le destin est en marche, les Yangbans (les aristocrates coréens) ont intérêt à bien se tenir !

 

Rōnin des bois

Véritable équivalent coréen des histoires japonaises de Samouraïs ou de Rōnins, Le Bandit généreux brille par une exécution soignée, exempte de tout maniérisme. Lee Doo Ho, auteur culte dans son pays, a tout ce qu’il faut pour atteindre ce même statut dans nos frontières : un style graphique magnifique, à la lisibilité exemplaire et surtout, une inventivité narrative jamais démentie. Sur les plus de 3000 pages que comptent les six premiers tomes, on ne trouve pas un seul temps mort, pas une scène de moindre intérêt. Juste du plaisir de lecture, de la première à la dernière page. Voilà une saga ébouriffante et inoubliable, par les portraits truculents des protagonistes, et le panorama qu’elle dresse de la période historique concernée. Très clairement : un chef d’œuvre.

 

samedi 3 septembre 2011

Portugal

Cyril Pedrosa au bord de l’autofiction

 

En France, terre d’immigration, on est Français de souche dès la deuxième génération. Ce qui n’empêche pas d’entretenir des liens affectifs avec le pays de ses aïeux.

 

Portugal est un livre difficile. Pas difficile à lire, au contraire. De ce point de vue, fluidité du récit, composition élégante et maîtrisée, Cyril Pedrosa a du métier et du talent, qu’il met en œuvre – au sens littéral, d’ailleurs – dans cet opus comme dans ses précédents livres. Mais Portugal est un livre qui a dû être difficile à composer. Parce qu’il traite de sentiments ténus, complexes, difficiles à aborder de front, à retranscrire. Tout a commencé en 2006, alors que l’auteur était invité pour trois jours au festival BD de Sobreda, une ville situé sur la côte portugaise à proximité de Lisbonne. Le Portugal, c’est le pays que le grand-père de l’auteur avait quitté pour s’établir en France, n’y retournant qu’une seule fois à l’occasion d’un court voyage. Et bien que Cyril Pedrosa lui-même n’y ait pas remis les pieds depuis ses dix ans, ce festival lui permit de ressentir quelque chose de particulier, comme une sorte de lien avec ce pays. L’auteur, confronté à ce sentiment, se dit alors qu’il y avait là matière à faire un livre. Pas un livre autobiographique sur son rapport personnel au Portugal, mais un livre plus universel, pour évoquer les départs sans retour, pour parler des familles que de telles émigrations séparent. Pour décrire aussi ce lien plus subtil encore que les enfants des migrants, nés en France, peuvent entretenir avec le pays de leurs ancêtres, fantasmé au travers des récits et anecdotes de famille, mais sans le connaître intimement.

 

Revenir, c’est renaître un peu

Portugal nous entraîne dans les pas de Simon Muchat. Cet auteur de BD en panne d’inspiration n’a plus goût à rien, ni professionnellement, ni sentimentalement. Pour combler le vide qu’il ressent, Simon part plus ou moins activement à la recherche de ses origines, auprès de sa famille proche puis au Portugal, terre de ses ancêtres, où il retrouve sa famille éloignée et finalement se retrouve lui-même. Légère et grave à la fois, cette histoire inventée puise sa sincérité et sa justesse dans le vécu de l’auteur, et s’en affranchit pour tout le reste, ce qui permet de multiplier les moments de rire ou d’émotion. Au total, pas moins de deux ans de travail ont été nécessaires à l’auteur pour réaliser ce récit dense et sensible, très musical dans ses altérations de style et de couleurs. Saluons pour finir la hardiesse de l’éditeur, qui s’est laissé convaincre de proposer un long récit couleurs de ce calibre sans le saucissonner en plusieurs albums.

 

 

vendredi 2 septembre 2011

Dorian Gray, d’après le roman d’Oscar Wilde

Dorian Gray ou la damnation de Narcisse

 

L’adaptation très sobre et épurée du roman d’Oscar Wilde par Stanislas Gros en 2008 (Delcourt, collection Ex Libris), laissait la place à d’autres interprétations. Enrique Corominas propose aux éditions Daniel Maghen sa propre version, flamboyante et habitée.

 

 

Dorian Gray, jeune homme de 19 ans à la beauté insurpassable, prend la pose pour Basil Hallward. Le peintre réalise son chef d’œuvre, un portrait saisissant de ressemblance. Lord Henry, esthète cynique et mondain qui prône l’hédonisme dans tous les salons qu’il fréquente, conseille à Dorian de bien profiter de sa jeunesse, car le portrait de Basil en sera bientôt le seul vestige. Tétanisé par cette évidence, le jeune Adonis formule alors le vœu solennel que le portrait vieillisse à sa place, tandis que lui-même conserverait la jeunesse éternelle. Mystérieusement exaucé, Dorian Gray entame alors une vie dissolue. En toute impunité, car ses traits conservent pureté et innocence, tandis que, dissimulé dans un bureau fermé à clé, son portrait s’avilit à sa place, marqué des stigmates que la méchanceté, le crime et l’hypocrisie tracent sur son visage. Narcisse moderne, Dorian Gray passe de longues heures à contempler cet étrange reflet de son âme, tour à tour fasciné ou horrifié des conséquences sur le portrait de chacune de ses mauvaises actions.

 

Un roman tentateur

En découvrant à 14 ans Le Portrait de Dorian Gray, unique roman et chef d’œuvre d’Oscar Wilde publié en 1890, le jeune Enrique Corominas avait songé que ce livre ferait une formidable adaptation en bande dessinée. On ne saurait lui donner tort : avec l’Angleterre victorienne pour décor, constellé de petites phrases piquantes et de philosophie provocante, le roman brille également par son intrigue sulfureuse et fantastique, qui fait naître chez le lecteur une certaine frustration, celle de ne pas voir pour de bon le fameux portrait qui donne son titre au roman… Il y a là un véritable appel à dessiner, auquel Corominas, professionnel depuis 1986, a fini par céder.

 

Une vision personnelle et inspirée

Le roman de Wilde se déroule pour l’essentiel au travers de conversations de salons. Graphiquement, cela aurait pu être quelque peu monotone. Corominas déjoue ce piège avec une mise en scène riche et variée, qui sort en ville, dans la rue, dans les jardins, au théâtre. Les décors sont raffinés et somptueux, ce qui apporte un supplément de contemplation à un texte bien mis en valeur. À peine pourrait-on reprocher au dessinateur espagnol, d’avoir surjoué certains détails : était-il indispensable de donner à Lord Henry les traits d’un diable ? Fallait-il transporter Dorian, du moins son portrait, au cœur de l’enfer ? Au moins cela a-t-il le mérite de prouver que Le Portrait de Dorian Gray, autrefois accusé d’immoralité, place au contraire le jugement moral au cœur même de son récit.

 

jeudi 1 septembre 2011

Interview Midam, pour Kid Paddle T12, Panik room

Kid Paddle T12 dans les starting Blorks !

 

Avec un tirage de 450 000 exemplaires, le tome 12 de Kid Paddle fait partie des plus grosses sorties de la rentrée. Sa particularité, c’est d’être édité par une structure indépendante, MAD Fabrik, créée en 2009 par l’auteur et consacrée aux univers de Midam. Deux tomes de Game Over et un album éducatif de GRRReeny, le tigre écolo, ont permis de rôder la machine. Reste à la voir tourner à plein régime.

 

 

Panik room est le premier Kid Paddle édité par Mad Fabrik. Qu’est-ce qui vous a fait quitter Dupuis, votre éditeur historique ?

Midam : À l’époque de la renégociation de mon contrat, Dupuis m’avait fait une proposition moins bonne que la précédente, qui datait de 2000 ! J’ai compris qu’il était temps que j’aille voir ailleurs. Je ne suis pas le premier : de nombreux auteurs de Dupuis pour la jeunesse ont quitté cet éditeur.  Franquin, Peyo, Roba, Morris… tous ceux qui ont fait la BD franco-belge d’humour sont partis. Je ne crois pas que ce soit une coïncidence. À partir du moment où un éditeur dispose d’un fond éditorial énorme, il tend à se reposer sur ses lauriers et à négliger les demandes des auteurs, qui concernent bien entendu leurs nouveaux albums. Parce que même si l’auteur part faire éditer ses nouveautés ailleurs, de toute façon l’ensemble du fond, chez l’éditeur historique, va être valorisé par chaque nouveauté.

 

Vous avez pris contact avec d’autres éditeurs ?

Avec Adam, nous avons fait un album chez Soleil : Harding was here. L’expérience n’a pas été très positive et Mourad Boudjellal m’a dit qu’il n’avait pas envie qu’on fasse un second tome. J’ai discuté avec Jacques Glénat, qui a fait une bonne proposition… mais chez les éditeurs, il y a toujours des univers prioritaires. Un effort est fait sur un personnage une année donnée, mais à l’album suivant, l’éditeur préfère soutenir une autre série. À partir du moment où mes collègues auteurs me sont présentés comme des concurrents, c’est qu’il est temps de sortir du système.

 

Finalement, vous avez donc choisi l’autoédition…

La création de MAD Fabrik me permet de mettre en pratique une vision plus aérée. Je fais un album et je l’accompagne. Je peux ne pas me mettre directement sur le travail autour du prochain tome, si je préfère me consacrer un moment aux licences, ou inventer un gadget. Quand je travaillais chez un éditeur, on ne me laissait jamais proposer d’idées hors-BD. Pourtant, il est possible de mettre autant de créativité dans une boîte de céréales que dans une planche de BD.

 

Les albums de Game Over paraissent à un rythme plus rapproché que ceux de Kid Paddle. Pourquoi ?

Pour Game Over, je me suis entouré de scénaristes et d’un assistant pour le dessin, Adam. Je me contente de superviser l’ensemble. Ce système n’est pas transposable à Kid Paddle. La série est trop personnelle pour que je puisse être content du travail d’un autre. En quinze ans un certain nombre de confrères talentueux m’ont proposé des idées de scénario. Je n’en ai accepté que de très rares, car les propositions ne me semblaient jamais totalement dans l’esprit de Kid Paddle. Je n’ai pas beaucoup d’idées d’avance, et je ne veux pas m’astreindre à réaliser un scénario par an, car cela m’obligerait à laisser passer des gags de qualité moyenne.

 

C’est pourtant un rythme qui a longtemps été le vôtre !

J’ai tenu huit ans, jusqu’au huitième album. Puis je n’y suis plus arrivé. L’obligation de trouver un gag pour le lundi suivant, c’est quelque chose de formateur, mais c’est aussi un stress, une angoisse. Tout dépend bien sûr de la hauteur à laquelle vous placez la barre de votre contentement. Certains auteurs sont vite contents, et peuvent faire trois ou quatre gags par semaine. Pour ma part je n’ai jamais réussi à me satisfaire de grosses ficelles. Donc je prends mon temps. Ce qui ne signifie pas que je ne me donne pas d’échéance. Nous avons d’ailleurs déjà fixé la date de sortie du prochain tome. Nous avons trouvé un vendredi 13 en septembre 2013. Comme Kid Paddle aime les films d’horreur, ce sera donc la date de sortie du tome 13.

 

Le tome 12 se distingue par la présence inhabituelle de gags avec des filles… Kid évolue ?

Contrairement à une conviction que j’avais au début de la série, j’ai senti qu’il était finalement possible que Kid soit confronté à des filles. Mais à condition que ce soit à sens unique. Ce qui me parait amusant, c’est de jouer sur un quiproquo. On peut imaginer qu’une petite fille soit intéressée par Kid Paddle, mais lui ne s’en rend pas du tout compte, il s’en fiche complètement. Cela permet d’ajouter un élément sans déformer l’univers et sans faire mentir la bible de départ.

 

Diriez-vous que Kid Paddle est une série plutôt destinée aux garçons ?

C’est ce que j’imaginais, mais c’est contredit par le public qui vient en dédicace : il y a autant de filles que de garçons. Apparemment, les filles aiment beaucoup Horace. Peut-être à cause de son côté naïf. Il y aurait peut-être matière à faire un spin-off consacré à Horace, si j’avais la bonne idée de départ. Il y a bien longtemps, j’avais imaginé faire un album sur Rikiki le canard, qui est son jouet préféré. On ne sait pas grand-chose de ce jouet, mais on se doute que son univers est tout petit et un peu ridicule...

 

Quand on s’adresse à des enfants, y a-t-il une angoisse à ne pas réussir à passer d’une génération à l’autre ?

C’est une question fondamentale. L’humour évolue, ce qui fait rire aujourd’hui ne fera peut-être pas rire demain. Pour donner toutes les chances à mon personnage, je lui donne un univers qui lui est complètement personnel. Par exemple, peu importe qu’il n’ait pas une télévision qui ressemble aux TV de 2011, qui sont toutes plates. Parce que si je commence à dessiner des TV de 2011, en 2014, la série sera complètement has been. Il en va de même pour tous les objets, téléphones, consoles ou bornes d’arcade qui n’existent que dans cet univers parallèle au nôtre qui est celui de la série. Je suis convaincu qu’il serait fatal d’essayer de moderniser l’univers en essayant de se rapprocher de la mode et des designs actuels. J’essaie d’être intemporel et de marquer le moins possible les décors, pour cette raison.

 

 

PS : le titre fait bien entendu référence aux « Blorks », créatures monstrueuses qui pullulent dans les jeux vidéos favoris de Kid Paddle, et même dans sa chambre (sous forme de figurines).

jeudi 2 juin 2011

Garôden, comme un loup affamé

Retour de baston pour Taniguchi !

 

Un nouveau livre de Jirô Taniguchi, c’est toujours un événement. Surtout quand le plus européen des mangakas livre un one-shot dans un genre dans lequel on ne l’attendait pas : les arts martiaux.

 

Connaissez-vous le « Dôjô-Yaburi » ? C’est la pratique qui consiste, pour un combattant valeureux, à aller défier le meilleur représentant d’une école d’arts martiaux, en espérant lui coller une rouste en combat singulier. Bunshichi Tanba, adepte du karaté, a connu l’humiliation de la défaite, il y a quelques années, en allant provoquer un dôjô de catcheurs. Comme beaucoup, il pensait que le catch est un sport truqué. Un certain Kajiwara s’était chargé de lui faire comprendre que dernière le spectacle, il y a des combattants résolus, aux techniques éprouvées. Furieux depuis sa défaite, Tanba s’entraîne dans l’espoir d’une revanche…

On pensait avoir tout vu de Jirô Taniguchi. Ce dessinateur japonais est le tout premier mangaka à avoir été primé à Angoulême. Après le Prix du Meilleur Scénario en 2003 pour Quartier Lointain, il avait obtenu le Prix du Meilleur Dessin en 2005 pour Le Sommet des dieux. Au-delà de cette reconnaissance institutionnelle, Taniguchi est très apprécié du public européen. Il est notamment connu pour être un ambassadeur du manga : son trait à la fois réaliste et expressif séduit les amateurs de bande dessinée franco-belge les plus sceptiques face aux productions nippones. Et ses histoires sont à la fois universelles (elles fonctionnent partout) et très diversifiées. Manga littéraire avec Au temps de Botchan ou Les Années douces, récits sensibles avec Le Journal de mon père ou Un ciel radieux, ouvrages improbables et contemplatifs comme L’homme qui marche et surtout Le Gourmet solitaire, sagas humanistes, autobiographie romancée, histoires animalières, récits de samouraïs, western, polar, science-fiction… Il semble n’y avoir aucune limite aux genres abordés par cet auteur. Pas même de limites géographiques : en 1997, Taniguchi réalisait Icare, sur un scénario de Moebius. Et Mes saisons, une collaboration avec  Jean-David Morvan, est en cours. Taniguchi est le dessinateur par lequel Casterman avait inauguré sa collection manga, dès 1995. Oui, depuis plus de quinze ans que ses œuvres paraissent en français, on pensait avoir à peu près tout vu de lui… On se trompait !

Dans les années 1990, Taniguchi a réalisé des récits hard boiled qui n’ont pas connu un grand succès – mais il faut rappeler qu’au Japon, Taniguchi continue de toucher un public relativement confidentiel. Garôden est un one-shot de la fin de cette époque. Preuve de l’efficacité de ce récit très sportif, L’Equipe magazine l’a sélectionné et va le publier pendant tout l’été, avant sa sortie en album fin août.

 

 

 

PS : Vous avez trouvé Garôden un peu court, vous pensez que ce one-shot aurait mérité une suite, ou que certaines scènes de combat auraient gagné en lisibilité à être un peu plus développées ? C’est la magie Taniguchi qui opère : vous voilà mûrs pour la lecture des classiques du manga de combat. Laissez-vous séduire par le « noble art » à la japonaise, en suivant Ashita no Joe (Glénat) ou Ippo, la rage de vaincre (Kurokawa). Et pour des combats moins codifiés, moins académiques mais d’autant plus efficaces, vous trouverez votre bonheur dans Coq de combat (Akata).

 

mercredi 1 juin 2011

Clopinettes, édition intégrale et enrichie

Clopinettes plus ultra

 

Clopinettes, édité en 1974, rassemble les planches publiées dans Pilote au début des années 1970, scénarisées par Marcel Gotlib et dessinées par Nikita Mandryka. Introuvable depuis quelques années, en voici une nouvelle édition, augmentée de 32 pages inédites.

 

 

Initialement paru en 1974, Clopinettes a connu plusieurs rééditions. La dernière, qui date de 1996, était épuisée depuis quelques années. La question d’un retirage se posait donc… car Dargaud ne pouvait pas éternellement conserver indisponible un titre portant la double signature de Marcel Gotlib et de Nikita Mandryka ! Légendes vivantes de la bande dessinée, créateurs de Fluide Glacial (pour Gotlib) et de L’Écho des Savane (pour Mandryka), ils ont tous deux contribué au passage de la bande dessinée à l’âge adulte dans les années 1970, Mandryka en s’inspirant du surréalisme et de la psychanalyse, Gotlib en révolutionnant l’humour et en faisant exploser tous les tabous.

Composé de « rébus au pied de la lettre », c’est-à-dire de vignettes-énigmes représentant une expression populaire ou un calembour s’en inspirant, de quelques planches de gags absurdes, l’album Clopinettes brille surtout par ses fables-express. Voici comment Gotlib définissait cet exercice dans Ma Vie-en-vrac (1) : « La fable-express est une sorte de jeu pataphysique qui consiste à trouver un calembour, de préférence le plus tordu possible. Puis d’inventer une histoire à l’envers qui permet d’introduire la moralité-calembour. En faisant son possible pour que ce dernier ne soit pas deviné avant la fin ». Et d’ajouter « Je m’amusais beaucoup à écrire les scénarios des Clopinettes pour Mandryka. Il n’y avait vraiment que son graphisme pour rendre ce côté à la limite du vaseux des historiettes ou des fables-express ».

La réédition 2011 n’est pas un simple retirage, c’est une édition augmentée de 32 pages inédites, qui s’ajoutent aux 64 pages de l’édition d’origine. Parmi ces inédits, la moitié sont des pages de Pilote qui avaient été écartées de l’édition originale, par manque de place ou parce qu’elles étaient liées à l’actualité de l’époque, et donc potentiellement difficiles à comprendre hors de ce contexte. Le lecteur du XXIe siècle saura t-il apprécier une rencontre entre Léon Zitrone et Tino Rossi, ou plus surprenant encore, une parodie de « Yao, le nouveau feuilleton qui passe sur la seconde chaine » ? Peut-être pas. En revanche, quel bonheur que des planches connues des seuls collectionneurs de Pilote, comme Le Pauvre Auguste ou La Jument interdite aient été retrouvées !

L’autre moitié des inédits, et là c’est encore plus inattendu, est formé de planches jamais parues et pour cause : des nouveautés ! Gotlib a quitté sa retraite, Mandryka a mis en pause La Vérité ultime de son Concombre masqué, pour quelques fabuleuses fabulettes dont un Ali Baba qui vous laissera de même. Une réédition augmentée de fonds de tiroirs et de nouveautés ? Rhââ l’ovni !

 

(1) Ma Vie-en-vrac, de Gotlib et Gilles Verlant, passionnant livre d’entretiens paru en 2006 aux éditions Flammarion.

jeudi 5 mai 2011

Courtney Crumrin Hors-série 2 : La Ligue des Gentlemen ordinaires

Portrait du sorcier en gentleman

 

Après trois ans d’interruption de la saga, les fans de Courtney Crumrin pouvaient craindre que Ted Naifeh ne délaisse cette petite héroïne au profit de ses autres séries. Heureusement il n’en est rien !

 

En tout juste quatre tomes, Courtney Crumrin a réussi à imposer son univers de sorcellerie gothique et flamboyante, peuplé de monstres roublards mais finalement pas plus pervers que tous ces humains obsédés par leur besoin de paraître, dans une société qui prône le matérialisme et la cupidité. Si les parents de Courtney n’échappent pas à cette règle sociale, son oncle Aloysius est d’une toute autre trempe. Maître des lieux, il se fait passer pour un vieil original un peu cinoque et profondément misanthrope, pour mieux tromper son monde. Au fur et à mesure des épisodes, on le découvre que cet inquiétant sorcier est plus chaleureux et infiniment plus puissant qu’on n’aurait pu le suspecter. Comme il cultive le mystère, c’est naturellement lui qui emporte la curiosité du lecteur…

Conscient du potentiel de ce personnage, l’auteur lui a très tôt donné son propre spin-off, avec un hors-série intitulé Portrait du sorcier en jeune homme. Nous y découvrons Aloysius du temps de sa jeunesse intrépide, n’hésitant pas à infiltrer la Brigade anti-sorciers créée par William Crisp, officiellement avocat de profession et père d’une charmante Alice, et pactisant avec ladite Brigade dans une alliance apparemment contre-nature… Le second hors-série intitulé La Ligue des gentlemen ordinaires, est dans la continuité immédiate du premier. L’auteur y approfondit les relations passionnées autant que tumultueuses entre Aloysius et Alice ; on y retrouve également le grotesque et infortuné aventurier Goose. Tout cela, avec l’élégance habituelle de ces noirs et blancs si bien maîtrisés, jusque dans leur extravagance.

 

 

mercredi 4 mai 2011

Polina

Si la danse est l’art du mouvement, la bande dessinée est l’art qui consiste à créer son illusion. Raconter graphiquement les corps dansants est souvent une affaire de virtuosité, les dessinateurs qui comme Blutch ou Baudoin se sont livrés à cet exercice ne sont pas légion. Bastien Vivès, qui avait déjà montré un sens rigoureux du beau geste dans Le Goût du Chlore, cherche moins à peindre la danse, qu’à explorer la relation de l’artiste à sa discipline, et les rapports maître – élève. Magnifique et émouvante, Polina est l’histoire d’une petite fille qui passe une audition pour entrer dans une école de danse, et s’y fait former par des professeurs  exigeants jusqu’à la rupture.

 

mardi 3 mai 2011

Andy et Gina, T5, No speed limit

Alors que la bande dessinée comique bénéficie d’une règle non écrite qui permet aux auteurs d’infliger les pires sévices à leurs personnages, et de les faire réapparaître tout pimpants à l’épisode suivant, comme si rien ne s’était passé, Relom a pour sa part décidé de suivre une autre voie, celle de la continuité narrative. C’est ainsi qu’au bout de quatre tomes, la mère d’Andy et Gina, véritable héroïne de la saga qui chapitre après chapitre a perdu tous ses membres, est réduite à une simple tête décharnée. Le sort mettant une pleine valise de billets entre les mains de ses rejetons, aura-t-elle droit à l’opération de reconstruction chirurgicale la plus complète de tous les temps ?

lundi 2 mai 2011

Le Tueur, T9, Concurrence déloyale

Depuis qu’il est devenu papa, voici quelques épisodes, le Tueur est en pleine introspection. Incapable d’empathie, ce qui dans son activité est plutôt utile, le voilà curieusement à la recherche d’une sorte de justification morale à ses assassinats (qu’il qualifie plutôt de « contrats » ou de « cibles ») en recensant tout ce qui cloche dans le monde, tout ce qui prouve que d’autres que lui ne s’encombrent pas de morale ou d’humanisme. Cynisme, lucidité ou point de vue biaisé sur le monde ? En tout cas, le temps semble venu pour lui de s’occuper de sa reconversion, en se mettant dans les affaires. Là où ça sent le pétrole, ça ne sent pas la rose… mais les pétrodollars n’ont pas d’odeur !

 

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