ouvrage coordonné par Nicolas Finet (Fleurus)
Les mangas représentent aujourd'hui près
de 40% des nouveautés de bande dessinée publiées dans l'espace francophone
européen. Mais ce phénomène est très récent. Les tout premiers mangas en
version française ont paru il y a trente ans. Le manga n'a réellement conquis
le grand public qu'au milieu des années 1980. Et le tsunami éditorial n'a
commencé que depuis le début de ce millénaire. En conséquence, malgré l'offre
pléthorique actuelle, la production manga reste encore, à ce jour,
"dénombrable".Avant que cela ne soit plus possible, le spécialiste des cultures asiatiques Nicolas Finet a eu la lumineuse idée de réunir une équipe de neuf rédacteurs pour composer le DicoManga, un « dictionnaire encyclopédique de la bande dessinée japonaise». L'ambition de cet ouvrage consiste à faire le tour exhaustif du sujet. Riche de 1500 entrées, 900 illustrations et d'une vingtaine de focus thématiques, le DicoManga établit les fiches biographiques de tous les auteurs et chronique toutes les séries, diptyques et one-shots de manga parus en France au 31 décembre 2006. Excusez du peu.
Et comme, toujours en raison de la relative jeunesse du domaine, la quasi totalité des titres manga sont disponibles (en librairies, chez les éditeurs ou d'occasion), le DicoManga a toutes les chances d'être, en plus d'un ouvrage de référence, la source de toutes les tentations !
- Quelle est l'histoire de votre relation avec le manga ?
Nicolas Finet : L’histoire de ma relation avec le manga se confond avec celle de ma relation avec l’Asie orientale, qui est ancienne et profonde. Je voyage et je séjourne très régulièrement dans cette région du monde depuis une vingtaine
d’années. Le Japon fait évidemment partie des destinations qui
me sont très familières. Par ailleurs, j’entretiens, depuis à peu près aussi
longtemps, une relation étroite avec le monde de la bande dessinée –tour à tour
comme journaliste, auteur, éditeur, consultant, etc. Assez logiquement, j’ai
entrepris de faire la synthèse de ces deux passions, ce qui nous amène au
manga. J’ai commencé à creuser le sujet à partir de 1995, à l’époque où je
collaborais à la revue de bande dessinée aujourd’hui défunte des éditions
Casterman, (À Suivre) – revue à laquelle j’ai d’ailleurs consacré un livre
mémorial il y a quatre ans. Casterman, alors, commençait à publier ses
premières bandes dessinées japonaises, et c’est dans ce cadre que j’ai fait
paraître plusieurs dossiers consacrés aux mangas. J’ai également réalisé, pour
(À Suivre), plusieurs entretiens avec des mangakas. Je crois notamment avoir
été le premier journaliste français à interviewer Jirô Taniguchi. Dans les
années qui ont suivi, souvent au fil de mes voyages au Japon, j’ai
régulièrement fait paraître des reportages, des dossiers et des articles sur la
bande dessinée japonaise dans la presse magazine française – la plupart du
temps des titres non-spécialisés, comme CB News, Challenges, Ça m’intéresse, A
Nous Paris, etc. Le DicoManga qui paraît aujourd’hui est aussi, d’une
certaine manière, la résultante de ce double compagnonnage, de longue haleine,
avec la bande dessinée d’une part et l’Asie orientale d’autre part..jpg)
- Un dictionnaire du manga, pourquoi faire ?
Un tel ouvrage n’existait tout simplement pas. Non seulement en France, mais aussi –à ma connaissance en tout cas– nulle part ailleurs dans le monde. En France, pays de naissance de l’Encyclopédie, nous avons une réceptivité particulière aux dictionnaires de toute nature, et sans doute un réel savoir-faire éditorial en la matière. La raison d’être d’un dictionnaire, quel qu’en soit le thème, c’est de structurer, clarifier et organiser la transmission d’une connaissance sur un sujet donné, avec, souvent, une intention d’exhaustivité. C’est ce que nous nous sommes efforcés de faire avec le DicoManga — d’autant que le domaine s’y prête tout particulièrement : la profusion est telle que beaucoup de lecteurs, qu’ils soient néophytes ou amateurs, sont en manque de repères, ils ne parviennent plus à appréhender, suivre, décoder cette masse d’ouvrages. Le DicoManga répond à ce besoin ; il veut être à la fois un outil de curiosité, à la fois informatif et ludique, et une sorte de boussole pour s’orienter dans l’océan des mangas.
- Référencer et chroniquer la quasi totalité des mangas parus en France, est assurément un travail de titan. Comment avez-vous constitué l'équipe ? Y avait-il des consignes particulières d'écriture ?
L’équipe rédactionnelle est constituée de neuf personnes, moi compris, pratiquement à parité hommes / femmes, avec une petite moitié de japonisants. Je connaissais presque tous les auteurs avant d’entreprendre ce travail. Mes critères de choix ont été la familiarité des auteurs avec le sujet, l’aptitude à trouver, hiérarchiser et transmettre l’information, et enfin la qualité d’écriture. Il n’y avait pas de consigne particulière d’écriture, excepté, de ma part, une exigence de rigueur de tous les instants. J’ai même encouragé chacun à laisser s’exprimer librement son style particulier, et je me suis efforcé, à l’arrivée, de respecter le regard et les options éditoriales des uns et des autres. J’espère que cela se ressent à la lecture.
- Le manga, dites-vous, est en train de conquérir le monde. Mais pourquoi la France se passionne t-elle plus que d'autres pays pour les mangas ? Qu'est-ce qui a changé entre l'époque où "Le cri qui tue" intéressait une poignée de pionniers, et aujourd'hui où la lecture de manga est devenu un phénomène de masse ?
J’ai développé mon analyse de ce phénomène dans la préface du DicoManga. J’y expose cinq facteurs à mes yeux décisifs, qui se sont conjugués les uns aux autres :
1. l’espace francophone européen est de longue date une « terre de bande dessinée », et à ce titre est probablement dépositaire d’une réceptivité au genre qui a facilité la percée de la bande dessinée japonaise.
2. la première génération des passionnés, véritables « militants » de la cause manga, a joué un rôle déterminant dans la propagation du genre — ils sont d’ailleurs souvent aujourd’hui, pour beaucoup d’entre eux, à la tête des structures qui participent de son épanouissement.
3. l’effet générationnel – et là, vous me pardonnerez de me citer moi-même, mais
c’est encore la meilleure manière d’être précis : « Le monde
foisonnant des mangas, et des multiples créations qui en découlent (animation,
jeux vidéos, figurines, jouets et goodies en tout genre), est probablement le
premier à avoir permis à toute une jeunesse d’inscrire ses pratiques
culturelles non pas en rupture mais dans le prolongement logique de celles de
ses parents (disons, pour simplifier, un respect partagé pour la bande
dessinée), tout en réussissant néanmoins à affirmer sa différence, sinon sa
rébellion, à travers des contenus, des codes et des goûts parfaitement
hermétiques et incompréhensibles pour les générations précédentes. Quelle
séduisante combinaison ! »4. l’intelligence stratégique et tactique de la communauté éditoriale japonaise, qui exporte à travers le manga les valeurs culturelles du Japon (c’est le « modèle hollywoodien »), et développe à cet effet des politiques commerciales extrêmement efficaces.
5. l’extraordinaire aptitude des auteurs et des éditeurs japonais à valoriser la proximité des œuvres avec leurs lecteurs – ce que ne fait pas, ou mal, ou pas assez, la bande dessinée de tradition européenne.
- Selon le rapport ACBD 2007 de Gilles Ratier, neuf séries manga concentrent plus de 50% des ventes... Comment lisez-vous cette statistique ?
Cela ne m’apparaît pas comme une chose étonnante. Dans la plupart des activités humaines qui s’organisent dans un rapport marchand, quelles qu’elles soient, 80% de ce qui se commercialise provient de 20%, ou moins, de ce qui se produit. La bande dessinée n’y échappe pas, même lorsqu’elle est d’origine japonaise.
- La frénésie avec laquelle les éditeurs publient les titres ne porte t-elle pas ombrage à certains ouvrages, qui n'ont pas le temps de trouver leur public ? Par exemple, l'oeuvre quasi intégrale de Tezuka publiée en quelques années, est-ce bien raisonnable ?
Si, bien sûr, la frénésie des éditeurs peut être un facteur de préjudice. Mais ce n’est à mon sens pas spécifique au manga ; on peut faire la même remarque pour l’ensemble du secteur de la bande dessinée aujourd’hui en France, qui tend à une surproduction dommageable pour la visibilité et la pérennité de la création en général.
- Manga, pour vous, cela désigne un mode de narration, ou c'est une simple appellation d'origine ? Que pensez-vous des livres non-japonais qui se réclament de la culture manga ?
Le sous-titre du DicoManga est « le dictionnaire encyclopédique
de la bande dessinée japonaise ». Pour moi, le terme manga désigne une origine,
pas davantage. Exactement comme l’usage du terme « comics » a fini par
s’imposer pour qualifier la bande dessinée anglo-saxonne. Il s’agit encore et
toujours de bande dessinée. Ce qui n’empêche pas, par ailleurs, de constater
que les auteurs et les éditeurs japonais ont collectivement développé des modes
narratifs et graphiques qui leur sont propres, et d’examiner en quoi c’est
intéressant, novateur, différent, etc.Je n’ai pas encore d’opinion arrêtée sur les livres non-japonais qui se réclament de la culture manga : le phénomène me paraît, pour l’heure, beaucoup trop récent et anecdotique (je n’y mets pas de sens péjoratif) pour pouvoir être évalué de façon pertinente. Intuitivement, j’aurais tendance à dire que ce qui compte de toute façon, comme toujours, c’est le talent des auteurs : ont-ils quelque chose à raconter ? sont-ils les dépositaires d’une œuvre qui fait sens ? Ce sont, à mon sens, les critères qui prévalent ; que les auteurs, ensuite, mettent en œuvre ce qu’ils ont à dire dans une forme qui emprunte à la culture manga, ou qui s’en réclame, est au fond relativement secondaire.
- Le DicoManga ne distingue pas les ouvrages en fonction de leur intérêt... Mais vous, quels seraient vos cinq indispensables ? Et vos titres préférés dans les parutions actuelles ?
Exercice toujours difficile, mais enfin, voilà :
- Cinq indispensables : « Planètes » de Yukimura Makoto, « Monster » de Urasawa Naoki, « Ayako » de Tezuka Osamu, « Lone Wolf & Cub » de Kojima Goseki et Koike Kazuo, « L’école emportée » de Umezu Kazuo.
- Quelques titres que j’apprécie dans la production actuelle (actuelle au sens de « sortant actuellement sur le marché français », il peut donc s’agit d’œuvres datant, au Japon, de plusieurs années) : « Helter Skelter » de Okazaki Kyoko, « Kitaro le repoussant » de Mizuki Shigeru, « Vagabond » de Inoue Takehiko, « Lady Snowblood » de Kamimura Kazuo et Koike Kazuo, « Un monde formidable » de Asano Inio, « Sidooh » de Takahashi Tsutomu, « Ushijima » de Manabe Shohei.
Propos recueillis en mars 2008









A l’heure où la Bibliothèque Nationale de France
relance son programme de numérisation Gallica et modernise les sites concernés,
le Centre National de la Bande Dessinée et de l’Image (CNBDI) d’Angoulême se
lance à son tour dans un vaste programme qui associe conservation et mise à
disposition du public d’œuvres et de documents qui font l’Histoire de la bande
dessinée.
Pour compléter ces pièces
uniques, une sélection de livres dessinés ou écrits par Saint-Ogan est
proposée. Outre Zig et Puce, qui avait fait l’objet d’une réédition
complète dans les années 1990 chez Glénat, les lecteurs mis en appétit par le
récent ouvrage de Thierry Groensteen et Harry Morgan, L’art d’Alain
Saint-Ogan (paru fin 2007 chez Actes Sud – L’An2) pourront découvrir ce
Monsieur Poche qui inspira à Greg son personnage d’Achille Talon, les
romans illustrés qui y sont cités, ainsi que cette autobiographie de Saint-Ogan
intitulée Je me souviens de Zig et Puce et de quelques autres.
La cérémonie officielle de remise du prix aura lieu le 26
janvier à Angoulême, au cours d'une conférence de presse qui permettra à
l'association Artémisia de «présenter ses objectifs esthétiques et
politiques».




Au départ, Scott McCloud est un auteur de
comics comme les autres. Né en 1960, il vit de son art depuis 1984,
année où il lance sa propre série, Zot. Lucide, McCloud évalue que
cette série arrive en cinquième position sur la liste des activités qui
contribuent à sa célébrité. Car ce n’est pas dans la fiction que son talent se
montre le plus éclatant, mais dans un domaine bien plus spécifique : la
réflexion sur la bande dessinée.














![« Construire un feu » par Christophe Chabouté [d'après Jack London], Vents d'Ouest](http://briographe.free.fr/acbd/ACBD2008_14.jpg)
![« Massacre au pont de No Gun Ri » par Park Kun-woong [d'après Chung Eun-yong], Vertige Graphic](http://briographe.free.fr/acbd/ACBD2008_15.jpg)
Après
quelques mois d'interruption pour changement de propriétaire, le
Depuis le décès accidentel de sa fiancée, Milch vit dans le manoir
qu’elle lui a légué, une grande demeure isolée à côté de la forêt. Tous les
soirs, la défunte ou plutôt son fantôme, vient lui rendre visite. Milch tente
bien de communiquer, mais elle reste désespérément muette. Ou est-ce lui qui
n'arrive pas à l'entendre ? Survient l'idée un peu folle d'aller consulter un
médecin pour soigner cette surdité. Pas très loin de là, un couple fait des
recherches en forêt : il s'agit de retrouver les traces d'un grand-père
disparu, un aviateur dont la légende familiale prétend qu'il était peut-être un
grand écrivain, puisqu'il avait plus de dix ans travaillé sur un mystérieux
manuscrit...


Jean-Claude Mézières : Oh, on ne faisait pas de
projection !
Quels sont les points de désaccords qui peuvent
survenir ?
Dans L’ordre des
pierres, vous livrez (comme dans Les Héros de l’équinoxe) une
interprétation des mondes par différents personnages. Valérian, une fois de
plus, refuse de participer à l’exercice et s’en sort par une pirouette.
L’interprétation du scientifique de la bande est très chaotique, avec une
représentation inspirée par Jackson Pollock, qu’on retrouve quelques pages plus
loin.
PC : Valérian et Laureline sont nés en pleines
sixties. J’ai été très marqué par le situationnisme, par Simone de Beauvoir,
par le Women’s Lib américain. On rentrait des USA, où le féminisme était un
courant très fort. C’est un combat qui me séduisait. Valérian et Laureline
vivent une sorte d’union libre, où chacun garde un quant-à-soi. Aucun n’est
inféodé à l’autre. C’est effectivement très sixties. Mais je crois que personne
n’a rien proposé de mieux. C’est comme ça qu’il faut continuer d’être, si
possible.

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